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2. Les raisons qui rendaient dangereuse l'autorisation de la communion utraquiste sont résumées avec beaucoup de précision dans une pétition du jésuite Paul Thurn, 1622 : c'est le manteau sous lequel se cachent les hérétiques; elle n'a été permise par le pape que malgré lui; les vrais croyants sont scandalisés et les dissidents, encouragés; il est plus difficile de ramener à la vérité catholique ceux qui communient sous les deux espèces que les hérétiques avérés, etc. (Frind, p. 43).

3. C'est l'opinion de Frind et de Gindely. Borovy est d'un avis opposé et il cite une lettre curieuse de l'archevêque au cardinal Gabriel Palaeoto, dans lequel Prous se félicite des résultats obtenus; L'usage indifférent de la Communion, écrit-il, rapproche toujours plus les esprits divergents, retient jusqu'à un certain point les indécis dans le devoir de l'unité, relève les

coupables, ramène les égarés Ceux que nous avons reçus de nouveau

dans'.rÉglise ne sont pas rares, tant laïques qu'ecclésiastiques. (L'archev. Brous, p. 5i). — Seulement la lettre est de i565, et l'effet de la bulle commençait à peine à se faire sentir. Le témoignage de Prous est suspect en pareille matière, et les événements postérieurs ne laissent suivant moi aucun doute sur les résultats très peu favorables de l'autorisation du Calice.

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deux espèces à Litomierzitse, il refuse : mieux vaut ne pas introduire de nouveauté, mais s'en tenir à la tradition. L'expérience avait échoué.

Il était facile de le prévoir. Quand, au concile de Trente, les ambassadeurs de Ferdinand déclaraient que les Hussites ne se séparaient de l'Église que parce qu'ils communiaient sous les deux espèces, ils se faisaient, volontairement ou non, de graves illusions. Que d'autres divergences au contraire! La communion des enfants, l'obligation et non l'autorisation du calice, les différences de rites, sans compter les habitudes invétérées d'indépendance. L'attitude du Consistoire, quand l'archevêque lui envoya la bulle du 1 6 avril, lui donna un avant-goût des déboires qui l'attendaient : les prêtres refusèrent de la recevoir, « par crainte des seigneurs ». Et que dire des Pseudo-Luthériens qui formaient dès lors les neuf dixièmes du parti prétendu utraquisteî Pour les ramener au Catholicisme, il eût fallu de tout autres mesures, ou plutôt, il y avait désormais en présence deux factions irréductibles. Cent ans auparavant, à l'époque de Podiébrad, la bulle de Pie IV aurait probablement inauguré une ère d'apaisement, mais les concessions tardives n'ont jamais servi qu'à encourager les insurrections. C'était comme une réédition, plus timide, de l'Intérim d'Augsbourg, une tentative désespérée du parti catholique modéré qui s'était usé à poursuivre cette chimère, une réconciliation avec l'hérésie. A quoi avaient-ils abouti, sinon à énerver la défense, et n'étaient-ils pas en partie coupables par leurs hésitations et leurs négociations intempestives des succès prodigieux du Protestantisme? L'événement donnait raison contre eux aux intransigeants et aux fanatiques, L'Eglise qu'ils avaient compromise, les violents la sauvèrent. Au prix de quelles convulsions et de quels massacres cependant! C'est devant cette vision sanglante qu'avait reculé Ferdinand. — Il n'avait rien d'un Ferdinand de Styrie ou d'un Maximilien de Bavière : il se croyait lié par ses serments, même quand il les avait prêtés à des hérétiques; il aimait et favorisait les Jésuites, mais il les avait

