‹ Les premiers siècles de l'histoire de PologneChapitre 8 sur 10 · LIVRE m · texte numérisé non relu

LIVRE m

LA P0L06MX PA&TiOÉB.

Gouvernement de$ ieigneurti

LadislM II.

n était difficile que ceux qui régnaient fussent en concorde, car déjà il se manifestait dans le pays un nou* veau pouvoir qui entrait en lutte avec l'ancien. Les seigneurs s'étaient acprus en importance et en forces : les princes essayèrent longtemps encore de leur ferm^ le pouvoir ; de là vint que toutes les fois qu'un difiére&d s'éleva entre les princes^ le plus jeune qui se révoltait contre son aîné trouva toujours appui près des seigneurs. Cette lutte dura jusqu'à ce que la ligne aînée des princes, vaincue, eût quitté le pays ; après oelle-d^ la seconde, également vaincue, fut chassée de la capitale; et ^ifin^ le plus jeune, Casimir, ayant pris le pouvdr, reconnut le nouvel ordre de choses en Pologne et TorgaDMia.

Aussitôt après la mort de Boleslas, son successeur, Ladislas II, sentit sou abaissement. Quoique reconnu comme souverain de toute la Pologne, il voyait bien que ses frères, dont le règne était indépendant, ne lui laissaient que Tombre de l'autorité. . Apparenté avec Tem-» pereur d'Allemagne , il comptait sur l'aide de ses pa» rents. Sa femme Agnès, Allemande, accoutumée à la hiérarchie féodale, ne pouvait comprendre l'état de la Pologne et poussait son mari aux mesures violentes. Ladislas, qui s'était gagné beaucoup de partisans, tira des renforts de Ruthénie et résolut de chasser ses frères par les armes. C'était une illégalité flagrante et la violation du testament paternel. Il se trouva dans le pays des gens conscients de la loi et soucieux de la soutenir. Jacques, archevêque de Gnesen, et Wszebor, palatin de Sandomir, prirent la défense des plus jeunes princes. Un seigneur puissant, le comte Pierre Dunin de Skrzynna , qui était à la cour de Ladislas, semblait être leur ami. Le pape Eugène III , comme protecteur de la famille régnante, recommandait la concorde; il excommunia Agnès et bientôt aussi Ladislas. Le pince, indigné , fit couper la langue et arracher les yeux à Dunin ; il offensa encore plus fortement les seigneurs par cette barbarie. A la vérité, il réussit à chasser ses frères de leurs héritages et les assiégea dans Posen ; il n'effraya pas ses adversaires par ce succès, mais il perdait de plus en plus l'affection et la confiance de ses partisans. L'archevêque de Gnesen, Swinka, eut le courage de se rendre au camp et d'excommunier le prince en présence de l'armée. Pe secrètes ententes cownencèrent entre les assié^ants

t la garnison ; enfin, à un signal donné, une sortie de* i ville et une attaque du côté de la campagne mirent armée de Ladislas en complète déroute. Le prince, ^ec un petit nombre des siens, s'enfuit en Silésie et peu irèsdut se réfugier en Allemagne (4148).

Boleslas IV le Crépu.

Le successeur de Ladislas, Boleslas le Crépu, rechercha Uiance des puissances voisines ; il donna sa fille en iriage au fils du marquis de Brandebourg, et, plus rd, il épousa lui-même Anastasie, princesse de Halicz. s alliances lui étaient nécessaires, car Ladislas, exilé, ' erchait à obtenir appui de Tempereur Conrad. Celuioccupé de la guerre de Palestine, retenu par les dons les promesses de Boleslas, différa de faire la guerre. )rès sa mort fut élu empereur Frédéric Barberousse , onarque vaillant et actif, qui, après avoir arrangé les Maires d'Allemagne, rassembla une armée considérable marcha contre la Pologne, il était alors impossible de i résister. Les Allemands passèrent l'Oder et s'approchent de Posen. Boleslas dut s'humilier, demander pardon 'Empereur, se racheter à prix d'argent et promettre de arnir trois cents lances. L'aplanissement des autres difultés fut renvoyé à une entrevue future. Cependant, >leslas , après s'être déshonoré par un tel traité , aug- 3nta sa honte en ne tenant aucune des promesses l'il avait faites, ce qui lui fut d'autant plus facile que

