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sont dus j\ l’affaissement progressif de l’enveloppe solide de la terre sur son noyau refroidi et contracté. A supposer môme que l’on puisse donner une explication plus satisfaisante des éruptions des volcans, des éjections de roches ignées, et des soulèvements de chaînes de montagnes, ce qui n’est pas possible, on ne pourrait pas expliquer autrement les élévations et les dépressions immenses d’où résultent les continents et les océans. La conclusion qu’il faut en tirer, c’est que les forces qui se déploient dans les changements dits ignés, sont des résultats positifs ou négatifs de la chaleur concentrée de l’intérieur de la terre. Les phénomènes de la fusion ou de l’agglutination des dépôts sédimentaires, les sources thermales, la sublimation des métaux dans les fissures où nous les trouvons à l’état de minerai, peuvent être considérés comme des résultats positifs de ce résidu de chaleur; tandis que les ruptures des couches et les changements de niveau en sont les résultats négatifs, puisqu’ils sont dus à sa disparition. La cause originelle de tous ces effets est encore ce qu’elle a été dès le commencement, le mouvement gravitatif de la matière de la terre vers le centre de la planète; puisque c’est à ce mouvement qu’il faut rapporter la chaleur interne et l’affaissement de la surface qui se fait à mesure qu’elle rayonne dans l’espace.
Si nous demandons sous quelle forme existait précédemment la force qui produit les changements géologiques dits aqueux, la réponse ne saute pas aussi vite aux yeux. Les effets de la pluie, des rivières, des vents, des flots, ou des courants marins ne procèdent pas manifestement d’une source générale. L’analyse nous prouve cependant qu’ils ont une origine commune. Si nous demandons : d’où vient la force du courant de la rivière qui porte ses dépôts à la mer? on répondra; la gravitation de l’eau tout le long de l’espace sur lequel elle s’écoule. Si nous demandons : comment l’eau s’est-elle répandue sur cette surface? on répondra : elle est tombée sous forme de pluie. Si nous demandons : comment la pluie a-t-elle pris la
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position d’où elle est tombée? on répondra : la vapeur dont elle n’est que la condensation y avait été accumulée par les vents. Si nous demandons : comment cette vapeur s’esl-elle élevée si haut? on répondra : par évaporation. Ënlin si nous demandons : quelle force l’a élevée? on répondra : la chaleur du soleil. C’est donc c.vaclement la même quantité de force gravitative que la chaleur solaire a vaincue pour élever les atomes d’eau, qui est restituée dans la chute de ces mêmes atomes an môme niveau d’où ils étaient partis. 11 en résulte que les ravinements produits par la pluie et les rivières pendant le mouvement de descente de cette vapeur condensée jusqu’au niveau de la mer, sont dus indirecicment à la chaleur du soleil. Il en est de même des vents qui transportent les vapeurs çJi et là. Les courants atmosphériques sont le résullat des différences de température (soit générales, comme entre les régions équatoriales et polaires; soit spéciales, comme entre des étendues de la surface du glohe qui présentent des caractères physiques différents); les courants atmosphériques peuvent donc être attribués à la source commune d'où procèdent les quantités changeantes de chaleur. Si telle est l’origine des vents, telle est aussi celle des Ilots qu’ilssonlèvent à la surface de la mer. Il en résulte que tous les changements que les flots produisent, l’usure des rives, la destruction des rochers qui s’émiettent pour former des galets, du sable et de la vase, peuvent aussi se ramener aux rayons solaires comme à leur cause première. On peut en dire autant des courants de l’Océan. LeS plus grands tirent leur origine de l’excès de chaleur que l’Océan re<;oit du soleil dans les régions tropicales ; les plus faibles, des différences locales que présente la quantité de chaleur absorbée ; il s’ensuit que la distribution des sédiments et des autres opérations géologiques que produisent CCS courants marins peuvent se rattacher à la force que le soleil rayonne. La seule force aqueuse qui ait une autre origine, est celle des marées, qu’on peut rattacher comme les autres à un mouvement astronomique non dépensé. Mais en ^
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tenant compte des effets des marées, on peut dire cependant que la destruction lente des continents, le comblement graduel des mers, par la pluie, les rivières, les vents, les flots, et les courants de l’Océan, sont les effets indirects de la chaleur solaire.
