‹ Les premiers siècles du christianismeChapitre 25 sur 74 · SAINTE SYMPHOROSE ET SES SEPT FILS · texte numérisé non relu

SAINTE SYMPHOROSE ET SES SEPT FILS

Un épisode émouvant se rattache à la persécution d'Adrien.

Adrien s'était fait construire à Tibur une villa splendide, dont les ruines, aujourd'hui encore, arrêtent et étonnent le passant. Il avait entassé là toutes les merveilles artistiques

qui! avait rapportées de ses voyages, des vases, des statues, des tableaux, des inscriptions anciennes, des curiosités de tout genre. Des fresques couvraient les murs; l'une d'elles, restée célèbre, représentai! l'enfer. L'Anio courait à travers les jardins immenses ou bondissait en cascades du haut des rochers. Tout ce que ce prince nomade avait admiré dans les divers pays qu'il avait parcourus était reproduit dans cette magnifique résidence avec un art admirable. Il avait voulu retrouver là les points de vue les plus fameux de la Grèce et de l'Egypte : le Lycée, l'Académie, le Prytanée, le Pcecile, la vallée de Tempe. C'était comme un spécimen du monde romain. Chaque partie du parc figurait une province, et chaque province avait ses plantes, ses animaux, ses monuments, qui en rappelaient le souvenir ou plutôt la reconstituaient dans ce qu'elle offrait de plus gracieux et de plus pittoresque, sous les yeux charmés du visiteur.

Quand cette demeure, qui n'eut de rivale que la maison d'or de Néron, fut achevée, Adrien songea à l'inaugurer solennel!, ni. nt. Il donna des fêtes au peuple et fit immoler aux dieux des victimes nombreuses. Mais un fait étrange vint jeter l'effroi dans l'esprit superstitieux du prince. Les victimes, les auspices, les augures, ou ne donnaient aucun signe, ou n'en donnaient que de sinistres. On eut recours aux opérations magiques les plus paissantes, et enfin les dieux, cédant aux évocations, répondirent :

« Comment rendrions- nous des oracles quand, chaque jour. Symphorose et ses sept fils nous tourmentenl en invoquant leur Dieu? nue ces impies sacrifient à nos autels, et nous te promettons d'écouter favorablement tes vieux. »

mphorose était une riche matrone de Tivoli, de race patricienne, et alliée aux plus grandes familles de la province Sou Erôre occupait l'une >\v> premières magistratures de la ville. Le martyr on mari Gétulius, condamné par Adrien,

l'avait faite veuve depuis quelques années. Elle vivait à Tibur, dans le deuil et la solitude, élevant ses sept fils dans la pratique des vertus chrétiennes et dans l'espoir d'une vie meilleure qui les réunirait à celui qu'ils avaient perdu. Sa fortune était consacrée au soulagement des pauvres et surtout des chrétiens qui souffraient pour la foi.

Adrien fit amener devant lui Symphorose et ses sept fils, et les engagea à sacrifier aux dieux. Symphorose se hâta de répondre :

« Mon mari Gétulius et son frère Amantius, tribuns militaires, ont souffert tous deux pour Jésus-Christ; plutôt que de sacrifier aux dieux, ils se sont laissé trancher la tète, en acquérant l'opprobre sur la terre et la gloire parmi les anges. »

L'empereur lui laissa le choix, ou de sacrifier aux dieux, ou de leur être sacrifiée. Elle n'hésita pas; comme mère, elle voulait donner à ses fils l'exemple du courage; comme épouse, elle brûlait de rejoindre son époux. L'empereur la fit conduire dans le temple d'Hercule; on lui meurtrit le visage de soufflets, on la suspendit par les cheveux, puis les bourreaux la précipitèrent dans ces cascades célèbres qui ont inspiré à Horace ses chants les plus voluptueux.

Le lendemain, Adrien fit comparaître les fils de Symphorose. Les nouveaux Machabées furent dignes de leur mère. Voyant l'inutilité de ses promesses comme de ses menaces, l'empereur les fit étendre sur des poulies et serrer avec tant de violence, que les os furent disloqués. Us trouvaient encore des forces pour s'animer les uns les autres au milieu de ces atroces tortures. Adrien ordonna enfin de les mettre à mort sous ses yeux.

Les Actes des martyrs nous ont conservé les noms de ces héros, et L'histoire doit les redire. Ils se nommaient Crescens, Julius, Némésius, Primitivus, Justin, Stacteus et Eugène. L'un fut égorgé; l'autre eut le cœur percé d'un coup de lance;

celui-ci fut assommé avec une massue; à celui-là on brisa les reins; la hache du bourreau fendit du haut en bas le corps du plus jeune.

Les dépouilles mutilées des sept victimes furent jetées, par l'ordre d'Adrien, dans une fosse profonde près du temple d'Hercule. Lorsque la persécution eut cessé, les chrétiens donnèrent à leurs reliques une sépulture honorable sur la voieTiburtine, entre Rome et Tivoli. Dans ce lieu, qui prit le nom des « Sept Frères », aujourd'hui les Sette Fratelli, s'éleva en leur honneur une église dont on voit encore les ruines. Leurs corps furent ensuite transférés à Rome dans l'église Saint-Ange.

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