LAUSANNE
« L'enquête que vous faites touchant M. Brousson ne me surprend point : il y a dans cet homme tant de bien et tant de mal à mon jugement, que je puis dire qu'à mon égard il est un mystère. J'ai fait ce que j'ai pu ici pour faire au moins suspendre sa réception au ministère; mais je n'ai pu en venir à bout, l'éclat de sa résolution à prêcher en France ayant ébloui tout le monde. Cependant on en est bien revenu, et quelques-uns des plus échauffez en sa faveur commencent à le prendre pour un visionnaire anabaptiste. Pour moi j'ai toujours craint que, pour le moins, il ne le devînt, s'il ne l'est pas encore, et je le lui ai dit à lui-même. Mais il est trop rempli de ses bonnes intentions pour pouvoir être détrompé. En un mot je crois qu'il a des vues bonnes, zélées et pieuses ; mais il se précipite et il est incurable par la bonne opinion même d'être sain et saint plus que les autres. Dieu veuille lui déciller les yeux. Le temps vous le fera connoître assez tôt pour prévenir le danger de ses saillies. Je vois que M. Ju-
rieu a beaucoup de foiblesse, aussi bien que de bonnes qualitez. Néanmoins je suis toujours pour lui, à cause des bons ouvrages qu4l a donnez au public. Le reste lui doit être pardonné. J'espère que M. Brousson ne le trompera pas, quelque inclination qu'il ait montré pour les prophètes de Dauphiné, ou, s'il le trompe, Terreur n'aura pas de danger en ses suites. Car M. Brousson étant un peu novateur pour de certaines petites manières, et donnant tête baissée dans quelques baga« telles et cérémonies superstitieuses, cela fera sans doute revenir M. Jurieu de la grande estime qu'il peut avoir pour lui. « Le 8 septembre 1694. »
I. Cette lettre n'est point signée ; on n'y marque pas même le lieu d'où elle est écrite : du moins ces deux défauts se trouvent dans la copie que Brousson en a vue. Or tout le monde sait que c'est le propre de la calomnie de se cacher. Celui, dit Jésus-Christ, qui fait des choses mauvaises hait la lumière. Jean 3, 20. Il est vrai, comme on l'a déjà touché, que les choses qui sont contenues dans cette lettre en font connaître l'auteur. Mais il est toujours constant que, dans unelettre de cette nature, le défaut de seing et d'expression du lieu d'où elle est écrite, est la marque d'une conscience qui n'est pas sans reproche.
II. Il dit d'entrée à celui à qui il écrit : L'enquête que vous faites touchant M. Brousson ne me surprend point. Il n'est pas surpris de cette enquête. Il veut faire entendre par là qu'il savoit bien que la conduite de Brousson donneroit bientôt lieu à faire enquête de ses mœurs ou de sa doctrine. Nous verrons dans la suite comment il soutiendra cela. Cependant qui est-ce qui a ordonné cette enquête ? Et qu'est-ce que Brousson a fait pour y donner lieu ? Il est venu en Hollande pour continuer à y travailler selon son pouvoir pour la défense de la vérité et pour l'avancement du règne de Dieu : est-ce là une matière d'enquête ? On voit ici qu'il y a des gens bien malins qui ne cherchent qu'à détruire leurs frères sans aucun sujet, et à les empêcher de travailler à l'œuvre du Seigneur.
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. UI. ny a dans cet homme, dit l'auteur de la lettre, tant de bien et tant de mal, à mon jugement, que je puis dire qu'à mon égard il est un mystère. Mais il avoit dit la même chose dans sa prédication : cependant il confessa ensuite qu'il s'étoit contredit, et qu'il avoit msnti. En effet, il est mal aisé de comprendre qu'il y puisse avoir tant de bien et tant de mal en une même personne. D'ailleurs on ne voit ici rien de précis : ce sont des paroles vagues et jetées en l'air ; il n'y a point d'innocent qu'on ne peut calomnier de cette manière. La malignité de l'auteur de la lettre est même toute évidente. On fait une enquête touchant Brousson, on s'adresse à lui comme le connaissant, l'auteur de la lettre reconnoît qu'il y a du bien en lui et il ne dit pas en quoi consiste ce bien. D'un autre côté il ne parle aussi du mxil que vaguement, afin que Brousson ne puisse s'en justifier. Chacun jugera si ce procédé porte le caractère de l'équité et de la sincérité.