Ainsi les conclusions que nous impose la théorie de la transformation, à savoir que les forces qui ont façonné et remanié la croûte du globe, doivent avoir préexisté sous quelque autre forme, n’oUrent pas de difficulté si la genèse nébulaire est adoptée ; puisque cette genèse suppose certaines forces qui à la fois sont capables de produire des résultats, et ne peuvent se dépenser sans les produire. Tandis que les changements géologiques dits ignés naissent du mouvement qui se continue encore de la substance de la terre vers son centre de gravité, les changements opposés dits aqueux, naissent du mouvement qui se continue encore de la substance du soleil vers son centre de gravité, mouvement qui, transformé en chaleur et rayonné sur la terre, y subit une transformation nouvelle, directement en des mouvements des substances gazeuses et liquides de la surface de la terre, et indirectement en des mouvements de substances solides.
§ 70. Les forces manifestées dans les actions vitales, végétales et animales! se déduisent aussi d’une manière si évidente de la chaleur solaire, que les lecteurs fiimiliarisés avec les faits biologiques n’anront aucune peine h l’adiiiettre. Voyons d’abord les généralisations physiologiques; nous verrons après celles qu’elles nécessitent.
La vie végétale dépend toute directement ou indirectement de la chaleur et de la lumière du soleil, directement dans l’immense majorité des plantes, et indirectement dans celles qui, comme les champignons, viennent dans l’obscurité : en eflet, ces derniers poussant aux dépens de matières organiques en décomposition, liront indirectement leurs forces de la même source. Toute plante doit le carbone et l’hydrogène dont elle
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se compose pour la plus grande partie, à l’acide carbonique et à l’eau contenus dans la terre et l’air ambiants.. Toulel'ois, il faut que l’acide carbonique et l’eau se décomposent avant que leur carbone et leur hydrogène s’assimilent. Pour surmonter les affinités puissantes qui unissent entre eu.K ces éléments, il faut une dépense de force ; et cette force est fournie par le soleil. De quelle façon la décomposition s’effectue-t-elle, nous ne le savons pas. Mais nous savons que lorsque sous des conditions appropriées les plantes sont exposées aux rayons du soleil, elles dégagent de l’oxygène et emmagasinent du carbone et de l'hydrogène. Dans l’obscurité, celte opération de réduction cesse. Elle cesse aussi quand les quantités de lumière et de chaleur reçues sont considérablement réduites, comme en hiver. Au contraire, elle est active quand la lumière est vive et la chaleur élevée, comme en été. On retrouve en outre la même relation quand on voit la végétation luxuriante des tropiques diminuer dans les climats tempérés et disparaître è mesure qu’on s’approche des pôles. L’on ne peut s’empêcher d’en conclure que les forces à l’aide desquelles les plantes tirent les matériaux de leurs tissus des composés inorganiques ambiants, c’est-à-dire les forces à l’aide desquelles les plantes poussent et remplissent leurs fonctions, existaient préalablement sous forme de rayonnement solaire.
Tout le monde sait que la vie animale dépend immédiatement ou médiatemenl de la vie végétale; et les savants admettent depuis longtemps qu’en général les opérations de la vie animale sont opposées à celles de la vie végétale. An point de vue de la chimie, la vie végétale est principalement une réduction (désoxydation), et la vie animale principalement une oxydation ; principalement devons-nous dire, parce que lorsque les plantes dépensent de la force dans l’exercice de leurs fonctions organiques, elles fonctionnent comme des appareils d'oxydation (on le voit par l’exhalation d’acide carbonique, durant la nuit); et les animaux dans quelques-unes de leurs opérations d’importance inférieure fonctionnent probablement
LE CONNAISSABLE
comme des .ippareiU de réduction. Celte réserve faite, le principe général est que la planle décompose l'acide carbonique et l’eau en mettant l’oxygéne en liberté, et qu’elle élabore le carbone et l’hydrogène retenus (auxquels il faut ajouter un peu d’azote et une faible quantité d’autres éléments tirés d’ailleurs) pour en former des branches, des feuilles, et des semences ; tandis que l’animal consommant ces branches, ces feuilles ces semences, et absorbant de l’oxygène, recompose l’acide carbonique et l’eau en les combinant h certains composés azotés de quantité moindre. Dans la plante, la décomposition se fait par la dépense de certaines forces émanées du soleil, qui servent à surmonter les affinités du carbone et de l’hydrogène pour l’oxygène auquel ils sont unis; mais la recomposition que l’animal effectue, est à l’avantage de ces forces qui sont mises en liberté pendant la combinaison des mêmes éléments. Les mouvements internes et externes de l’animal sont le retour, sous de nouvelles formes, de la force absorbée par la plante sous forme de lumière et de chaleur. Dans l’exemple cité plus haut, nous avons vu que les forces solaires dépensées pour élever la vapeur de la surface de la mer, sont restituées dans la chute de la pluie et la course des rivières qui les ramènent au point de départ, et dans le transport des matières solides que les eaux charrient; c’est ici la même chose, les forces solaires qui dans la plante ont porté certains éléments chimiques à un état d’équilibre instable, sont restituées dans les actions de l’animal pendant que ces éléments retombent à un état d’équilibre stable.
