Convictiis ou Contiiberniitm nobilittm
2. Pour tous les détails relatifs au rôle des Jésuites dans l'enseignement, V. Tomek, Gescli. der Prager Univcrsitœt, p. 160-172.
conquirent très vite une réputation qui dépassa même les limites du royaume et excita la jalousie des universités protestantes. A certains points de vue, leur orgueil est justifié par les faits : les professeur^de l'ancienne Université, sans revenus, sans élèves, soumis à des règlements surannés, surchargés d'ingrats travaux administratifs, ne témoignaient pas toujours d'un zèle très vif et les exemples qu'ils donnaient étaient quelquefois peu édifiants. Chez les Jésuites, les leçons étaient plus régulières, la discipline plus exacte. Si l'on étudie cependant les choses de près, on s'aperçoit vite qu'ils s'entendaient surtout à amuser leurs élèves et à jeter de la poudre aux yeux des parents ou du public. Tout était calculé pour l'apparat. L'année scolaire n'était qu'une succession de fêtes dont les apprêts ravissaient d'aise les jeunes gens et dont l'éclat trompait les spectateurs. On répète volontiers qu'ils ont été les premiers pédagogues du monde, et cela est vrai si Ton entend par là que personne n'a mieux pratiqué l'art de s'insinuer dans l'àme de leurs élèves et de leur dissimuler les ennuis de la science. On s'instruisait chez eux, comme on faisait son salut, sans effort et sans souffrance. Un jour, c'était la procession du Saint-Sacrement; sur l'autel, des enfants, couronnés de fleurs, des ailes aux épaules, entonnaient un cantique sur le signal du maître. Toutes les fêtes servaient de prétexte à des cérémonies semblables, tableaux vivants, déguisements, chants et danses. On représentait la Cène, la Passion, les souffrances du Christ dans le jardin de Gethsémané. Peu à peu, ils s'enhardirent : après les pantomimes, les mystères. En i558, leurs étudiants représentèrent une véritable pièce : l'Église et son autorité sur les peuples ; en 1 559, le combat de la Chair et de l'Esprit; en i56o, l'Europe ou Tinstabilité des choses humaines ; les années suivantes, la chute de Saiil et le couronnement de David, la résurrection du Sauveur, saint Venceslas martyr; ce dernier m3'stère, joué en 1567, était en tchèque' . Des milliers de spectateurs assistaient à
I. Il convient de remarquer que les Jésuites suivaient l'exemple qui leur avait été donné par l'Université utraquiste. Le goût du théâtre tendait alors
ces représentations, quelques-uns ne ménageaient leurs railleries ni aux acteurs ni à leurs maîtres; la masse ne comprenait rien à tout ce latin, mais s'enthousiasmait au bel ordre du spectacle, à la musiqu^, à la mise en scène, aux défilés et aux combats '. Et pour les élèves quelle griserie que ces fêtes, avec les répétitions qu'elles exigeaient, les applaudissements de la foule, les félicitations des grands personnages, les dîners qu'on leur offrait! La vie scolaire tout entière n'était qu'une perpétuelle mise en scène. En ibbg, pour la Pentecôte, les Jésuites organisent une grande cérémonie, les élèves prononcent des discours latins et grecs, célèbrent les sept dons du Saint-Esprit dans des vers macaroniques, tchèques, allemands, italiens, latins, grecs et hébreux : ils n'avaient pas deux ans détudes ! Tous les dimanches, un élève de rhétorique récite devant ses camarades une poésie ou un discours. Le samedi, l'école s'ouvre aux parents, et, devant eux, sous la direction des professeurs, des discussions s'engagent sur les sujets les plus difficiles : chaque enfant étale son érudition, déploie ses grâces. A la fin de l'année, une joute oratoire plus solennelle se termine par une distribution de prix.
Dans tout cela quelque chose d'artificiel, de peu sérieux, et comme une odeur de mensonge. En somme, les élèves n'apprennent pas grand'chose. Les parents s'étonnent de leurs progrès rapides en latin. Les professeurs, ne parlant pas le tchèque, leur serinaient quelques mots, quelques phrases. Que prouvait ce baragouin? Les Jésuites n'inspirent pas à leurs disciples le goût et le respect de la science, ne cherchent ni à ouvrir leur esprit ni à former leur raison. C'est un indice peu favorable que les écrivains qui sortent
à se répandre, et les élèves étaient les acteurs ordinaires. Les brimades (examen patientiae) étaient ordinairement accompagnées d'une représentation. En 1 339, on joua, dans le collège de Charles, Suzanne, et telle était l'atfluencc que les galeries faillirent s'écrouler. La pièce fut reprise en i343, avec un tel succès que les étudiants durent donner une nouvelle représentation au palais royal devant Ferdinand et Anne. Jiretchek, Les anciennes pièces de tliedtre en Bohème, dans les Pamatky staré litcratury tcheské, t. III.