IV. J'ai fait, ajoute-t-il, ce que j'ai pu ici pour faire au moins suspendre sa réception au ministère. Mais, avec le respect qui lui est dû, il dit un mensonge. Il n'a jamais prétendu que Brousson ne dût pas être reçu au saint ministère, ni qu'il fallût suspendre sa réception. Il fut contraint de reconnoître avec les trois Académies de Berne, de Lausanne et de Genève, que le ministère que Brousson avoit exercé en France sous la croix durant quatre ans entiers, étoit légitime et que la vocation extraordinaire qu'il avoit eu pour cela, par le zèle et les autres grâces qu'il avoit plu à Dieu de lui accorder, suffisoit dans les pays où le ministère ordinaire n'a pas lieu suivant l'article xxsj de la Confession de foi des Églises de France ; d'autant plus que Brousson avoit eu la vocation du peuple et celle même d'un pasteur extraordinaire dont le ministère avoit été approuvé par le Synode de Hollande. Mais il disoit que la vocation ordinaire lui étoit encore nécessaire dans les pays où le ministère ordinaire étoit établi. Cependant les Académies de Berne, de Lausanne et de Genève, après avoir bien
examiné la chose, jugèrent que la vocation de Brousson étant légitime, et Brousson ayant durant quatre ans entiers fait toutes les fonctions du saint ministère, comme prêché publiquement la parole de Dieu, administré les sacrements du baptême et de la sainte Cène, exercé la discipline, et servi par ce moyen un fort grand nombre d'Églises, qui en avoient été édifiées, il n'étoit pas raisonnable de le recevoir au saint ministère comme un simple proposant ; mais qu'il suffisoit de le confirmer dans le ministère par l'imposition des mains après avoir examiné sa conduite et sa capacité. Ce qui ayant été exécuté on lui en donna un acte authentique. Depuis encore, Brousson a été agrégé par le synode des Eglises wallonnes de Hollande, avec une seconde imposition des mains, laquelle ne déroge point au ministère précédent, comme il paroit par l'exemple de saint Paul, qui après avoir reçu l'imposition des mains par le ministère d'Ananias, et avoir longtemps prêché l'Évangile, reçut encore une seconde imposition des mains à Antioche. Actes, chap. 13. V. 1. 2 et 3. Après quoi c'est une injustice et une malice extrême d'oser blâmer ce qui a été fait avec tant de précaution et d'une manière si solennelle. Les Jésuites qui n'approuvent pas le ministère de ceux que Dieu suscite en France pour le salut de son peuple, ne seroient pas plus injustes sur ce sujet.
V. L'éclat, dit-il encore, de sa résolution de prêcher en France ayant éblouy tout le monde. Cependant, ajoute-t-il, on en est bien revenu. Ce que Dieu a fait la grâce â Brousson de faire en France n'a pas ébloui le monde, mais est en édification dans toute l'Europe, si on excepte les ennemis de la vérité. On peut .donc juger de quelle humeur peut être un pasteur qui s'efforce de décrier une chose si simple et si pieuse. On en est, dit-il, bien revenu. Mais il se tient toujours dans des expressions vagues et indéterminées : il ne dit pas quels sont ceux qu'il prétend être revenus de la bonne opinion qu'il pouvoient avoir de Brousson, ni les raisons pour lesquelles il prétend qu'ils ont
changé de sentiment. Où est l'innocence qui soit en sûreté, sll ne faut que des paroles vagues et sans fondement pour la noircir ? Le ministère de Drousson a été confirmé avec toute l'exactitude que trois Académies ont jugé nécessaire, et il a été de nouveau confirmé par un synode ; et cela ne suffira pas pour contenir cet esprit chagrin? Certainement ou ne devroit pas souffrir un procédé si peu raisonnable et si contraire à Téquité et à la bonne discipline.
