‹ Les premiers pas sur la grand'route [microforme]Chapitre 5 sur 12 · LETTRE · texte numérisé non relu

LETTRE

Faire respecter la piété:

1° Par une grande dignité 2° Par une grande sincérité ; 3° Par une fermeté pleine de tact ; S’il faut faire respecter la p'été, il faut aussi la faire aimer.

MADAME

Vous connaissez mieux maintenant, nous l’espérons le but que vous avez à poursuivre, vot-e horizon s’est élargi et, au delà des limites étroites qui l’avaient borné jusqu’à cette heure, un idéal vous est apparu } capable de satisfaire vos plus légitimes ambitions. |

Ne vous étonnez pas, si, avant de l’atteindre, vous Le

avez de nombreuses difficultés à surmonter : rien de a grand ne peut être accompli, en ce monde, sans efforts Ÿ et saus peine.

Vous formerez vos enfants à la piété, vous la leur #4

ferez connaître par vos exemples et vos conseils ; fl vous allez pour ainsi dire, la personnifier à leurs ff yeux. Ce rôle vous crée des obligations très sérieu- 1 ses ; vous ne pourriez les négliger sans diminuer #

votre influence et compromettre aussitôt l’œuvre entreprise. N’avez-vous pas remarqué que la même parole, dite par deux personnes, produit en vous, parfois, une impression très différente ? Pourquoi ? Parce que vos sentiments à leur égard sont aussi très différents. Il est donc utile d’examirier, dès

maintenant, les rapports qui doivent exister entre vous et vos enfants.

* Ces rapports seront fondés sur le respect. Le mot n'est pas à la mode, aussi bien la famille n’a-t-elle jamais été plus profondément ébranlée. Promettezvous bien, Madame, de résister de toute votre énergie à ce courant dangereux. Vous n'êtes pas libre d’ailleurs, de vous monter indiférente sur un point si important : Ja déférence que vous demandez ne s'adresse pas seulement à vous, mais à l’autorité de “Dieu que vous représentez.

Vous exercez dans la famille un véritable ministère ; il vous donne des droits, il vous impose aussi des devoirs, et, particulièrement, celui de garder en tout la plus grande dignité,

Il ne s’agit pas de vous composer un air solennel dont vous ne vous départirez plus, ni de traiter vos enfants avec rigueur : le respect n’est pas la crainte. Avec qui seront-ils à l’aise, si ce n’est avec leur mère ?

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Cependant ils doivent sentir lu distance qui les sépare de vous ; cette distance, conservez-la. Tenez votre âme très haut pour qu'ils n’en puissent observer les misères. Vous y êtes doublement obligée : par la loi du bon exemple et par l'autorité que vous détenez et dont vous n’avez par le droit d’affaiblir le prestige. Contenez donc vos impatiences, votre mauvaise humeurs, vos antipathies et autres impressions peu édifiantes ; pour tout résumer d’un mot, possédezvous. À ce prix, vous gard .z votre ascendant et vous exercerez une influence véritable.

Ne dites pas : les enfants ne peuvent comprendre

ces nuances. Îls ne raisonnent pas leurs impressions, :

peut-être, mais ils sentent admirablement. Si vous saviez comme ils nous pénètrent bien et comme ils nous ont vite jugés ! Une jeune femme, frivole et mondaine, parta't pour une des fêtes où le plaisir l’entraînait presque chaque jour. Elle franchissait le seuil de sa porte quand sa petite fille vint à passer : “ Au revoir, mignonne.” L'enfant s'arrête, lève les yeux vers sa mère, toute parée : ‘‘ Au revoir, Maman, amusez-vous bien ! ”

Inspirez d’autres paroles à vos enfants Madame ; qu'il vous estiment assez, qu’ils vous croient assez au-dessus d’eux pour ne pas vous traiter comme une petite compagne de jeux! Méritez le respect qui vous est dû, et puis exigez-le.

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Sur ce point soyez très ferme, presque sévère. Ne laissez rien passer. C’est un pli à donner ; une fois pris, vos enfants s’y conformeront d'eux-mêmes. Tenez à ce que leurs paroles et toute leur attitude soient absolument déférentes à votre égard. L'acte extérieur est le fruit de l’acte intérieur, mais, à son tour, il le fortifie ; il développe et fixe dans l’âme les sentiments qui l'ont inspiré. Aussi, est-ce une grande faute de le r igliger. Croyez-le bien, Madame, le respect ne nuira pas à l’abandon que, très réellement, vos enfants doivent garder avec vous, au contraire ; ils agiront avec moins de sans-gêne, mais avec plus de vraie coufiance.

