LE CONCILE DE TRENTE
propos pour le roi de Bohême, l'accusent de maladresse et d'inconstance ; il avait derrière lui tout le Nord de l'Europe et cependant il n'obtint rien des Pères, passa sous les fourches caudines de la majorité italienne et espagnole. Il me semble qu'il y a quelque injustice dans ces reproches. Peut-être eût-il été possible, avec un peu plus de fermeté, d'éviter certaines humiliations et de sauver les apparences; mais, dans aucun cas, le résultat n'aurait pu être sensiblement différent de ce qu'il fut. Non seulement, en effet, l'entente entre les cours française et autrichienne ne fut jamais cordiale, mais surtout Ferdinand, dans ses négociations avec le Concile et le Pape, avait une infériorité évidente: il ne songeait pas à se séparer de l'Église, n'avait aucun goût pour le rôle d'Henri VIII, et ses protestations les plus vives perdaient toute leur force parce qu'on était sûr qu'il ne se résignerait jamais à une rupture. Pie IV le ménageait même moins que Catherine de Médicis, parce qu'il l'estimait davantage, n'admettait pas qu'il fût capable d'une défection. Le Pape et l'Empereur étaient d'accord sur le but, la restauration de l'Église catholique ; ils ne différaient que sur les mo3^ens : or, qui ne voit que dans ces conditions c'était à l'Église à prononcer en dernier ressort? Son protecteur temporel en serait toujours réduit à se soumettre avec plus ou moins de bonne grâce.
L'accueil que firent les évêques au mémorandum de Ferdinand ne laissait aucun doute sur les dispositions de l'asemblée ; l'Empereur n'osa même pas soutenir ses conclusions, s'excusa; il bornait désormais son désir à obtenir la Communion sous les deux espèces. La question était déjà venue devant le Concile en i55i. Les Pères avaient fixé la doctrine catholique sur l'Eucharistie, mais ne s'étaient pas prononcés sur le Calice. Non pas que l'opinion de la majorité fût douteuse, mais elle avait été arrêtée par les réclamations de l'ambassadeur de Charles-Quint, le comte de Montfort ; au moment où l'on attendait l'arrivée des Protestants, fermerait-on la voie à toutes les négociations.'' Un certain nombre de prélats n'étaient pas éloignés d'ail-
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lcin;s d'admettre une transaction sur ce point. Parmi les légats qui présidaient maintenant le Concile, le cardinal de Mantoue, qui reconnaissait volontiers la nécessité de quelques réformes, était enclin à donner, autant que possible, satisfaction à l'Empereur; le cardinal Hosius d'autre part était trop au courant des affaires d'Allemagne pour ne pas voir que certains sacrifices étaient indispensables. Les représentants de la Bavière et de l'archevêque de Salzbourg défendirent aussi la Communion sous les deux espèces. Certains arguments produisirent quelque impression sur rAsF.emblée : après tout, il ne s'agissait pas d'un article de foi, mais d'une coutume introduite assez récemment dans l'Église et qu'elle était toujours libre de modifier. Non seulement le Concile de Bàle avait permis aux Hussites de communier sous les deux espèces, mais à Chypre, en Crète et dans les provinces vénitiennes, six cent mille Grecs-Unis conservaient le Calice. Les envoyés impériaux, l'évêque de Flinfkirchen, Georges Drascovics et le nouvel archevêque de Prague, Prous de Mohelnitse, ne montrèrent pas une grande habileté. Pendant longtemps, ils s'étaient payés de vaines excuses, avaient laissé traîner l'affaire en longueur. Quand ils s'aperçurent qu'ils avaient été joués, ils voulurent prendre leur revanche, exigèrent qu'on mît la discussion à l'ordre du jour. Le cardinal de Mantoue les avertit de leur imprudence : la majorité était hostile; mieux valait patienter quelques jours; les évêques français étaient en route, ils les soutiendraient. Les envoyés du roi refusèrent de rien entendre. Prous qui porta tout le poids de la discussion, n'avait pas l'oreille de l'Assemblée. Sa grande taille, sa piété sincère, la dignité de son caractère, son éloquence commandaient le respect, mais les évêques italiens qui disposaient de la majorité, lui reprochaient sa hauteur et son indépendance. Il avait été le défenseur très ardent, presque intempérant, dit Pallavicini, des droits des évêques contre la puissance pontificale; c'était un prélat du xv" siècle, égaré dans une réunion où dominaient des tendances absolument opposées à celles de Constance et de Bâle. Il