RELIGION ET SCIENCE
§ 1. 11 nous arrive trop souvent d’oublier non-seulement qu’il y a une âme de bonté dans les choset mauvaises, mais aussi qu’il y a une ftme de vérité dans les choses fausses. S'il y a des gens qui admettent d’une manière abstraite qu’une fausseté contient probablement un noyau de vérité, bien peu y songeut quand ils rendent un jugement sur les opinions d’autrui. On rejette avec indignation et mépris une croyance qui heurte grossièrement la réalité; et dans le feu de la lutte personne ne se demande ce qui la recommandait aux esprits. II faut pourtant qu’il y ait eu en elle quelque chose qui l’imposât. Il y a lieu de croire qu’elle s’accorde avec certaines parties de l’expérience des hommes par une correspondance imparfaite et vague peut-être, mais pourtant réelle. Le récit le plus absurde même peut avoir sa source dans un événement réel, et si cet événement n’avait pas eu lieu, l’idée déraisonnable qu’on s’en faisait n’aurait jamais pris naissance. Quoique srEscu. i
l’inconnaissable.
l’image ampliflée el déformée que nous transmet le prisme de la renommée soit complètement différente de la réalité, néanmoins sans la réalité il n’y aurait pas eu d’image amplifiée et déformée. Il en est ainsi des croyances humaines en général. Quoiqu’elles nous paraissent absolument mauvaises, on peut admettre qu’elles ont pris naissance dans les faits réels, qu’elles contenaient originellement et peut-être qu’elles contiennent encore quelque parcelle de vérité.
Il faut toujours l’Admeltre quand il s’agit de croyances qui ont régné longtemps ou qui se sont répandues au loin, et surtout de ces croyances vivaces qui sont à peu près ou tout à fait universelles. La présomption qu’une opinion régnante n’est pas entièrement fausse acquiert de la force suivant le nombre de ses adhérents. Si nous admettons que la vie n’est possible que sous la condition d’uo certain accord entre les convictions du dedans et les circonstances du dehors; si nous admettons par conséquent que les probabilités sont toujours en faveur de la vérité ou au moins de la vérité partielle d’une conviction, nous devons reconnaître selon les plus grandes probabilités quelque fondement à celles que partagent un grand nombre d’esprits. Les idées fausses, en s’éliminant, doivent laisser au jugement général un surcroît de valeur. On objectera, il est vrai, que plusieurs des croyances les plus répandues sont acceptées sur la foi de l’autorité; que ceux qui les professent ne font aucun effort pour les vérifier; et que par conséquent on peut en conclure que la multitude des fidèles n’ajoute pas grand’chose à la probabilité d’une croyance. Mais cela n’est pas vrai. En effet, lorsqu’une croyance conquiert de nombreuses adhésions sans subir l’épreuve de la critique, il est évident qu’elle est d’une manière générale en harmonie avec les diverses autres croyances des hommes qui la reçoivent; et lorsque celles-ci reposent sur l’observation et sur le jugement personnel, elles fournissent un appui direct à celle avec laquelle elles s’harmonisent. Il se peut que cet appui n’ait qu’une faible valeur; mais il faut convenir qu’il en a une.