‹ Les premiers siècles du christianismeChapitre 26 sur 74 · PREMIÈRE INSTITUTION D'ASSISTANCE PUBLIQUE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE INSTITUTION D'ASSISTANCE PUBLIQUE

Le 7 mai 161, l'empereur Antonin mourait en sa villa de Lorium, à l'âge de soixante -quinze ans. Sa tendresse filiale l'avait fait, à juste titre, surnommer « le Pieux ». Adrien, qui l'avait adopté, n'aurait pu faire à Rome un plus beau présent. La veille, le tribun de service étant venu, selon l'usage, demander le mot d'ordre pour la nuit, le prince mourant avait répondu :

« Égalité d'âme. JEquanimitas. »

Noble parole de stoïcien et digne résumé d'une vie pleine de vertus et d'un règne consacré au bien de l'État. Un chrétien aurait dit sans doute :

« Pardon ou charité. »

Mais, il faut le reconnaître, le mot chrétien était sur les lèvres d'Antonin, comme la pensée chrétienne avait été dans plusieurs de ses actes. Il avait pardonné à ses ennemis, il avait arrêté les persécutions, et il avait fait une chose qui eût

été l'honneur du paganisme, si le paganisme eût pu la revendiquer à lui BeuL

On sait quelle puissance énorme, absolue, la loi romaine donnait aux pères de famille sur leurs enfants. Ils pouvaient impunément les frapper, les exposer, les tuer. Pline le Jeune, dans ses Lettre*, fait mention de ce droit pour le déplorer; Plaute et Térence en parlent dans leurs comédies pour en rire et en tirer des effets scéniques. Auguste avait vu là une cause de dépopulation fatale à l'Italie, et il avait tâché de remédier au mal en promettant des droits ou des secours à ceux qui élèveraient une nombreuse descendance.

Antonin envisagea la question autrement, et, à l'exemple, il faut le dire, de ses préd ars Nerva, Trajan et Adrien,

qui avaient commencé l'oeuvre, il réglementa la situation des enfants abandonnés, leur assura un asile, des secours réguliers, pourvut à leur éducation et à leur entretien. Trajan assistait cinq mille enfants, et les appelait de l'un de ses noms : les nus ulpiani et les filles vdpianx. Antonin en entretint un nombre bien plus considérable et disposa en leur faveur de la plus grande partie de ses biens propres.

« La richesse d'un prince, disait-il, est la félicité publique. »

11 leur donna le nom de sa femme Faustine. Il y avait donc les fawtiniam et les faustinianx.

Cette belle institution des entant- assistés (pueri nlimcntarii) eut pour résultai d'inspirer aux plébéiens pauvres la résolution d'élever désormais leurs enfants, que devaient protéger dans l'avenir des secours durables qui ne dépendraient plus d'un caprice du prince.

Ainsi un sentiment inconnu de l'antiquité païenne, la pitié.

ii ut de pénétrer dans l'âme des souverains. A son insu, la philosophie stoïcienne assise sur le trône subissait l'influence des doctrines du christ. Elle s'épurait, elle se régénérait, elle devenait humaine. Le Christ avait dit : « Laissez venir à moi

les petits enfants, » et les Césars, obéissant malgré eux à la parole évangélique, ouvraient la porte de leur palais à la philanthropie, en attendant que la charité y entrât.

Page 1