ANARCHIE RELIGIEUSE
groupes se formaient, mal définis, sans autre raison d'être que l'ignorance ou l'exaltation de quelque prédicateur, les prétentions pédantesques d'un seigneur; elles disparaissaient aussitôt, non pourtant sans laisser dans le pays une nouvelle cause d'inquiétude et de confusion.
Par suite, au milieu de cette ébuUition générale, rien de stable et de solide. Tous les progrès restaient précaires tant que les hérétiques n'avaient ni symbole commun ni constitution régulière. Ferdinand et les progressistes le comprenaient également; de là l'àpreté avec laquelle ils se disputaient la nomination du Consistoire. C'était une des clés de la situation, et le roi était bien décidé à la conserver.
Il s'arrangea pour la mettre une bonne fois à l'abri de toute surprise. Dès 1 553, l'archiduc Ferdinand avait attiré son attention sur l'appui qu'apporterait à sa politique un Consistoire dévoué à la défense des intérêts catholiques, et il lui avait proposé de déposer de son autorité privée l'Administrateur et d'en installer un autre. Le roi recula : depuis i5i7, les États avaient exercé en toute liberté le droit de nommer le Consistoire, il n'osa pas empiéter aussi ouvertement sur leurs prérogatives. Il fut plus hardi en 1 562. On lui présenta une liste d'administrateurs dont les tendances luthériennes étaient connues ' ; il refusa de les confirmer, et, sans consulter les États, en désigna d'autres -. Les États s'indignèrent, rappelèrent les coutumes, leurlonguepossession, Ferdinand, suivant son habitude, négocia : l'affaire était grave, elle exigeait une mûre réflexion, à son prochain voyage, il leur annoncerait sa résolution définitive; loin de lui d'ailleurs la pensée d'empiéter sur les privilèges des seigneurs; qu'ils lui montrassent un titre, un décret, et il s'inclinerait. — Ils n'en avaient aucun, et il le savait ; aucune ordonnance n'avait sanctionné leurs prétentions ; comme
1. Parmi eux se trouvait Mystopol, qui avait réussi à rentrer en grâce auprès des Protestants; les autres avaient été choisis parmi les prêtres accusés d'hérésie par Gclastus.
2. Borovy, Die Utraquisten in Bœlimen, p. 8. — Tomek, L'administration de l'Église utraquiste (Tschas. tschesk. Musea, 1848),
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d'habitude, ils n'avaient pas songé à mettre leur droit audessus de toute contestation. Ferdinand ne revint jamais en Bohême, et ses successeurs, en dépit de toutes les réclamations, conservèrent dès lors la nomination du Consistoire. C'est là un de ces coups d'État de détail qui abondent dans le règne de Ferdinand, un nouvel exemple de la finesse avec laquelle il modifiait la Constitution sans la violer ouvertement; il possédait au suprême degré l'art d'interpréter le silence des lois et de ménager les transitions. En i562, soit parce qu'il n'avait pas sous la main des hommes éprouvés, soit, ce qui paraît plus probable, pour déconcerter l'opposition des nobles et enlever tout prétexte à leurs plaintes, les prêtres qu'il avait choisis pour composer le Consistoire lui étaient fort suspects, aussi enclins à l'hérésie que ceux dont il avait refusé d'approuver l'élection. Mais les hommes passent, les institutions demeurent. L'important était que les Protestants restassent sans organisation et sans chef. Le jour venu, le Consistoire serait une arme précieuse contre eux. Les Compactats, sous lesquels ils dissimulaient leurs erreurs, on s'en servirait alors pour les sommer de se soumettre à la Papauté. En somme, si on n'avait pas réussi à empêcher les Luthériens d'entraîner la majorité de la nation, du moins ils étaient hors la loi, la tolérance dont ils jouissaient était temporaire et précaire, et leur situation n'était pas sans quelque analogie avec celle des Frères, toujours sous le coup d'un mandat d'expulsion; pas plus que ceux-ci, la Constitution ne les reconnaissait et ne les protégeait.
Ferdinand avait pendant ce temps, — non sans peine, — obtenu de la Papauté les concessions qu'il jugeait indispensables pour ramener à l'Église catholique le gros de l'armée hérétique. Il avait toujours été convaincu qu'une réconcilia-
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tion avec les dissidents n'était pas impossible et qu'il était sage d'accepter certaines de leurs demandes plutôt que de s'exposer à les Jeter dans un schisme irréparable. Il partageait sur ce point l'opinion de tous les princes contemporains, et ses récentes désillusions après l'Intérim de 1548 ne l'avaient pas guéri de ses espérances obstinées. Il ne cessait de poursuivre la Curie de ses représentations, souvent très vives, la suppliait d'autoriser le Galice, non seulement en Bohême, mais dans tous les pays impériaux. Il se heurtait à une extrême mauvaise volonté. Après une assez longue période d'hésitation, la Papauté avait repris confiance dans sa mission; les attaques avaient réveillé la foi des anciens temps, et avec la foi était revenue l'inflexibilité théologique. La Société de Jésus pénétrait dès lors l'Église de son esprit, et les tendances pacifiques et conciliantes étaient de moins en moins en faveur. Paul IV, fanatique à courte vue, fort mal disposé pour les Habsbourgs, accueillait toutes les demandes par un non-possumus absolu, et les décrets du Concile de Trente avaient rendu extrêmement improbable, sinon absolument impossible, une entente avec les Protestants.
Les résultats immédiats de cette obstination ne furent pas très heureux pour l'Église, et les progrès effrayants de la Réforme inquiétèrent bientôt les rois catholiques; Philippe II et Henri II de France ajournèrent leur querelle et, par le traité de Câteau-Cambrésis, s'unirent pour combattre l'hérésie {ïbbg). Comment arrêter le mal? Les expulsions et les auto-da-fé n'y suffiraient pas si l'on ne donnait en même temps satisfaction aux légitimes réclamations de la conscience populaire. D'où était sortie la révolte? — Des abus. Il fallait l'atteindre dans sa racine.
Paul IV venait de mourir, fort heureusement pour rÉglise, et il avait été remplacé par Jean-Ange de Médicis, qui prit le nom de Pie IV (1559). Aimable, savant, Pie IV avait été forcé sous le pontificat précédent de quitter Rome pour fuir la colère de Paul qui détestait en