‹ Les premiers pasteurs du désert (1685-1700): d'après des documents pour la plupart inéditsChapitre 18 sur 26 · LEUR RÉVOLTE · texte numérisé non relu

LEUR RÉVOLTE

Quel est donc votre aveuglement, misérables pécheurs? Vous avez abandonné TÉtemel votre Dieu, vous avez renié votre Sauveur, en reniant sa sainte doctrine, vous êtes entrés dans la communion de Timpure Babylone, qui a ruiné la Jérusalem du Dieu vivant, qui a démoli ses sanctuaires, qui a aboli son saint service, qui a déchiré et brûlé ses sacrées Écritures, qui est enivrée du sang des martyrs de Jésus, et vous êtes par là devenus les enfants et les membres mystiques de la grande prostituée, de la mèi^e des paillardises et abominations de la terre, c'est-à-dire de celle qui se souille d'une manière horrible dans l'impudicité spirituelle, qui est l'idolâtrie. Vous êtes retournés dans le sein de cette Église impure et infidèle, qui a renouvelé les erreurs, les superstitions et l'idolâtrie des payens, qui par là est devenue la synagogue de Satan, car c'est le démon qui est adoré dans les idoles, comme nous le voyons dans la première épitre aux Corinthiens, chap. X, v. 19 et 20, dans l'Apocalypse, chap. IX, v. 20, dans le Lévitique, chap. XVII, V. 7, dans le Psaume GVI, v. 37 et 38 et ailleurs, et qui dans TApocalypse, chap. XVIII, v. 2, est en effet appelée l'habitation des démons, le repaire de tout esprit immonde

(1) Lettres et Opuscules^ p. 106

et la retraite de tout oiseau immonde et exécrable. Dieu en avoit retiré nos pères par sa pure miséricorde, et vous avez été si malheureux que de vous plonger de nouveau dans ses abominations. Vous rejetez même la voix du ciel^ qui crie depuis longtemps : Sortez de Babyloney mon peuple, afin que vous ne participiez point à ses péchés et que vous ne receviez pas de ses plaies.

Vous dites que vous ne pouvez pas éviter d'aller quelquefois dans le temple des idoles. Mais qu'est-ce qui vous oblige à commettre cet horrible péché contre votre Dieu ? Vous appréhendez de perdre vos biens, qui sont les grandes idoles de vos cœurs. Mais ne savez-vous pas que Jésus-Christ vous dit dans rËvangile, que si quelqu'un aime père, mère, femme, enfants, champ ou vigne plus que lui, [il] n'est pas digne de lui ? Vous voulez vivre à votre aise dans ce monde, pendant que les fidèles sont dans l'opprobre. Mais si vous n'êtes pas vous-mêmes fidèles à votre Dieu, vous serez éternellement tourmentés dans l'enfer avec les démons, au lieu que les fidèles jouiront éternellement de la gloire et de la félicité du ciel avec les anges et tous les saints bienheureux. Vous voulez avoir votre partage en cette vie ; mais un jour votre portion sera dans l'étang ardent de feu et de soufre. Vous tremblez à la voix d'un homme mortel, qui n'est qu'un ver de terre, et qui ne peut faire que ce que Dieu lui permet, et vous ne tremblez pas à la voix de ce grand Dieu, de ce Dieu puissant et terrible, qui est un feu consumant, et qui vous défend de vous prosterner devant les idoles ! Vous appréhendez d'être enfermés pour quelque peu de temps dans une prison, où Dieu seroit avec vous et vous rempliroit de ses consolations et de ses grâces, et vous n'appréhendez pas d'être enfermés pour jamais dans la prison de l'Abîme, qui est le perpétuel séjour des ténèbres, de l'horreur, des tourments, du désespoir, des pleurs, des gripcements de dents ! Vous craignez ceux qui ne peuvent tuer que le corps, et qui après cela ne peuvent riea faire, et vous ne

432 UBS PRSMIKR8 PASTIUBS BU ÏXtSÊSkT

cnignei pas celui qui peut envoyer et rame et le oorpe dini la Gébome du fea ! Voas ne tous souTenei pas que Jésns* Christ Tons proteste dans TÉvangile, que celui qui en œ siècle voudra sauver sa vie par son infidélité, la perdra pour jamais en l'autre I

Vous dites que vous allei bien dans le temple de l'idole, mais que vous n'ajoutes pas foi à ce qu'on y dit ou qu'on y pratique. Hé» misérables I c'est cela même qui vous rend plus coupables devant Dieu. Ce grand Dieu fera bien plutôt miséricorde à ceux qui pèchent par ignorance, qu'à vous, malhen* reux, qui pèches contre les lumières que i'^prit de Dieu vous a données. Le serviteur qui aura connu la volonté du mattrs, et qui ne l'aura point laite, sera puni beaucoup plus aévète* ment que celui qui ne l'aura pas connue.