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connus trop tard, son éducation était déjà terminée, son tempérament formé, et ils ne l'avaient pas guéri de quelques vieux préjugés : en religion comme en politique, il se défiait des mo\^ens radicaux et il n'oubliait pas pour ses devoirs de chrétien ses engagements de souverain. Vers la fin de sa vie cependant, il est facile d'apercevoir en lui un changement assez sensible, il ne croit plus lui-même très sincèrement à la possibilité d'une entente entre les dissidents et les orthodoxes et il ne la poursuit plus que par acquit de conscience, avec un scepticisme découragé. Les derniers événements l'ont éclairé, l'attitude des Luthériens comme celle des Pères. Une nouvelle génération apporte dans la vie politique des passions plus fougueuses et des idées moins chancelantes. Lui-même a subi l'influence de la transformation qui s'accomplit autour de lui. L'âge a réveillé les impressions de foi ardente de ses jeunes années, les Jésuites l'entourent et le dominent; ses anciennes tentatives d'arbitrage lui causent quelque remords. Il est trop vieux pour modifier du tout au tout sa ligne de conduite, mais il ne repousse plus aussi complètement la nécessité d'une guerre d'extermination contre l'hérésie, et s'il ne songe pas à l'entreprendre, du moins la prépare-t-il. — Les mesures par lesquelles il inaugura la reconstitution du parti catholique tchèque furent aussi fécondes qu'avaient été stériles les essais de pacification : deux surtout, la restauration de l'archevêché de Prague et l'introduction dans le royaume de l'Ordre des Jésuites.

Depuis qu'au commencement des guerres hussites l'archevêque Conrad de Vechta avait passé à l'hérésie, le siège archiépiscopal de Prague était resté vacant. Les Tchèques n'avaient jamais réussi à faire agréer leurs candidats par la Curie, et les évêques que la Cour pontificale avait essayé d'imposer à la Bohême avaient bientôt renoncéd'eux-mêmes à des fonctions aussi désagréables que vaines. Depuis plus d'un siècle et demi, les fonctions d'archevêque étaient ainsi remplies par des administrateurs élus par le chapitre. Les Catholiques étaient privés de leur chef naturel au moment

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OÙ ils auraient eu plus que jamais besoin d'une direction unique et ferme. Les administrateurs avaient été en général des hommes de bien, animés d'une très sincère piété, et ils avaient mis tout leur zèle à maintenir les fidèles dans l'obéissance et le clergé dans la pratique des vertus canoniques : mais leur dévouement ne suppléait pas complètement à l'autorité qui leur manquait. Ils étaient réduits à recourir sans cesse à l'obligeance des évêques voisins, leur demandaient d'envoyer les Saintes-Huiles, de consacrer les églises, d'accorder la confirmation à leurs catéchumènes et l'ordination à leurs prêtres. A ce point de vue surtout, la nécessité de recourir à une autorité étrangère constituait une gêne cruelle : les candidats catholiques étaient condamnés à de longs et pénibles voyages, souvent exposés à des rebuffades. Pour beaucoup de prélats, tout ce qui venait de Bohême était suspect; trompés plus d'une fois par les Utraquistes, ils se défiaient. Ces difficultés de toutes sortes décourageaient les vocations, alors qu'on avait déjà tant de peine à recruter des ouvriers pour travailler à la vigne du Seigneur. La vacance du siège métropolitain semblait de plus créer une sorte d'égalité entre les fils soumis de l'Eglise et les révoltés. Le Consistoire d'en bas ne consentirait jamais à reconnaître la suprématie du Consistoire d'en haut : seul un archevêque rendrait quelque vigueur à l'action catholique et inspirerait quelque respect aux Utraquistes.

Ferdinand ne décida cependant la cour de Rome à nommer un archevêque de Prague qu'après d'assez longues négociations. La grosse difficulté était de lui assurer des revenus honorables : presque tous les biens de l'archevêché, jadis fort riche, avaient passé dans des mains étrangères et le pape craignait d'exposer à de pénibles humiliations un de ses plus hauts représentants. Les sollicitations et les promesses de l'Empereur triomphèrent enfin des scrupules pontificaux '. Le candidat désigné était Henri Scri-

I. Une des craintes de la Curie était de paraître confirmer la confiscation des domaines ecclésiastiques. Peut-être aussi le souvenir de la défection de Conrad de Vechta entrait-il pour quelque chose dans la réserve des papes.