I. On trouve de très curieux détails sur ces représentations dans la Chronique tchèque-morave (en tchèque), vol. IV, par Korzan, p. 198 et sq. — Prague, 1881.
de chez eux en Bohême soient si rares et si médiocres. Il n'est pas jusqu'à l'ancienne Université, malgré sa décadence, qui ne leur soit infiniment supérieure ; les études y sont plus graves, les méthodes plus élevées. Quel de leurs pieux humanistes soutiendra la comparaison avec Mathieu Kollin? Entre leur recteur Brogelmann, qui fait la chasse aux âmes, et Bachatchek qui n'est animé dans ses efforts pour relever rinstruction que par le culte de la vérité et du beau, il y a tout un abîme.
Ils se bornent à orner la mémoire, introduisent le déplorable système des morceaux choisis, destiné à une si longue fortune ; tout ce qui risque de provoquer la réflexion, les épouvante. Ils mutilent l'antiquité ; à ces merveilleuses littératures grecque et latine, ces grandes émancipatrices où s'est allumé l'humanisme, ils ne demandent que des procédés de rhétorique. Aucun auteur classique n'est lu d'un bouta l'autre; à peine si quelques discours deCicéron trouvent grâce devant leurs yeux. Leur foi flaire partout des dangers. En i559, ils proscrivent de Técole un livre d'Érasme, De copia verboriim, non que l'œuvre en elle-même soit suspecte, mais parce que l'auteur n'est pas en odeur de sainteté. L'étude du grec est très négligée, l'histoire et les sciences, absolument écartées. Le professeur de philosophie ressasse les vieilles définitions scolastiques, le professeur de théologie explique le Livre des Sentences de Pierre Lombard. Les jeunes gens qu'on leur confie, ils veulent en faire non des savants et des hommes, mais des fils dociles de l'Église. La musique, les cantiques, les commentaires religieux, la récitation du catéchisme, les exercices de piété absorbent la plus grande partie du temps. Les élèves communient tous les dimanches, quelques-uns deux fois par semaine. On développe chez eux cette dévotion mystique qui a de tout temps fleuri dans l'Ordre. Dans les églises, dans la rue, certains de ces jeunes gens ont des visions : Jésus, la Vierge leur apparaissent ; les professeurs écoutent tous ces récits, en mènent grand bruit. L'idée de miracles incessants, la croyance à l'intervention divine dans tous les incidents de
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la vie, dans les examens, pénétre ces âmes tendres, destructrice de toute conception scientifique du monde et de la morale. Dans la vie comme dans la science, l'important est de sauver les apparences, d'éviter le scandale : les étudiants sont admirablement dressés, très respectueux pour les Pères, d'une politesse pleine d'onction, leur attitude au service ,divin est un sujet d'édification, les cœurs simples sont émus de leur voir suivre la procession, les 3eux baissés : le diable n'y perd rien, et les documents contemporains prouvent que cette vertu de surface ne résiste guère aux tentations '. Les Jésuites ne se confinaient pas dans leurs collèges : ils attaquent la société par tous les côtés à la fois; en même temps que professeurs, ils sont prédicateurs, aumôniers, missionnaires, écrivains, que sais-je? Pendant les premiers temps de leur séjour h Prague le petit troupeau fidèle se désagrégeait encore à vue d'œil ; on prétend qu'en i559 un seul prédicateur utraquiste avait converti cinq cents Catholiques. Ces désertions en masse étaient faiblement compensées par les quatorze prosélytes qu'avaient ramenés les Pères 2. Malgré tout, ils gardaient bonne contenance, cherchaient à frapper l'imagination populaire, célébraient les cérémonies du culte avec une pompe depuis longtemps oubliée, visitaient les prisons, encourageaient les condamnés et obtenaient leur grâce quand ils se convertissaient. Les vendredis et les dimanches, deux d'entre eux allaient dans les hôpitaux, et, après avoir prodigué leurs soins aux malades, les catéchisaient. Ferdinand leur avait confié en i562 la censure des ouvrages imprimés et ils s'acquittaient de leurs fonctions « consciencieusement ». Ils encourageaient leurs pénitents à leur livrer les ouvrages suspects et les brûlaient en grand apparat. Déjà on les recherchait comme confesseurs; ils avaient l'oreille de la cour et l'archiduc Ferdinand suivait avec beaucoup de régularité et de dévotion les sermons de Blyssemius. Dans une ville où Ton ne par-