CHAPITRE IX
DIRECTION DU MOUVEMENT
' § 7&. La cause absolue des changements de quelque nature qn’ils soient est tout aussi incompréhensible au point de vue de l’anité ou de la dualité de son action qu’à tous les autres. Nous ne pouvons décider entre les deux hypothèses alternatives, l’une que les phénomènes sont les produits d'une force tfnique agissant dans des conditions diverses, l’autre que les phénomènes sont le produit du conflit de deux forces. Peut-on, comme quelques-uns le prétendent, expliquer toutes choses par l’hypothèse de la pression universelle, d’après laquelle ce que nous appelons tension résulte des différences entre les pressions inégales qui s’exercent dans des directions opposées; ou, coipme on pourrait le soutenir avec autant de raison, faut-il tout expliquer par l’hypothèse de la tension universelle, dont la pression serait une résultante différentielle ; ou encore faut-il admettre comme la plupart des physiciens que la pression et la tension existent simultanément partout? questions qu’il est impossible de résoudre. Chaque hypothèse fait comprendre les faits, mais c’est en supposant admise une chose inconcevable. Pour admettre une pression universelle, il faut évidemment admettre le plein absolu, — un espace illimité plein de quelque chose pressé par quelque chose d’extérieur ; supposition qu’on ne peut pas concevoir. On peut faire une objection analogue et tout aussi fatale à l’hypothèse qui fait de la tension universelle la force immédiate à laquelle doivent se rap-
LE CONNAISSABLE
porter tous les phénomènes. Enfln, si la proposition ^que la pression et la tension coe.vistent partout est intelligible verbalement, nous ne pouvons pourtant pas nous figurer une unité irréductible de matière attirant une autre unité et la repoussant en même temps.
Cependant nous sommes forcés de conserver cette dernière croyance. On ne peut concevoir la matière que comme manifestant des forces d’attraction et de répulsion. Pour notre conscience, le Corps se distingue de l’Espace par l’opposition qu’il présente aux forces musculaires, opposition que nous sentons sous la double forme d’une cohésion qui neutralise nos efforts pour diviser, et d’une résistance qui neutralise nos efforts pour comprimer. Sans résistance, il ne peut y avoir qu’une étendue vide. Sans cohésion, il ne peut y avoir de résistance. Il est probable que ces conceptions antagonistes sont nées dans le principe de l'antagonisme de nos muscles extenseurs et fléchisseurs. Quoi qu’il en soit, nous sommes obligés de concevoir tous les objets comme composés de parties qui s’attirent et se repoussent mutuellement, puisque telle est la forme de notre expérience de tous les objets.
Une abstraction plus avancée nous donne la conception des forces attractives et répulsives qui régnent dans l’espace. Nou-s ne pouvons séparer la force d’avec l’étendue occupée, ni l’étendue occupée d’avec la force, parce que nous n’avons jamais une conscience immédiate de l’une en l’absence de l’autre. Et pourtant nous avons des preuves abondantes que la force s’exerce au travers de ce qui pour nos sens parait le vide. Pour nous représenter mentalement cette action, nous sommes obligés de remplir le vide apparent d’une espèce de matière, d’un milieu éthéré. Toutefois, la constitution que nous assignons à ce milieu éthéré, comme celle que .nous assignons à la substance solide, est nécessairement un résumé des impressions que nous recevons des corps tangibles. L’opposition à la pression que nous présente un corps ne se fait pas dans une seule direction, mais dans toutes les direc-
DIRECnON DD MOUVEMENT.
lions; il en est de même de la ténacité. Supposez des lignes en nombre infini, rayonnant de son centre en tous sens, le corps résiste sur chaque ligne, il est cohérent sur chaque ligne. Telle est la constitution des unités ultimes dont on se sert pour interpréter les phénomènes. Que ce soient des atomes de matière pondérable ou des molécules d’éther, les propriétés dont nous les concevons pourvues ne sont rien autre que ces propriétés perceptibles idéalisées. Des centres de force s’attirant et se repoussant mutuellement dans toutes les directions ne sont que des parties insensibles de matière pourvues des propriétés communes aux parties sensibles de matière dont nous ne pouvons les priver par aucun effort de l’esprit. Bref, ce sont des éléments invariables de la conception de la matière, abstraits de ses éléments variables, le volume, la forme, la qualité, etc. Par là, pour interpréter les manifestations de force qui ne peuvent tomber sous le tact, nous nous servons de termes idéaux que nos expériences du tact nous fournissent, par la raison péremptoire que nous n’en avons pas d’autres à notre service.
Après tout ce qui précède, il est à peine besoin de dire que ces forces universellement coexistantes d’attraction et de répulsion ne doivent pas être considérées comme des réalités, mais comme les symboles au moyen desquels nous représentons la réalité. Ce sont les formes sous lesquelles les opérations de l’inconnaissable se révèlent à nous, les modes de l'inconditionné en tant que présenté sous les conditions de notre conscience. Mais si nous savons que les idées ainsi produites en nous n’ont pas une vérité absolue, nous pouvons sans réserve nous y confier comme à la vérité relative et en tirer une série de déductions d’une vérité relative de même valeur.
§ 75. De la coexistence universelle des forces d’attraction et de répulsion, il résulte certaines lois de direction de tous les mouvements. Quand il n’y a que des forces attractives ou quand elles sont seules appréciables, le mouvement s’opère dans le
SPESCER. 16
[.K| C0NNAISS4PLE.
sens (}e leur résultante, q^i, en un sens, peut s’appeler la ligne de la plus grande traction. Quand les forces répplsives spnt seules en Jeu, ou plutôt sont seules appréciables, le inouveipept s’opère dans le sens de leur résultante, qu’on désigne d’ordinaire sous le nom de ligue de |e pjqs faible résistance. Eptin, quand des forces attractives et des forces répulsives s’exercent ou sont appréciables en même temps, le mouvement s’opère le long de la résultante de toutes les tractious et de toutes les résistances. A proprement parler celte dernière loi est la seule puisque par hypothèse les deux forces sont partout eu action. Mais il arrive très-fréquemment que l une de ces forces présente un excès tellement démesuré que les efifets de l’autre peuvent être négligés. Dans la pratique, nous pouvons dire qu’un corps tombant vers la terre suit la ligne de la plus grande traction; en effet, bien que la résistance de l’air doive, si le corps est irrégulier, l’en écarter un peu (ce qu’on voit très-bien pour les feuilles et les plumes), la divergence est si faible que nous pouvons la laisser de côté. De même, quoique la direction de la vapeur d’une chaudière qui éclate diflere un peu de ce qu’elle serait si la gravitation ne s’exerç<ail pas, comme cette force ne l’affecte que d’une manière inOnilésimale, nous avons le droit d’affirmer que la vapeur en s’échappant suit la ligne de la plus faible résistance. Nous pouvons donc dire que le mouvement suit toujours la ligne de la plus grande traction qu celle de la plus faible résistance, ou la résultante de ces deux forces; pourvu que nous nous rappelions que bien que la dernière direction seule soit rigoureusement vraie, les autres sont dans bien des cas assez près de la vérité pour suffire dans la pratique.
