PERSISTANCE DES REEATIONS ENTRE LES FORCES
Pour donner à ce principe sa forme la pins abstraite, il est bon de recourir à quelques exemples.
§ 64. Soit deux boulets égaux, projetés avec une force égale ; il faut que, dans des temps égaux, ils parcourent des distances égales. Si l’on dit que l’un des deux parcourra un espace assigné plus tôt que l’autre, quoique leurs moments initiaux soient égaux, et qu’ils aient à vaincre la même résistance (car, si la résistance est inégale, les antécédents dilférent), c’est dire que des quantités égales de force n’ont pas fourni une quantité égale de travail, ce qu’on ne peut concevoir sans concevoir qu’une force est devenue rien, ou est née de rien. Supposez, en outre, que, durant sa course, l’un des boulets a été dévié par la terre d’un certain nombre de pouces hors de sa direction primitive ; l’autre, qui a parcouru la même distance dans le même temps, doit être tombé vers la terre exactement comme le premier. On ne peut imaginer un autre résultat sans imaginer que des attractions égales, agissant pendant des temps égaux, ont produit des effets inégaux; ce qui implique la proposition inconcevable qu’une action a été créée ou anéantie. l)c plus, si l’un des boulets a pénétré dans la cible à une certaine profondeur, on ne peut pas se figurer que l’autre boulet pénétre à une profondeur moindre, à moins que celte différence ne soit causée par un changement de forme du boulet ou une plus grande densité du point où la cible a été frappée. Cette modification des conséquents, .sans modification des antécédents, ne peut se concevoir que par la pensée impossible que quelque chose est devenu rien, ou que rien est devenu quelque chose.
11 en est ainsi, non-seulement des successions, mais aussi des changements simultanés et des coexistences permanentes. Voilà des charges données de poudre pareilles en quantité et en qualité, allumées par des mèches de môme structure et chas,sant des boulets de poids, de volumes et de formes égaux, enfoncés pareillement, on doit conclure que les actions concomitantes
LE CONNAISSADLE.
qui produisent l’explosion présenteront entre elles les mêmes relations de quantité et de qualité dans les deux cas. Les proportions entre les différents produits de combustion seront égales. Les diverses sommes de force soustraites pour donner au boulet sa vitesse, aux gaz leur chaleur, à leur dégagement son bruit, conserveront les mêmes rapports. Les quantités de lumière et de bruit seront dans un cas ce qu’elles sont dans l’autre, et les deux reculs seront pareils. En effet, on ne peut imaginer qu’une différence de proportion ou une différence de relation entre ces phénomènes coopérateurs se produise, sans imaginer que ces différences de proportion ou de relation naissent sans cause, naissent par création ou anéantissement de force.
L’égalité que nous trouvons entre deux cas doit se trouver entre n’importe quel nombre de cas; et ce qui a lieu entre des antécédents et des conséquents relativement simples doit avoir lieu, quelle que soit la complication des antécédents et des conséquents.
§65. Ainsi ce que nous appelons uniformité de loi, qui peut se ramener, comme nous le voyons, à la persistance des relations entre les forces, est un corollaire immédiat de la persistance de la force. La conclusion générale qu’il y a des connexions constantes entre les phénomènes, conclusion qu’on regarde d’ordinaire comme inductive seulement, peut réellement se déduire de la donnée dernière de la conscience. On peut croire que nous tirons la conclusion illégitime que ce qui est vrai du moi est aussi vrai du non-moi; mais ici cette conclusion est légitime. En effet, ce que nous afiirmons à la fois du moi et du non-moi, c’est ce que le moi et le non-moi, considérés l’un et l’autre comme des êtres, ont en commun.
Affirmer une existence au delà de la conscience, c’est aflSrmer qu’il y a en dehors de la conscience quelque chose qui persiste; car la persistance n’est rien de plus que l’existence continuée, ci l'on ne peut concevoir l’existence autrement que