Outre la corrélation qualitative que nous avons montrée entre ces deux grands ordres d’activités organiques, aussi bien qu’entre chacun d’eux et les forces inorganiques, il y en a encore une quantitative rudimentaire. Dans les régions où la végétation abonde, la vie animale abonde, et à mesure que nous avançons des climats torrides vers les régions tempérées et froides, la vie animale et la vie végétale décroissent en même temps. D’une manière générale, les animaux de toutes les
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classes acquièrent une grosseur plus grande dans les régions où la végétation est abondante que dans celles oü elle est rare. De plus, il y a une connexion assez visible entre la quantité de force que chaque espèce d’animaux dépense et la quantité de force que la nourriture qu’elle consomme restitue en s’oxydant.
Certains phénomènes de développement, tant chez les plantes que chez les animaux, manifestent encore plus directement le dernier principe que j’ai énoncé. S’emparant de l’idée émise par M. Grove dans la première édition de son ouvrage sur la • corrélation des forces physiques», qu’il y a probablement une connexion entre les forces dites vitales et celles qu'on appelle physiques, M. Carpenter a fait voir que celte connexion se manifeste clairement pendant l’incubation. La transformation des contenus inorganisés d’un œuf en un poulet organisé, est tout à fait une question de chaleur : supprimez la chaleur, et l’opération ne commence pas; donnez de la chaleur, et elle se continue tant que la température se maintient, mais elle cesse dès que l’œuf est exposé au froid. Les changements qui constituent le développement ne peuvent se compléter que si l’on maintient la température à peu près conslante à une hauteur donnée pendant un temps donné. Nous pouvons discerner des traits analogues dans les métamorphoses des insectes. Des expériences démontrent non-seulement que l’incubation de l’œuf est déterminée par la chaleur, mais aussi que l’évolution de la nymphe dans le cocon est déterminée par la même cause, et peut être considérablement accélérée ou retardée suivant qu’on lui fournit ou qu’on lui soustrait artificiellement de la chaleur. Il suffira d’ajouter que la germination des plantes présente des relations semblables de cause à effet, relations si semblables qu’il est superflu d’en donner les détails.
Ainsi donc les divers changements que manifeste la créatiou organique, considérée soit comme un tout, soit dans ses deux grandes divisions, soit enfin dans ses membres individuels, se
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conforment autant que nous pouvons le constater au principe général. Quand nous pouvons, comme dans la transformation de l’œuf en poulet, isoler le phénomène de tout ce qui le complique, nous voyons que la force manifestée dans l’opéraliou de l’organisation implique la dépense d’une force déjà existante. Quand il ne s’agit pas, comme dans l’œuf ou la chrysalide, uniquement des changements d’une quantité fixe de matière qui prend une nouvelle forme, mais quand, comme dans l’accroissement de la plante ou de l’animal, nous voyons l'incorporation d’une matière tirée du dehors, c’est encore aux dépens d'une force préexistante que l’incorporation s’opère. Et lorsque, comme dans les divisions supérieures des êtres organisés, il reste en plus des forces dépensées dans l’organisation un certain excès de forces qui se dépensent en mouvement, celles-ci aussi proviennent indirectement de cette même force extérieure préexistante.
§ 71. Même après tout ce que nous avons dit dans la première partie de notre ouvrage, bien des personnes ne nous entendront pas sans alarmes dire que les forces appelées mentales rentrent dans la même généralisation. Cependant, il n'est pas possible d’y échapper. Les faits qui nous autorisent, ou plutôt qui nous obligent à formuler cette proposition sont nombreu.v et sautent aux yeux. Ils rentrent dans les groupes suivants.