^l'empereur Frédéric était absorbé par une guerre en Italie, et que^ dans rintervalle, le j^étendant Ladislas était mort. Toutefois, prévoyant un nouTel orage du o6té de TAllemagne, il dut se réconcilier a^ee sea neteux exilés : il leur céda la Silésie, et» par contre, ils rracmcèrent à tout droit de souveraineté en Pologne. En codséquence, les deux fils de Ladislas, Ladislas le Long et Mieczyslas, se partagèrent la Silésie. Si les Polonais, apr^s avoir renversé Ladislas du trône , n'avaient pas exagéré leur vengeance, et, s'ils lui avaient laissé son patrimoine de Silésie, comme le pape l'ordonnait et comme le conseillait l'Empereur, ils ne se seraient pas attiré la guerre et n'auraient pas poussé les prinees sBémens dans les bras des Allemands, avec lesquels^ dés lors, la Silésie entre en r^pcM^ts de plus en plus étroits (1163).

Pendant le temps de la guerre civile en Pologne, la prépondérance des Allemands croissait toujours davantage dans la Slavie d'au-delà de l'Oder. Henri le Lion, puissant duc saxon^ pressait avec acharnement les Obo* trites; par ses expéditions répétées, il contraignit leurs princes à le reconnaître pour seigneur. C'est de ces princes que descend la maison de Mecklembonrg, la seule d'origine slave qui soit encore régnante. Plus tard, l'empereur Frédéric, après avoir chassé Henri le Lion, porta ses armes dans les pays slaves du littoral, et les donna aux Danois avec File de Rugen, à titre de firf (H 62). Les princes poméraniens, Boguslas et Mieczyslas, qui jusqu'alors reconnaissaient la suzeraineté de la Pologne, devinrent princes de la ftdération germani-

que. D'un autre côté, Albert rOurs, de la maison d'Anhalt, jqui possédait l'ancienne Msorche des bords de l^Ë8>e, s'enfonça plus loin dans la Slavie ; il enleva par fraude au petH prince Przebyslas ks terres des Stod^aniens «t des Brezaniens , ultérieurement appelées Brandebourg; il fonda la nouvelle Marche et la Marche iBoyemie où est maintenant Berlin , et il prit le nom de mas'grave de Brandebourg (1147-4157).

Daas ces guerres périt le dernier petit roi indépendant DbotrHe, Niklot. Ses 'fils essayèrent vainement dç résister «ox Allemands. Warcislas^ fils de Niklot, fait prisonnier, périt «ur le gibet. Przebyslas, poursuivi, s'enfuit en Poméranie. Dans le temps que Zweryn, Gustrin, Malachow %omfbnent aux mains des Saxons^ le duc de Brandeiboiirg acheva de subjuguer autour de l'Elbe et du Hawd tes peuplades des Stoééraniens, Brezaniené et Hawliens. lies bourgs slaves se remplissaient d'Allemands; le peuple était emmené en captivité, ou bien cherchait son isahit dans la fuite en Poméranie et en Danemark^ où Ils étaient de nouveau saisis et vendus aux étrangers eomme esclaves.

Tandis que ces positions avancées de la Blavie se •trouvaient détachées de la Pologne « la Prusse allait i)iei3tôt être également perdue. Depuis l'époque de Boleslas Bouche-Torse, les païens de ces contrées, consirdérés par les Polonais comme tributaires, gardaient en téaSité leur indépendance, et, pour des motifs que nous exjdiquerons plus loin, ils devenaient de plus en plus hardis et menaçants. Les princes polonais résolurent de i^édvife les Prussiens par le glaive. La première exi»édi-

tion eut une heureuse issue ; les Prussiens, eflfrayés par rincendie de leurs villages, payèrent tribut et promirent de se baptiser; mais à peine les Polonais se furent-ils éloignés, les prêtres furent chassés et les néophytes massacrés. Boleslas, Mieczyslas et Henri se remirent donc en campagne, avec des forces plus grandes. Ils s'engagèrent trop imprudemment dans le fond' du pays, entre des étangs et des forêts, et tombèrent dans une embuscade. La lourde cavalerie polonaise, surprise et cernée par une multitude de fantassins, éprouva une grande défaite. Henri, prince de Sandomir^ vaillant chevalier récemment revenu de Palestine, périt en combattant courageusement, et les deux autres princes eurent peine à s'échapper avec les débris de leurs troupes (1167). La mort de Henri laissait sans maître les duchés de Lublin et de Sandomir. Un différend s'éleva au sujet de leur possession. En d'autres temps, les princes se seraient sans doute disputé les duchés par les armes ; mais déjà, en Pologne, la cause nationale primait les intérêts personnels de ceux qui régnaient, déjà la nation avait des représentants, les seigneurs ecclésiastiques et laïques* Les prinfces furent obligés de soumettre leurs prétentions au jugement de la diète à Gracovie. Les évêques, les palatins et les castellans réunis reconnurent l'héritage à Casimir, en vertu du testament d'Henri. La seule ville de Sandomir fut cédée à Boleslas, sa vie durant, par Casimir. Les querelles et les guerres avec les Silésiens concernant la succession d'Henri furent apaisées et terminées.