Le mouvement qui se fait dans unp direction est lui-même une cause d’un nouveau mouvement dans celle direction, puisque ce dernier n’ést que la manifestation d’un surplus de force dans cette direction. Il en est de qiéme du transport 4c la matière à travers l’espace, du transport de la matière à travers la matière, et du transport des vibrations à Uavers |a ma-
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lière. Qu^od la matière se ipput à travers l’espace, ce principe trouve son expression dans la loi d’inertie, sur laquelle sont entièrement basés les calculs de l’astronomie physique. Quand la matière se meut à travers la matière, nous le relroulODs dans l’expérience familière où nous voyons une solution (je continuité faite par un solide à travers un autre, ou un canal formé par un fluide à travers un solide, devenir une route sur laquelle, toutes choses égales, s’opèrent les mouvements subséquents de paèmc nature. Quand des mouvements traversent la matière sous la forme d’une impulsion communiquée de partie à partie, l’établissement des ondulations sur certaines lignes détermine leur continuation le long de ces lignes; ce que tendent à démontrer les phénomènes magnétiques.
Une autre conséquence des conditions, c’est que la direction du mouvement ne peut être que rarement, si jamais, parfaitement droite. Pour que la matière en mouvement poursuive d’une manière continue la ligne exacte dans laquelle elle a commencé à marcher, il faut que les forces d’attraction et de répulsion soient symétriquement disposées autour de sa voie, et il y a infiniment de chances pour qu’il n’en soit pas ainsi. 11 nous est impossible de faire une arête parfaitement droite à une barre de métal. Tout ce ((u’on peut faire, en recourant aux meilleurs procédés mécaniques, c’est de réduire les irrégularités de cette arête à une petitesse telle qu’on ne puisse les découvrir sans moyens grossissants. Cet exemple suffit à montrer que le mouvement devient plus ou moins indirect par l’etfet de la distribution asymétrique des forces autour de la ligne du mouvement. Nous devons ajouter que la courbe décrite par un corps en mouvement est nécessairement complexe en raison du nombre et de la variété des forces qui agissent sur lui, témoin le contraste entre le vol d’une flèche et les girations d’un béton emporté par le tourbillon des vagues agitées.
Pour faire un pas de plus vers l’unification de la counaissanoe, nous avons à suivre ces lois générales à travers les divers
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ordres de changemenls que présente le Cosmos. Nous avons à remarquer comment chaque mouvement s’opère le long de la ligne de la plus grande traction, de la plus faible résistance ou de leur résultante; comment le commencement d’un mouvement sur une certaine ligne devient une cause de continuation du mouvement le long de cette ligne; comment, néanmoins, le changement des relations avec les forces e.vtérieures fait dévier cette ligne; et comment le degré de la déviation s’accroît toutes les fois qu’une nouvelle influence vient s’ajoutera celles qui s’exerçaient déjà.
§ 76. Si nous admettons pour caractère de la première période de la condensation des nébuleuses que la matière dense auparavant diffuse dans un milieu plus rare se précipite en flocons (supposition que légitiment les connaissances physiques et qui s’accorde avec certaines observations astronomiques), le mouvement qui s’accomplit au sein des nébuleuses, peut s’expliquer comme une conséquence des lois générales que nous avons signalées. Toutes les parties de cette matière gazéiforme doivent commencer à se mouvoir vers le centre de gravité commun. Les forces attractives qui d’clles-mémes les porteraient ven» le centre de gravité suivant une ligne droite rencontrent les forces résistantes du milieu à travers lequel le corps est tiré. Le mouvement doit donc suivre la résultante de ces forces antagonistes qui, d’après la forme asymétrique du flocon précipité, doit être une courbe dirigée, non vers le centre de gravité, mais vers un de ses côtés, et l’on montrerait aisément que dans une agglomération de flocons se mouvant ainsi séparément, la composition des forces doit amener en définitive une rotation de toute la nébuleuse dans une direction.
Je me borne à rappeler cette hypothèse pour montrer que la loi s’applique au cas de l’évolution des nébuleuses; supposons maintenant la nébuleuse transformée et passons à l’examen des phénomènes que nous présente aujourd’hui le système solaire. Nous y voyons à chaque instant des exemples des prin-
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ns
cipes généraux exposés plus haut. Chaque planète, chaque satellite a un moment qui, s’il agissait seul, le porterait dans la direction qu’il suit à chaque instant II en résulte que ce moment agit comme une résistance au mouvement dans une autre direction. Cependant chaque planète ou chaque satellite est tiré par une force qui, si elle n’avait aucune résistance devant elle, le porterait en ligne droite en sens inverse de sa direction primitive. La résultante de ces deux forces est la courbe que le corps céleste décrit, résultat manifeste de la distribution asymétrique des forces autour de sa voie. Si nous examinons de plus près cette voie, nous y découvrons de nouvelles preuves. En effet, ce n’est pas rigoureusement un cercle ni une ellipse, c’est-à-dire les ligures qui seraient décrites s’il n’y avait en action que des forces tangenlielles et centripètes. Les autres parties du système solaire changeant toujours de position causent ce que nous appelons des perturbations, c’est-à-dire de faibles divergences dans diverses directions d’avec le cercle ou l’ellipse que les deux forces principales produiraient. Ces perturbations nous montrent à un degré moindre comment la ligne du mouvement devient plus compliquée à mesure que les forces se multiplient. Si au lieu du mouvement des planètes et des satellites considérés comme des touts, nous examinons les mouvements de leurs parties, nous rencontrons des faits relativement complexes. Toute portion de la substance de la terre, dans sa rotation diurne, décrit une courbe qui est à peu près une résultante de plusieurs forces, de la résistance qui s’oppose à ce qu’elle s’approche davantage du centre de gravité, du moment qui l’emporterait par la tangente, et des forces de gravitation et de cohésion qui l’empêchent de s’échapper. Si l’on combine ce mouvement autour de l’axe avec le mouvement orbitaire, la course de chaque partie devient bien plus compliquée. La complication augmente encore davantage si nous faisons entrer en ligne de compte l’attraction de la lune, cause principale des marées et la précession des équinoxes,
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§ 77. Notis arrivons aux chdngetnents terrestres ; aux ehatigements présents et aux changements passés induits par les physiologistes. Commençons par les changements qui surviennent continuellement dans l’atmosphère de la terre ; descendons aux changements qui s’opèrent plus lentement à sa surface, et ensuite à d’autres qui s’opèrent encore plus lentement dans son intérieur.