Toutes les impressions que nos organes des sens reçoivent à chaque instant sont en corrélation directe avec les forces physiques du dehors. Les modes de conscience appelés pression, mouvement, son, lumière, chaleur sont tous des effets produis en nous par des forces qui, si elles se dépensaient d’une autre manière, mettraient en pièces ou en poussière des morceaux de matière, engendreraient des vibrations dans les objets environnants, opéreraient des combinaisons chimiques ou feraient passer des substances de l’état solide à l’état liquide. Si donc nous regardons les changements de position relative, d’arran-
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gement moléculaire, ou d’état chimique ainsi produits comme des manifestations transformées des forces d’où elles naissent, nous devons aussi regarder les sensations que ces forces produisent en nous comme de nouvelles formes de ces mêmes forces. On n’hésitera plus à admettre que la corrélation des forces physiques aux sensations est de même nature que celle des forces physiques entre elles, si l’on se rappelle qu’elles sont l’une et l’autre non pas seulement qualitatives, mais encore quantitatives. Des masses de matière qui diffèrent beaucoup de poids d’après la balance ou le dynamomètre, diffèrent aussi considérablement par les sensations de pression qu’elles produisent sur notre corps. Quand nous arrêtons des corps en mouvement, les efforts dont nous avons conscience sont proportionnés aux moments de ces objets, tels que nous les connaissons par d’autres procédés de mesure. Sous des conditions égales nous trouvons que les impressions qui nous sont fournies par des cordes vibrantes, des cloches ou des colonnes d’air varient de force avec la quantité de force qui les cause. Les liquides et les solides qui présentent des températures très-tranchées, d’après le témoignage des degrés différents d’expansion qu’ils produisent dans la colonne mercurielle, produisent en nous d’une manière correspondante des degrés différents de sensation de chaleur. Pareillement, des intensités dissemblables dans nos impressions de lumière répondent à des effets dissemblables mesurés par le photomètre.
Outre la corrélation et l’équivalence entre les forces physiques externes et les forces mentales engendrées par elles en nous sous la forme de sensations, il y a une corrélation et une équivalence entre les sensations et les forces physiques qui sous la forme d’actions du corps en sont les résultats. Les sensations que nous appelons lumière, chaleur, son, odeur, goût, pression, etc., ne s’effacent pas sans laisser de résultats immédiats; elles sont suivies invariablement par d’autres manifestations de force. Dans certains cas on peut constater une excitation des organes sécrétoires; mais ce n’est pas tout, il
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se produit aussi des contractions des muscles involontaires, ou des muscles volontaires, ou des deux systèmes à la fois. Les sensations augmentent l'action du cœur, légèrement quand elles sont légères; fortes quand elles sont fortes; les recherches physiologiques récentes impliquent non-seulement que la contraction du cœur est excitée par toutes les sensations, mais aussi que les flbres musculaires dans tout le système vasculaire se contractent en môme temps plus ou moins. Les muscles respiratoires sont aussi portés par les sensations à un degré d’activité plus élevé. La respiration s’accélère, ainsi qu’on peut le voir et l’entendre, par l’effet des sensations agréables ou pénibles des nerfs quand elles atteignent une certaine intensité. On a môme fait voir récemment que l’inspiration devient plus fréquente quand on passe de l’obscurité à la lumière, ce qui résulte probablement d’un accroissement d’une stimulation nerveuse provoquée directement ou indirectement. Quand la quantité de sensation est grande, elle engendre des contractions des muscles volontaires, aussi bien que des muscles involontaires. Une excitation insolite des nerfs du tact, comme dans le chatouillement, est suivie de mouvements dans les membres qu’on ne peut pas empêcher. Des douleurs violentes causent des efforts violents. Le tressaillement qui succède à un bruit intense, la grimace produite par le goût de quelque chose d’excessivement désagréable, la secousse par laquelle nous retirons la main ou le pied quand nous les avons mis dans une eau trop chaude, sont tout autant d’exemples de la transformation de la sensation en mouvement; dans ces cas comme dans d’autres, il est manifeste que la quantité d’action exercée par le corps est proportionnelle à la quantité de sensation. Lors même que l'orgueil supprime les cris et les plaintes qui expriment une grande douleur (suppression qui est aussi le résultat d’une contraction musculaire), le serrement des poings, le froncement des .sourcils, le grincement des dents, sont là pour attester que les actions corporelles qui se développent sont aussi grandes si elles
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sont moins éclatantes par leurs résultats. Si au lieu des sensations nous prenons les émotions, nous trouvons que la corrélation et l’équivalence sont tout aussi manifestes. Non-seulement les modes de conscience que produisent en nous d’une manière directe les forces physiques peuvent repasser à l’état de forces physiques sous la forme des mouvements musculaires et des locomotions dont elles sont le point de départ, mais il en est de même des modes de conscience qui ne sont pas produits directement en nous par les forces physiques. Les émotions peu intenses comme les sensations peu intenses n’engendrent guère que l’excitation du cœur et du système vasculaire, et quelquefois aussi une augmentation d’action des organes glandulaires. Mais si les émotions prennent plus de force, les muscles de la face, du corps et des membres entrent en mouvement. On voit l’homme en colère froncer les sourcils, dilater ses narines, frapper du pied; l’homme en proie à une vive douleur contracter scs sourcils, se tordre les mains; on le voit exprimer sa joie par des éclats de rire et des sauts, la terreur et le désespoir par des efforts furibonds. Laissant de côté certaines exceptions apparentes, et qui ne sont qu’apparentes, nous voyons que, quelle que soit l’espèce d’émotion, il y a un rapport manifeste entre son intensité et celle de l’action musculaire qu’elle provoque, depuis la démarche droite et allègre de la gaieté jusqu’aux danses de l’extrême joie, et depuis l'agitation de l’impatience jusqu’aux mouvements presque convulsifs qui accompagnent une grande angoisse de l’àme. A ces divers ordres de preuves, il faut en ajouter un nouveau : entre DOS sensations et les mouvements volontaires qui en sont les transformations, il y a la sensation de tension musculaire qui est en corrélation manifeste avec les deux termes, corrélation nettement quantitative, puisque le sens de l’effort varie, les autres conditions restant égales, en raison directe de la quantité du moment engendré.
