‹ Les premiers siècles du christianismeChapitre 34 sur 74 · LES HERESIES DU PREMIER SIECLE SIMON LE MAGICIEN · texte numérisé non relu

LES HERESIES DU PREMIER SIECLE SIMON LE MAGICIEN

C'est à la parole même des apôtres prêchant l'Évangile, c'est à la vue des miracles opérés par eux que naquit la première hérésie.

Simon, Juif de Samarie, après avoir passé sa jeunesse dans les écoles d'Alexandrie, était revenu en Judée à l'époque où Jean -Baptiste prêchait et baptisait sur les bords du Jourdain. Il s'attacha d'abord à l'austère convertisseur, puis à Dosithée, l'un de ces illuminés de bas étage, l'un de ces faux prophètes qui, après la mort de Jean-Baptiste, tentèrent de se faire passer pour le Messie. Ambitieux et vaniteux à l'excès, mais plein de savoir et d'intelligence, Simon voulut à son tour devenir chef de secte. Il renversa Dosithée et prit sa place. Accompagné de trente disciples, il parcourut la Judée, combattant Moïse et les prophètes, et, par sa parole facile et diserte, exerçant sur le peuple une très grande influence. Ce sont les Actes des apôtres qui l'attestent :

« On le regardait comme la vertu de Dieu par excellence. »

Ayant entendu Philippe prêcher à Samarie, où il convertissait une foule de personnes, il supposa que l'apôtre possédait quelque force surnaturelle qu'il devait à des enchante-

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ments. et, pour pénétrer ce secret, il se mit au nombre des néophytes, en feignant d'être converti. Les miracles de Pierre rt de Paul augmentèrent sa surprise, et, brûlant du désir d'en connaître la cause, persuadé qu'il y avait là une révélation que les chrétiens réservaienl aux prosélytes d'un grade supérieur, il offrit à Pierre une somme d'argent, à la condition qu'il obtiendrait de lui la faculté de conférer l'Esprit-Saint par l'imposition des mains. Pierre indigné lui répondit :

I '.'iissc avec toi ton argent, puisque tu prétends en acheter le don de Dieul »

Et il le repoussa avec mépris.

C'est depuis lors qu'on a flétri du nom de simoniaques ceux qui vendent ou achètent soit les dignités ecclésiastiques, soit les biens ou les pouvoirs qui y sont attachés.

Simon, rejeté par le chef des apôtres, revient à sa vie première. Il combat en même temps et Moïse, et l'Olympe, et le Christ. Disciple du platonisme oriental, qui aspirait à rajeunir la philosophie en l'entourant d'appareils magiques, il parcourut les provinces, opposant des prestiges aux miracles des apôtres, se vantant de voler dans les airs, de se rendre invisible à son gré, de convertir en pain les pierres, de passer à travers les montagnes, et séduisant ainsi une foule d'esprits faibles et crédules. Il enseignait que le monde était livré à l'antagonisme éternel du bien et du mal, de la lumière et de l'ombre. Au-dessous de Dieu, intelligence suprême, il donnait place à une hiérarchie «langes ou esprits intermédiaires, doués de vertus et d'attributions qui variaient à l'infini. La création provenail d'une révolte des anges contre Dieu; l'homme, jouet di leurs caprices, était maintenu par eux, dans des vues de vengeance, au sein d'une ignorance complète el d'une dépendance absolue. Dieu eut enfin pitié de l'humanité; il lui envoya pour la racheter un de ses Esprits, < son Verh

s,i droite, le Paraclet, le Tout-Puissant, s tout

ce qui existe en Dieu, c'est-à-dire lui Simon, de Samarie, fils selon la chair d'Antoine et de Rachel. Il disait en outre

Chutu du- iin.wn le Mage. (D'après Bateni.)

qu'avant de descendre sur la terre il avait passé par différents cieux, en se transformant dans les diverses intelligences qui les habitent, et qu'après avoir revêtu la forme humaine, il

s'était montré à Jérusalem, où il n'avait été crucifié qu'en

appareil

Simon s'était associé une esclave tyrienne, nommée Hélène, a-une beauté éclatante, qui, disait-il, après avoir été la première intelligence de Dieu, avait engendré les esprits, créateurs des choses terrestres. Condamnée à des migrations successives de corps en corps, notamment en cette Hélène qui causa la ruine de Troie, elle avait parcouru de chute en chute tous les degrés de l'abaissement et de la dégradation, lorsqu'il se sentil destiné à racheter en elle la dernière métamorphose de la Vérité déchue, pour la rendre digne de remonter aux lieux d'où elle était descendue, et de rentrer au sein du Père

suprême.

