‹ Les premiers temps de l'État pontificalChapitre 49 sur 74 · Auxilius, App.; Dûmmler, Auxilius und Vulganus, p · texte numérisé non relu

Auxilius, App.; Dûmmler, Auxilius und Vulganus, p

est tenté de regretter qu'elle ne se soit pas produite au moment même et que l'édifice vénérable où avaient prié Silvestre, Léon, Grégoire et Nicolas ne se soit pas effondré sur la tête de leur indigne successeur.

Celui-ci, du reste, ne survécut pas longtemps à l'abominable triomphe dont il avait été l'organisateur plutôt que le héros. Quels qu'aient été au juste les sentiments qui lui permirent de se prêter à cette funèbre comédie, une chose est sûre, c'est qu'il crut en bénéficier. La sentence prononcée contre Formose l'eût atteint lui-même, si, par une affreuse casuistique, il n'eût pris soin de faire casser les ordinations de son prédécesseur. C'est Formose qui l'avait ordonné évêque d'Anagni; les actes de Formose étant annulés, l'ordination épiscopale d'Etienne s'évanouissait, et l'on ne pouvait plus dire qu'il avait été transféré d'un siège à un autre.

Il ne jouit pas longtemps de cet avantage. Une insurrection, évidemment inspirée par l'horreur, le jeta bas du trône pontifical. On le déshabilla vivant comme il avait fait déshabiller Formose mort; on lui jeta sur les épaules un froc de moine, puis il fut enfermé dans

une prison. Encore n'y fit-il pas long séjour : on l'étrangla.

Après Etienne VI, Romain et Théodore II occupèrent successivement le siège de saint Pierre, le premier pendant quatre mois, le second vingt jours seulement. Avec celui-ci commencèrent les mesures de réparation. Le corps de Formose avait été déposé par une crue du Tibre près de l'église Saint-Acontius, dans son ancien diocèse de Porto. Un moine, averti, dit-on, en songe, par l'ombre même du malheureux pontife, alla le recueillir et lui donna une sépulture provisoire. Théodore II, monté quelques mois plus tard sur la chaire apostolique, décida de le rendre à sa tombe primitive, dans l'atrium de Saint-Pierre, au milieu des autres papes. La cérémonie eut lieu en grande pompe. Revêtu cette fois de ses ornements pontificaux, Formose rentra au milieu des chants et des prières, dans la demeure dernière que des rancunes sacrilèges lui avaient disputée i.

1. Formose avait fait renouveler les peintures de Saint-Pierre. D'après une légende recueillie par Liutprand, quand son corps rentra dans la basilique, les images des saints s'inclinèrent vers lui.

Théodore ne s'en tint pas là. Il rendit aux clercs déposés par le concile d'Etienne VI les situations dont ils avaient été dépossédés. Un concile fut tenu pour cette fm; les actes, malheureusement, en sont perdus.

C'est sur ces mesures de réparation que s'acheva l'année 897, l'une des plus sombres dans les longues annales de la papauté. Mais les esprits étaient trop agités pour que le calme se rétablit. Sur la tombe de Théodore II un schisme éclata. Deux papes furent élus ensemble, Serge III et Jean IX. L'autorité impériale intervint, apparemment en faveur de Jean. Celui-ci était un partisan de la paix, l'autre un tenant radical et farouche d'Etienne VI et de son concile. C'était désormais la seule question sur laquelle on pût se diviser. L'empereur Lambert était le maître; nul n'avait l'idée de songer aux protecteurs transalpins. Pallier autant que possible l'énorme scandale d'Etienne VI, apaiser les discordes intérieures de l'Eglise romaine, rassurer chacun, empereur, évoques, cardinaux, sur leur légitimité et leur situation, telle fut la tâche que s'imposa Jean IX. Il tint à cet effet trois

L'EMPIRE DE SPOLÊTE. 303

conciles, dont deux seulement, l'un de Rome i, l'autre de Ravenne, sont venus jusqu'à nous. Des évêques de toute l'Italie s'y rencontrèrent; on lut et l'on cassa les actes du concile d'Etienne; ceux du concile de Théodore furent lus aussi et approuvés. Il fut bien décidé que jamais plus il ne serait permis de faire passer les cadavres en jugement. Les ordinations de Formose et, en général, tous ses actes, furent de nouveau reconnus valables, à la seule exception du « sacre subreptice d'un barbare », unciio illa barbarica per subreptionem extorla. Enfin les droits de l'empereur relativement à la juridiction f[irent solennellement reconnus. Pour les élections pontificales, il fut déclaré que. s'il s'y était produit fies désordres, c'est que l'on procédait sans que l'empereur fût informé et en dehors de ses légats; en conséquence, aucune élection ne pourrait plus être suivie de consécration, si ce n'est en présence des légats de l'emperur, prœsenlibiis leqaiis imper aioris.

1. Pour celui-ci, il est indispensa^îi^ de recourir à rédition Mansi, ])liis complète (jae les précédentes.

304 LES PREMIERS TEMPg DE L'ÉTAT PONTIFICAL.

Ainsi l'Eglise romaine revenait d'elle-même au régime de la constitution de Lothaire (824) ; elle reconnaissait que, en dehors des règlements auxquels elle s'était si malaisément résignée sous Lothaire et sous Louis II, il n'y avait pas, dans l'état présent des choses, de garanties sérieuses, ni pour les élections pontificales, ni pour le gouvernement temporel de l'état romain.

Le jeune empereur Lambert devenait ainsi l'espoir du pape, comme de tous les Italiens, en dehors du royaume de Bérenger. Malheureusement un accident de chasse l'emporta (L5 oct. 898) quelques semaines après le concile de Ravenne. Comme Jean VIII, Etienne V et Formose, Jean IX vit s'abîmer les espérances qu'il avait fondées sur l'empire. Il mourut en janvier 900, après s'être répété sans doute plus d'une fois le mot du psalmiste : Nolite confidere in principibus filiis hominum, in quibus non est salus.

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