Vous vous imagines que ce n'est rien &ire que de renier U vérité de votre bouche, et de fléchir les genoux devant les ido** les, pourvu que vous conserviez votre cœur à Dieu. Misérables, croyez-vous que Dieu fasse aucun cas de votre cœur, si votre bouche le déshonore et le renie, et que votre corps se prosterne devant le Démon, en se prosternant devant les idoles? Ne savez- vous pas que Dieu est jaloux de sa gloire, qu'il veut nos personnes tout entières, ou qu'il n*en veut rien ? Ne savez-vous pas qu'il veut être glorifié aussi bien en nos corps qu'en nos esprits, parce que les uns et les autres lui appartiennent, comme dit S. Paul dans le chapitre YI de la première Epitre aux Corinthiens? Considérez bien ce que dit le même apôtre dans son Ëpitre aux Romains, chap. X : Si tu confesses, dit-il, le Seigneur de ta bouche, et que tu croies dans ton c(Bur que Dieu Va ressuscité des morts, tu seras sauvé. Voilà deux choses absolument nécessaires pour être sauvé : la confession de la bouche, et la foi que nous avoûs dans le cœur. L'une sans l'autre ne sert de rien. Car, ajoute l'apôtre, du cœur on croit à la justice, et de la bouche on fait la confession pour le salut, c'est-à-dire la foi que nous avons dans le cœur nous

est nécessaire pour embrasser Jésus-Christ comme le Bauveur du monde, et pour être lavés dans son sang et revêtus de sa justice, qui est celle qui nous justifie devant le tribunal de Dieu ; mais il est nécessaire aussi que nous confessions de la bouche sa sainte doctrine, si nous voulons avoir part au salut qu'il nous a acquis par son obéissance et par sa mort. Jésus- Christ ne vous proteste-t-il pas dans sa parole, que si quelqu'un le renie devant les hommes, il le reniera lui-même devant son père et devant ses anges ? Jésus-Christ n'est point menteur ; il est appelé le témoin fidèle et véritable. Les cieux et la terre passeront; mais ses paroles ne passeront point. Ne vous imaginez pas qu'il fasse un autre Évangile pour vous juger; la parole que j'ai apportée, dit-il dans le chap. XII de S. Jean, sera celle qui vous jugera au dernier jour.

On voit encore aujourd'hui parmi vous un grand nombre de misérables pécheurs, qui vont solenniser leurs mariages dans les temples des idoles, ou qui y font baptiser leurs enfants. Par là ils consacrent leurs mariages et leurs enfants aux idoles, et par ce moyen aux démons, selon les divers témoignages de la parole de Dieu, qui ont été rapportés cidessus. Par là ils tombent de nouveau dans l'apostasie, ils se révoltent par là de nouveau contre le Dieu vivant, quoique leur premièro révolte les rendît dignes des flammes éternelles de l'enfer. Ils disent ordinairement que parmi nous on ne solennisê pas de nouveau les mariages qui ont été solennisés dans l'Église romaine, et que nous ne baptisons pas de nouveau les enfants qui y ont été baptisés. Mais ils ne considèrent pas que lorsque les catholiques romains se souillent dans ridolâtrie, ils pèchent par ignorance. C'est pourquoi lorsqu'ils se convertissent des idoles au Dieu vivant et véritable. Dieu leur fait miséricorde et les lave dans le sang de son cher Fils de la souillure qu'ils avaient contractée durant le temps de leur aveuglement. Au lieu que, lorsque ceux qui connaissent la vérité, se souillent contre les lumières de leur conscience

431 UBS wiawas FAsmras do deskrt

4ia» Ib akoaHBMâoBS et erttr iaipue BÉliyloiie, ils oommeiieat aa féekê i— cwpi plas hoiriUe cooire Dkn, et sorUmt knfilk i^iMWic t depns ptefiBiin années dans oette infiélMÊé ^■—^'^'^ Ccrt youifaot Dîea proteste qn'iis seront

it qne oeax qni pèchent par qne« tsommtt ils paitîdpent anx péchés de celte WfomwMt BéMomb. ik aanioi anan paît à ses plaies, qu'ils hotriMiâ àMÊ» la eoape de sa eolèie, qm^ seront tonnnentés de fies et de aoafre deiant les saints anges et devant l'Agneau, et qae la faiBée de le«r tommeot monteim anx siècles des sièdes. Apoc dnp. XVm. t. 4, et chap. XIV, y. 10 et 11.