Quelques années après, Boleslas acheva ses jours

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(1173). Son règne avait été troublé et malheureux, ce qui résultait de sa situation difficile à Tégard des siens et des étrangers. Appelé au trône par les seigneurs, il dut leur céder toujours et ne put par conséquent, luimême, rien entreprendre de grand. Ayant chassé son frère non-seulement du trône, mais même de son propre héritage, il s'engagea mal à propos dans une guerre avec l'Empereur, la finit honteusement et fut condamné à rester spectateur inactif des changements qui survenaient dans les pays limitrophes, sur les rives de l'Elbe, au-delà du Bug et sur les bords du Dniepr. La Pologne commençait à entrer dans une nouvelle époque, à s'organiser à l'intérieur, et, pour cela, elle avait besoin de tranquillité extérieure. Au dedans luttaient les nouveaux intérêts de l'ordre des seigneurs, qui grandissait; avant de parvenir au pouvoir, les seigneurs essaient leurs forces dans des troubles et des violences. L'année qui précéda la mort de Boleslas, Bolesta, castellan de Wizka, ayant eu dispute avec l'évêque de Plock, Werner, le fit assaillir chez lui et tuer. Le clergé et le peuple s'indignèrent d'une telle violence : Bolesta fut saisi et condamné au bûcher. Les seigneurs ecclésiastiques furent garantis contre la prépondérance des seigneurs laïques. Cependant la paix intérieure ne revint pas. Deux seigneurs cracoviens, Iaka de Miechow et Swientoslas, de concert avec de nombreux partisans, résolurent de renverser du trône Boleslas et d'y appeler Casimir. Le vertueux jeune homme repoussa avec indignation l'offre inique, et ce complot se dissipa ainsi sans résultat.

Boleslas Icàssa un fils miueur^ Leszek. D'après Tinstitution de Boleslas Bouche-Torse, Cracovie et la monarchie devaient échoir au &ère du feu roi^ à Mieczyslas, Le père de Leszek laissa à son fils son domaine héréditaire de Mazovie et Kuyavie, et le pla^ sous la tutelle de Casimir.

Mieczydoi III le Vieux.

Les seigneurs voulurent vainement changer Tordie de succession en appelant Casimir au tràne : ils essuyèrent un refus et durent accepter IVIieczyslas. Ce pri&ce valeureux, qui s'était fait connaître par le gouvernement de ses vastes terres héréditaires, et qui était apparenté avec les monarques voisins, voyait à regret la Pologne partagée entre plusieurs princes et si différente de la monarchie de son père. Il ne put dès l'abord avoir la compréhension d'une situation intérieure qui n'avait I presque aucune analogie avec l'état de la Ruthéoie voisine, ni avec le féodalisme allemand. Cependant, plus prudent que Ladislas, il n'employa pas la violence, mais il résolut de laisser ses frères en paix un certain temps, jusqu'à ce qu'il eût introduit l'ordr^e chez lui, c'est-à-dire ramené danfi ses États l'ancienne obéissance. Il institua donc divers fonctionnaires, serviteurs du prince, qui devaient parcourir le pays, veiller au maintien de la loi et punir les infracteurs. De fait, Mieczyslas n'inventait rien de nouveau, il voulait revenir à l'ancien

ordre de choses. Il devint manifeste que les nouvelles coutumes s'étaient trop fortement enracinées, et que le nouveau pouvoir des seigneurs ne se laisserait pas ébranler. Pour comprendre cette lutte de Mieczyslas ooptre les seigneurs, jetons un coup d'œil sur l'état civil et politique de la Pologne.