Il Mais comment, demandera-t-on, pouvons-nous interpréter par la loi de corrélation la genèse de ces pensées et de ces sen-
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timents qui, au lieu de suivre les ttimuli extérieurs, naissent spontanément? Entre l'indignation causée par une insulte et les cris bruyants ou les actes violents qui la suivent, on peut dire qu'il y a une connexion; mais d’où vient la foule d'idées et la niasse de sentiments qui éclatent dans ces démonstra* tions? Il est évident qu’ils ne sont pas l’équivalent des sensations produites par les roots sur l'oreille;] car les mêmes mots disposés autrement ne les auraient pas produits. Les paroles ont avec l’ébranlement moral qu’elles excitent une relation qui ressemble beaucoup à celle que la pression de la détente d’une arme à feu soutient avec l’explosion qui la suit; elles ne produisent pas la force, elles la mettent en liberté. D’où vient donc alors cette immense activité nerveuse qu’un obuchotement, un regard peuvent évoquer? » Voici la réponse : les corrélatifs immédiats de ces modes de conscience et de certains autres ne se trouvent pas parmi les forces qui agissent sur nous du dehors, mais dans des forces internes. Les forces dites vitales, dont nous avons vu la corrélation avec les forces dites physiques, sont les sources d’où jaillissent directement ces pensées et ces sentiments, et se dépensent k les produire. Il y en a diverses preuves. En voici quelquesunes. C’est un fait évident que l’activité mentale dépend de l’existence d’un certain appareil nerveux, et qu’il y a une relation, dissimulée sans doute sous le nombre et la complication des conditions, mais qu’on peut suivre, entre les dimensions de cet appareil et la quantité d’action mentale mesurée par ses résultats. En outre, cet appareil a une certaine constitution chimique dont son activité dépend, et il y a en lui un élément dont la quantité présente une connexion constatée avec la quantité de fonction accomplie; il y a dans le cerveau du phosphore dont la proportion est au minimum dans l’enfance, la vieillesse et l’idiotie, et au maximum à la fleur de la vie. Il faut remarquer en outre que l’évolution de la pensée et du sentiment varie, toutes choses restant égales d’ailleurs, avec l-’arrivage du sang au cerveau. D’une part, la cessation de
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la circulation cérébrale, à la suite de l’arrêt des mouvements du cœur, amène incontinent l’inconscience. D’autre part, un excès de circulation cérébrale (tant qu’elle n’est pas de nature à causer une pression insolite) provoque une excitation allant jusqu’au délire. Ce n'est pas seulement la quantité, c’est aussi la composition du sang qui traverse le système nerveux qui influence les manifestations mentales. Les courants artériels doivent être convenablement oxygénés pour produire une cérébration normale. A une extrémité, nous voyons que lorsque le sang ne peut échanger son acide carbonique contre de l’oxygène, il en résulte l’asphyxie avec la suppression des idées et des sentiments qui l’accompagnent. A l’autre extrémité, nous trouvons que l’inspiration du protoxyde d'axote produit une activité nerveuse excessive et même incoercible. A côté de la connexion entre le développement des forces mentales et la présence d’une quantité suffisante d’oxygène dans les artères cérébrales, nous en trouvons une autre semblable entre ce développement et la présence de certains autres éléments dans les mêmes artères. Il faut aux centres nerveux des matériaux spéciaux pour leur nutrition, aussi bien que pour leur oxydation. On voit incontestablement à quel point, toutes choses égales, ce que nous appelons la quantité de conscience, est déterminé par les éléments constitutifs du sang, dans des faits tels que l’exaltation qui survient quand on introduit dans la circulation certains composés chimiques comme l’alcool et les alcaloïdes végétaux. L’agréable gaieté que créent le café et le thé est bien connue de tout le monde, et quoique peu de personnes (dans notre pays du moins) aient éprouvé les effets féeriques d’imagination et les sentiments vifs de félicité que produisent l’opium et le haschich, on peut s’en rapporter au témoignage de ceux qui les ont goûtés; il est assez concluant. Voici encore une autre preuve que la production des forces mentales dépend directement de changements chimiques : les produits usés que les reins séparent du sang changent de caractère suivant la quantité de travail cérébral. Une activité