Les masses d’air absorbant la chaleur des surfaces échauffées par le soleil, se dilatent, et par conséquent diminuent le poids des colonnes d’air dont elles font partie. Par suite, elles présentent aux colonnes adjacentes une résistance latérale diminuée; ces colonnes entrent en mouvement dans la direction de celle diminution, et déplacent l’air dilaté ; celui-ci« en poursuivant sa course de bas en haut, exécute un mouvement suivant lu ligne de la plus faible pression. Par suite de l’ascension des masses d’air échauffées par les vastes plaines de la zone torride, il se produit à la surface supérieure de l’atmosphère une prolubérance qui dépasse la limite de l’équilibre; puis l’air qui la forme commence à déborder latéralement vers les pôles; cela se passe ainsi parce que la force attractive de la Terre restant à peu près la môme, la résistance latérale diminue beaucoup. Dans chaque courant de môme origine, comme dans chaque contre-courant qui vient remplir le vide laissé par le premier, la direction est toujours la résultante de la force attractive de la Terre et de la résistance opposée par les masses d’air ambiantes, modifiée seulement par des conflits avec d’autres courants dus aux mômes causes, et par des collisions avec les proéminences de la croûte terrestre. Les mouvements de l’eau dans ses deux états gazeux et liquide fournissent d’autres exemples. On peut démontrer d’après la théorie mécanique de la chaleur que l’évaporation est la fuite des molécules d’eau dans le sens de la plus faible résistance; et qu’à mesure que la résistance (due à la pression de l’eau diffusée dans un état gazeux) diminue, l'évaporation augmente. Héciproquement, la précipitation de molécules appelée con-
DIBECtibif ttc MOdtrMent.
lai
den*ation qui s’tipèrë quühd Uhé partie de ia vapeur atmd< sphérique sé reftoidit beaucoup, peut s’interpréter comme une tiimimUion de la pression mutuelle des molécules qui se condensent, tandis que la pression des molécules ambiantes reste là même; le moUTcmeUt se fait donc du côté de la résistance diminuée, flans la chute des gouttes de pluie qui résultent de cëtte condensation, nous voyons un des cas les plus simples de l’effet combiné des deux forces antagonistes. L’attraction de la terre et la résistance des courants atmosphériques, qui varient à chaque instant en direction et en intensité, ddnnent pour résultante des lignes inclinées sur l’horizOn suivant tous les degrés, et subissent de perpétuelles variations. Ces mêmes gouttes de pluie fournissent un exemple encore plus évident de U loi quand elles atteignent le sol. En coulant à sa surface dans les ruisseaux, dans les courants plus grands et dans les rivières, leur cours suit une ligne aussi droite que l’antagonisme des objets voisins le permet. A chaque instant le mouvement de l’eau vers la Terre est contrarié par la matière solide qui l’entoure et sur laquelle elle coule ; à chaque instant sa roulé est la résultante des lignes de l’attraction la plus grande cl de la moindre résistance. Loin de nous présenter une exception h cette loi, comme elles le paraissent, les cascades en fournissent la confirmation. En effet, si l’on écarte tous les obstacles solides qui s’opposent à la chute verticale de l’eau, il en reste poUHaut encore un dans son moment horiiontal; la parabole suivant laquelle le courant plonge en quittant le rebord esl engendrée par la gravitation et le moment. N’oublions pas de remarquer le degré de complexité que produit dans la ligne de mouvement la variété des forces en jeü. Les courante àlniosphériques, et plus évidemment encore les cours d’eau (ciuquels on peut ajouter les courants océaniques), suivent '<ne route trop complexe pour être définie autrement que par une courbe à trois dimensions d’une équation toujours variable.
Ijh croûte solide du globe subit des changements qui offrent un autre groupe d’exemples. La dénudation des terres et le
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dépôt des terrains transportéspourformerdenouvelles couches au fond des lacs et des mers s’opèrent évidemment de la même manière que le changement de lieu de l’eau qui lescharrie. Bien que rien ne prouve induclivement que les forces ignéeslagissent surdes lignes dirigées dans le sens delà plus faible résistance, le peu que nous savons à ce sujet s’accorde avec la croyance qu’elles suivent cette loi. Les tremblements de terre reviennent continuellement visiter les mêmes localités, et il y a des contrées qui subissent particulièrement pendant de longues périodes des élévations et des abaissements de niveau. Ces faits supposent que les parties de la terre qui ont déjà été rompues sont les plus dispo.sées à céder à la pression causée par de nouvelles contractions. La distribution des volcans sur certaines lignes, aussi bien que le retour fréquent des éruptions par les mêmes ouvertures, ont la même signification.
§ 78. M. James Hinlon a démontré, dans the Médico-Chirurgical Review d’octobre 1858, que la croissance des êtres organisés se fait dans le sens de la moindre résistance. Après avoir décrit en détail quelque.s-unes des premières observations qui l’ont conduit à cette généralisation, il la formule ainsi:
K La forme organique est le résultat du mouvement.
» Le mouvement prend la direction de la moindre résistance.
» Par conséquent, la forme organique est le résultat du mouvement dans la direction de la moindre résistance. »
Après avoir e.vpliqué et défendu sa proposition, M. Hinton s’en sert pour expliquer divers phénomènes de développement. Il dit en parlant des plantes :
O La formation de la racine présente un bel exemple de la loi de la moindre résistance; en effet, la racine pousse en s’insinuant cellule par cellule dans les interstices du sol ; c’est par des additions aussi ténues qu’elle s’accroît, qu’elle tourne et enlace tous les obstacles qu’elle rencontre et qu’elle pousse le plus à l’endroit où les matériaux nutritifs s’ajoutent à elle le
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piQs abondamment. Quand nous regardons les racines d’un arbre vigoureux, il nous semble qu’il les a enfoncées avec une force de géant dans la terre solide. Il n’en est pas ainsi : elles ont cheminé doucement, cellule après cellule, à mesure que l’humidité descendait et que la terre, moins tassée, lui livrait passage. Sans doute, une fois formées, elles s’étalent avec une force énorme, mais la nature spongieuse des racines qui croissent nous interdit d’admettre qu’elles s’enfoncent dans la terre. •Mais n’est-il pas probable que les racines déjà formées peuvent en prenant plus de volume, faire crevasser le sol environnant et faciliter la formation' des interstices dans lesquels se développent les nouvelles radicules?...
» Dans presque toute la nature organique on voit se dessiner plus ou moins nettement la forme spirale. Or, le mouvement qui subit une résistance suit une direction spirale, comme nous pouvons le voir par le mouvement d’un corps qui s’élève et s'abaisse dans l’eau. Une bulle qui s’élève rapidement dans l’eau décrit une spirale ressemblant e.xactement à un tire-bouchon, et un corps d’une pesanteur spécifique moyenne tombant dans l’eau y décrit une courbe où l’on peut distinctement reconnaître un commencement de spirale.... Il me semble que celte forme spirale qui domine chez les corps organisés est une forte présomption en faveur de l’idée que je soutiens.... La forme spirale des branches d’un grand nombre d’arbres est très-apparente, et il suffit de rappeler que les feuilles s’arrangent universellement en spirale autour de la tige Le cœur
commence par un tour de spire et l’on peut, dans sa forme parfaite, retrouver une spirale bien manifeste dans le ventricule gauche, le droit, l’oreillette gauche, la droite et les auricules. Qu’est-ce que le tour de spire par lequel le cœur se montre d’abord, sinon le résultat nécessaire de l’allongement, soumis à une limite, de la masse cellulaire dont il se compose alors'/...
» Tout le monde a remarqué la frisure particulière des jeunes feuilles de la fougère commune. Il semble que la feuille soit
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roulée sur elle-tiiême, rUais eu réalité cette forme n’est qu’un phénomène <le croissance. La courbure résüUe de l’accroisSement delà fhuille; ce n’est qu’une autre forme du plissement et du ploiement à angle droit qui accompagne l’extension soumise à des limites....