YI. Quelques-uns des plus échauffez en sa faveur, continuë-t-il, commencent à le prendre pour un visionnaire anabaptiste. Pour moi j'ai toujours craint pour le moins qu'il ne le devint, s'il ne l'est pas encore, et je le lui ai dit moi^mèm^. Il faut une grande patience pour n'être pas ému par des outrages si sanglans et si iniques. 1<> Sauf le respect, il est faux que ce pasteur emporté ait jamais eu la hardiesse de dire à Brousson une seule parole qui eût du rapport à cela. Il l'accusa bien en chaire d'hyp6« crisie et d'impiété, sans le nommer ; mais ayant ensuite confessé qu'il s'était contredit et qu'il avoit menti, on peut juger si un tel homme a de la sincérité, de la droiture et de la pudeur. 2o II ne rapporte pas une syllabe de tous les écrits de Brousson, ni une seule parole qu'il ait jamais dite et qui puisse servir de fondement à une accusation si atroce et si infernale. Ce qui mériteroit punition. 3^ Brousson offre de soutenir sur ce sujet un examen des- plus rigides professeurs, et de donner sa confession de foi dans toute l'étendue qu'on pourroit la sou* haitter, et sur tous les points qu'on voudroit lui proposer, si on juge que cela qui est contenu dans tous les écrits qu'il a donnez au public, et Pexamen qu'il a soutenu lorsque son ministère a été confirmé ne suffisent pas. Il le répète encore : Il seroit bien à souhaitter que la doctrine de l'Accusateur fût aussi pure que la sienne. Dans un sermon sur Ésaïe ch. 6. v. 6, 7, 8 et 9, que Brousson prononça à Rotterdam environ le 1er d'août 1694, qu'il a aussi prononcé en d'autres lieux à cause des contradictions qu'il a souffert touchant son ministère, et
qu'il donnera peut-être an public, avec an Traité sur la voeaiion extraordinaire, dont on Toit tant d'exemples en ce dernier temps et depuis la Réformation, dans ce sermon, dis-je, après avoir parlé de ceux qui, depuis quelques années, s'efforcent d'anéantir re£6cace du Saint-Esprit dans les fidèles, en voulant persuader que Dieu se contente d'agir hors de nous par le ministère de sa parole, sans agir en même temps au dedans de nous par l'efficace de son Saint-Esprit, il continue en ces termes : « Mais si ceux là sont dignes de blâme, les anabap. tistes qui se jettent dans une autre extrémité, et qui attribuent au Saint-Esprit toutes leurs vaines pensées, quoiqu'elles ne soient pas conformes à la parole de Dieu, le sont aussi. Il est vrai que de nous-mêmes nous ne sommes pas capables d'avoir une bonne pensée et que c'est Dieu qui, par son Esprit, produit tout ce qu'il y a de bon en nous. Mais nous devons toujours nous souvenir de ces vérités fondamentales et indubitables, c'est que la Loi ou la parole de Dieu est par* faite, Jacques chap. i v. 25 ; qu'elle est la règle de la connaissance et delà vérité, Rom. 220 : que nous ne devons jamais entreprendre d'y rien ajouter ni retrancher, Deut. 4 et 12 Galat. 1, 8 et 9. ; qu'elle subsiste éternellement, 1 Deut. 1, 23, 25, et que c'est pour cela que l'Évangile de Jésus-Christ est appelé V Évangile étemel, Apoc. 14, 6. C'est pourquoi toutes les pensées qui pourroient venir dans l'Esprit, ou contre l'autorité des Puissances supérieures ou contre celle des légitimes pasteurs, ou contre l'ordre qui est établi dans l'Église pour l'édification publique ou contre les autres choses qui sont fondées sur la parole de Dieu, doiventêtre considérées comme des illusions de l'esprit d'erreur et non pas comme des inspirations du Saint-Esprit, qui étant l'auteur des divines Écritures ne peut se contredire soi-même. » En un mot, tout le monde peut examiner les écrits que Brousson a fait imprimer, et il espère avec l'assistance du Sei« gneur, d'en faire bientôt imprimer d'autres pour la défense de
la vérité et pour ravancement du règne de Dieu, qui couvri* ront de confusion celui qui a 08é attaquer son innocence.
