‹ Les premiers pas sur la grand'route [microforme]Chapitre 4 sur 12 · SR · texte numérisé non relu

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que nous étions bien loin d’avoir prévues! Luimême nous apprit qu’il avait grandi jusqu’à l’âge de 5.ou 6 ans, à la campagne, auprès d’une grand-mère foncièrement chrétienne ; il avait été formé par elle aux meilleures pratiques de piété. Depuis, le pauvre petit avait été rappelé par sa famille, en ville, où il était presque entièrement livré à lui-même Toutefois, en dépit des mauvais exemples et des mauvais contacts, les premières impressions de piété vivaient encore, quoique endormies, au fond de son âme. Elle s’éveillèrent dès qu’une influence meilleure se fit sentir. Sa 1re communion fut une des plus consolantes que nous ayons vues : elle était, à n’en pas douter, l’œuvre de la pieuse grand’mère.

Mais pour donne: à vos enfants, Madame, cette première et si importante formation religieuse, le temps est court. Vous nous demandiez s’il n’était pas trop tôt pour l’entreprendre et nous vous répondons : Iln’est jamais trop tôt ; mais l’heure une fois passée ne se retrouve plus.

Avez-vous joui parfois de l’automne à la campagne ? Après les derniers beaux jours, pendant lesquels la

charrue a sillonné impitoyablement les champs de.

labour, le vent est venu avec la pluie, et la tempête a soufflé durant de longues périodes sur la campagne

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désolée. Peu à peu, cependant, le calme s’est fait dans la nature. Un matin, comme le laboureur examinait le ciel suivant son habitude, il a dit : “ Le jour sera bon pour les semailles. ”? Et il est parti emportant sa provision de grain. Puis, sous le ciel apaisé, dans les sillons largement ouverts et tout humides encore, il a jeté la semence de ce geste “auguste ”, large et si impressionnant. Mais il n'est pas seul ; à droite, à gauche, d’autres labou- , reurs l'ont imité. Aujourd’hui, le temps est bon, le | sera-t-il demain ?...

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L'âme de votre enfant, Madame, est une terre douce et fertile où le bon grain pénétrera sans peine ; | : le vent des passions n’y a pas soufflé, les mauvais ger- | mes ne s’y sont pas développés encore. Profitez donc de ces conditions favorables pour y semer aussi | la bonne semence... à pleine mains !

La moisson ne se fera pas attendre. Vous verrez, avec surprise, vos enfants saisir très vite toutes les EL délicatesses et toutes les générosités d’une piété vraie. f Une jeune et admirable mère de famille nous écrivait récemment au sujet de son petit garçon : “ Jean a ‘une vie intérieure intense. Ilne se livre pas à tout “le monde, mais Dieu sait avec quektendresse suave “le cher petit se donne à moi, surtout quand nous ‘sommes seuls. Il a des reflexions surprenantes “ pour son âge et qui prouvent que réellement Dieu ‘se révèle aux petits. Souvent, j’ai été émue en le

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‘“ voyant prier... ses paupières baissées, ses petites ‘“ mains eroisées sur sa poitrine... Que se passe-t-il ‘“ donc entre Dieu et un cœur de six ans ? ” Les anges, seuls, pourraient nous le dire ; seuls, surtout ils pourraient nous dévoile: les grâces qui s’accumulent ainsi dans l’âme de nos chers petits et qui seont une réserve de force où ils puiseront toute leur vie,

Toute leur vie! Avez-vous mesuré la portée de cette parole ? Un religieux qui dépensait, dans les œuvres d’apostolat, les meilleures ressources de sa santé et de sa jeunesse, répétait souvent : “ Je serai assez payé de mes peines si je parviens à empêcher une seule faute.” Combien, vous, Madame, pourrez-vous en faire éviter : l’avenir moral Ge vos enfants est presque tout entier entre vos mains. S’il était possible de calculer les fautes de toute une vie — de ces vies surtout qui n’ont pas eu d’enfance chrétienne — quel chiffre énorme, hélas ! devrionsnous atteindre ! A ces fautes personnelles, ajoutez celles que font commettre l’exemple, les œuvres, l’influence qui survit à la mort et appréciez le mal que peut accomplir une seule âme durant son existence...etaprès. Ce mal, si redoutable en lui-même et dans ses conséquences, vous pouvez, Made», le combattre à sa source et l’endiguer tout à fait.

La charité chrétienne a fondé beaucoup d’œuvres ; toutes sont si belles qu’on ne saurait auxquelles donner la préférence. Néanmoins, dans un sens plus

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strict, plus absolu, il est mieux de prevenir le mal que d’avoir à le réparer. Ah ! si notre regard pouvait pénétrer jusqu'aux réalités sur:aturelles ; si vous pouviez voir ce qu'est Dieu, ce qu'est le péché, et la splendeur d’une âme qui a gardé son innocence, rien ne vous paraîtrait trop difficile pour réaliser cette œuvre magnifique !