)) Le roulement ou l’imbrication des pétales dans beaucoup de fleurs est un fait analogue; à une première période l’on peut voir les petits pétales placés côte à côte; plus tard, en grandissant dans la capsule, ils s’enroulent les uns sur les autres.
» Si l’on ourre, à une période assez précoce, le bouton d’une fleur, les étamines semblent moulées dans la cavité comprise entre le pistil et la corolle, cavité que les anthères remplissent entièrement; les filets s’allongent plus tard. J’ai remarqué aussi dans certains cas que dans les fleurs où les pétales sont imbriqués où enroulés, le pistil est eflilé comme s’il poussait entre les pétales. Dans quelques fleurs dont les pétales s’arrangent dans le bouton en forme de dôme (comme dans l’anbépine), le pistil est aplati à son sommet et occupe dans le bouton un espace limité exactement par les étamines en bas et les pétales enveloppants en haut et sur les côtés. Toutefois, je ne suis pas assuré que cet arrangement existe dans tous les cas. I)
Sans donner à tous les exemples de M. Hinton toute la valeur qu’il leur accorde, puisqu'on peut opposer à plusieurs d’entre eux des objections, je pense qu’on peut accepter sa conclusion comme vraie en grande partie. Toutefois, il est digne de remarquer que dans la croi.ssance des organismes comme dans tous les autres cas, le ligne du mouvement est rigoureusement la résultante des forces de traction et de résistance, et que les forces attractives y entrent pour une part si considérable que la formule n’est pas complète si elle n’en tient compte. Les formes des plantes sont manifestement modifiées parla gravitation. La direction d’une branche n’est pas ce qu’elle aurait été sous l’action de la force attractive de la Terre; chaque fleur, chaque feuille est un peu changée dans le cours
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du développement pur le poids de ses purtiesi CheÉ les animaui, ces efl'ets sont moins évidents; pourtant, en présencë de cas dans lesquels des organes flexibles subissent une déviation de leur direction pur l’eflét dé la gravité, nous avoiis le droit d’affirmer que dans l’organistne tout entier les formes des parties doivent être affectées par cette force.
Mais nous n’avons pas seulement à comprendre le sens dés seuls mouvements organiques qui cOnstilnent la croissanbe. Il 7 a encore ceux qui constituent la fonction. On y peut reconnaître les mêmes principes généraux. Les taisseaux dans lesquels le saiig, la lymphe, la bile et les autres sécrétions trouvent leur voie sont des canaux où la résistance est moindre} le fait est si évidetit qu’il est à peine besoin de le rappeler^ Mais il en est un autre moins évident, c’est que les courants qui traversent ces vaisseaux subissent l’influence attractive de la terre. Bn voici trois exemples: les veides variqueuses, le soulagement des parties enflammées quand on les élève, la congestion de la tète et de la face quand on se penche ert avant. L’InflltratioU des jambes s’accroît le jour et diminue là nuit, tandis qu’aü contraire le gonflement œdémateux des paupières, .symptôme commun dans la débilité j augmente pendant les heures qu’on passe au lit et diminue quand on se lève; ces deux exemples nous montrent que la transsudation du liquide par les parois capillaires varie quand un changeuienl de position change l’effet de la gravité dans les diverses parties du corps.
Il serait bon , en passant, d’indiquer la portée de ce principe dans la question du développement des espèces. Au point de vue dynamique, la sélection naturelle implique des changements le long des lignes de la moindre résistance. La multiplication d'une espèce de plante ou d’animal dans les localités qui Ini sont favorables, est une croi.ssance au point où les forces antagonistes sont moindres qu'aillenrs. La conservation des variétés qui réussissent mieux que leurs voisines dans la lutte avec les conditions ambiantes est la continuation du mouvement vital
LE CONNAISSABLE
dans les directions où les obstacles qui la barrent sont le plus facilement éludés.
§ 79. Il n’est pas aussi facile de montrer que la loi de mouvement que nous avons énoncée régit les phénomènes de l’esprit. Dans la plus grande partie de ces phénomènes, dans ceux de l’émotion et de la pensée il n’y a pas de mouvement appréciable. Même pour la sensation et la volonté, qui nous offrent dans une partie du corps un effet produit par une force appliquée à une autre partie, le mouvement intermédiaire est plutôt inféré que constaté. Les difficultés sont telles qu’il n’est pas possible de faire plus que d’indiquer brièvement les preuves qu’on pourrait donner si l’espace le permettait.
Supposez que les diverses forces qui régnent dans un organisme soient préalablement en équilibre. Si une partie de cet organisme devient le siège d’une nouvelle force, ajoutée ou dégagée, c’est de là que la force, rencontrant les résistances des forces ambiantes plus petites, commencera un mouvement vers une autre partie de l’organisme. S’il y a dans une autre partie de l’organisme un point où se dépense une force, c’csl-à-dire un point qui soit diminué d'une force qu’il possédait auparavant, au lieu d’être augmenté d’une force qu’il ne possédait pas, et qui par ce fait devienne un point où la réaction contre les forces ambiantes soit moindre, le mouvement qui s’opère entre le premier et le dernier de ces points se fera manifestement dans le sens de la plus faible résistance. Or, une sensation implique l’addition ou le dégagement d’une force dans la partie de l’organisme qui en est le siège, tandis qu’un mouvement mécanique implique une dépense ou une perte de force dans la partie de l’organisme qui en est le siège. Il en résulte que si, comme nous le constatons, le mouvement se propage d’ordinaire de ces parties d’un organisme auquel le monde extérieur ajoute des forces sous forme d’impressions nerveuses, à ces autres parties de l’organisme qui réagissent sur le monde extérieur par les contractions musculaires, il ne
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fait qu’obéir la loi que nous avons énoncée. De cette conclusion générale, nous pouvons passer à une plus spéciale. Quand il y a dans les conditions de la vie animale quelque chose qui implique qu’une sensation dans une certaine place est habituellement suivie d’une contraction dans une certaine autre place, quand il s’établit dans l’organisme, entre ces places, un mouvement répété fréquemment, quel doit en être le résulat quant à la ligne le long de laquelle se font les mouvements? La restauration de l’équilibre entre les points où les forces ont été accrues ou diminuées doit se faire par quelque voie. Si cette voie est afl'ectée par la décharge, si l’action obstructive des tissus traversés entraîne une réaction qui s’exerce sur eux aux dépens de leur pouvoir obstructif, un nouveau mouvement entre les deux points rencontrera moins de résistance dans celte voie que n’en avait rencontré le premier, et par conséquent s’y engagera plus promptement. S'il en est ainsi, chaque répétition diminuera pour l’avenir la résistance opposée par cette route, et par suite il se formera entre les deux points une ligne permanente de communication différant grandement des tissus ambiants en ce qu’une force la traverse facilement. Par conséquent, lorsque entre une impression particulière et un mouvement qui lui est associé, il s’établit une connexion produisant ce qu’on appelle une action réflexe, nous en trouvons l’explication dans la loi que le mouvement suit la ligne de la plus faible résistance, et que, si les conditions restent constantes, la résistance dans une direction diminue par le mouvement qui s’y opère. Sans plus de détails, on verra manifestement qu’on peut donner une interprétation semblable de la succession de tous les autres changements nerveux. Si, dans le monde qui nous enveloppe, il y a des objets, des attributs, des actions qui d’ordinaire se présentent ensemble, les effets qu’ils produiront chacun dans l’organisme s’uniront par ces répétitions que nous appelons expérience, •vu point de se produire aussi ensemble. La force de la connexion des étals nerveux qui répondent à une connexion exté-
Uk L» C0IIN4ISaABI«.
ri^ure entre des phénomènes, sera proportionnelle à I4 fèé« quence avec laquelle cette connexion extérieure se révèle dans l’expérience. Ainsi U se formera entre les états nerveux tous les degrés de cobésiou, comme il y a tous les degrés de fré* quence parmi les coexistences et les séquences ambiantes qui leur donnent naissance : il doit en résulter une correspondance générale entre les idées associées et les actions associées qui s’opèrent dans l’extérieur (1).