LE CONNAISSABLE
excessive de l’esprit est d’ordinaire suivie par l’excrétioD d’une quantité insolite de phosph.ates alcalins. Une excitation nerveuse anormale amène des effets analogues. « L'odeur particulière des fous, » en impliquant qu'il y a dans la perspiration des produits morbides, découvre un lien entre la folie et une. composition spéciale des fluides de l’organisme; qu’on la regarde comme la cause ou comme la conséquence de la folie, cette composition n’en suppose pas moins la corrélation des forces mentales et des forces physiques. Nous remarquerons enfin que cette corrélation, autant que nous pouvons la suivre, est quantitative. Pourvu que les conditions de l’aetion nerveuse ne soient point altérées, que les conditions concomitantes restent les mêmes, il y a entre les antécédents et les conséquents un rapport assez constant. Dans de certaines limites, les stimulants nerveux et les agents anesthésiques produisent sur les pensées et les sentiments des effets proportionnés aux quantités administrées. Réciproquement, quand les pensées et les sentiments sont le premier terme de la relation, le degré de réaction sur les forces du corps est proportionné à la force de ces pensées ou de ces sentiments ; dans les cas extrêmes, la réaction aboutit à une prostration physique complète.
Nous voyons donc que diverees classes de faits s’unissent pour prouver que la loi de métamorphose qui régne parmi les forces physiques, règne également entre celles-ci et les mentales. Les modes de l’inconnaissable que nous appelons mouvement, chaleur, lumière, allinité chimique, etc., sont transformables les uns dans les autres, et dans ces modes de l’inconnaissable que nous distinguons par les noms d’émotion, de sensation, de pensée; celles-ci à leur tour peuvent par une transformation inverse reprendre leurs premières formes. Aucune idée, aucun sentiment ne se manifeste que comme résultat d’une force physique qui se dépense pour le produire : tel est le principe qui ne tardera pas à devenir un lieu commun scientifique; tous ceux qui savent apprécier l’évidence verront qu’une seule cause peut encore en expliquer le rejet, c’est l’entrainement
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irrésistible d'une théorie préconçue. Comment se fait cette métamorphose ; comment une force qui existe sous la forme de mouvement, de chaleur, de lumière, peut-elle devenir un mode de conscience; comment les vibrations aériennes peuvent-elles engendrer la sensation appelée son; comment les forces mises en liberté par les changements chimiques opérés dans le cerveau peuvent-elles produire une émotion? Ce sont des mystères qu’il n’est pas possible de sonder. Mais ils ne sont pas plus profonds que les transformation des forces physiques les unes dans les autres. Ils ne dépassent pas plus la portée de notre intelligence que ne la dépasse la nature de l’Esprit et de la Matière. Ce sont simplement des questions insolubles comme toutes les autres questions dernières. Tout ce que nous pouvons savoir, c’est que nous sommes en présence d’une des lois du monde phénoménal.
§ 72. Si la loi générale de la' transformation et de l’équivalence règne sur les forces que nous appelons vitales et mentales, elle doit aussi régner sur celles que nous appelons sociales. Tout ce qui survient dans une société est l’effet des forces organiques ou inorganiques, ou de la combinaison de ces deux ordres de forces, le résultat ou bien des forces physiques ambiantes non dirigées, de ces forces physiques soumises à la direction de l’homme, ou bien des forces des hommes euxmémes. Nul changement ne peut survenir dans l’organisation de la société, dans ses modes d’activité, ou dans les effets que son activité produit à la surface du globe, qui ne procède d’une manière indirecte ou directe des forces physiques. Voyons d’abord la corrélation que présentent les phénomènes sociaux et ceux de la vie.
Les forces sociales et vitales varient, toutes choses égales d’ailleurs, avec la population. Sans doute il y a des races qui, différant beaucoup dans leur aptitude à combiner leurs efforts, nous montrent que les forces mises en jeu dans la société ne sont pas nécessairement proportionnées au nombre des indi-
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vidus qui la composent ; mais nous voyons que sous certaines conditions les forces manifestées restent dans les limites imposées par le nombre des individus.