Nous voyagions, un jour, sur une petite ligne de chemin de fer. Dans notre compartiment, une fillette, menue et fréle sous sa capote et son manteau de velours, s’impatientait très fort de la longueur du voyage et s’agitait de plus en plus. “ Maman, n’arriverons-nous donc jamais ? — Oui, chérie, à la prochaine gare”. Lorsque le train ralentit sa marche elle était déjà debout : “ Vite, vite, Maman, descendons. — Oui, chérie, à la prochaine gare, — Mais Maman ? — Allons, sois sage, cette station est la derniére et le voyage sera terminé, et tu pourras marcher, même courir. — Bien sûr ? — Bien sûr.” Le train

repar:. Nouvel arrêt, nouvelle déception. Pour la troisième fois, la pauvre mère fit entrevoir l’arrivée prochaine et — enfin ! — elle disait vrai ; mais la

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fillette ne voulut rien entendre et, les poings serrés de colère : “* Maman, tu ne me dis que des mensonges et je ne te croirai plus jamais, jamais !”” Voyez, Madame, comme le manque de respect touche dé près le manque de confiance.

Mais vraiment on abuse trop de la crédulité des enfants ! Promesses, menaces, rien ne se réalise ! Et l’on s’étonne de perdre peu à peu leur confiance. Ils sont très logiques ! Vous voulez qu'ils vous croient, Madame ? c’est très simple, ne les trompez

pas. Vous verrez alors quelle belle foi ils auront en vous : “ Maman l’a dit ! ” ce sera leur argument invincible, pour eux ce sera tout dire. Inutile d’ajouter qu'ii n’est pas possible, ni à propos, de dévoiler toujours la -‘érité ; du moins doit-on la respecter toujours.

Certains enfants sont très questionneurs. Si vous sortez avec eux, vous entendez une litanie d’interrogations se dérouler tout le long de la route : “ Maman, quelle est la hauteur de cette montagne ? Comment s’appelle ce petit insecte ? A-t-il un nid ?.. .”

Pour répondre à ces terriblesexaminateurs, il faudrait avoir fait des é*udes spéciales de géographie, d'entomologie et de bien d’autres sciences. Ne nous plaignons pas, cependant, de leurs questions si

imprévues, quelquefois. Ceux qui les posent sont intelligents, faciles à intéresser ; ils nous offrent une excellente occasion de les développer et même de former leur âme. Mais, enfin, vous êtes prise au dépourvu. Que faire ? Eludez la question si vous Pouvez — ce sera fréquent, — sinon dites : “Je ne sais pas.” Ce conseil, évidemment, doit être suivi avec prudence: ; mais, Madame, ne vaut-il pas mieux montrer les limites de vos connaissances que de fausser l'esprit d’un enfant par des notions inexactes? Ne vaut-il pas mieux qu’il vous croie moins savante et plus sincère ? Ou bien, préférezvous qu’il juge, — lorsqu'il sera mieux informé, — que vous n’aviez pas plus de science que de sincérité ?

Il est des questions sur lesquelles vous devez être scrupuleusement exacte : ce sont celles de la piété. Dans ce domaine, plus encore que dans les autres, ne faussez rien, n'exagérez rien. Ne racontez pas, — comme une institutrice le faisait un jour à un petit Barçon, — que, pour la fête de N oel, l'Enfant Jésus descend du Ciel dans une voiture attelée de colombes. et toute une suite d’imaginationssemblables. C’est à la fois déplacé et imprudent. Vous narrez un fait,

1. Je n’ai jamais hésité, pour mon compte, avec mes terribles et très malicieux neveux, d'avouer que “ je ne Savais pas”. Ni le respect dont ils m'entouraient, ni le prestige que j'ai pu avoir à leurs yeux n’en ont été diminués. Il semble pourtant qu'une institutrice, dans ses leçons, avec certaines élèves. fera mieux d'éluder la question ou, tout au moins de l’ajourner, : ..!: 2:

peut-être légendaire. Votre auditeur, aussitôt, vous pose la question obligatoire : “ Est-ce arrivé ? ” N'affirmez pas, si vous n’êtes pas sûre. ‘“ mon histoire, — protestez-vous — sera moins intéressante. ” Eh bien, elle sera moins intéressante ; mais quand vous citerez un trait de l’Évangile, ou raconterez la Passion, et direz : “ C’est vrai ”, votre enfant vous croira sans arrière-pensée.

Une heure viendra peut-être — et combien impressionnante ! — où, ses yeux dans vos yeux, ce même enfant vous exprimera son premier doute sur les mystères de la religion. Vous comprendrez, alors, la necessité de posséder sa confiance entière, et vous ne regretterez pas les peines qu’elle vous aura coûtées.