VU. Mais, ajoute-t-iiy il est trop rempli de ses bonnes inten-tions pour pouvoir être détrompé. Mais de quoi veut-il qu'il se détrompe? Où sont ses erreurs? En marque-t-il une seule ? Est-ce de la sorte qu*on doit accuser et noircir des ministres de l'Évangile ? Les ennemis de la vérité doivent avoir une grande joye lorsqu'ils voyent que, dans les pays où ils n'ont point d'autorité pour empêcher qu'on ne travaille à Tavancement du règne de Dieu, il y a des gens qui y font pour eux, s'il faut ainsi dire, 00 qu'ils n'y peuvent faire eux-mêmes, c'est-à-dire qui ne s'étudient qu'à noircir ceux qui s'appliquent à cette œuvre sainte et à rendre par là, sll leur étoit possible, leur travail infractueux.
VIII. En un mot, dit-il, je crois qu'il a des vues bonnes, zélée$ et pieuses ; mais il se précipite. On peut considérer un homme à rô^nl ou de sa vie ou de sa doctrine, ou de ses intentions. I^ vie de Brousson est sans reproche, et il défie l'Accusateur, avec toute sa malignité, d'y trouver à redire. La doctrine qui est n^pandue dans tous les livres qu'il a déjà fait imprimer, a ou lapprobation publique ; et il défie encore l'Accusateur, qui les a tous vus, d'y trouver la moindre chose qui ne soit conforme à la parole de Dieu. Et pour ses intentions, l'Accusateur dit qu'il croit qu'elles sont bonnes, zélées et pieuses. Sur quel fondomeut ose-t-il entreprendre de le noircir et de dire qu'il se précipite ? Et comment se précipiterait-il ? L'Accusateur ne le dit pas. A-t-on jamais vu d'accusation si mal circonstanciée et si mal fondée? Est-il juste de souffrir un pareil procédé?
IX. // est incurable, ajoute-t-il, pour la bonne opinion même (iétre sain et saint plus que les autres. Mais il doit marquer la nature de la maladie qu'il appelle incurable, pour pouvoir diiv que Brousson ne veut pas s'en guérir. Il est vrai, par la grâce du Seigneur, que Brousson croit être sain en lu Foi : illc fait paroi tre dans tous ses écrits, dans tous ses
discours et dans toutes ses prédications ; et il défie son Accusateur de faire voir le contraire. Pour le surplus, il s'étudie depuis son bas*ége d'avoir sa conscience sans reproche devant Dieu ; et tous ceux qui ont été les témoins de sa vie peuvent lui rendre ce témoignage. Cependant, d'un côté, il n'a garde de mépriser aucun de ses frères, non, pas même le plus petit ; à Dieu ne plaise : car celui qui paroît le plus petit, a peutêtre reçu des grâces plus précieuses aux yeux de Dieu, que toutes celles qu'il a plù à Dieu de lui départir à lui-même. De l'autre, il sent peut-être mieux sa propre misère que l'Accusateur sent la sienne ; et il sait peut-être mieux que lui qu'il n'y a nul juste devant Dieu, que toutes nos justices sont à ses yeux comme le drapeau souillé, et que s'il vouloit plaider avec nous, de mille articles nous ne saurions répondre à un seul. C'est pourquoi il a tout son recours à la miséricorde de Dieu et à la grâce de Jésus-Christ, notre Sauveur, afin d'être lavé de tous ses péchez dans son sang, et d'être revêtu de sa justice et de son innocence : et il lui demande sans cesse qu'il lui plaise de l'éclairer et de le sanctifier de plus en plus par son Saint Esprit ; afin que vivant toujours en sa crainte, et travaillant toute sa vie de tout son pouvoir pour la gloire de son saint Nom, pour l'avancement de son règne, qui fait le sujet de ses plus ardents désirs, et pour le salut et la consolation de son peuple, il puisse un jour trouver grâce devant son trône et avoir part à la gloire et à la félicité céleste. C'est la doctrine de tous ses écrits, et ce sont ses véritables sentiments, de quoi il prend Dieu à témoin, lui qui sonde les cœurs et les reins.
