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plusRlroile; les sociétés d’insectes nous luonlrent des assemblages d’individus encore plus consolidés : pour certains de ces assemblages, la consolidation est telle que les individus ne peuvent exister dès qu’ils sont séparés. Pour voir comment les organismes en général sont dépendants les uns des autres, c’est-à-dire intégrés, il sufQt de se rappeler, premièrement, que tous les animaux vivent directement ou indirectement de plantes, et que les plantes vivent d’acide carbonique excrété par les animaux ; secondement, que parmi les animaux, les carnivores ne peuvent exister sans les herbivores; troisièmement, qu’un grand nombre de végétaux ne peuvent se perpétuer que par le secours des insectes, et que, dans bien des cas, telles plantes ont besoin de tels insectes. Je n’entrerai pas dans les détails des beaux exemples de ces connexions complexes que M. Darwin nous a donnés ; il sufflra de dire que la flore et la faune de chaque habitat constitue un agrégat si bien intégré que beaucoup de ses espèces périssent si on les place parmi les plantes et les animaux d’un autre habitat. 11 faut remarquer aussi que cette intégration progresse en même temps que l’évolution organique.
§ 111. Les phénomènes rapportés dans le paragraphe précédent servent d’introduction à d’autres phénomènes d’un ordre plus élevé avec lesquels il faudrait, à la rigueur, les grouper; nous les appelons, faute d’un mot plus convenable, superorganiques. Les corps inorganisés nous présentent certains faits. Les corps organisés nous en présentent d’autres, pour la plupart d’une espèce plus compliquée. 11 reste encore des faits que nul corps organisé pris isolément ne présente, mais qui résultent des actions que ces corps organisés agrégés exercent les uns sur les autres ou sur les corps inorganisés. Bien que les phénomènes de cet ordre soient ébauchés dans les organisnnes inférieurs, ils ne se montrent avec toute évidence que dans l’humanité unie en société; aussi pouvons-nous les considérer comme propres à la vie socialei
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Les organismes sociaux nous offrent des exemples nombreux et clairs de changements intégratifs. Ce sont, dans les sociétés sauvages, l’union des familles errantes en tribus nombreuses, comme chez les Bochemans; l’asservissement des tribus faibles par les fortes, et la subordination de leurschefs respectifs au chef conquérant. Les combinaisons qui résultent de la conquête sont continuellement en voie de formation et de dissolution dans les tribus primitives ; mais elles deviennent relativement permanentes chez les races civilisées. Si nous suivons les périodes parcourues par notre société ou une société voisine, nous voyons que cette unification se répète de temps en temps sur une plus large échelle, et gagne en stabilité. L’agrégation des plus jeunes et des enfants des plus jeunes sous les plus âgés et les enfants des plus âgés; rétablissement de groupes de vassaux attachés à leurs nobles respectifs, qui en fut la conséquence; plus tard, la subordination des nobles inférieurs à des ducs et à des comtes; plus fard encore, l’élévation (In pouvoir royal au-dessus des ducs et des comtes, sont autant d’exemples de consolidation croissante. L’opération par laquelle les petites tenures s’agrègent en fiefs, les fiefs en provinces, les provinces en royaumes, et les royaumes limitrophes en un seul empire, se complète lentement par la destruction des lignes de démarcation primitives. Si nous considérons les nations européennes comme formant un seul tout, nous voyons dans leur tendance à former des alliances pim ou moins durables, dans les restrictions qu’elles apportent aux influences exercées par les divers gouvernements les uns sur les autres, dans le système dont on prend aujourd’hui l’habitude de soumettre Tes conflits internationaux à l’arbitrage de congrès, aussi bien que dans la suppression des barrières commerciales et les facilités de communications qui s’accroissent, nous voyons les débuts d’une fédération européenne, c’est-àdire une intégration beaucoup plus vaste que toutes celle> aujourd’hui existantes.