Votre sincérité doit s’étendre plus loin encore. Nos chers petits ont leurs secrets : ‘“ Maman, je vous dis cela, à vous, mais vous ne le répéterez à personne, n'est-ce pas ? ” Vous promettez. Le soir, une visite arrive. Dans le salon, non loin de vous, votre petit garçon paraît tout absorbé dans la contemplation de ses images. Bien convaincue — et à grand tort — qu'il ne saurait vous entendre, vous racontez à votre amie la confidence du matin. Naturellement elle provoque vos exclamations et vos sourires. Vous ne doutez pas, Madame, du mal que vous pouvez faire ainsi ; vous enlevez toute naïveté, toute spontanéité à votre enfant ; vous tuez sa confiance. Ne le trahissez donc pas ! Ce que vous jugez sans impor-

tance est très grave à ses

Yeux ; prenez-le très sérieusement aussi.

ne lui fit pas sentir ; elle ne sourit même

à être plus obéissant, plus studieux, ajoutant que plus tard on verrait.

Plus tard, il entra dans la Compagnie de Jésus.

Ce tact est rate, et trop rares les enfants qui ont une intimité vraie avec leur 1ère. I] serait de toute utilité, Madame, que les vôrres fussent eXpansifs avec Vous et très confiants : VOus pourriez les conduire avec beaucoup plus de sûreté et d'efficacité. Mais, Prenez garde ! il faut des délicatesses infinies aborder une âme. Ne heurtez à vous : une parole brusque, cela, un air indifférent peut vo

pour Pas celle qui s’ouvre un sourire, moins que us la fermer à Jamais.

se

à-propos :

Le tact vous inspirera la la souplesse vous permettra de varier votre attitude et de la plier à la necessité du

moment. Vous aurez à faire, en effet, à des natures très différentes, dans des circonstances toujours diverses. C’est ainsi que, tout à l’heure, nous vous disions d’agir avec une extrême délicatesse et voici que nous vous demandons, maintenant, de vous raidir dans une fermeté inébranlable : l'autorité que vous devez faire respecter doit aussi être obéie.

Obheir ! n’est-ce pas la grande épreuve des enfants ? Et les parents ne rendent-ils pas plus pénibles, parfois ce devoir si dur en lui-même? Nous avons eu l’âge de ces petits, nous ne nous en souvenons plus ! et nous leur demandons plus qu’ils ne peuvent donner. Vous voulez, par exemple, qu’un petit garcon vif et turbulent reste tranquille, dans une chambre, des heures entières. Vous lui imposez un vrai martyre ! Il aura cinq minutes de bon vouloir, puis, tout à coup, ses nerfs se détendront. .. et vous verrez !

Sachcz-le bien, Madame, tout ordre, donné par vous et non exécuté, affaiblit votre autorité. Ne commandez donc pas à la légère et à tout propos ; réfléchissez, pesez vos paroles, et n’exigez rien qui ne puisse être accompli.

Mais, une fois votre décision prise, soyez ferme envers et contre tout. Les enfants sont habiles et excellent ‘‘ à tâter ” le terrain ; ils ‘ essaient ”” les personnes chargées de les conduire ; s’ils compren- }} nent que toute résistance est inutile, ils se plient facilement à leurs volontés. 1

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cas Où la pénitence étant trop sévère et l'enfant s’obstinant, vous seriez Obligéde Céder. Ilse sera montré le plus fort, il vous aura infligé une défaite : croyez bien qu’il ne l’oubliera pas !

la guerre. Le Rauvre petit avait trois ans. Son

son, douée d’un ensemble Je qualités rares. Il fut

Or, un Matin, tante Rose vient réveiller son neveu adoptif et veut, comme à l'ordinaire, lui faire faire son signe de Croix, I] refuse. Elle insiste, Prie, menace. :- Peine perdue ! “ C’est bien, dit-elle, très calme, on ne te lèvera pas tant que tu

an

de solitude pour avoir dit : non. Un soir pourtant la jeune fille s’entend appeler : ‘“ Tante Rose, tante Rose ! ” et le petit coupable continua à voix haute : “Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Aiïnsi-soit-il ” ; puis se parlant à lui-même : “ C’est bien vite fait tout de même!” C'était la fin des hostilités et la paix, conclue aussitôt, ne fut plus jamais troublée. Cet enfant, d’une opiniâtreté peu ordinaire, était entièrement dompté. On ne se souvient pas que, depuis, il ait résisté une seule fois à sa tante. Il vit encore d’ailleurs et peut en témoigner.

Voilà, Madame, les résultats qu’il est possible d'obtenir. Cette énergie froide, calme, impressionne beaucoup plus un ent: -e les impatiences, les exaspérations et les éclats de voix. Ilfaut beaucoup de tact, une grande possession de soi-même et une volonté très ferme pour s'imposer ainsi à une nature difficile. Mais, une fois dominé, un enfant se laisse facilement conduire ; et le plus terrible est peut-être celui qui vous prépare le plus de conso: lations. Il est entendu, Madame, que vous n’abuserez pas de sa volonté, que vos ordres seront toujours raisonnables et que vous chercherez moins votre

Satisfaction que son plus grand bien. A ces condi-

tions il fera de rapides progrès.

Et alors, vous pourrez être bonne sans contrainte, autant que votre cœur vous l’inspirera ! Où donc

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