X. Le tems, dit-il encore, vous le fera connoître assez tôt pour pouvoir prévenir le danger de ses saillies. Mais puis qu'il prétend qu'il le connoit déjà lui-même, qu'il voit qu'on en fait une enquête, qu'on s'adresse à lui, et qu'il prend lui-même tant de soin de le noircir, pourquoi ne marque-t-il ses prétendues erreurs, ou les défauts qu'il peut avoir remarquez en lui et qui lui paroissent si dangereux? Le plus odieux de tous les
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calomniateurs ne pourroit-il pas noircir de cette manière mystérieuse Tinnocence la plus pure ? Brousson espère bien avec Tassistance du Seigneur, que le tems le fera connoitre de plusieurs de ceux dont il n'a pas l'honneur d'être connu. D travaille à donner au public vingt-un de ses Sermons prononcés en France sous la croix ; l'ouvrage entier de ses Lettres aux catholiques romains ; un traité intitulé : L'infidélité de la traduction du Nouveau Testament faite par l'ordre du clergé de France et par le ministère d'Àmelote, et quelques autres ouvrages de cette nature. Qu'on se donne patience. On verra dans ces ouvrages, aussi bien que dans ceux qull a déjà Êiit imprimer depuis l'année 1684, quelle est sa doctrine et quels sont ses véritables sentiments ; car, comme dit Jésus-Ghrist, c'est de l'abondance du cœur que la bouche parle et l'arbre est connu à son fruit.
XL Je vois, ajoute-t-il, que M. Jurieu a beaucoup dt faiblesse aussi IHcn que beaucoup de bonnes qualité z. Xcanmcins je suis toujours pour lui, ù cause des bons ouvrages qu'il a donnez au public : le reste lui doit être pardonné. C'est parler d'un ton bien magistral : mais cela ne lui est pas nouveau. Il accuse M. Jurieu d'avoir beaucoup de foiblesse et il ne dit pas sur quoi. Mais enfin il lui fait grâce et il est d'avis qu'il doit être pardonné on considération de beaucoup de bonnes qualitez qu'il a et des bons ouvrages qu'il a don7\ez au public. Il espère, continue-t-il, que M. Brousson ne le trompera pa^, quelque inclination qu il ait mon^ trc pour les prophctes de Dauphinè, ou, s'il le trompi, l'erreur n'aura pas de dangereuses suites. C'est ici le grand mystère et 1 occasion prochaine des calomnies qui sont répandues dans cette Lettre. Environ le commencement de l'année 1689, l'auteur de cette Lettre fît imprimer un sermon, dans lequel il décida hautement que les jeunes garçons et les jeunes filles du Dauphiné et du Vivarès qui, dans un profond assoupissement, ontexhortéle }>euple à la repentance, invoqué le nom du Seigneur et chanté ses saintes louanges, étoient inspires du Diabk, ex, dans ce même
sermon, il prononça (page 61) anatème contre tous ceux qui en douteroient seulement après qu'il auroit déduit les raisons qu'il allègue dans ce sermon. Ce qui imposa silence à tous ceux qui paroissoient touchés de ce prodige, attesté par plus de vingt relations bien circonstanciées et envoyées de France par des personnes sages et connues qui en avoient été les témoins. Après quoi les persécuteurs croyant sans doute que leur cruauté étoit assez justifiée par ce sermon, massacrèrent ou continuèrent à massacrer plusieurs de ces innocents, et de ceux qui alloient entendre les choses qu'ils disoient, et ils en firent prendre plusieurs qui souffrirent le martyre avec une confiance inébranlable. D'un autre côté, trois ou quatre jeunes garçons du nombre de ceux qui disoient avoir prêché dans un profond assoupissement étant allez à Genève, et ayant dit que cela ne leur arrivoit plus depuis qu'ils étoient sortis de France, tout le monde cria à l'imposture, non seulement contre ces trois ou quatre, qui étoient peut-être innocents, pour