Qn peut interpréter delà même manière la relation qui unit les émotions et les actions. Pour premier exemple, voyons d’abord ce qui arrive des émotions non dirigées par des voûtions. Celles-ci, comme les sentiments en général, se dépensent à produire des changements organiques et surtout des contractions musculaires. Comme je l’ai indiqué dans le dernier chapitre, il en résulte des mouvements dans les muscles volontaires et involontaires, dont l’intensité varie en proportion delà force des émotions. Toutefois, il nous reste à indiquer que l’ordre dans lequel les muscles sont atfectés n’est explicable que par le principe exposé ci-dessus. Ainsi, un état mental agréable on pénible d’une faible intensité ne fait guère qu’accroitre les pulsations du cœur. Pourquoi ? Par la raison que la relation entre l’e-vcitalion nerveuse et la contraction vasculaire, étant commune à tous les genres et à toutes les espèces de sentiments, est répétée plus fréquemment que les autres, d’où il résulte que la connexion nerveuse est, comme nous l’avons montré, celle qui présente la plus faible résistance à la décharge; et que, par conséquent, il sufiit, pour y produire un mouvement, d’une force faible qui agisse dans ce sens. Un sentiment plus fort ou une passion plus vive aU'ecte non-seulement le cœur, mais les muscles de la face et spécialement ceux qui
(1) Ce paragraplie est iipe reproduction un ppu nuipliflée d'uoc idée esr posée dans The Merlico-Chirurgkal /tei’ieui de janvier 1859 (p. 189-190). Il contient le germe de lu cinquième partie que je voulais ajouter auc Princiyet de ptychologie, et que j'ai supprimée pour des raisons indiquée! dani la préface de l’ouvrage.
DIRECnON PP NOPTEIIENT.
entourent la bouche. Notre loi li'ouve ici son application ; en e^el, ces muscles, comparativement petits et perpétuellement en mouvement pour la parole, offrent moins de résistance que d'autres muscles volontaires à la force ncrvo-motrice. fine émotion plus forte excite d’une manière visible lés muscles dp l'appareil dp la respiration et de layoix. Enfin, {fSr l’effet d’une passion énergique, des contractions violentes agitent les muscles du tronc et des membres. Je ne dis pas que cette interprétation s’applique à tous les détails des faits (il faudrait pour cela des données impossibles à obtenir), mais on peut eu topte sûreté dire que, si l’on rangeait les muscles par ordre d’excitabilité, on trouverait d’abord ceux qui sont faibles et le plus souvent en action, et l’op descendrait ensuite k ceux qui sont plus grands et moins fréquemment mis en jeu. Ee simple fait du rire, décharge spontanée de sentiments qui affecte d’abord les muscles disposés autour de la bouche, pujs ceux de l'appareil vocal et respiratoire, pujs ceux des membres, et enfiUt ceux de l’épine dorsale (1), suffit pour faire voir que lorsqu’une force dégagée dans les centres nerveux ne trouve pas devant elle une route spéciale ouverte, elle produit pn mouvement le long des voies qui lui offrent la moindre résistance, et si elle est trop grande pour s’échapper par ces voies, elle produit des mouvements dans les autres où elle rencontre des résistances de plus en plus fortes.
Il est probable que l’on jugera impossible que ce raisonnement s’étende aux voûtions. Cependant, nous ne manquons pas de témoignages qui prouvent que le passage de désirs spéciaux à des actes musculaires spéciaux se conforme au même principe. Il est facile de montrer que les antécédents mentais d’un mouvement volontaire sont ceux par lesquels la ligne suivant laquelle ce mouvement s’opère devient temporairement la ligne de la plus faible résistance. En effet, une pensée, suggérée comme
(I) Pour les details, voyez uu article sur la physiologie du rire, publié dans Macmillan' 3 Magazine de "mars 1860, et reproduit dans Herbert Spenoer'j Essaye, 1, 194.
LE CONNAISSABLE
il est nécessaire par une pensée antérieure et unie à cette pensée par des associations qui déterminent la transition, est une représentation des mouvements voulus et de leurs suites. Mais, représenter certains de nos propres mouvements, c’est en partie éveiller les sensations qui les accompagnent, y compris celles de tension musculaire, c'est en partie exciter les nerfs moteurs appropriés et tous les autres nerfs qui aboutissent aux organes mis en jeu. Cela veut dire que la volition est une décharge initiale le long d’une ligne qui, par l’effet des expériences antérieures, est devenue la ligne de la plus faible résistance. Le passage de la volition à l’action n’est que le complément de la décharge.
Avant d’aller plus loin, signalons un corollaire de ce fait, à savoir, que la série particulière de mouvements musculaires par laquelle on atteint l’objet quelconque d’un désir se compost de mouvements qui impliquent la plus faible somme de force à vaincre. Comme chaque sentiment engendre un mouvement sur la ligne de la plus faible résistance, il est clair qu’un groupe de sentiments constituant un désir plus ou moins complexe engendrera un mouvement sur une série de lignes de moindre résistance. C’est-à-dire, que la fin désirée sera obtenue par la plus petite dépense d’effort. Si l’on objecte que, par manque de connaissance ou d’adresse, un homme poursuit souvent la plus pénible des deux voies et surmonte une plus grande somme de forces antagonistes qu’il n’est nécessaire, je répondrai que relativement à son état mental, la voie qu’il prend est celle qui offre le moins de difficulté. Ily en a une autre plus aisée sans doute au point de vue abstrait, pourtant, son ignorance de cette voie, ou son incapacité de la prendre est, au point de vue physique, un obstacle réel insurmontable à la décharge de ses forces dans celte direction. L’expérience qu’il a acquise, ou que d’autres lui ont communiquée, n’a pas créé en lui les voies de communication nerveuse qu’il faut pour que cette direction, qui est la meilleure pour lui, soit la vraie direction delà moindre résistance.
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DIRECTION Dü MOUVEMENT.
§ SO. Puisque chez tous les animaux, y compris l’homme, le mouvement suit les lignes de moindre résistance, il faut en conclure que dans les agrégations d’hommes, les choses se passent de même. Les changements d’une société provenant de l’action combinée de ses membres, leur cours sera déterminé selon les mêmes lois que ceux de tous les autres changements opérés par composition de forces.