Mais la loi ne se manifeste pas seulement par ces unions de
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groupes avec des groupes, el de groupes composés avec des groupes composés. Elle se mauifesle aussi dans des unions qui s’opèrent à l’intérieur des groupes à mesure qu'ils s’élèvent à une organisation supérieure. Ces unions sont de deux ordres, les unes régulatives, les autres opératives. Ce qui distingue une société civilisée d’une société barbare, c’est l’établissement des classes régulatives, d’hommes d’État, d’administrateurs, d’ecclésiastiques, de militaires, de gens de loi, etc., qui, en même temps qu’elles forment des corps séparés, des sous-classes, constituent une classe générale par une certaine communauté de privilèges, de naissance, d’éducation, de relations sociales. Dans certaines sociétés complètement développées d’après leurs types particuliers, la consolidation en castes et Tunion des castes supérieures qui se séparent des inférieures, sont devenues très-tranchées : elles ne peuvent cesser de l’être que par les métamorphoses sociales causées par le régime industriel. Les intégrations qui accompagnent l’organisation industrielle ou opérative, les deruières en date, non-seulement appartiennent à celle espèce d’intégration indireote, mais ce sont aussi des intégrations directes, des rapprochements physiques. Nous avons des intégrations consécutives qui proviennent du simple accroissement des parties voisines qui accomplissent des fonctions pareilles; comme par exemple la jonction de Manchester avec ses banlieues qui fabriquent des toiles de coton. Nous voyons d’autres intégrations quand, au lieu de plusieurs places produisant une certaine marchandise, une seule en concentre le monopole et attire à elle les maîtres et les ouvriers, et laisse les autres tomber en décadence ; c’est ainsi que les districts du York sbire, où l’on fabrique des draps, se peuplent aux dépens de ceux de l’Ouest de l’Angleterre; c’est ainsi que le Strasfordshire absorbe les manufactures de poterics,ct qu’ensuite celles qui florissaient autrefois dans le Derby et ailleurs, sont tombées en décadence. Il y a encore des intégrations spéciales qui SC produisent dans la même ville ; la concentration des
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libraires dans Paternosler Row, celle des marchands de grain» autour de Mark Lane, celle des ingénieurs civils dans Gréai George Street, celle des banquiers au centre de la cité. D’autres combinaisons industrielles consistent non dans le rapprochement ou la fusion des parties, mais dans l’étahlissement des centres qui servent de lien aux parties ; nous en voyons des exemples dans le bureau de liquidation de la Banque et dans celui des chemins de fer. 11 y a encore une autre espèce de concentration, ce sont les unions qui mettent en rapport les citoyens les plus disséminés qui s’occupent de la même profession; telles que la Bourse pour les commerçants, et les Instituts des ingénieurs civils, des architectes, etc., pour les hommes de ces professions.
11 semble que nous sommes arrivés au bout. Nous avons suivi la loi dans les agrégats sociaux, et il ne parait plus y avoir d'agrégats auxquels elle puisse s’appliquer. Mais il n’en est pas ainsi. Parmi les phénomènes que nous avons appelés superorganiques, nous trouverons divers groupes qui présentent des exemples très-intéressants de la loi. Sans doute, on ne peut pas dire que l’évolution des produits variés de l’activité humaine fournit un exemple direct de l'intégration de la matière et de la dissipation du mouvement, ils en sont cependant des exemples indirects. En effet, le progrès du langage, des sciences et des arts industriels et esthétiques, est un procès-verbal objectif de changements subjectifs. Les changements de structure dans les êtres humains, et les altérations concomitantes de structure dans les agrégats des êtres humains, produisent conjointement des changements correspondants dans toutes les créations de l’humanité. De même que dans le changement de l’empreinte de la cire, nous lisons un changement dans le sceau, de même dans l’intégration du langage, de la science et des arts en progrès, nous voyons le reflet de certaines intégrations de la structure humaine en progrès, dans l’individu et dans la société. Il faut consacrer une section à chaque groupe.