des raisons qu'il seroit trop long d'expliquer ici ; mais encore contre tous les autres en qui ce prodige arrivoit actuellement en France, et qui soutenoient leur innocence dans le supplice jusqu'au dernier de leurs soupirs. Sur cela on imputa à M. Jurieu d'avoir écrit trop légèrement sur cette matière. Lorsque Brousson a été de retour de France, on a sans doute cru qu'il pouvoit savoir quelques particularitez sur ce sujet, et donner peut-être au puBlic quelques réflexions qui justifieroient M. Jurieu. Cependant, quoique Brousson n'ait jamais eu la pensée de violer les lois de la charité chrétienne avec laquelle les ministres de l'Évangile doivent écrire et parler, quelqu'un a voulu intéresser l'auteur à l'occasion de son sermon, et l'auteur de la Lettre se laissant aller à sa passion, et ne pouvant rien dire ni contre la
vie ni contre la doctrine de Brousson, contre lequel il avoit depuis longtemps de Taigreur, a tâché de le perdre par des calomnies vagues et détestables, sans oser rien marquer de précis.
Xn. Car, dit-il enfin. M, Brousson étant un peu novateur pour de certaines petites manières, et donnant tête baissée dans quelques bagatelles et cérémonies superstitieuses, cela fera sans doute reve^ nir M. Jurieu de la grande estime qu'il peut avoir pour lui. Mais i^ tout le monde sait que M. Jurieu n'est pas l'ami des hérétiques. Cependant il a vu tous les ouvrages que Brousson a déjà fait imprimer. Gomment donc auroit-il de l'estime pour un homme tel que Tauteur de la Lettre ose le dépeindre ? 2« Il dit que M. Jurieu reviendra sans doute de la grande esHme qu'il a pour lui. Ce seroit bien ici le lieu de marquer les sentiments pernicieux de Brousson, s'il en avoit, car ce seroient ces prétendus mauvais sentiments qui pouiroient faire revenir M. Jurieu de la bonne opinion qu'il peut avoir de lui. Cependant on ne voit rien ici de cela. C'est ici une accusation d'un caractère bien singulier : on dépeint un homme avec des couleurs fort noires et néanmoins on ne marque rien de positif qui puisse faire connoître en quoi consistent ses prétendues erreurs, ou ses prétendus défauts notables et odieux. L'auteur de la Lettre se tient toujours dans des termes vagues : il est, dit-il, un peu novateur pour de certaines petites manières. Ces termes sont mômes dignes de quelque attention. // est un peu novateur : il ne Pest donc pas beaucoup ; et il ne Test pas sur les points fondamentaux du salut, mais pour des manières et même pour de * certaines petites mxinières. A-t-on jamais vu, sauf le respect, un accusateur plus ridicule et qui se réduit à de si petites choses, après avoir répandu tant de venin sur un homme reconnu dans le monde pour un homme de bien ? Il a dit d'entrée qu'il y avoit en , Brousson tant de bien et tant de mal, que cela n'étoit pas concevable : il n'a eu garde de dire le bien, et pour ce grand mal, qui passe son imagination, il le fait enfin consister en de petites manières. Mais encore quelles sont ces petites manières ? Est-il permis à un pasteur de noircir son frère sans jamais marquer le sujet de l'accusation et sans le prouver ? 3<* Et donnant, dit-il, tête baissée dans quelques baga*
telles et cérémonies superstitietÂses. Ceci n'est pas moins ridicule que ce qu'on vient de voir. Toute cette accusation atroce se réduit à des bagatelles. L'auteur de la Lettre appelle pourtant ces bagatelles des cérémonies superstitieuses. Mais il faut bien que ces prétendues cérémonies superstitieuses soient peu considérables, puis qu'avec toute sa malignité il dit lui-même que ce sont des bagatelles. On peut voir en tout cela le jugement et l'équité de l'Accusateur.