Une société peu nombreuse, quelle que soit la supériorité du caractère de ses membres, ne peut déployer la même somme d’action sociale qu’une grande. La production et la distribution des marchandises doivent s’y faire sur une échelle relativement petite. Une presse nombreuse, une littérature féconde, une agitation politique puissante, n’y sont pas possibles. La production des œuvres d’art et des découvertes scientifiques n'y doit pas être très-grande. Toutefois, ce qui démontre le mieux la corrélation des forces sociales avec les forces physiques, par l’intermédiaire des forces vitales, c’est la différence des quantités d’activité que déploie la môme société, selon que ses membres disposent de quantités différentes de force tirées du monde extérieur. Nous en voyons tous les ans un exemple dans les bonnes et les mauvaises récoltes. Une grande diminution dans le rendement des blés est bientôt suivie d’une diminution dans les affaires. Les manufactures réduisent leur travail de moitié ou ferment complètement ; les recettes de chemin de fer tombent, le nombre des détaillants et les ventes de ceux qui restent s’amoindrissent beaucoup, l’industrie du bAtiment est près de s’arrêter; et si la rareté des grains va jusqu’à la famine, la population s’éclaircit, et l’activité industrielle diminue d’autant. Au contraire, une récolte abondante survenant au milieu de conditions, qui d’ailleurs ne sont pas défavorables, excite les vieilles forces productrices et distributrices, et du même coup en crée de nouvelles. Le surplus de l’énergie sociale trouve un débouché dans de nouvelles entreprises. Les capitaux en quête de placements mettent en valeur des inventions jusqu’alors abandonnées et inutiles. Le travail s’emploie à ouvrir de nouvelles voies de communication. De nouveaux encouragements viennent stimuler les producteurs des objets de luxe et des œuvres d’art. Il se fait plus de mariages, et la population s’accroît dans une plus grande proportion. L’orga-
nisnie social devient ainsi plus étendu, plus complexe et plus actif. Lorsque, comme chez les nations les plus civilisées, les matières alimentaires ne sont pas en totalité tirées du sol même habité par ces nations, mais importées en partie, le peuple se nourrit de récoltes qui ont poussé ailleurs aux dépens de certaines forces physiques. Nos fllateurs et nos tisseurs de coton nous offrent l’exemple le plus remarquable d’une fraction de nation qui vit en grande partie de marchandises importées, payées par le travail qu’ils dépensent sur d’autres marchandises importées. Mais, quoique les forces sociales duLancashire soient dues principalement à des matériaux qui ne sont pas tirés de l’Angleterre, il n’en est pas qui ne se dégage de forces physiques accumulées ailleurs sous des formes appropriées et plus tard importées.
Si l’on nous demande d’où viennent les forces physiques qui par l’intermédiaire des forces vitales donnent naissance aux forces sociales, nous répondrons comme nous l’avons fait jusqu’ici, du rayonnement solaire. La vie de la société repose sur les produits animaux et végétaux ; et ces produits sur la chaleur et la lumière du soleil; il en résulte que les changements opérés dans les sociétés sont les effets de forces nées de la même source que celles qui produisent tous les autres ordres de changements que nous avons analysés. Nonseulement la force dépensée par le cheval attelé à la charrue, et par le laboureur qui le conduit sort du même réservoir que la force de la cataracte qui se précipite ou de l’ouragan qui mugit; mais on peut en définitive faire remonter jusqu’au même réservoir les manifestations de forces plus délicates et plus complexes que l’humanité déploie dans le corps social. Cette vérité a de quoi surprendre, et peut faire sur beaucoup de personnes l’effet d’une plaisanterie, mais c’est une déduction inévitable qu’on ne peut laisser de côté.
On peut dire la même chose des forces physiques qui se transforment directement en forces sociales. Les courants d’air et d’eau qui, avant l’usage de la vapeur, étaient avec la
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force musculaire les seuls agents employés aux œuvres de l’industrie^ sont ainsi que nous l’avons vu engendrés par la chaleur du soleil. Les forces brutes, qui aujourd’hui dans une si grande étendue viennent en aide nu travail de l’homme en découlent aussi. Georges Stephenson fut un des premiers à reconnaître que la force qui poussait sa locomotive émanait du soleil. D’un anneau à l’autre, nous remontons du mouvement du piston à l’évaporation de l’eau, de celle-ci à la chaleur dégagée pendant l’oxydation du charbon, de là, à l'assimilation du charbon par les plantes dont sont composées les dépôts houillers ; de là à l’acide carbonique d’où ce charbon a été extrait; et de là enfin aux rayons du soleil, qui ont désoxydé cet acide carbonique. Ce sont les forces solaires dépensées il y a des millions d’années dans la végétation qui recouvrait la terre, puis demeurées enfouies dans ses profondeurs, qui maintenant fondent les métaux dont nos machines ont besoin, meuvent les tours qui donnent à ces machines leur forme, les mettent en action quand elles sont assemblées, et enfin en distribuent les produits.