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§ H2. Chez les races incivilisées, les noms polysyllabiques employés pour désigner des objets qui ne sont pas rares, ainsi que le sens descriptif des noms propres, nous apprennent que les mots usités pour les choses les moins familières sont formés de la combinaison des mots usités pour les choses les plus familières. On surprend quelquefois cette opération de combinaison à la première période, quand les mots composants s unissent temporairement pour signifier un objet sans nom, et qu ils ne contractent pas une adhérence permanente parce que leur emploi n’est pas assez fréquent. Mais dans la majorité des langues inférieures, Y agglutination, comme cette opération s appelle, a été poussée assez loin pour donner de la stabilité aux mots composés. Il y a une intégration manifeste. Pour voir combien cette intégration est faible comparée avec celle des langues bien développées, il faut remarquer la longueur des mots composés employés pour les choses et les actes de tous les jours, et la facilité de séparer leurs éléments. 11 y a dans 1 Amérique du Nord des langues qui en fournissent de beaux exemples. Dans un vocabulaire de la langue Ricaree, composé de cinquante noms d’objets communs, qui, en anglais sont presque tous d’une seule syllabe, il n’y a pas un mot monosyllabique; le vocabulaire des PawTîees, dont la langue est parente de l’autre, ne donne pour les mêmes noms que deux mots monosyllabiques. Certes, pour ces tribus de chasseurs, le chien et l’arc {dog et boui) sont des choses familières. pourtant en langue pawnee ils se disent aahokhh et teeragish', la main (hond) se dit iksheeree, et l’œil keereekoo', pour le jour {dog) on dit shakooroœeshniret, et pour diable {devil), iioheekshkokooratwah ; les nombres sont des mots de deux à cinq syllabes, et dans le dialecte ricaree ils vont à sept. L’histoire de la langue anglaise démontre d’ailleurs que la grande longueur des mots familiers implique un degré inférieur de développement, et que lorsqu’une langue imparfaite se développe et tend vers la perfection, il se fait une intégration progressive qui réduit les polysyllabes à des dissyllabes et à
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des monosyllabes. Le mot anglo-iaxoo steorra s’est consolidé avec le temps en ttar (étoile), mona en moon (lune), et nama en mme (nom). Le demi-saxon nous permet de saisir la transition. Smu est devenu en demi-saxon tune, et en anglais son : Ve final de stme est la forme par laquelle l'u primitif s’évanouit. Dans le passage du pluriel anglo-saxon, formé par la syllabe distincte as, au pluriel anglais, formé par l’adjonction de la consonne s, nous voyons encore la même opération : schmiihas en devenant smiths .( forgerons ) et endas devenant ends (fins) sont des exemples de cette coalescence. La disparition de la terminaison an à l’infinitif des verbes en est un autre ; on en voit la transition dans le root anglo-saxon cuman, qui devient cumme en demi-saxon, et corne (venir) en anglais. Depuis que l’anglais est formé, l’opération d’intégration se poursuit lentemenL Au temps d’Élisabeth, les verbes prenaient encore trèssouvent au pluriel la désinence en. On disait we lellen pour we tell (nous disons) ; et dans quelques cantons ruraux on peut encore entendre employer cette forme. C’est de la môme manière que la terminaison ed du temps passé s’est unie au mot qu’elle modifie. Burn-ed est devenu buml (brûlé) ; dans la prononciation et souvent même dans l’écriture, le t terminal a pris la place de la syllabe ed. On ne voit plus cette inflexion ancienne se maintenir que dans le cas où l’on conserve les anciennes formes, comme dans le service divin. Nous voyons encore que les voyelles composées se sont, dans bien des cas, fondues en une seule voyelle. Dan^ bread (pain), Ve et l’a donnaient chacun leur son; la preuve, c’est que dans certains districts attardés où l’on conserve les vieilles habitudes, ces deux voyelles se prononcent séparément. Pourtant onagénéralement adopté la prononciation bred, et l’on a fait des changements analogues dans une foule d’autres mots communs. Nous voyons enfin que, lorsque la fréquence de la répétition est à son maximum, la contraction devient le plus prononcée ; par exemple, Lord (primitivement laford) devient lad dans la bouche des avocats; et ce qui est encore plus frappant, God be with you
