‹ Les premiers siècles du christianismeChapitre 35 sur 74 · MÉNANDRE. — LES NIC0LA1TES. — CKRINTIIE. — ËRION · texte numérisé non relu

MÉNANDRE. — LES NIC0LA1TES. — CKRINTIIE. — ËRION

Ménandre fut l'un des plus zélés sectateurs de Simon et le plus célèbre. Mais il ne s'en tint pas aux doctrines du maître. Il prétendit se faire passera son tour pour le sauveur envoyé aux hommes, et il attribuait au baptême, qu'il dormait en son propre nom, la vertu merveilleuse de préserver de la mort et de la vieillesse.

Un '1rs premiers diacres de Jérusalem, Nicolas, donna son nom à une secte qui. étendant sans mesure la communauté di cho jiit les bases de la société, la famille et la pro-

priété

inthe était d'Antioche et de race juive. Au sortir des

Uexandrie, il vint, à Jérusalem où la prédication des

apôtres commençait à opérer de nombreuses conversions.

Esprit turbulent et novateur, Cérinthe forma une faction parmi les Juifs convertis qui, prétendant allier les cérémonies de la loi ancienne avec les préceptes de l'Évangile, s'opposaient à la présentation de la nouvelle loi aux Gentils. Les apôtres l'ayant exclu de l'assemblée des fidèles, il passa en Asie, et bientôt y constitua une secte dont les doctrines offraient un mélange bizarre de la pbilosopbie orientale, des idées judaïques et des dogmes du christianisme. Saint Irénée, qui fut évoque de Lyon à la fin de sa vie, mais qui avait longtemps habité l'Asie, expose ainsi le système de Cérinthe :

« Il a, dit-il, enseigné en Asie que le monde n'avait pas été fait par le Dieu primitif, mais par une vertu séparée et inférieure, qui ne le connaissait pas; il a abaissé Jésus, en disant qu'il n'était pas né d'une Vierge. Jésus l'avait emporté sur les hommes par sa justice, sa prudence et sa sagesse. Après son baptême, Dieu, qui est universel, avait fait descendre sur lui son Christ, sous la forme d'une colombe, et alors Jésus avait annoncé le Dieu inconnu, et avait accompli toutes sortes de vertus. Enfin le Christ était remonté aux cieux et s'était séparé de Jésus, qui avait été supplicié et avait ressuscité. Le Christ était resté impassible, parce qu'il n'existe que spirituellement. »

Les erreurs de Cérinthe excitèrent une vive émotion parmi les chrétiens d'Asie. Saint Paul les a combattues dans sa première épitre aux Corinthiens, et saint Jean, comme nous l'avons déjà dit, dans l'évangile qu'il écrivit aux dernières années de sa vie.

Une anecdote, racontée par Irénée, qui la tenait de saint Polycarpe, disciple de saint Jean, nous peint les sentiments de répulsion qu'inspirait Cérinthe aux fidèles ministres de Jésus -Christ :

« Un jour que Jean, disciple du Seigneur, était venu à Éphèse pour prendre un bain, il aperçut, dans l'intérieur de

l'édil rintlio, et se retira sans s'y baigner, en s'é-

crianl :

a — Fuyons, de peur que le bâtiment ne tombe sur nous, vu que Cérinthe, l'ennemi de la vérité, s'y trouve. »

Les Ébionites, ainsi nommés de leur chef, Ébion, profes- ,1 Le christianisme, tout en continuant d'observer la loi mosaïque. Ils insistaient particulièrement sur la nécessité de la circoncision, regardaient Jérusalem comme la cité choisie de Dieu, l'église de la capitale de la Judée comme la première de toutes, dénonçaient saint Paul comme hérétique, et niaient la divinité de Jésus-Christ.