Ayez une ambition plus haute encore. Rêvez de faire accomplir à vos enfants tout le bien qu’il leur sera possible. Blanche de Castille nous a donné saint Louis ; donnez à la France de ces vrais, de ces grands catholiques dont elle a tant besoin. Vous avez cette puissance. Faut-il citer les noms de tant d'hommes célèbres, de tant de saints qui doivent à l’influence d’une mère chrétienne ce qu’ils ont été et ce qu’ils ont donné à leur patrie et à l’Église ?

Et si cette tâche sublime vous coûte quelques efforts, ne serez-vous pas largement récompensée par la grandeur et la beauté du résultat ? Au lendemain de la Commune, Mme Lavergne écrivait à une de ses amies : “ La journée du 24 a été terrible, mais l’une “des plus belles de ma ‘ie. Sais-tu pourquoi ? “ Pas un de mes enfants . pâli, n’a reculé d’une “ligne. L’incendie, l'explosion, les obus et les balles ‘rien n’a effacé de leurs chers visages la sérénité des “enfants hébreux dans la fournaise. Ce sont de “vrais chrétiens, de vrais Français. Alleluia ! ”

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Vous aurez des joies et des fiertés semblables, Ma. dame, si vous avez su donner à vos fils, dès leurs petite enfance, une piété vraiment solide et virile. Et votre action, si efficace durant leur vie, aura peutêtre une intensité plus grande encore au moment de leur mort.

Une jeune femme, infirmiere de la Croix-Rouge, demandait à un de nos soldats blessés : “ Quelle est votre impression quand vous tombez sur le champ de bataille, gravement atteint ? — Madame, nous pensons à notre mère. — Mais vous pensez aussi à vos femmes, à vos enfants ? *” — Le soldat sourit et se contenta de répondre : ‘Madame, que voulez-vous ! Nous pensons d’abord à notre mère. ”

Ainsi, vous serez là, Madame, à cette heure suprême. Quand tout s’évanouira autour de votre enfant, et que la mort se fera plus proche, c’est vous qu’il nommera dans un dernier élan de tendresse filiale. Unisez donc intimement votre souvenir au souvenir de Dieu ; et, dans cet instant solennel qui décidera de son éternité, votre enfant ne pourra penser à vous sans penser à Lui.

Vous aurez alors pleinement accompli la mission qui vous était confiée. Cette mission, trop de mères chrétiennes l’ont oubliée de nos jours. Vous avez: donné ia vie à vos enfants, c’est beaucoup ; ce serait vraiment bien peu si vous ne leur donniez que cela À quoi cette vie leur serait-elle utile, s’ils ne devaient

jamais en connaître ou jamais en atleindie la ; essentielle qui est Dieu ?

Mais vous voulez, dites-vous, leur enseigner une piété sérieuse. Etes-vous décidée à consacrer tout vos efforts à cet enseignement, à le considérer comme votre devoir le plus sacré, comme votre œuvre la plus importante, auprès de laquelle toutes les autres vous paraîtront secondaires ? Et cette piété, voulez-vous la donner aussi profonde, aussi ferme, aussi abondante qu’il vous sera possible ? Si mon insistance vous étonne, je vous demanderai : Dieu ne mérite-t-Il pas la plus grande et la meilleure place dans notre vie ?

Il n’est point nécessaire, d’ailleurs, que vos enfants restent des journées entières les yeux baissés et les mains jointes. La pratique de la vraie piété n’est pas cela. Qu’est-elle donc? Ah ! c’est bien simple c'est ‘ faire son dev r en aimant Dieu ”. Pour un enfant c’est prier, évidemment, c’est étudier, obéir, mais c’est aussi jouer, courir, se développer de toutes manières et être le rayon de soleil du foyer. La piété n’exige que l’accomplissement du devoir, et elle le rend plus parfait, plus facile, plus joyeux ; elle suggère à l’âme ce motif qui adoucit les peines les plus dures : l’amour.

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Entendue en ce sens, la piété sera, pour nos chers petits, une source de consolstioi.s abondantes dans l’avenir ; dès maintenant, elle leur donnera les joies les meilleures, comme elle fera leur charme le plus vrai et le plus attirant. Que toute leur enfance soit donc illuminée par cette lumière céleste, qu’ils n’en puissent garder que de purs souvenirs et qu’ils vous doivent, Madame, l’inestimable bonheur de répondre comme ce grand saint, à qui l’on demandait : ‘ Depuis quand aimez-vous Dieu ? — Depuis quand ?... mais depuis toujours ! ”

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