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ANARCHIE RELIGIEUSE

moins difficile d'extirper l'hérésie que d'arrêter ses conquêtes. Accomplie au hasard, sans plan, suivant le caprice des individus, la Réforme bohème souffrait d'un mal incurable, l'incertitude et la confusion des doctrines. Sans doute, la très grande majorité des hérétiques tchèques se réclamait de Luther ; — dans les provinces du nord en particulier, les Luthériens étaient si nombreux que, dès 1645, ils avaient leurs surintendants particuliers. Mais ils étaient fort peu unis, rongés par les mêmes divisions qu'en Allemagne ; orthodoxes et libéraux, disciples de Flacius ou d'Osiander, se poursuivaient ici d'acerbes accusations comme dans l'Empire. Le clergé luthérien se recrutait au hasard : quiconque était allé à Vittenberg ou avait passé quelques mois en Allemagne était jugé digne d'une cure. — Médiocres directeurs de consciences que ces théologiens improvisés, qui commettaient les plus lourdes erreurs et tombaient dans les plus choquantes contradictions! Il était rare que les pasteurs qui se succédaient dans une chaire ne prêchassent pas des doctrines différentes.

A côté des Luthériens, les diverses sectes hétérodoxes avaient continué leur propagande. Dans les provinces du centre, les disciples de Zwingle et de Calvin étaient assez nombreux, et leurs succès étaient favorisés par la nouvelle orientation de l'Unité qui s'éloignait de Luther en même temps que d'Augusta et inclinait vers les théologiens suisses et français. Les Anabaptistes, fort nombreux en Moravie en dépit des vexations de toutes sortes, étaient au contraire très rares en Bohême, mais Schwenkfeld ' y comptait des partisans, spécialement dans les districts limitrophes de la Silésie. En dehors enfin de ces sectes classées, d'autres

I. Schwenkfeld, 1490-1561. Partisan dévoué des idées réformatrices, il se sépara de Luther sur la question de la communion. C'est un des plus nobles coeurs et des plus grands esprits qu'ait produits la Réforme. Il protestait contre toute tyrannie, aussi bien celle de Luther ou de Zwingle que celle du pape, réclamait la liberté chrétienne, « non celle de la chair, mais de l'esprit et de la conscience ». Par certains cotés de sa doctrine et par l'importance qu'il attachait à la pureté de la vie, il rappelait les Frères. V. Kadelbach, Gesch. Schwenkfelds und der Schwenkfelder (Laubau, 1860).

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