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boniusde Horchov, qui depuis i556 administrait le diocèse de Prague. Précepteur de l'archiduc Charles, le père de Ferdinand II, il avait toute la confiance de la famille ro3'ale. Sa science, son éloquence, la sincérité de sa foi lui avaient valu le titre d'oracle du chapitre ; bienveillant et affable, il ne comptait pas un ennemi; le roi n'aurait pu désirer un auxiliaire qui entrât mieux dans ses vues et dont le dévouement éprouvé à l'Église fût plus prudent et plus charitable. Sous sa direction, des progrès sensibles avaient été déjà accomplis, les abus les plus criants, supprimés ; les Catholiques réconfortés saluaient l'aurore d'une ère nouvelle ; avec Scribonius commence réellement l'œuvre de restauration continuée après lui par les Prous, les Médek et les Harrach. Il refusa d'être à l'honneur après avoir été à la peine, ne voulut d'autre récompense de ses travaux que le droit de mettre au service du nouvel archevêque son expérience et son autorité '.

Ferdinand proposa alors à la Curie un homme qu'il avait appris depuis longtemps à estimer et à aimer, Antonin Prous de Mohelnitse. Descendant d'une bonne famille d'origine morave, Prous, éloquent, instruit, avait le goût des tâches difficiles : c'était un enthousiaste. En 1642, il avait demandé à accompagner comme aumônier l'armée qui marchait contre les Turcs; curé à Cheb, il avait défendu pied à pied le terrain contre l'invasion du Protestantisme. Ferdinand, après l'avoir choisi pour directeur, l'avait nommé conseiller privé, puis évêque de Vienen. Le pape, que l'attitude de Prous au Concile et son indépendance disposaient assez mal en sa faveur, céda cependant aux instances répétées de l'Empereur, et, le 5 septembre 1 56 1 , il fut confirmé archevêque de Prague. Le choix était heureux et Prous justifia la confiance du souverain : au milieu de difficultés inouïes et telles qu'elles pouvaient abattre les plus fermes courages, son dévouement ne faiblit pas et sa foi n'eut pas de défaillance; les succès immédiats ne furent pas très visibles, et

I. V. Borovy, Antonin Brous, p. 8 et sq. — Frind, IV, p. i32 et sq.

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comment en aurait-il été autrement? Mais il ouvrit la voie à ses successeurs et rendit possible leur victoire.

A lui seul cependant et réduit à l'appui du clergé national, il n'eût réussi à rien. Mais le roi lui avait fourni des collaborateurs admirables : quelques années plus tôt, il avait appelé en Bohême l'Ordre des Jésuites. Ici, comme dans l'Europe entière, ils allaient être les plus habiles et les plus vaillants apôtres du relèvement de l'Eglise.

Le pontificat de Paul IV (i555-i559) marque le moment de l'apogée du Protestantisme. En i558, un ambassadeur vénitien estime qu'un dixième à peine des Allemands est encore soumis à la Papauté. Non seulement ceux des pa3's germaniques qui sont aujourd'hui protestants, appartiennent dès lors, aux doctrines nouvelles, mais encore les provinces méridionales et occidentales, reconquises plus tard en partie par le Catholicisme, sont autant de fo3^ers d'hérésie. Dans les domaines des Habsbourgs, en dépit de la bonne volonté de Ferdinand, en Autriche et en Hongrie, les nobles sont presque tous protestants et les mesures les plus rigoureuses n'arrêtent pas les progrès de la Réforme dans les villes. Les peuples Scandinaves ont été des premiers à se séparer de Rome. Là même où l'autorité de l'Eglise a longtemps paru le mieux assise et le plus solidement fondée sur l'histoire et le caractère des populations, son pouvoir est mis en question; en Pologne, sous Sigismond-Auguste, les Luthériens et les Calvinistes se disputent sa succession. Le tableau n'est guère plus favorable si Ton tourne les 3^eux vers l'Europe occidentale. La Suisse et les Pa3's-Bas sont en grande partie protestants, l'Ecosse a été convertie par Knox, et l'Angleterre, schismatique depuis Henri VIII et exaspérée par les cruautés de Marie la Sanglante, confond ses destinées et celles de la Réforme. En France, une grande partie de la noblesse est gagnée par la contagion, et la reine Catherine hésite entre la messe et le prêche. Jusqu'à l'Espagne et à l'Italie où le mouvement d'opposition gagne de proche en proche et où des foyers d'invasion semblent annoncer l'explosion prochaine et générale du mal.

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Les prévisions les plus pessimistes sont naturelles, le flot grossit sans cesse, l'insurrection va emporter les dernières barrières : encore un effort, et de ce pouvoir pontifical devant lequel pliaient les peuples et les rois, un souvenir seul subsistera.