Lorsque l’économie de travail rend possible l’entretien d’une population plus nombreuse, elle donne un surplus de force humaine qui, sans elle, aurait été absorbée dans des occupations manuelles ; elle favorise ainsi le développement des formes supérieures de l’activité. Il est donc évident que les forces sociales en corrélation directe avec les forces physiques autrefois tirées du soleil, sont un peu moins importantes que celles dont les corrélatifs sont les forces vitales récemment tirées de cette origine.
§ 73. La doctrine contenue dans ce chapitre rencontrera plus d’un incrédule, si on la donne pour une induction. Plusieurs de ceux aux yeux de qui la transformation des forces est maintenant démontrée, pour les forces physiques au moins, diront peut-être, que l’on n’a pas poussé assez loin les recherches pour avoir le droit d’affirmer l’équivalence. Pour les
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forces dites vitales, mentales et sociales, ils ne verront dans nos preuves rien qui démontre d’une manière décisive la transformation et moins encore l’équivalence.
On leur répondra en montrant que le principe général dont nous venons de présenter tant d’exemples divers qui en font comprendre toutes les formes, est un corollaire nécessaire de la persistance de la force. Si l’on part de la proposition que la force ne peut commencer ni cesser d’ôlre, les conclusions générales que nous avons développées s’ensuivent. Toute manifestation de force ne peut être interprétée que comme l’effet d’une force antécédente ; qu’il s’agisse d’une action inorganique, d’un mouvement animal, d’une idée, ou d’un sentiment. Ou il faut accorder ces conclusions, ou bien il faut affirmer la spontanéité de chacun de. nos états de conscience. Ou bien il faut admettre que les forces mentales, aussi bien que les forces corporelles, sont en corrélation de quantité avec certaines forces qui se dépensent pour les produire, et avec certaines autres forces qu’elles suscitent, ou bien il faut admettre qjie rien peut devenir quelque chose et quelque chose devenir rien. 11 faut choisir, ou nier la persistance de la force, ou admettre que tout etfet physique ou psychique est le produit de forces antécédentes, et que de quantités données de ces forces, il ne peut provenir ni plus ni moins d’effets physiques ou psychique. Puisque la persistance de la force, en sa qualité de donnée de la conscience, ne peut être niée, son corollaire nécessaire doit être reçu. On ne saurait 1e rendre plus certain en accumulant des exemples. La vérité obtenue déductivement ne peut être confirmée induclivement. En effet, chacun des faits que nous avons rapportés ne repose que sur l’hypothèse indirecte de la persistance de la force, d’où il découle comme une conséquence directe. La preuve la plus exacte de la corrélation et de l’équivalence que peut atteindre la recherche expérimentale, est celle qui repose sur la mesure des forces dépensées et des forces produites. Mais, ainsi que nous l’avons montré dans le dernier chapitre, toute opération de mesure im-
LE CONNAISSABLE
plique l’emploi d’une unité de force qu’on suppose rester constante ; et à l’appui de cette supposition, il n’y a qu’une raison à donner, c’est qu’elle est un corollaire de la persistance de la force. Comment donc un raisonnement basé sur ce corollaire peut-il prouver le corollaire aussi direct que lorsque une quantité donnée de force cesse d’exister sous une forme, une quantité égale doit commencer d’étre sous une ou plusieurs autres formes? Évidemment la vérité à priori exprimée dans ce dernier corollaire, ne saurait trouver une confirmation plus solide dans des preuves à posteriori tirées du premier co> rollairc.
A quoi donc, peut-on demander, servent les recherches in stituées pour établir inductivement la transformation et l’équivalence des forces? Assurément, nous ne prétendrons pas qu’elles soient sans utilité. Mais si la corrélation ne peut pas être mieux démontrée par ces recherches qu’elle ne l’est déjà, n’en résulte-t-il pas qu’elles sont inutiles? Non. Elles ont de la valeur parce qu’elles découvrent les diverses conséquences particulières que la vérité générale n’énonce pas; elles ont de la valeur, parce qu’elles nous apprennent quelle quantité d’un mode de force équivaut à telle quantité d’un autre mode; elles ont de la valeur, parce qu’elles déterminent sous quelles conditions chaque métamorphose apparaît. Enfin, elles ont de la valeur parce qu’elles nous amènent à rechercher sous quelle forme le résidu de la force s’est échappé quand les résultats apparents ne sont pas équivalents à la cause.