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(Dien soit avec vous, adieu), devient par coalescence Good bye. Ce n’est pas seulement par le raccourcissement des mots que le langage s’intégre, c’est aussi par la grammaire. Les langues les plus inférieures, qui ne possèdent que des noms et des verbes sans inflexions, ne permettent pas cette union intime des éléments d’une proposition que nous voyons se produire lorsque les relations sont marquées soit par des inflexions, soit par des mots connectifs. Ces langues méritent le nom à' incohérentes. La langue chinoise est très-incohérente. Si, an lieu de dire : je vais à Londres, les figues viennent de Turquie, le soleil brille à travers l’air, nous disons : je vais fin Londres, les figues origine Turquie, le soleil brille passage air, nous parlons à la manière des Chinois. Il y a une preuve trèsclaire d’une transition par coalescence de cette forme aptotique à une forme dans laquelle les connexions des mots s’expriment par l’addition de certains mots inflexionnels. « Dans la langue des Chinois, remarque M. Latham, les mots séparés les plus employés pour exprimer la relation peuvent devenir des préfixes ou des affixes. » a Les nombreuses langues inflexionnelles, ajoute-t-il, se partagent en deux classes. Dans l’une, les inflexions ne semblent pas avoir été des mots séparés. Dans l’autre, on peut démontrer qu’elles l’ont été à l'origine. Par suite, les langues aptotiçues deviennent, par l’emploi de plus en plus constant des compléments, des langues agglutinées. ou dans lesquelles on peut découvrir la séparation primitive des parties inflexionnelles ; et de celles-ci, par un nouvel usage, naissent les langues amalgamées, où les parties inflexionnelles ne peuvent plus être reconnues. A l’appui de cette conclusion, s’offre un fait incontestable : c’est par une opération de coalescence que se sont produites, aux dépens des langues amalgamées, les langues anaptatigues dont la langue anglaise est un exemple parfait. Dans ces langues, par l’effet d’une consolidation nouvelle, les inflexions ont presque entièrement disparu, et de nouveaux mots se sont introduits pour exprimer les relations des mots (verbes auxiliaires et
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prépositions qui modifient le sens des substantifs). Puisque les inflexions anglo-saxonnes se sont perdues peu à peu par contraction pendant le développement de la langue anglaise, et que celles du latin ont disparu, moins complètement sans doute, dans le développement du français, nous ne pouvons pas nier que la construction grammaticale ne soit modifiée par intégration; et quand nous voyons si clairement comment l’intégration explique les premiers essais de structure grammaticale, nous ne pouvons pas douter que cette opération n’ait joué un rôle dès le début.
Une autre espèce d’intégration s’effectue en même temps, et se règle sur celle-là. Nous venons de voir que les langues aptotiques sont nécessairement incohérentes ; les éléments d’une proposition ne peuvent se lier complètement et former un touL Mais à mesure que la coalescence produit des mots infléchis, il devient possible de les unir pour former des phrases dont les éléments contractent une dépendance mutuelle si étroite qu’on n’y peut faire de changement notable sans détruire le sens. 11 y a encore un degré de plus dans le progrès de cette concentration. Après la formation de ces formes grammaticales qui rendent possibles les propositions précises, on ne voit pas d'abord qu’elles servent a exprimer autre chose que des propositions d’une espèce simple. Un seul sujet avec un seul attribut accompagnés d’un petit nombre de termes qualificatifs, et c’est tout. Si nous comparons, par exemple, les écritures hébraïques à nos écrits modernes, nous sommes frappés d’y rencontrer une différence marquée d’agrégation entre les groupes de mots. Beaucoup de phrases des écrits modernes nous montrent un degré d’intégration inconnu dans les anciennes, à savoir le nombre des propositions subordonnées, qui accompagnent la proposition principale, les divers compléments des sujets et des attributs, et les nombreuses clauses qualificatives, qui s’unissent pour former un tout complexe.