Nous avons w^u que les Slaves, avant la formation du royaume de Pologne, vivaient par communes, sans lien politique. Chaque commune s'administrait «Ilemême, suivant les anciennes coutumes. L'ordre civil répondait à un tel état politique. De même qu'il n'était pas laissé de liberté aux opinions individuelles, dans le conseil de la commune, puisque tout récalcitrant était contraint par le bâton à donner son adhésion ; de même la propriété individuelle n'était guère envisagée que comme une portion de la propriété communale. Les lois skves sur les biens, même postérieures, sont peu nombreuses et peu développées. D'ailleurs, les propriétés immoMières les plus importantes, telles que le pâturage, la forêt, l'eau, appartiennent indistinctement à toute la communauté jusque dans les derniers temps. Autour des campagnes et des villes slaves, on retrouve les restes de possessions de ce genre plus fréquemment que dans les autres pays, et les loiseoutumières qui concernent la propriété commune sont plus parfaites que les lois qui définissent la propriété particulière. De la sorte, le Slave qui avait le pâturage, la forêt et l'eau, et qui ne faisait aucun commerce, n'avait assurément pas grand'chose en propre. Un jardin autour de sa chaumière, un peu de bétail et un chétif mobilier, c'était là tout son héritage.

D'autre part, cet avoir même était en quelque façon la propriété de la communauté, et il y en a des preuves: car, d'après un ancien usage, maintenant encore^ après la mort d'un chef de maison, la volonté du seigneur oa la volonté de la commune partage entre la famille, et souvent même entre des étrangers, l'héritage du défunt appelé pustka; ou bien encore il fait retour à la communauté. De là vient que l'on ne voit point chez les populations slaves de traces d'un droit concernant les successions ; il paraît que les &ls survivants habitaient ensemble jusqu'à ce que la famille, multipliée, obligeât les plus jeunes à quitter la maison ; mais, dans ce cas, on devait aider le jeune ménage, aux frais de la propriété commune. Cette communauté des biens est l'antique, le principal caractère des Slaves, et il résulte de leur vie agricole, de leurs idées religieuses. Ainsi donc, le droit de la commune sur les individus était trèsétendu, et, eu temps de guerre ou de nécessité publique, chacun devait combattre et fournir une portion de son blé et de son bétail à ceux qui défendaient la conmiunauté ou délibéraient pour elle. Quand, sur les frontières de la Slavie, les communes et les tribus, attaquées par les ennemis, conunencèrent à se choisir des chefs et de petits rois, toute l'autorité dans les communes passa forcément à ceux-ci, et ces petits rois devinrent les maîtres directs de leurs subordonnés ; ils ne laissaient aux communes le droit d'usufruit et de jugement qu'autant qu'ils n'avaient pas le besoin ou la possibilité d'exercer eux-mêmes ce droit. Lorsque les Lechs se furent établis dans la Slavie, ils s'en rendirent les

naitres absolus. Le chef des Lechs plaça partout ses 3nctioimaires et ses garnisons, qui tiraient profit des >laves et veillaient à ce que la redevance fût stricte aent payée au chef. Le chef des Lechs devint donc, lour ainsi dire, le représentant politique de toutes les ommunes et le véritable possesseur direct de tout le ays. Il faut convenir que nulle part, peut-être, le droit u souverain ne fut plus étendu et plus grand qu'en ologne sous le règne des Piasts. Le roi possédait toutes îs forêts, tous les pâturages, toutes les eaux ; en outre, laque ménage était tenu à la redevance d'une cerine quantité d*oiseaux, d'œufs, de miel, de lin filé, 3 blé, en un mot, il fallait donner une partie de chaque x)priété. De plus, chaque paysan devait, à des jours larqués, aller au travail et cultiver la terre commune, îvenue terre royale.

Cependant, les fonctionnaires royaux, tels que les caslUans, les juges et autres semblables, ainsi que les seileurs préposés à de vastes domaines, commencèrent à ire tourner à leur propre avantage toutes ces propriéîs et ne s'acquittèrent plus envers le roi que du service dlitaire. Peu à peu, une partie considérable des terres Bvint par l'usage la propriété des seigneurs, et les rois surfirent don des redevances ou droits sur les paysans, es nouveaux possesseurs, s'ils régnaient eux-mêmes ir les Slaves , s'efiPorçaient en revanche de protéger surs sujets contre l'oppression des seigneurs voisins, et iissi contre celle des fonctionnaires royaux. Le peuple d-même préférait avoir un seigneur et un protecteur omédiat que de l'aller chercher au loin dans la capitale.