VoQs souhaitez bien d*étie sanTés ; mais qui ne le sonhaiterait ? Il n* y a point de lépronTë qui ne le souhaite. Les démoos méoM Toodiaîent èlre hîenheureux. Mais cela ne snffit pas ; il fut ètie fidèle à Dîm, il fut obéir à ses saints commandements, il fiuit le sorir et lui donner gloire en confessant sa Térité ; aotitement il n'y a point de salut.

Voo^ êtes pleins d'anieor pour satisfaire votre avarice, ou votre ambition, ou vus autres passions déréglées. Mais lorsqu'il s'agit de la gloire de Dieu et de son service, vous n'êtes ni froids ni bouillants. Vous n'êtes pas entièrement froids; mais vous n'êtes pas non plus ardents et bouillants, comme Dieu veut que vous le soyez. C'est pourquoi, dans le chap. III de l'Apocalypse, Jésus-Christ vous proteste que parce que vous êtes tièdes et que vous n'êtes ni froids ui bouillants, il vous vomira hors de sa bouche.

Vous êtes pleins de courage et de fureur lorsqu'il s'agit de la défense de vos biens, ou de venger la moindre injure qui vous a été faite. Mais vous êtes lâches et timides lorsqu'il s'agit des intérêts et de la gloire de votre Dieu, et vous ne considérez point que dans le XXI» chap. de l'Apocalypse ce grand Dieu vous dit que la portion des timides sera dans 1 étang ardent de feu et de soufre. On voit tous les jours une inGnité de personnes qui sacrifient leur vie pour le service

des rois de la terre, qui sont des hommes mortels, qui n'ont presque rien fait pour eux, et qui ne sauraient rien faire pour eux dès que les uns ou les autres seront morts, et vous ne voulez exposer ni votre vie ni vos biens pour le roi des rois, pour rÉtemel, pour le Dieu du ciel et de la terre, pour votre créateur, pour celui qui vous a donné la vie, le mouvement et Tètre, qui a même livré son propre Fils à la mort pour votre salut, qui vous a honorés de la connaissance de sa vérité, qui d'ailleurs tous a donné tous les biens que vous possédez en ce monde, qui pourrait même vous les rendre quand vous les auriez perdus pour son service, et vous en donner encore davantage, s'il le jugeait ainsi à propos pour sa gloire et pour votre salut, et qui après votre mort peut aussi vous rendre de nouveau la vie, et vous recevoir dans le palais de sa gloire pour vous y rendre éternellement bienheureux. C'est cette noire ingratitude, c'est cette horrible infidélité, qui vous rend indignes de son amour et de sa miséricorde, et très-dignes, au contraire, des flammes éternelles de l'enfer.

Le royaume des deux est forcé, et ce sont les violents qui le ravissent. Ge ne sont pas les tièdes, les timides, les lâches et les infidèles, mais ceux qui sont pleins de zèle et d'ardeur pour la gloire et le service de leur Dieu, et qui lui sont fidèles jusqu'au dernier de leurs soupirs.

Jésus-Christ ne nous a point flattés ; il nous a dit que le serviteur n'est pas plus grand que son maître, que, puisqu'on l'a persécuté lui-même, on nous persécutera aussi, et qu'il faut que nous prenions sur nous notre croix et que nous le suivions. Et dans les Actes des apôtres il est dit que c'est par' plusieurs tribulations qu'il faut que nous entrions dans le royaume céleste. Il faut donc que nous souffrions avec Jésus- Christ^ si nous voulons régner avec lui. Autrement on ne peut attendre que la mort et la malédiction éternelle.

