INTRODUCTION
garde de sa future armée des Indes, elle flatte l'ambition allemande de ce partage du monde qu'Alexandre I" ofirait à Napoléon I". Les Grecs et les Slaves de la Turquie attendent d'elle leur salut. Les hommes d'État, forcés à chaque éventualité de songer à ce que dira la cour de Saint-Pétersbourg, s'étonnent du poids dont elle pèse sur leurs épaules. Les historiens s'alarment et demandent au passé de ces hordes dévastatrices le secret de leur avenir. C'est aux Polonais que l'Europe est principalement redevable d'être avertie. Les peuples qui fermeraient durablement l'oreille aux enseignements que nous avons tirés de la plus douloureuse expérience, finiraient par voir le tzarisme aux portes des Byzances de la civilisation moderne.
D y a quelque mérite aux Polonais d'ajouter, au langage vivant de leur martyre, les leçons puisées dans la méditation du passé et de dégager la vérité du peu de matériaux sauvés de leur naufrage.
Si l'on veut se faire une idée de la manière dont l'Europe fut peuplée par l'Asie, qu'on voie comment l'Amérique le fut par l'Europe. Au moment des migrations asiati«jues, il y avait assurément en Europe des populations autochthones, de même qu'on en trouva par-delà l'Atlantique lors de la découverte du Nouveau-Monde. Tantôt il y a eu mélange
INTROnilCTION. XI
des races survenues avec les races anciennes, et tantôt absorption ; mais l'élément asiatique est resté prépondérant en Europe, comme l'élément européen en Amérique.
Mon père note trois grandes migrations asiatiques : d'abord, celle des Pélasges, des Sicules, des Indous et des Slaves, antérieure à l'époque d'Abraham, plus tard celle des Celtes, Kymris, Letons et Indo-Germains, enfin celle des peuples destructeurs, tels que les Scythes, lesHuns et lesTartares.
Ne peut-on point signaler, avec quelque analogie, dans l'autre hémisphère, les expéditions des Italiens, des Espagnols, des Portugais et des Français, antérieures à la Réforme, emportant avec elles sur une terre vierge les pures traditions du moyen âge, plus tard les colons anglo-saxons, s'en allant constituer de jeunes États sur la base des nouvelles idées religieuses, dont la vieille Europe ne supportait point à leur gré une suffisante application, et enfin n'a-t-on point vu surgir de la désorganisation européenne, comme autrefois de la désorganisation asiatique, des âmes vraiment mongoles, sans souci des vieilles traditions ni des nouvelles idées religieuses, mais poussées par l'adoration de leur propre individualité, et même de temps à autre des armées conquérantes, envoyées par-delà les mers, faute d'un con-