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§ 113. L’histoire de la Science présente à chaque pas des faits de môme signification. On peut dire que l’intégration des groupes d’ôtres semblables et de relations semblables constitue la partie la plus saillante du progrès scientifique. Il suffit de jeter un coup d’œil sur les sciences de classifications pour nous faire comprendre que les agrégations confuses que fait le vulgaire en groupant les objets de la nature^ deviennent plus complètes et plus cohérentes, et se lient entre elles en groupes et sous-groupes. Au lieu de considérer toutes les créatures marines comme des poissons écailleux, crustacés, gélatineux, la zoologie établit des divisions et des subdivisions sous les titres de vertébrés, articulés, mollusques, etc...; au lieu de l’assemblage vague et immense désigné vulgairement par le nom de « bêtes qui rampent », elle fait des classes d’Annélides, de Myriapodes, d’insectes, d’Arachnides, et leur donne une consolidation croissante. Les divers ordres et genres dont chacune de ces classes se compose, sont arrangés selon leurs affinités et reliés par des définitions communes; en môme temps que, parles progrès de l’observation et d’une critique rigoureuse, les formes auparavant inconnues et indéterminées s’intégrent avec leurs congénères respectives. L’opération d’intégration ne se manifeste pas moins nettement dans les sciences qui ont pour objet non des objets classés, mais des relations classées. A l’un de ses principaux points de vue, le progrès scientifique est le progrès de la généralisation; et généraliser, c’est unir en groupes toutes les coexistences semblables et les séquences semblables de phénomènes. La réunion de plusieurs relations concrètes en une généralisation de l’ordre inférieur, en est l’exemple le plus simple ; et la réunion des généralisations inférieures en généralisations supérieures, et de celles-ci en généralisations plus, élevées encore, nous en offre le plus complexe. Chaque année, on voit établir des relations entre dos ordres de phénomènes qui paraissaient n’en avoir aucune; ces relations, en se multipliant et en se confirmant, relient d’un lien commun les
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ordres qui paraissaient étrangers les uns aux autres. Quand, par exemple. Humboldt cite le dicton suisse, c il va pleuvoir parce que nous entendons le murmure des torrents plus près de nous » ; et fait remarquer la relation qui rapproche ce dicton d’une observation qu’il a faite lui-méme, qu’on entend les cataractes de l’Orénoque à une plus grande distance la nuit que le jour; quand il signale l’analogie essentielle de ces faits avec un autre, que la netteté insolite avec laquelle on voit les objets éloignés est aussi une indication de l’imminence de la pluie ; enfin, quand il assigne pour cause commune de ces variations, la résistance moindre que la lumière et le son rencontrent en traversant des milieux comparativement homogènes par leur température ou leur état hygrométrique, il ne fait que comprendre sous une même généralisation les phénomènes de lumière et ceux du son. L’expérience ayant montré que ces deux ordres de phénomènes obéissent aux naémes lois de réflexion et de réfraction, la conclusion qu’ils sont tous les deux produits par des ondulations gagne en probabilité : et deux grands ordres de phénomènes qui auparavant n’avaient aucune connexion, commencent à s’intégrer. Une intégration plus caractérisée vient de s’opérer entre les sous-sciences auparavant indépendantes, de l’électricité, du magnétisme et de la lumière.