Ne vous flattez donc pas vous-mêmes, misérables pécheurs ; ne dites pas que vous vous convertirez quelque jour, et que

436 LES PRKMDCBS FASTTOBS DIT BÉSEBT

Dira, dont la miférieonle est infinie, tous pnrdonnen tons TM péebés. Dien esl bien nûsérieordienx enTers omx qui cessent de lûre le mal, el qni font désonnais le bien; mais il n't pas promis de £ûre miaéneorde anx pédienn impénitents, et snrtont anx âmes infidèles et dâoyaks, qni, pour éxiter de sonlErir ponr son saint nom, pené^éient dans lenr infidâité. Combien y a4-il de ré ptonT é s qni se flattent de la sorte, et qni menrait tons les jonn dans leurs pédiés, et sont prédpî* tés dans Fabime? Aujmirâ'hui, dit le saint esprit, dans le cbap. m de Tépitie anx Hébrenx, si twts entendes sm vois, n'endurcisses poini vas enurs, de peur qu'il ne Jure en sa eéUrt que jamais fous n'e^Ureres dans «m repos. H ne Tent dimc pas qne nons renvoyions notre repentanœ an landemain, de peur qne, si nons différions de nous convertir jusqu'au lendemain, notre repentance vînt trop tard. Nous devons toujours avoir devant les yeux Texemple du profane Ésaû, qui, après avoir renoncé à son droit d'ainesse pour une viande périssable, demanda la bénédiction de son père avec larmes, et ne pat point l'obtenir, et celui des vierges folles qui, ne s^étant pas trouvées prêtes lorsque l'époux vint, ne purent ensuite entrer dans la salle des noces. Cherchez l'Éternel pendant qu'il se trouve, invoquez-le pendant qu'il est près, dit le prophète Ësaïe, dans le chap. LY de ses Révélations. Dieu appelle les pécheurs à la repentance pendant un certain temps ; mais s'ils ne connaissent pas le temps de leur Visitation, s'ils rejettent la voix de leur Dieu, s'ils refusent d'embrasser sa grâce lorsqu'elle leur est offerte, il n'y a plus de salut pour eux.

Dieu aura bien pitié enfin de ses fidèles, qui souffrent maintenant pour son saint nom. Il saura bien les délivrer de leurs détresses par les voies qui sont connues à sa sagesse infinie. Mais ses consolations ne seront pas pour les pécheurs impénitents. Il n'y a point de paix pour les méchants, a dit mon Dieu, comme il est dit dans le chap. LVII d'Ésaîe. Dieu frappe

maintenaDt la terre des terribles fléaux de sa vengeance, qui consumeront tous ceux qui persévèrent dans leurs péchés.

Hâtez-vous donc, mes chers frères, de retourner à votre Dieu,, et de faire votre paix avec lui, avant que ses jugements vous accablent. Renoncez pour jamais aux abominations de Babylone, revenez dans la communion de votre Sauveur et dans le sein de son Église. Ouvrez les yeux pour voir le prodigieux nombre et Pénormité des péchés que vous avez commis contre TÉternel votre Dieu depuis que vous êtes au monde, et surtout dans cette damnable apostasie où vous êtes tombés, et dans laquelle vous avez si longtemps persévéré. Sentez bien vos misères, lamentez et pleurez en la présence de votre Dieu; abattez- vous au pied de son trône, implorez sa miséricorde, et la grâce de Jésus-Ghrist votre Sauveur, afin que vous soyez lavés dans son sang et revêtus de sa justice. Promettez-lui que désormais vous lui serez fidèles jusqu'au dernier moment de votre vie, et demandez-lui sans cesse le salutaire secours de son saint esprit, afin que ce divin esprit vous éclaire, qu'il vous sanctifie, qu'il vous console, qu'il vous mette en état de combattre le bon combat, de garder la foi et d'achever heureusement votre course, pour obtenir un jour la couronne de justice, que Dieu prépare à tous ceux qui lui seront fidèles et qui persévéreront jusqu'à la fin.

Ne vous laissez pas épouvanter par les ministres de Satan. Résistez au Diable^ et il s'enfuira de vous. Souvenez-vous qu'un seul cheveu de votre tète ne saurait tomber en terre sans la volonté de votre Père céleste. Jetez-vous entre les bras de ses miséricordes ; retirez-vous â l'ombre de ses ailes et il ne vous abandonnera point. L'Éternelj dit David dans le psaume XXVII, est ma lumière et ma délivrance ; de qui aurai'je peur ? L'Éternel est la force de ma vie ; de qui aurai'je frayeur ? Quand mon père et ma mère m'auraient abandonné , ajoute-t-il , V Éternel me recueillera. Quiconque espère au Dieu vivant, ne périra jamais. Quiconque met en lui sa confiance, ne sera jamais confus.

Page 1