Un fait semblable se produisait, bien que d'une ma- | nière différente, dans TOccident, où les hommes libres se soumettaient volontairement an vasselage envers les seigneurs, afin d'avoir une protection. Les terres d« la Pologne restèrent donc partagées en trois genres de propriétés. D'abord, les biens royaux directs, qui occupaient une moitié de tout le pays, et dont le roi percevait Targent et le blé qui étaient nécessaires pour subvenir aux besoins de l'Ëlat et pour nourrir les troupes. En second lieu, il y avait les biens distribués à la noblesse et aux seigneurs, à qui le roi avait cédé tous droits sur les paysans et qui n'avaient aucune obligation en« vers le trésor, sauf celle de fournir des relais pour les voyages des fonctionnaires du roi et de la cour. En troisième lieu, les biens dont avaient été gratifiés les couvents, et qui étaient libres de toutes redevances royales. En outre , le roi , conmie chef militaire , possédait les villes et les châteaux, tant à l'intérieur que sur les froor tières de l'État {castra)^ et il y établissait des fonctionnaires, castellani. A ces châteaux étaient annexées certaines dépendances de terres et villages, pour TentretieB des fonctionnaires et du château. Voilà quel était Tétst du pays, quand Mieczyslas, ayant pris le gouvernement, se mit à revendiquer strictement tous ses droits de prince^ depuis longtemps tombés dans Toubli. Il établit des règlements sévères sur la chasse et la pèche ; il se mêlait de surveiller quels hommes les seigneurs établissaient sur leurs terres; il recherchait chez eux ses paysans transfuges. La monnaie donna aussi occasion à une grande oppression. C'était Vusage^ & cette époque^ de

refondre la monnaie chaque année, et parfois même plus souvent. Les percepteurs triaient la monnaie et punissaient pour la fausse, bien qu'il fût difficile de découvrir les véritables faux-monnayeurs. Le prince avait en vue d'atteindre, par ces procédés rigoureux, toutes les classes sans distinction, et particulièrement les seigneurs et le clergé. Cependant, les fonctionnaires inquiétaient les pauvres plus facilement et plus fréquemment. Il s'en suivit un mécontentement général. Gédéon, évêque de Cracovie, comme jadis Nathan à David, reprocha au prince eu personne, par une spirituelle parabole, ses vexations et cruautés, ce qui irrita encore davantage Mieczyslas.

Enfin, les seigneurs ecclésiastiques et laïques, ayant à leur tête Gédéon et Etienne, palatin de Cracovie, s'adressèrent à Casimir en l'invitant au trône. Après une longue résistance, Casimir se laissa persuader. Il accepta à la condition que, pour rendre évident le consentement des citoyens, il s'en irait à Cracovie, sans être accompagné de troupes, et escorté seulement d'un petit nombre d'amis. On lui ouvrit les portes et on le salua comme prince et monarque. Mieczyslas s'enfuit en Grande-Pologne, et là il chercha les moyens de remonter sur le trône, en appelant à son aide les souverains indépendants, ses parents. Cependant son propre fils, Othon, irrité contre ses plus jeunes frères, leva les armes contre son père et trouva aussitôt appui auprès des seigneurs; car dans la Grande-Pologne, comme dans les terres de Cracovie, ils désiraient se débarrasser de l'autorité qui leur pesait, et, dan» ee but, ils £cMDentaieBt toutes les ré-

H\S PRKMIEUS SIKCLIvS DE LMllSTOlUE i

voltes des jeunes princes. Bientôt fatigué de cette gu-îrre \

de famille, le pays se donna à Casimir. \

Casimir le Juste.

Après avoir établi l'ordre dans son domaine agrandi, le nouveau monarque garda sous son gouvernement immédiat la Grande-Pologne; la Poméranie citérieure ou Poméranie de Dantzick, qui s'étendait de Tembouchure ^ de la Vistule à la Leba, fut confiée par lui au staroste ^ Sambor; la Poméranie ultérieure ou de Slupy, qui à'é- & tendait de la Leba à la Persanta^ c'est-à-dire le pays des fg Cassubiens, fut donné à Boguslas^ fils, à ce qu'il semble, ^ de Warcislas, prince de la Poméranie de Stettin. Afin ^ d'attacher ce Boguslas à la Pologne^ Casimir lui donna ^ le titre de duc. Cependant lorsque les descendants de iji Boguslas eurent hérité plus tard de la Poméranie de \ Stettin, et qu'ils furent devenus princes de l'Empire ti (1181), ils se germanisèrent et ils persécutèrent cruellement leurs propres compatriotes slaves. Cette même année, des querelles qui avaient éclaté entre les princes silésiens au sujet de la succession d'un de leurs frères, furent apaisées par Casimir ; et même entraîné par sa libéralité dans un moment d'ivresse, à une fête de baptême, il fit don au prince de Siiésie, Mieczyslas, des terres d'Oswiecim et de Bitom ; mais ensuite il révoqua ce don, sans doute d'après le conseil du sénat.