L’intégration ira évidemment plus loin. Les propositions que nous avons formulées dans les chapitres précédents, telles que la Persistance de la Force, la Transformation et V Equivalence des Forces, la Direction du Mouvement et le Rhythme du Mouvement, unissent en un seul faisceau tous les phénomènes de tous les ordres. EnQn, si la Philosophie telle que nous la comprenons est possible, on arrivera nécessairement à ime intégration universelle,
§ lié. Les arts industriels et esthétiques ne lais.sent pas de nous fournir aussi des preuves également décisives. Le progrès qui a remplacé l’outil grossier, petit et simple des pre-
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niiers temps par de vastes machines est un progrès d’intégration. Parmi les forces qu’on appelle mécaniques , le remplacement du levier par le treuil a été un progrès allant d’un agent simple à un agent composé d’agents simples. En comparant le treuil et d’autres machines employées dans les premiers temps avec celles qui sont en usage aujourd’hui, nous voyons que chaque machine moderne est composée de plusieurs machines primitives rassemblées en une seule. Un métier moderne à filer ou à tisser, ou à faire des bas, ou à taire de la dentelle, ne se compose pas seulement d’un levier, d’une vis, d’un plan incliné, d’un treuil, unis ensemble, mais de plusieurs de ces machines primitives intégrées en un seul organisme. Ajoutons que dans les premiers temps, alors que l’on n’employait que la force de l’homme ou celle du cheval, l’agent moteur n’était pas lié à l’outil qu’il mettait en mouvement; mais aujourd’hui, l’agent et l’outil sont bien souvent réunis dans le même appareil. La botte à feu et la chaudière de la locomotive sont combinées avec le mécanisme que la vapeur met enjeu. On peut voir une intégration encore plus compréhensive dans une manufacture. Nous y trouvons un grand nombre de machines compliquées, toutes reliées par des arbres de couche à la machine à vapeur, toutes unies en un seul appareil.
Quel contraste entre les décorations murales des Egyptiens et des Assyriens et nos peintures historiques 1 Preuve manifeste qu’il s’est fait un grand progrès dans l’unité de composition, dans la subordination des parties au tout. Il est vrai que parmi ces anciennes fresques, il en est qui sont composées de peintures ayant entre elles une légère dépendance. Les diverses figures de chaque groupe montrent très-imparlaitement par leurs attitudes, et nullement par leur expression, les relations qu’elles ont entre elles : on pourrait séparer les groupes sans rien changer nu sens de la peinture; souvent même le vrai centre, l’objet de l’intérêt qui unit ensemble toutes les parties, se voit ù peine. On retrouve le même carac-
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tère dans les tapisseries du moyen âge. Si le sujet est une scène de chasse, les hommes, les animaux, les chevaux, les chiens, les bêtes fauves, les oiseaux, les arbres, les Heurs, sont éparpillés sans ordre : les êtres vivants sont diversement occupés, et ne semblent pas se douter qu’il y en a d’autres à côté d’eux. Dans les peintures des temps postérieurs, bien que beaucoup soient très-défectueuses, il y a toujours une coordination plus ou moins distincte des parties, un arrangement des attitudes, des expressions, de la lumière et des couleurs qui fait du tableau un tout organique; et le succès avec lequel le peintre tire des éléments variés qu’il met en œuvre, uneunité d’effet, est la plus grande preuve de son mérite.
Dans la musique, l’intégration progressive a un plus grand nombre de manières de s'opérer. La cadence simple qui ne comprend qu’un petit nombre de notes, reproduites, comme les chants des sauvages, avec monotonie, devient, dans les races civilisées, une longue série de phrases musicales, combinées en un tout; l’intégration y est si complète que la mélodie ne peut être interrompue au milieu, ou privée de la note finale sans nous laisser un sentiment désagréable d’une chose inachevée. Si à la mélodie on ajoute une basse, un ténor, un alto, si à l’harmonie des voix différentes on ajoute un accompagnement, on produit une intégration d’un autre ordre qui devient de plus en plus soignée. Un degré de plus et les solos complexes, les morceaux concertés , les chœurs et les effets d’orchestre se combinent et produisent l’ensemble grandiose d’un opéra ; on ne doit pas oublier que cette perfection artistique d’un opéra consiste surtout dans la subordination des effets particuliers k l’effet total.