Les causes de cet effondrement sont très diverses, mais aucune n'avait plus facilité le triomphe des adversaires de la Curie que ses propres tergiversations et l'espèce de résignation inerte dans laquelle elle s'était renfermée. L'attaque Tavait surprise dans toute l'ivresse abandonnée de sse récents triomphes. Victorieuse des redoutables et hautaines assemblées du xv' siècle, forte de la connivence chèrement achetée des souverains temporels, elle croyait n'avoir plus qu'à jouir de ses succès, et, dédaigneuse de ses adversaires, s'absorbait dans le culte des lettres et des arts ou la chimérique poursuite de conquêtes territoriales. Pendant longtemps, les prédications de Luther ne réussirent pas à la distraire de travaux plus aimables; les querelles dogmatiques paraissaient assez insignifiantes et saugrenues à des hommes épris de l'idéal humaniste : avant que les Léon X et les Clément VII sussent très exactement ce dont il s'agissait, la moitié de l'Europe leur avait échappé. Il n'était pas très facile, d'ailleurs, d'organiser la résistance. Les mêmes raisons qui déterminaient la levée de boucliers contre Rome, expliquent qu'elle ait à peine essayé de se défendre. Elle n'aurait combattu avec quelques chances que si elle eijt opposé à ses ennemis un programme précis et une armée disciplinée, un credo et un clergé : mais, dans ce cas, la révolte ne se serait pas même produite. Ce qu'on lui reprochait, en effet, n'était-ce pas l'ignorance et la corruption de ses prêtres et la prépondérance qu'elle accordait aux intérêts matériels sur les questions religieuses? Quels auxiliaires que ces clercs qui n'avaient le plus souvent cherché dans les Ordres qu'un prétexte pour satisfaire doucement leurs vices ! Et les gardiens mêmes de la foi, les évêques et les papes, élégants, aimables, spirituels, étaient-ils assez sûrs de la vérité pour maintenir envers et contre tous l'infaillibilité

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de rÉglisc et l'immutabilité du symbole? Quand deux religions sont aux prises, la victoire appartient nécessairement aux plus religieux, c'est-à-dire non pas à ceux dont la doctrine est la plus pure, mais à ceux dont la conviction est la plus absolue. Les papes avaient contre eux Tincontestable supériorité intellectuelle qu'ils possédaient sur leurs ennemis.

Le fanatisme cependant est contagieux; l'avantage qu'il procure à un parti ne saurait ainsi jamais être que passager, parce qu'il provoque une réaction dont la violence est en proportion directe des passions qu'il a mises en jeu. La foi assoupie se réveilla, dès qu'elle fut contestée. Le Catholicisme avait tenu dans le passé une trop grande place, il était trop intimement uni à l'âme des peuples, il représentait un trop noble effort de la spéculation pour être dépossédé sans coup férir. Quelques uns des abus les plus scandaleux avaient cessé du jour où une secte nouvelle avait revendiqué la direction de la Chrétienté. Surveillé, le clergé avait rompu avec ses habitudes de laisser-aller et de négligence, et peu à peu, gagnant de proche en proche, un souffle de piété et de foi avait couru dans la hiérarchie tout entière. Quand le péril est grave, un instinct de conservation appelle aux postes éminents les plus intrépides et les plus ardents au combat. Sur le trône pontifical, les théologiens remplacèrent les humanistes, et les beaux esprits eurent pour successeurs des ascètes. Les soldats, mieux dirigés, coururent à la mêlée avec plus d'impétuosité, et leur courage à son tour ne toléra plus chez leurs généraux de faiblesse ou de transaction. Il s'établit entre tous les représentants de l'Eglise cette série d'actions et de réactions, qui se produisent toutes les fois qu'une nation, un parti ou une religion sont engagés dans une guerre de vie ou de mort; tous les combattants furent emportés d'un même élan irrésistible.

