L'ÉGLISE A LA FIN DU PREMIER SIÈCLE
Nous avons vu les apôtres partir pour la conquête du monde. Le succès fut immense et miraculeusement rapide. Sans sortir des limites de l'Empire romain, nous trouvons, dès le icr .siècle, l'Évangile passant avec Paul de la Judé>' en Italie, en Grèce, en Egypte, et dans les provinces situées entre l'Euphrate el la mer Egée. Sept églises sont fondées en Asie, à Éphèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Laodio Philadelphie; trois ea Syrie, à Damas. l'.én'e (Alep)et Antioche.
La doctrine nouvelle pénètre dans les îles de Chypre et de Crète, dans la Thrace, dans la Macédoine. Le nom du Christ retentit à Corinthe, à Sparte, et l'Aréopage d'Athènes s'émeut en entendant parler pour la première fois du « Dieu inconnu ».
La propagation de la foi chrétienne à Rome présente un spectacle particulièrement curieux. C'est dans les couches inférieures de la société que l'Évangile se répandit tout d'abord, c'est-à-dire parmi ceux qui avaient le plus besoin d'espérances et de consolations. Les pauvres, les faibles, les opprimés l'accueillirent les premiers. Mais il ne tarda pas à envahir les régions supérieures. Paul fit des prosélytes jusque dans le palais de Néron; Flavius Clémens, mis à mort par Domitien, était, nous l'avons dit, de la famille des Césars. Des sénateurs s'étaient convertis, et c'est dans le palais de l'un d'eux, sur le Viminal, que Pierre fut invité à établir sa demeure.
Les mesures mêmes prises par l'autorité souveraine contre les chrétiens devenaient peu à peu un moyen de propagation. Les bruits infâmes qu'on répandait sur les « Nazaréens », les rigueurs dont ils étaient l'objet, les supplices auxquels ils étaient livrés, leur abnégation, leur courage, tout servait à attirer sur eux l'attention, et, Tacite le dit, « on les plaignait ». On fit plus. Ce peuple qui avait tout épuisé : gloire, richesses, voluptés, puissance, qui était las de tout, et qui ne croyait plus à rien, devait naturellement s'étonner à la vue de ces hommes simples, modestes, bienfaisants, s'aimant entre eux, secourables à tous, fuyant le faste et les honneurs, enseignant des choses étranges, à savoir que les pauvres ne doivent pas envier les riches, que l'esclave ne doit pas dénoncer son maître, que le maître ne doit pas opprimer l'esclave, et qu'après tout il y a d'autres richesses et une autre vie qui sont à l'abri des convoitises et des coups de César.
Rome, stupéfaite, avait sous ses yeux des hommes qui répon-
ni aux diffamations, aux injures et aux violences par un redoublement de vertus, et qui, sans courir au-devant de la mort, la subissaient avec un héroïsme jusqu'à ce jour sans exemple.
El un gi ind mouvement révolutionnaire, instinctif, fatal, irrésistible, s'opérait dès lors dans les esprits, à tous les degrés de la société. Quelque chose de nouveau se manifestait, s'imposait dans le monde, et l'on smtait comme un ébranlement dans le sein des religions anciennes.
Au compte de l'historien Gibbon, qui ne saurait être accusé de partialité en faveur des chrétiens, leur nombre, vers la fin du fit siècle, était du vingtième de la population, soit à Rome, soit dans les provinces. Ce chiffre ne devait pas tarder à s'é lever.
Le Christ avait dit au fils de Jonas : « Tu es Pierre, et sur pierre je bâtirai mon Église, et je te donnerai les clefs du royaume des cieux. » Cette parole s'était réalisée. Le prince des apôtres avait eu pour successeur, de l'an 67 à l'an 100, Lin, dont nous avons déjà parlé, Clet ou Anaclet, qui envoya [es premiers missionnaires dans les Gaules, >■( Clément, Romain de naissance, qui lit recueillir les actes des martyrs, rassembla
fastes de l'Église, <t apaisa, après 1rs avoir jugé l'autorité Buprême attachée à la chaire de Pierre, des «lissi- . .Hiciiltés qui s'étaient élevées parmi les fidèles Gorinthe.