La littérature avec ses œuvres dramatiques et narratives nous offre elle aussi l’exemple d’une intégration analogue. Les contes des temps primitifs, tels que ceux avec lesquels les conteurs de l'Orient amusent encore tous les jours leurs auditeurs, sont formés d’événements successifs qui non-seulement ne sont pa» naturels, mais qui n’ont pas même de connexion naturelle : ce
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ne sont que des aventures rassemblées dans un ordre qui n’a rien de nécessaire. Mais, aujourd’hui, dans les bons ouvrages d’imagination, les événements sont les vrais produits des caractères agissant sous des conditions données, et l’on ne peut en changer l’ordre ou la nature sans porter atteinte à l’effet général ou sans le détruire. En outré, dans les Actions primitives, les personnages jouaient leur rôle respectif sans montrer que leurs idées et leurs sentiments fussent modiAés par les autres personnages ou par les événements; maintenant ils sont unis par des relations morales complexes ; ils agissent et réagissent les uns sur les autres.
§ 115. L’évolution est donc, au premier point de vue sous lequel nous l’étudions, un changement partant d’une forme moins cohérente pour aller à une forme plus cohérente, par suite de la dissipation du mouvement et de l’intégration de la matière. C’est la marche universelle que suivent les existences sensibles, individuellement et dans leur ensemble, durant la période ascendante de leur histoire. Tels sont les caractères des premiers changements que l'univers a dû traverser, comme aussi des derniers changements opérés dans la société et les produits de la vie sociale. Partout, runification marche simultanément dans diverses voies.
Durant l’évolution du système solaire, d’une planète, d’un organisme, d’une nation, il se fait toujours une agrégation progressive de la masse entière. Deux faits isolés ou unis le prouvent : la densité de la matière déjà contenue dans la masse s’accroît, et la matière qui en était autrefois séparée y est attirée. Mais dans tous les cas, l’agrégation implique une perte de mouvement relatif. En même temps, les parties provenant de la division de la masse se consolident chacune de la même manière. Nous en voyons un exemple dans la formation des planètes et des satellite.^ qui s’est opérée pendant la concentration de la nébuleuse qui a donné naissance au système solaire ; nous en voyons un autre exemple dans l’accroissement des
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urgancs disliacU qui marchent jxtripasiu avec la croiasance de l’organisme entier ; un autre dans l’apparition de centres industriels spéciaux et de masses spéciales de population qui accompagnent l’apparition de chaque société. A côté de l’in* tégration générale, il se fait une intégration plus ou moins locale. Alors, non-seulement la juxtaposition des composants de l’ensemble devient plus serrée, comme aussi celle des composants de chaque partie, mais la combinaison des parties qui les rend plus dépendantes les unes des autres devient plus étroite. Faiblement esquissée dans les êtres inorganiques célestes et terrestres, cette dépendance mutuelle devient distincte dans les êtres organiques et super-organiques. Depuis les formes vivantes les plus inférieures jusqu’aux plus élevées, le degré de développement est marqué par le degré d’agrégation des parties qui constituent un assemblage coopératif. Le progrès qu’on observe en allant de ces créatures qui continuent à vivre après qu’on les a coupées en morceaux, jusqu’à celles qui ne peuvent perdre une partie importante sans périr, et une partie quelconque même peu considérable sans souffrir de grands troubles dans leur constitution, est un progrès où à chaque pas on rencontre des créatures^ qui, plus intégrées au point de vue de leur concentration, sont aussi plus intégrées en ce qu’elles se composent de parties qui vivent pour toute» les autres et par elles. Nous n’avons pas besoin de montrer en détail le même contraste entre les sociétés non développées et celles qui le sont; partout la coordination toujours croissante des parties se manifeste avec évidence. Pour montrer qu’il en est de môme des produits sociaux, un exemple suffit: la Science est devenue plus intégrée, non-seulement parce que chaque division se compose de théorèmes mutuellement dépendants, mais parce que les diverses divisions sont mutuellement dépendantes, c’est-à-dire qu’elles ne peuvent étendre leurs recherches propres sans le secours des autres.