Ainsi, quand nous regardons la société comme un organisme, et que nous observons la direction de sa croissance, nous trouvons que c’est celle où la moyenne des forces opposantes est la moindre. Ses unités ont des forces à dépenser pour se maintenir et se reproduire. Ces forces en rencontrent d’autres qui leur font échec, à savoir des forces d’origine géologique, ou venant du climat, des animaux sauvages ou d’autres races humaines avec lesquelles elles sont en hostilité et en compétition. Les surfaces sur lesquelles celte société se répand sont celles où la somme de forces antagonistes est la plus faible. Pour réduire la chose à sa plus simple expression, nous pouvons dire que les unités sociales ont à consacrer leurs efforts combinés ou isolés à se préserver, elles et leurs descendants, des forces inorganiques et organiques qui tendent continuellement à les détruire (soit indirectement par oxydation ou par une soustraction anormale de chaleur, soit directement par une mutilation du corps); que ces forces peuvent être, soit neutralisées par d’autres utilisées sous forme d’aliments, de vêtements, d’habitations, d’instruments de défense, soit éludées autant que possible; enfin que la population s’étend dans toutes les directions où elle trouve les moyens de les éviter le plus facilement, ou de dépenser le moins de travail pour acquérir les matériaux qui lui servent d’instruments de résistance, ou bien ces deux avantages à la fois. C’est pour ces raisons que les vallées fertiles, où l’eau et les produits végétaux abondent, ont été les premières peuplées. Les hommes se sont aussi ré-; pandus sur les rivages de la mer qui leur offraient en grande spcrcer. 17
LE GONNAISSâBLE.
abondance une nourriture facile à saisir. Un fait général qni a la même signilication, c’est que, autant que nous pouvons en juger par les traces qu’elles ont laissées, les grandes sociétés se montrèrent d’abord dans les régions tropicales où les fruits de la terre coûtent le moins de fatigue, et où l’on a peu de peine à conserver la chaleur animale. On peut ajouter à ces faits un autre fait qui se passe sous nos yeux, l’émigration; pous la voyons s’acheminer vers lés contrées qui offrent le moins d’obstacles à la conservation des individus, et par suite, au développement des nations. Il en est de même de la résistance qu’opposent aux mouvements d'une société les sociétés voisines. Chaque trihii ou nation qui habite une région s'accroît en nombre jusqu’à ce qu’elle dépasse ses moyens de subsistance. II y a dans chacune d’elles une force d’expan.sion coiislantc vers les surfaces adjacentes, qui rencontre la ré.sistanee de forces semblables des tribus ou des nations qui les occupeut. Les guerres incessantes qui en résultent. les conquêtes sur les tribus ou nations plus faibles, la dévastation du territoire par les vainqueurs, sont des mouvements sociaux qui s’opèrent dans tes directions de la plus faible résistance. Les peuples conquis, quand ils échapj)eiit à l’extermination ou à l’esclavage, ne manquent pas de nous présenter des mouvements de mûinc origine. En effet, en émigrant vers des régions moins fertiles, eu cherebant un refuge dans les déserts et les montagnes, en se dirigeant vers des régions où la résistance .à la croissance de la société est relativement grande, ils ne font qu’obéir à une pression plus forte qui les repousse de tous les autres côtés ; les obstacles physiques à la conservation personnelle, qu’ils ont comliattrc sont réellement moins forts que ceux qu’ils rencontrent chez les ennemis qui les forcent à fuir.
On peut interpréter de la même manière les mouvements intérieurs d’une société. Les localités naturellement propres à pn)duire certaines denrées, c’est-à-dire celles où ces denrées sont obtenues au prix de moins de force, c’est-à-dire, encore.
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DIRECTION DU MOUVEMENT
celles OÙ lé désir dè se procurer ces denrées rencontre le moins de résistance, deviennent les centres spécialement consacrés ü les produire. Dans les pays où le sol et le climat concordent pour faire du blé un produit rémunérateur, c’est-à-dire qui paye une quantité d’elTorts donnée par une plus grande somme de substaDce nutritive. Inculture du blé devient l’industrie dominante. Au contraire, dans les pays où l’on ne peut produire le blé économiquement, l’avoine, le seigle, le maïs, le riz ou les pommes de terre sont les principales denrées agricoles. Sur les bords de la mer, les hommes vivent avec moins d’efforts en péchant du poisson; aussi choisissent-ils la profession de pécheur. Dans les pays riches en charbons et en métaux, la population, trouvant que le travail consacré ù l’extraclion de la houille et du minerai représente une plus grande somme de. nourriture et de vêtements que s’il l’était à une autre production, devient une population de mineurs. Ce dernier exemple nous amène en présence du phénomène appelé commerce ; nouvelle preuve de la loi générale. En efl'et, on est commerçant dès qu’on facilite l’accomplissement des désirs de l'homme en diminuant l’ctfort qu'il devrait faire nécessairement pour s'assurer des objets désirés. Quand, an lieu de faire, chacun pour soi, pousser leurs grains, de tisser leurs habits, de coudre leurs souliers, des hommes pensèrent à se borner l’un à l’agriculture, l’autre au tissage, l’autre à la cordonnerie, ce fut parce qu'ils trouvèrent qu’il était plus pénible de faire tout ce qui leur manquait, que de faire une grande quantité d’une seule chose et d’échanger le reste; par l’échange, chacun se procura les nécessités de la vie sans avoir à vaincre autant de résistance. De plus, l’homme, en se décidant à produire telle ou telle denrée, fut, comme aujourd’hui encore, conduit par les mêmes causes. En effet, outre ces conditions locales qui détei minent des sections entières d’une société à s’adonner aux industries qui leur donnent le moins de peine, M y a aussi des aptitudes et des conditions individuelles, qui font que chaque citoyen préfère une certaine occupation; en
Le connaissable.