Uheure avait sonné où les grands changements sur-

venus allaient enfin être légalisés et s'exprimer au dehors. Casimir convoqua une assemblée à Lenczyca {i 180). Comme, depuis des siècles, il y avait en Pologne des assemblées communales dans les villages, pour Tordre intérieur^ ainsi il se tenait dans les provinces des assemblées de la noblesse qui, sous la direction des castellans, jugeaient les affaires et s'occupaient de l'administration locale, mais sans s'être élevées jusqu'alors à une signification politique. Elles prennent ce nouveau caractère en s'unissant et s'organisant à l'instar des synodes ecclésiastiques. D'après les coutumes de l'Église catholique, il n'y avait pas seulement des conciles généraux, il y avait aussi des synodes dans les archevêchés et les diocèses. Dans ces synodes on statuait parfois sur des matières civiles. Les seigneurs, qui s'étaient depuis longtemps accrus en richesse et en puissance, furent d'abord appelés dans le conseil privé des princes, puis enfin convoqués au synode avec les ecclésiastiques. Ils apprirent d'eux à régler l'ordre des délibérations et des décisions ; ils participèrent à leurs privilèges; ce fut ainsi que se forma le sénat, qui partage désormais toute Tautorité avec le roi. Les papes avaient marqué Tordre de préséance des évêques, Tusage assigna ensuite les places des palatins et des castellans. A cette première grande réunion de Lenczyca siégèrent l'archevêque et tous les évêques de Pologne, et même ceux de Silésie et de Poméranie. Bien que divisée sous le rapport politique, la Léchie apparaît dans l'Église de Pologne comme un seul État sous la suprématie d'un seul pasteur. On décréta d'un commua accord que l'ancienne loi de succession, établie par

i7ft PREMIERS SIÈCLES DE L'HISTOIRE

Boleslas Bouche-Torse, cesserait d'être en vigueur^ et qae la couroime resterait dans la ligne cadette par ordïe de primogénitore. On publia des règlesieiito q|iii garant tissaient le peuple eontre quelques abus, et Botannsaeut contre la corvée des relais. C'était le plus onéreux des privilèges royaux^ Tout envoyé de la cour avait droit de prendre pwrtout des voitures, des chevaux et des guides sans rien payer. Souvent les fonctionnaires eux-mêmes se prévalaient de ee privilège pour leurs envoyés, et même les seigneurs sans fonctions ei> faisaient autant. Depuis lors le droit à la corvée des relais &it réservé an .souverain seuL U arrivait aussi^ et il était passé en uftAge qtk'k la mort des ecclésiastiques tout leur naobilier était la proie ctes princes et même des voisins, qui s'en en^[>araient par vi(^ence> aux dépens des héritiers légitimes. On proscrivit cet abus. Les arrêtés de Lenczyca furent munis de rexcommunication et enoregistrés à la manière des décrets des conciles de l'Église en répétant après chacun la même formule : quiatmonûmpaupenm vi aut ingenio aeceperit^ anathema sit; qui legaiionù occa- $i(me angariaverit qtmdrupedem^ anathema rà, etc. Ainsi doasc c'était de l'Église que venait l'esprit législatif, l'ordre d'institution de la loi et sa forme extérieure ; on s'ar dressa au chef de l'ÉgUse pour avoir sa sanction. Une ambaasade extraordinaire fut envoyée au ps^. Alexaoh dre lu eonfirma sotamaUement les lois de Lenczyca^

Le vertueux Casimir voyait aveechagrm IaKHtdesoa frère MieczysUs;. il voulait se rôconoUiar aivee lui eiloi rendre ka Graads-Pelogne^ Las seigueuis if indi^aèieat à laseola mention d'm^acoord. Casimir ^ourna raffiûia

et ferma les yeux sur les intrigues de Mieczyslas. Celui-ci rechercha vainement l'appui de l'Empereur, qui se préparait à passer en Palestine, mais il fut plus heureux dans ses instances près de Boguslas de Poiiîéranie. Il s'empara ainsi derechef de Gnesen, d'où Casimir n'essaya pas de le chasser. La paix se fit entre les princes : cependant Mieczyslas ne s'en tint pas là. Il voyait fton frère engagé dans la guerre de Ruthénie, où les Polonais s'éteient portés avec une armée après avoir pris parti pour Mscislas qui était exilé; ils défirent