LES HÉRÉSIES DU IIe SIÈCLE

LES GNOSTIQUES : APPELLE, VALEMIX. CARPOCRAÎE, ÉPIPHANE, SATUHMN. BARDESANE, BASIUDE

Le mot « gnose », qui vient du grec, était employé d les écoles pour indiquer une science supérieure aux croyances communes et acquise exclusivement par le travail de L'esprit et !<• secours de la raison. Le nom de < s-rnos,'(îucs » f"1 d'abord applique aux chrétiens qui possédaient le mieux cette. Mais il ne tarda pas à désigner les rationalistes de époque, qui prétendaient que leur doctrine, indépendante de toute révélation, était supérieure aux systèmes païens dont elle expliquait les symboles, à la religion hébraïque elle mettait en Lumière les imperfections et les vices ainsi qu'à la croyance commune de L'Église chrétienne.

OStiques pour la plupart loulaieul aux pieds les

ments apostoliques; d'autres disaient y avoir découvert, pai di moyens secrets, la vérité sous la forme impar-

faite ou altérée avec laquelle on la présente au vulgaire; d'autres encore révéraient les livres canoniques, sauf à les interpréter autrement que l'Église.

Tous s'accordaient à distinguer un monde supérieur, de pure lumière et d'immortelle félicité, et un autre de ténèbres, de misères, de mort. Ils admettaient l'existence d'un Être infini, invisible, Père inconnu, abime d'immense nuit, qui, ne pouvant rester inactif, s'était répandu en émanations.

Ces émanations, non créées, mais émises de l'abîme éternel et participant de l'essence divine, s'appellent « Éons » ou êtres. Les Éons, réunis à la substance, forment le « plérome », ou la plénitude de l'intelligence. En s'éloignant de leur source, ils diminuent de perfections, et la dernière émanation du plérome n'est plus que le « démiourgos », mélange de force et de faiblesse, de lumière et d'ignorance, qui, sans l'ordre ou le concours du Père inconnu, a produit ce monde, ensemble vicieux et désordonné qui ne saurait être considéré comme l'œuvre de Dieu. Les gnostiques, abandonnés aux hallucinations de leur raison, se divisèrent en plus de cinquante sectes, chacune ayant ses évêques et ses assemblées, ses docteurs, ses miracles et ses évangiles. Ils peuvent toutefois être classés en deux familles principales : les Panthéistes, comme Appelle, Valentin, Carpocrate, Épiphane, et les Dualistes, comme Saturnin, Bardesane, Basilide.

Les gnostiques faisaient consister la morale à fournir au corps le nécessaire, à l'exclusion du superflu; à nourrir l'esprit de ce qui sert à l'éclairer, à le fortifier, à le rendre semblable à Dieu, dont il émane; mais ces maximes, si louables en théorie, conduisaient, dans l'application, directement à l'immoralité. En effet, suppose-t-on avec les panthéistes que Dieu seul agit dans l'univers? Où sera la différence entre le vice et la vertu? Suppose-t-on avec les dualistes que l'homme émane d'un double principe, l'un bon, l'autre mauvais? La

liberté esl détruite, et avec elle la notion de la vertu. Si l'on admet d'ailleurs que la création est l'œuvre d'un être imparr fait et faillir, la loi morale qu'il impose est dès lors imparfaite aussi, et il conviendra de s'en affranchir.

I ce qui arriva. Quelques gnostiques furent des modèles de vertu, notammenl 1rs chefs de l'école. Mais il n'y avait pas de mauvaise action que 1rs gnostiques de bas étage se crussent interdite. Non seulement ils mangeaient sans scrupule les viandes consacrées aux idoles, mais ils assistaient aux solennités païennes, aux jeux du théâtre, et se livraient à toutes sortes de plaisirs, les considérant comme licites. Bien que nous connaissions la corruption de ces temps, c'est à peine si nous parvenons à croire vraies les infamies qu'on leur attribuait, et dont les Gentils, par ignorance ou malice, accusaient indistinctement tous les chrétiens.

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