Mais enfin quelles sont ces bagatelles ou ces cérémonies supers» titieitses ? L'Accusateur en veut être cru sur sa parole et sans expliquer ces bagatelles et ces prétendues cérémonies superstitieuses. Cependant il n'y a parmi nous aucune superstition et tous les écrits de Brousson, aussi bien que toute sa conduite, y sont entièrement opposez. Que veut donc dire ici cet Accusateur ? Il n'a garde de s'expliquer par écrit :* mais il est hardi à s'expliquer de vive voix et à faire souvent de ses passions la règle de sa théologie. Ne trouvant rien de mauvais dans la doctrine ni dans la vie de Brousson, il s'est avisé de lui faire un crime de ce qu'il y a de meilleur dans sa conduite, et de traiter de bagatelles et de cérémonies superstitieuses des exercices de piété qui sont conformes à la parole de Dieu et qu'une infinité de personnes pieuses pratiquent. C'est 1° que Brousson prie Dieu à genoux, autant que la commodité du lieu où il se trouve le lui permet, selon une infinité %q passages des divines Écritures : 1 Corinth. 6. 10 ; Ps. 5. 8 ; 1 Rois 8. 54; Chron. 6. 13; Esdras 9. 5 ; Luc 22. 41 ; Actes 7. 60 et 9. 40 et 20, 36 et 51. 5; Eph. 3. 14 etc. 2» Qu'il lit V Écriture Sainte et chante les psaumes dans sa famille, selon une infinité d'autres passages de la parole de Dieu : Ps. 1, v. 1 et 2 ; Ps. 34, v. 1 ; Jean 5. 39; Col. 3, 16 etc. Et 3« que lorsqu'il se sentit poussé par sa conscience d'aller en France pour y travailler selon son pouvoir à l'œuvre du Seigneur, considérant le terrible danger auquel il s'exposoit, et le grand besoin qu'il avoit de la grâce et de la protection de Dieu, il se disposa durant quel-
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que temps à cette siintê et dangflmue entreprise jmt âeipriènt a par dei jeûnes, selon diTers exemples qne l'ÉcriUure mras met deyant lés yenx : Actes chap. 13 v. 1, 2 et 3 ; et chap. 44 T. 23, Ps. 69, V. 11 et 12, etc. Après quoi il s'abandonna anx soins de la Proyidenoe divine : et Dira sdon sa miséricorde Ta toujours fortifié et conservé au milieu de tant de dangers, de tant de fatigues et de tant de misères. Voilà les choses que Fauteur de la Letke a plusieurs fois appelé en chaire des bago' iélUi et des cirHnonie$ superstUieuiê$. Gela seul peut Mue juger quek peuvent être les sentiments d'un tel homme, et s'il n'est pas bien nécessaire qu'on mette quelque frein à ses passions. Dieu veuille lui faire connoftre son crime et lui faire miséricorde.
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