sorte qu’en choisissant les formes d’activité imposées par les circonstances spéciales qui les entourent et par leurs facultés piopres, les unités sociales se meuvent chacune vers les objets de leurs désirs en suivant des directions qui leur présentent le moins d’obstacles. L’opération de transport que le commerce suppose, fournit de nouveaux exemples. Tant que les forces qu’il faut vaincre pour se procurer les objets nécessaires à la vie dans la région où ils sont consommés, sont moindres que les forces qu’il faut vaincre pour les faire venir d’une région voisine, il ne se fait pas d’échange. Mais quand la région voisine les produit avec une économie qui n’est pas surpassée parles frais de transport ; quand la distance est si petite et la route si aisée, que le travail du transport augmenté de celui de la production reste au-dessous du travail de la production dans la région où ces objets se consomment, le transport s’établit. On remarque aussi que les voies suivant lesquelles se font les communications commerciales s’ouvrent dans le sens de la moindre résistance. Au commencement, quand les marchandises se transportaient à dos d'homme ou de cheval, on choisissait les sentiers qui présentaient le triple avantage d’étre plus courts, plus de niveau, et plus libres d’obstacles, c’est-à-dire ccut qu’on pouvait parcourir avec le moins d’efforts. Plus tard, en traçant des montées, on choisit une voie qui ne déviât de l'horizontale qu’autant qu'il était nécessaire pour éviter les déviations verticales qui eussent exigé une plus grande traction. C’est la plus | faible somme d’obstacles qui détermine la route, même dans^ les cas qui semblent faire exception; par exemple, lorsqu'on! fait un détour pour éviter l’opposition d’un propriétaire fon-! cier. Tous les perfectionnements apportés par la suite à la construction des routes, jusqu’aux routes macadamisées, aux canaux, aux chemins de fer qui rédbisent l’antagonisme du frottement et de la pesanteur à uu minimum, fournissent des exemples du même principe. Si l’on a à choisir une route entre; un point et un autre, la voie que l’on choisit est celle sur laquelle| le prix de transport est le moindre : le prix sert ici de mesure:
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à U résistance. Là même où, en tenant compte du temps, on suit la ligne la plus coûteuse, c’est que la perte de temps implique une perte de force. Quand la division du travail a été poussée fort loin, et que les moyens de communication ont été rendus plus faciles, il se fait une localisation bien tranchée des industries, et par suite l’accroissement des populations qui s’y ronsacrent peut s’expliquer par le môme principe. L’affluence des immigrants vers chaque centre industriel aussi bien que la multiplication de la population qui les habite sont déterminées parle prix du travail, c’est-à-dire par la quantité des marchandises qu’un effort donné peut procurer. Dire que les ouvriers se rassemblent dans les lieux où, par suite des facilités de la production, on peut donner sous forme de salaire une quantité proportionnellement plus forte de produit, c’est dire qu’ils se rassemblent aux endroits où il y a le moins d’obstacles à l’entretien de leur personne et de leur famille. Par conséquent, l’accroissement rapide du nombre des artisans dans ces lieux est un accroissement social sur les points où les forces opposantes sont les moindres.
L’application de la loi est tout aussi évidente dans les chan- ;;ements fonctionnels qui s’opèrent jouruellemenL L’écoulement du capital dans les affaires qui donnent le plus d'intérêts, l’achat au meilleur marché, et la vente au prix le plus élevé, l’introduction de modes de fabrication plus économiques, le développement des meilleurs moyens de distribution, et toutes ces variations dans les courants du commerce qui sont notées quotidiennement dans nos journaux, et dans nos télégrammes heure par heure, sont autant de mouvements qui se font dans les directions où ils rencontrent le moins de forces opposantes. En effet, si nous analysons chacun de ces changements, si, au lieu d’intérêts de capital, nous lisons le surplus de produits qui dépasse la dépense d’entretien du travailleur, si nous interprétons un gros intérêt ou un grand surplus par un travail rémii.néré par les plus grands résultats, et si le travail rémunéré par les plus grands résultats veut dire l’action musculaire dirigée
LB UQPINAIBSAMC.
de manière à esquiver autant que possible les obstacles, nous reconnaissons que tous ces phénomènes commerciaux ne sont que des mouvements compliqués qui s’opèrent sur les lignes de plus faible résistance.
On fera peut-être à cette application sociologique de la loi, des objections de deux espèces. Les uns diront que le mot force n’a ici qu’un sens métaphorique, qu’en disant que les hommes sont poussés dans certaines directions, par certains désirs, on emploie un langage figuré, et qu'on n’exprime pas un fait physique. Je réponds qu’il faut interpréter littéralement les exemples précédents, et que les opérations mentionnées, sont des faits physiques. La pression de la faim est une force réelle, une sensation qui implique un certain état de tensioa nerveuse ; et l’action musculaire que la sensation provoque est réellement une décharge de la sensation sous forme de mouvement corporel; enfin, si l’on analyse les faits mentais qu’elle comprend, enverra que cette décharge suit les ligne» de moindre résistance. Par conséquent, il faut entendre réellement et non métaphoriquement, comme nous l’avons dit, les mouvements d’une société dont les membres sont poussés par tel ou tel désir. On peut faire aussi une objection en sens contraire, et dire que ces divers exemples ne sont que des lieux communs déguisés, et que dès qu’on a reconnu la loi de U direction du mouvement, il en résulte nécessairement que les mouvements sociaux, comme tous les autres, doivent s’y conformer, On peut répliquer qu’en se contentant d’aflirmer d’une manière abstraite, que les mouvements sociaux se couforment à cette loi du mouvement, on ne porte pas la conviction dan» la majorité des esprits, et qu’il est nécessaire de montrer emment ils s’y conforment. Car, pour que les phénomènes sociaux puissent s’unifier avec les phénomènes d’espèces plus simples pour former un même système, il faut que les généralisations du genre de celles de l’économie politique soient réduites à des propositions équivalentes exprimées en fonction de force et de mouvement.
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Les mouvements sociaux de ces divers ordres se conforment aur deux lois dérivées que nous avons mentionnées au début. En premier lieu, remarquons qu’une fois lancés dans certaines directions, ces mouvements, comme tous les autres, tendent à persister dans ces mêmes directions. Unejfolie ou une panique commerciale, une production de marchandises, une coutume sociale, une agitation politique, continuent leur course longtemps après que la source qui leur a donné naissance ne fournil plus d’impulsion; il faut des forces antagonistes pour les arrêter. En second lieu, notons que la marche des mouvements sociaux devient d’autant plus tortueuse que les forces sociales sont plus compliquées. Nous voyons, par les séries compliquées de contractions musculaires qu’un ouvrier doit exécuter pour gagner de quoi acheter un pain chez le boulanger voisin, quelle direction tortueuse prend le mouvement quand les forces en action deviennent très-nombreuses; nous le voyons encore bien mieux dans les actions sociales d’un caractère politique, comme celles qui aboutissent il porter au parlement, vers la fin de sa vie, un homme enrichi dans les affaires.
§ 81 . Demandons-nous maintenant quelle est la preuve dernière du principe général exposé dans ce chapitre, comme nous l’avoDs fait pour celui que nous avons traité dans le précédent. Devons-nous simplement l’admettre à titre de généralisation empirique, ou pouvons-nous le formuler comme corollaire d’un principe encore plus fondamental? Le lecteur a déjà fait la réponse. Nous verrons qu’on peut le déduire de la donnée de la conscience qui sert de support à toutes les sciences.
