‹ Les premiers siècles de l'histoire de PologneChapitre 2 sur 10 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

polonaise que nous voyons servir de thèse à un^ polémique passionnée.

Ce n'est, à la vérité, qu'un premier jet. L'auteur, s'il eût revu ces pages, les aurait peut-être modifiées à certains égards. Cependant nous croyons que, telles qu'elles sont, elles ne seront pas inutiles. S'il eût donné la dernière main à son œuvre, il l'aurait sans doute enrichie de détails précieux ; mais Tidéemère y apparaît déjà avec une clarté si grande qu'on peut, là et dans son Cours slave^ trouver le fil conducteur nécessaire pour parcourir avec sûreté nos annales.

La même bonne foi et ce vif sentiment de la justice quand même qui caractérisent nos chroniques nationales, sont comme l'âme de ce travail. Mon père blâmait fortement ce nationalisme étroit et aveugle, qui fait de l'intérêt et du succès le critérium moral de l'historien. Le mal d'une nation ne saurait jamais faire le bien d'une autre. Les mauvais moyens employés dans un but louable vous en éloignent, alors même qu'ils semblent vous en avoir rapprochés davantage. Une nation finit toujours par recueillir le fruit de son dévouement ou par expier chèrement les injustices en apparence les plus lucratives. Enfin, mon père estimait que la plus grande somme de vérités repose dans la tradition.

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Jl était très-contraire à cette critique allemande qui préfère à la légende la mieux établie le témoignage écrit le plus insignifiant. Nier Texistence des personnages anté-historiques, et ne voir que des fables dans la vie qu'on en raconte, parce qu'elle ne s'appuie sur aucun document notarié, est tout aussi déraisonnable que si l'on contestait qu'il y ait eu des naissances aux époques où l'inscription sur des registres réguliers n'existait pas encore.

Il nous a semblé que la publication des premiers siècles de notre histoire présentait surtout de l'opportunité dans im moment où nos ennemis, s'étant emparés de notre présent, et se croyant maîtres de notre avenir, s'essaient à nous ravir notre passé ! Une autre considération recommande notre histoire à l'attention publique.

Un grand artiste allemand, en dépeignant une de ces batailles qui décident du sort de l'hiunanité, a représenté les morts des deux armées répétant dans les airs leur lutte terrestre. Mais c'est surtout avant d'être tranchées sur un champ de bataille que les causes, s'agitent dans une sphère supérieure. En étudiant quelles sont les positions qui sont le plus disputées théoriquement, on saurait à l'avance où le péril va se déclarer d'abord.

La lumière ne jaillit forcément pas plus du choc

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des idées que du choc des bataillons. Grâce au libre arbitre humain, le mensonge obtient parfois des succès dans le domaine intellectuel comme la violence dans le monde matériel. Néanmoins, le champ de l'esprit est plus difficile à garder dans la sujétion qu'une province, Tinsurrection y réussit plus aisément, les récalcitrants y échappent mieux aux conversions forcées, les triomphes du mal y sont de plus courte durée, enfin certaines défaites de Terreur y sont irréparables.

La polémique historique nous augure aujourd'hui de graves événements. La lutte entre Polonais et Russes, interrompue sur la terre, se continue dans le monde de l'esprit. La Russie y dispose également de forces nombreuses . Cependant elle n'est pas autant à l'aise qu'elle le fut au dix-huitième siècle. Elle eut alors la bonne fortune de séduire, à de rares exceptions près, les écrivains qui donnaient le ton à l'Europe. Aujourd'hui elle est obligée d'être elle-même son propre apologiste : cela lui réussit beaucoup moins. Voltaire demandait à Catherine II et aux seigneurs de sa cour les documents sur lesquels il jugea l'histoire du Nord. Maintenant il n'y a pas d'écrivain de quelque valeur qui ignore combien en Russie les sources officielles sont frelatées. A cette époque, les progrès

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gigantesques de cet empire de fraîche date imposaient à la plupart des auteurs. Le phénomène était si nouveau qu'il n'efifrayait pas encore. Cette avalanche qui grandissait à vue d'œil n'allait-elle pas s'effondrer sans laisser de traces ? Personne ne faisait l'effort de rechercher où elle s'était formée, ni quelle était exactement sa force de projection; on n'éprouvait le désir ni de trop approfondir le présent, ni de remonter trop haut dans le passé.

Or, surtout depuis ces années dernières, l'histoire des origines slaves, qu'on dédaignait il y a un siècle, commence à captiver les esprits. Les notions superficielles, dont on s'est contenté si longtemps, ne suffisent plus pour expliquer cette continuité dans l'envahissement qui caractérise la marche de la Russie. Semblables aux Égyptiens qui se préoccupent à peine des monceaux de sable sous lesquels le vent du désert enterre leurs villes, les cabinets européens voudraient oublier qu'aucune pyramide ne retardera même d'une heure le fléau. — Mais la Russie anéantira bientôt cette quiétude séculaire par la fréquence et la violence des coups qu'elle frappe.

En train de niveler la Pologne pour pouvoir se précipiter d'un seul bond sur l'Europe, de transformer les peuplades lointaines de l'Asie en avant-

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