Entraînée par la masse des croyants et les entraînant, la Papauté reprit une vigoureuse offensive, et quelques années suffirent pour modifier radicalement la situation. Au Gon-

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cile de Trente, le Catholicisme prouva qu'il avait en lui assez de vitalité pour ne pas reculer devant les réformes nécessaires, mais ces réformes, loin de faciliter une entente avec les rebelles, — comme l'espérait l'indécision de ceux qui avaient plus de bonne volonté que de clairvoyance, — n'aboutirent qu'à marquer plus nettement la rupture, fortifièrent l'autorité pontificale et donnèrent au dogme la précision et la rigueur qui lui manquaient. Le clergé se tranforma et fut soumis à une discipline inflexible, l'indépendance des Eglises nationales disparut, les divergences de rites furent condamnées sans appel. — Les Protestants se croyaient maîtres du terrain, et ils s'aperçurent que la bataille commençait à peine. Ils ne se doutaient pas encore de l'importance du Concile de Trente qu'ils étaient déjà chassés de toute l'Europe méridionale ; Philippe II mettait au service de la foi menacée ses troupes, ses trésors et l'implacable obstination d'un génie dans lequel s'incarnait le fanatisme espagnol, trempé dans des siècles de croisades. A son appel, la défense s'organisa partout. Dans beaucoup de pa3's, les conquêtes du Protestantisme avaient été plus bruyantes que réelles ; l'élan des premiers jours s'était épuisé, des querelles intestines le rongeaient. C'était au tour des assaillants d'être surpris, et ils furent vivement ramenés en arrière.

Dans la lutte désormais ouverte entre le Protestantisme et le Catholicisme, et qui s'est continuée jusqu'au jour où l'apparition des idées philosophiques a, sinon réconcilié les diverses sectes chrétiennes, du moins détourné leur colère contre un nouveau et plus redoutable ennemi, les véritables organisateurs de la victoire furent les Jésuites. Les haines qui les poursuivent, la terreur presque mystique qu'ils inspirent, sont justifiées par les faits. On peut en parler sans haine et sans amour, mais non sans admiration ou sans épouvante. S'il est vrai de dire que c'est du Concile de Trente que date la rénovation du Catholicisme, il n'est pas douteux que sans leur influence Tœuvre du Concile n'eût pas été ce qu'elle fut, que seuls ils tirèrent des résolutions de Trente tout ce qu'elles renfermaient et qu'ils

fournirent à la papauté le cadre de l'armée dont elle avait besoin. « Les machinations de Satan sont inépuisables, dit l'historien de la Société, mais elles sont déjouées par la bonté divine. Pour éteindre la sainte religion et perdre une foule innombrable d'âmes, l'ennemi du genre humain avait inventé de séduire un moine et de le pénétrer de son horrible esprit. Ce fut un moine qui défit l'ouvrage d'un moine. Pour que la sagesse de Dieu ne parût pas inférieure à la ruse du serpent, il fallait opposer aux nouvelles bandes d'infidèles de nouveaux bataillons de croyants » '. Bataillons du Christ, armée de Dieu, soldats de la foi, les expressions militaires reviennent avec une sorte d'obsession sous la plume des écrivains de la Compagnie, et c'est bien une machine de guerre qu'avait créée Ignace de Loyola, la plus redoutable qui ait jamais été inventée pour le triomphe d'une idée. Sans volonté, détaché de tout lien terrestre, le jésuite est le plus discipliné des lansquenets comme le plus fougueux des apôtres et le plus héroïque des martyrs. Aucune tâche n'est trop ingrate à ses yeux, ou aucun devoir trop périlleux. Comme toutes les légendes, la légende du jésuite, telle qu'elle hante l'imagination populaire, est ridicule si on veut l'appliquer à tel ou tel personnage, mais vraie d'une vérité générale et profonde si on l'étend à la Société tout entière. En dépit des Provinciales, les jésuites sont personnellement de fort honnêtes gens ; quand on les rencontre dans l'histoire comme dans la vie, on éprouve volontiers pour eux de l'estime, souvent une certaine sympathie, quelquefois une respectueuse admiration. Modestes, instruits, de bonne compagnie, leur dévotion est sincère et souriante, leur piété, indulgente et aimable : moins durs aux autres qu'à eux mêmes, ils comprennent le monde et le dédaignent en le dominant; nul n'a su mieux qu'eux être des pêcheurs d'âmes, et ils ont conservé de leur fondateur la grâce irrésistible et le talent d'être tout à tous. Et cependant, au moment même où l'on ressent le plus

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