complètement Wszewolod de Belz, ainsi que le prétendant Wlodzimir, et rendirent Halicz à Mscislas. C'était un moment favorable pour fomenter des troubles en Pologne. Mieczyslas, appuyé par l'interecssion des princes silésiëus, se rendit de nouveau près de l'Empereur; en n&ème temps il obtint par firaude, du prince mineur Leszekde Mazovie, te legs de son héritage, et il s'établit aussitôt en Mazovie. Cependant, Henri, fils de l'Ëmpereur, qui arrivait avec une armée allemande, s'effraya d'un mauvais présage et s'en retourna. Les Mazoviens se soulevèrent contre le gouveniement de Mieczyslas, et Leszek, ayant changé son testament, légua son duché à Casimir, puis mourut peu de temps après (1185). A Halicz, la tranquillité fut de courte durée. Les boyards empoisonnèrent Mscislas; Casimir leur envoya pour prince son parent et pupille Roman; les habitants de HaUez appelèrent de Hongrie Wlodzimir ; les Hongrois, après avoir chassé Roman, établirent sur le trène, au lieu de Wlodzimif , ie fils de leur roi, André. Wiodamir erra longtemps^ et ayant ramassé quelques troupes, il fit des

incursions en Ruthénie et même en Pologne ; enfin il réussit à se concilier Casimir qui lui donna secours. En 1 188, Casimir partit à la tète de son armée avec le palatin Nicolas^ assiégea Halicz et força les Hongrois à se rendre. Les Hongrois se vengèrent en pillant Podgorze; on leur rendit la pareille par le ravage de leurs frontières. Ënfin^ on en vint à négocier : l'intérêt de toute la Chrétienté fit taire alors les différends locaux, le retentissement des progrès et des triomphes des Sarrasins en Asie se répandit en Europe. Les papes essayaient par tous les moyens de réconcilier les rois chrétiens, afin de les engager à une nouvelle croisade. Urbain III ne vé« eut pas assez pour voir ses efibrts aboutir ; il apprit la prise de Jérusalem par Saladin^ et mourut de chagrin. Célestin III écrivait lettres sur lettres à tous les rois ; en Pologne, il insistait pour la paix et demandait des secours. Les Polonais offrirent des sommes considérables. On convint donc avec les Hongrois d'une suspension d'armes pour trois ans. Ce qui contraignit Casimir à négocier, ce fut la mauvaise volonté des seigneurs à l'égard de la guerre de Ruthénie. Peut-être que dans Halicz, par suite du voisinage de la Hongrie et de la Bohême, et l'effet de l'influence des mœurs et d'une religion différente, la classe constituée des boyards était défavorable aux princes imposés par Casimir, et trouvait de la sympathie auprès des seigneurs polonais ; peutêtre aussi les seigneurs étaient-ils offensés de ce que Casimir eût entrepris la guerre sans l'avis du sénat ; toujours est-il que l'irritation contre le monarque s'éleva à Cracovie au plus haut degré. Mieczyslas, profitant de

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cette disposition des esprits^ se jeta dans la capitale et s'y proclama souverain. Les bourgeois, trompés par le bruit de la mort de Casimir, se soumirent au nouveau seigneur. Le palatin Nicolas et Tévêque Pelka s'enfermèrent dans le château; bientôt aussi Casimir, que Ton regrettait, revint et chassa l'envahisseur. Cependant, même alors, il ne se laissa pas persuader de reprendre à Mieczyslas son duché héréditaire. Mieczyslas, touché d'une telle générosité, garda désormais la tranquillité, et jusqu'à la &a du règne de son frère il lui resta fidèle. Assuré du côté de la Ruthénie et de la Hongrie, Casimir fit une expédition contre les païens d'alentour. Il convoqua les troupes des princes de Silésie et de Grande- Pologne, et, après les avoir réunies aux siennes, il passa la Vistule près de Torun (Thorn); il contraignit les païens, en ravageant leurs campagnes et semant l'épouvante, à lui payer les tributs ordinaires; après quoi il tourna ses armes contre les Jadzwingues. Cette peuplade lithuanienne étendait ses établissements depuis la Prusse et la Lithuanie, et elle pénétrait au loin dans la Slavie» en suivant le cours du Bug jusque vers la Volynie. Les Jadzwingues étaient les plus sauvages des Lithuaniens ; ils étaient ceux qui s'étaient le plus profondément enfoncés au milieu des étrangers , et ils faisaient souffrir leurs voisins de leurs incursions. Les Ruthènes leur faisaient une guerre acharnée du côté de la Volynie, les Polonais les repoussaient de la Mazovie. Casimir se fraya une route jusqu'à leur ville principale, Drohiczyn, et après avoir écrasé les troupes qui vinrent le combattre, il força le petit roi de Drohiczyn

à se livrer (1192). De retour de rexpédition, fl conclut un traité avec les Hongrois* à Nowawies, dans la terre d^ Zips, sur la base de Tancienne alliance, consacrée par la tradition, entre saint Adalbert et saint Etienne. Les monts Tatry devaient être Téternelle frontière des deux pays, sous peine d'anathème.