Supposons plusieurs forces agissant sur un corps donné et le tirant en sens divers. En vertu du principe que les malbémaliciens appellent composition des forces, on peut trouver pour deux d’entre elles une force unique de direction et d’intensité telles qu'elle produise sur le corps un effet exactement égal. Si, dans la direction de chacune d’elles, on tire une ligne
LE CONTIAISSABLE.
droite; puis, si l’on prend sur ces lignes droites des longueurs proportionnelles à l’intensité de chaque force, et que, de l’ex- Irémité de ces longueurs, on tire une ligne parallèle à l’autre ligne, on forme un parallélogramme; la diagonale de ce parallélogramme représente l’intensité et la direction d’une force équivalente aux deux autres. On l’appelle résultante, et l’on peut en trouver une pour chaque paire de forces du groupe. De même, on peut aussi en trouver une pour chaque paire de résultantes. 11 suflSt de répéter cette opération pour réduire toutes les forces à deux. Si ces deux forces sont égales et opposées, c’est-à-dire s’il n’y a pas de ligne de traction plus grande, il n’y a pas de mouvement. Si elles sont opposées mais non égales, le mouvement se fait dans la direction de la plus grande. Si elles ne sont ni égales ni opposées, le mouvement se fait dans la direction de leur résultante. En effet, dans l’un et dans l’autre de ces cas, il y a une force qui n’a pas d’antagoniste dans une direction. Cette force, résidu de la neutralisation de toutes les autres, doit mouvoir le corps dans la direction sur laquelle elle agit. Âihrmer le contraire, c’est affirmer qu’une force peut se dépenser sans effet, sans engendrer une force équivalente, ce qui impliquerait qu’une force peut cesser d’être, c’est-à-dire une négation de la persistance de la force. Nous n’avons pas besoin d’ajouter que, si, au lieu de tractions, il était question de résistances, le raisonnement serait le même, et le même encore, s’il était à la fois question de résistances et de tractions. Ainsi la loi du mouvement suit la ligne de la plus grande traction ou la ligne de la moindre résistance, ou la résultante des deux; c’est une déduction nécessaire de ce principe primordial qui s’élève au-dessus de la preuve.
Si nous réduisons la proposition à sa forme la plus simple, nous voyons encore plus clairement qu’elle est la conséquence de la persistance de la force. Supposons deux poids suspendus à une poulie ou aux extrémités d’un levier à bras égaux; ou mieux encore supposons deux hommes se tirant l’un l’autre.
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Nous disons que le poids le plus lourd descendra, que l’homme le plus fort tirera le plus faible à lui. Mais si l’on nous demande comment nous savons qu'il y a un poids plus lourd, ou un homme plus fort, tout ce que nous pouvons répondre, c’est que l'un des poids et l’un des hommes produisent un mouvement dans le sens de leur traction. La seule preuve que nous avons de l’existence d’un excès de force, c’est le mouvement qu’il produit. Mais si nous ne pouvons connaître laquelle de deux tractions opposées est plus grande que l’autre que par le mouvement qu’elle engendre dans sa propre direction, nous ne disons qu’une banalité en affirmant que le mouvement se fait dans la direction de la traction la plus grande. Si nous faisons un pas de plus, et que nous nous demandions sur quoi repose l’hypothèse que de deux forces en conflit, la plus grande est celle qui produit le mouvement dans sa propre direction, nous n’en pouvons trouver qu’une raison, c’est l’intuition que la partie de la plus grande force qui n’est pas neutralisée par la moindre, doit produire son effet, c’est-à-dire l’intuition que celte force, résidu de la neutralisation du reste, ne peut disparaître, mais qu’elle doit se manifester par quelque changement équivalent, c’est-à-dire enfin l’intuition de la persistance de la force. Dans le cas qui nous occupe, comme dans les précédents, on peut remarquer que des exemples tels que ceux que nous avons rapportés, quel qu’en soit le nombre, ne peuvent donner une plus grande certitude aux conclusions que nous venons de déduire de la donnée fondamentale de la conscience. En effet, dans tous les cas, comme dans les plus simples que je viens de présenter, nous ne pouvons reconnaître la plus grande force que par le mouvement qui en résulte. Il nous est impossible de jamais constater la production d’un mouvement dans une autre direction que celle de la plus grande force; puisque notre mesure de la grandeur relative des forces est leur pouvoir relatif de produire du mouvement. Il est donc évident que, puisque c’est ainsi que nous déterminons la grandeur des forces, il n’y a pas de multiplication du nombre des cas qui puisse aug-
LE CONNAISSABLE
menter la ccrtilude d’une lui de direction du mouvement qui découle immédiatement du principe de la persistance de la force.
Ou peut aussi déduire de cette vérité primordiale le principe que le mouvement, une fuis établi sur une ligne, devient luimême une cause de mouvement subséquent sur cette ligne. L’axiome de mécanique d’après lequel la matière en mouvement dans une direction, laissée à elle-même, continue à se mouvoir dans cette direction sans perdre de sa vitesse, n’est qu’une affirmation indirecte du principe de la persistance de la force, puisqu’on afürme que la force qui se manifeste dans le transport d’un corps sur une certaine longueur, d’une certaine ligne, en un certain temps, ne peut disparaître sans produire une manifestation égale, qui, en l’absence de forces antagonistes, doit être un nouveau transport dans la même direction avec la môme vitesse. Dans le cas de la matière traversant la matière, la même conséquence est forcée. Mais ici les actions sont bien plus compliquées. Un liquide qui suit une certaine voie à travers ou au-dessus d’un corps solide, comme l’eau à la surface de la terre, perd une partie de son mouvement sous forme de chaleur, par frottement et collision avec les matières qui forment son lit. Il peut perdre encore une partie de son mouvement à surmonter les forces qu’il met en liberté; par exemple quand il détache une masse qui tombe . dans son chemin et l’obstrue. Mais après qu’on a déduit ces soustractions de forces, transformées en d’autres modes de force, il y a encore une soustraction au mouvement du liquide sous forme d’une réaction sur le canal, qui en diminue beaucoup le pouvoir obstruant; on voit un effet de cette réaction dans le mouvement acquis par les portions détachées qui sont emportées. Les tranchées creusées par les rivières en offrent continuellement des preuves. La complication eat bien plus grande encore dans le cas du mouvement qui traverse la matière de part en part; par exemple, dans une décharge nerveuse dans un tissu vivant. Il peut s’opérer sur
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la roule du courant des changements chimiques qui la rendent moins capable qu’auparavant de le transmettre. Ou bien le mouvement peut lui-même se métamorphoser partiellement en une forme obstructive de force, par exemple dans les métaux dont le pouvoir conducteur diminue par l’effet de la chaleur que le passage de l’électricité y développe. La vraie question est pourtant de savoir quelle modification de structure, s’il y en a, se produit dans la matière traversée, en dehors des forces perturbatrices aciidenlelles, en dehors de tout ce qui n’est pas la résistance nécessaire de la matière, à savoir la résistance qui résulte de l’inertie de ses unités. Si nous bornons noire attention à celte partie du mouvement qui, échappant à la transformation, continue son cours, nous pouvons déduire du principe de la persistance de la force que la partie de ce mouvement restant qui se perd à changer les positions des unités, doit les laisser dans un état qui leur peraielle bien moins de gêner un mouvement subséquent dans la même direction.
Ainsi dans tous les changements que le système solaire a manifestés jusqu’ici et qu’il manifeste à présent, dans tous ceux qui se sont opérés et qui s’opèrent encore dans la croûte du globe, dans toutes les actions mentales et leurs effets sur le corps, dans toutes les modifications de structure et d’activité dans les sociétés, les mouvements qui les produisent sont nécessairement déterminés de la manière que nous venons de faire connaître. Partout où nous voyons un mouvement, sa direction doit être celle de la plus grande force. Partout où nous voyons la plus grande force agir dans une direction donnée, c'est dans cette direction que le mouvement doit s’effectuer. Ces principes ne sont pas vrais seulement d’une classe ou de quelques classes de phénomènes; ils sont du nombre de ces principes universels par lesquels notre connaissance des phénomènes en général est unifiée.