La secte considérable dont Simon fut le chef ne s'éteignit pas avec lui. Mais, au milieu du me siècle, Origène écrivait :

« Il ne reste aucun partisan de Simon ; il en reste à peine

trente de Dosithée. »

Sauf trois ou quatre passages cités par saint Jérôme, aucun des ouvrages philosophiques de lilluniiné de Samarie n'i parvenu jusqu'à nous. Quanta Lasiroonfe, dont le non. écrit en lettres de sang dans l'histoire, si elle est la première hérésie qui ait paru, doit-elle rire La dernière à disparaître?

APOLLONIUS DE TYANB

Comme Simon, son contemporain, Apollonius, de Tyane

en Gappadoce, fut un faiseur de prodiges. 11 avait étudié dans

dncipales écoles d'Asie, et surtoul chez les Pythagoriciens

don1 a adopta les doctrines el le genre de Me. Connue eux. il

e nourrissait que de légumes, s'abstenait de vin,s'imp un silence de plusieurs années, et, afin de pouvoir s'adonner exclu m à l'étude de la ■•"»'»' 1"""' ^ppe*

plus vivement l'imagination du peuple, il se dépouillait de tous ses biens, vivait dans les temples, soignait les malades, se jetait au milieu des séditions qu'il apaisait d'un geste, et parcourait les rues et les places des cités en instruisant les hommes. Ses habitudes austères, son langage sententieux et obscur ne tardèrent pas à faire impression sur le vulgaire et à lui attirer de nombreux disciples. Il visita la Pamphylie, la Cilicie, Antioche, Éphèse, Smyrne, Athènes, Corinthe, Ninive, Babylone, et, accompagné d'un seul disciple, Damis, qui s'était attaché à lui comme à une divinité, il passa dans les Indes, où il conversa avec les Brahmines dont il se fit admirer. Partout il apparaissait en précepteur du genre humain, visitant les temples, expliquant et réglant tout ce qui touche aux choses sacrées, corrigeant les mœurs et prêchant la réforme de tous les abus. De retour dans l'Ionie, il enseigna le culte des idées, de l'intelligence, le pur idéalisme. Le peuple se presse sur ses pas; les villes lui envoient des ambassadeurs; les rois le consultent.

Sa liberté de parole est sans limites, comme sa renommée. A Rome, où il va voir de près, dit-il, quel animal c'est qu'un tyran, il se fait respecter de Néron; et Domitien, qui le jette en prison comme sorcier, n'ose le condamner à mort. C'est à Rome qu'il rappelle à la vie une jeune fille de famille consulaire, et qu'il impressione un peuple superstitieux en prédisant l'avenir. La mort, comme la vie de ce personnage, a quelque chose de mystérieux et d'étrange. Il disparait tout à coup, et on ne le retrouve nulle part, ni vivant ni mort. ïyane, sa patrie, lui élève un temple. Adrien recueille ses lettres; Carocalla lui rend les honneurs divins; Alexandre Sévère place auprès de lui son image, entre celles d'Orphée, d'Abraham et de Jésus-Christ.

On comprend quelle funeste influence de semblables folies durent exercer, à une époque où le christianisme naissant,

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calomnié el persécuté, avait tant d'intérêt à paraître tel qu'il était en réalité, c'est-à-dire pur, sincère, fidèle aux principes

: constitution divine, ne reconnaissant d'autres règles et d'autres miracles que les miracles et les règles de l'Évangile. « On vit alors, dit un historien, les magiciens et les charlatans se multiplier outre mesure. Pleins de dévotion pour 'Mis d'Apollonius et de Pythagore, ils enseignaient qu'une infinité de génies, participant de la nature divine dans des degrés différents, occupaient l'intervalle entre l'homme et Dieu, et que l'homme pouvait contracter des pactes avec eux au moyen de certaines cérémonies, déjeunes et de mortifications. Le peuple les craignait et les payait; les grands aussi avaient

ii eux, et non pas seulement Caracalla, mais jusqu'à Marc- Aurèle, qui en était engoué; or la malignité les confondait Bouvent avec les chrétiens, qui pourtant avaient leurs pratiques en horreur. »

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