La Pologne eut enfin la paix. Casimir» plein de projet9 concernant la réforme des lois, la constmction de Tilles et d'églises, convoqua une nombreuse assemblée de seigneurs et d'évêques à Cracovie. 11 passa le jour solennel de saint Florianà prier dans les églises et à distribuer des aumônes» Le lendemain, à table, il conversait précisément sur l'immortalité de l'àme et sur la vie future, quand tout à coup il tomba de sa chaise et mourat| laissant à la nation d'immenses regrets (1194).

Ce prince réunissait en lui àes qualités qui sont rares non-seulement dans un souverain, mais même dans un dtoyen privé. Modeste^ sincère, affable, on ne le vit jamais accessible à la colère ni à l'avidité. Par ces qua« lités il sut faire plus que d'autres ne firent par les talents militaires ou par une fine diplomatie. Placé sous la tutelle de ses frères^ remis en otage à l'Empereur, il sup* porta patiemment son état sans susciter de guerres civiles ni de réclamations. Bientôt il hérita de son frère Henri; puis il fut, presque de force, élevé au trône. S'il se fût laissé emporter par le désir de la vengeance contre son frère Mieczyslas, il l'aurait jeté pour toujours dans les bras des Allemands et peut-être la Grande-Pologne se serait-elle détachée de la Pologne, comme précédenuoent la Silésie. Par sa 4(mcaur el sa

justice, il désarma son frère et donna la paix au pays. Il reçut aussi l'héritage àe Leszek ée Mazo^ie qu'il n'avait pas djonviMé et pour lequel Miec£7«las ayaic tant fait dVfforts. Heureu'K dans ses luttes eontre les Ru* Ihènes, les Prussiens et les Jadzwingues, il évita une guerre imminente avec l'Empereur par une protection singv^ère de la Providence. Déjà une redoutable armée allemande était en marche contre ia Pologne ; il arriva que la maison dans laquelle s était arrêté Tempereur Henri s'écroula en tuant et hle^ant beaucoup de aeil^neurs allemands. Dans ce siècle cela était considéré comme un mauvais présage. On avança cependant plus loin ; mais, Ic^squ'au moment de l'entrée d'Henri à Haie, les cordes des cloches se furent subitement roaapues, le souverain allemand, -effrayé, abandonna fexpédition. Au milieu des guerres et des troubles, Casimir «'occupait activement des améliorations intérieures. 11 fonda des couvents à Suleyow, Plock, Koprzywnica et dans le faubourg de Kleparz à Craoovie. Il s'efforça de répandre les lumières ; par son ordre Kadlubek, pieux évèque et plus tard moine deCiteaux, recueilUt dans les anciennes chroniques et légendes Thistoire des origines de la nation et en continua les annales. Quoique les«eigueurs eussent élevé Casimir au troue et qu'ils gouvernassent avec lui, ce prince réussit pourtant à protéger le peuple des campagnes ; il publia la première loi qui supprimait quelques abus des seigneurs envers les paysans. Il était de taille élevée, et d'un visage noble. De son mariage avec la princesse ruthène Hélène» il laissa deux fils en bas âge : Leszek et Conrad.

Tout favorisait étrangement les vues des seigneurs après la mort de Casimir. Le sceptre tombait aux mains de deux enfants mineurs ; le gouvernement du pays restait donc de nouveau au sénat. Le Conseil, rassemblé à Cracovie sous la direction de Tévêque Pelka, commença pour la première fois à débattre officiellement les droits des prétendants au trône et même dès lors on pesa les bons et les mauvais effets de l'élection et de Thérédité. On maintint les décrets de Lenczyca, confirmés par le Saint-Père et par l'Empereur ; cependant Tévêque luimême, bien (|ue favoroble à Leszek, déclara que ce n'était pas en vertu des décisions d'une puissance étrangère, mais par la libre volonté de la nation, par égard pour les vertus et les mérites de Casimir, qu'il appelait au trône les enfants de ce prince, et il conseilla de se hâter de faire un choix, disant qu'une ruche d'abeilles ne pouvait rester sans mère, et que de même la Pologne ne pouvait rester sans souverain. Cet exemple d'une république d'abeilles avait sans doute déjà été cité plus d'une fois en Pologne; car dans la suite il devint l'une des maximes populaires de la politique. Toute l'assemblée répondit au discours de l'évêque par des acclamations.

FJH.

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