Concile de Rome, 898, c
L'EMPIRE DE SFOLÈTE. 297
jours; son successeur fut de nouveau un évêque, l'évêque d'Anagni, Etienne (Etienne VI).
Pendant ces changements romains, Lambert reprenait pied dans l'Italie du nord, rentrait à Pavie et à Milan et s'entendait avec Bérenger, à qui son humble attitude vis-à-vis d'Arnulf n'avait pas servi de grand' chose. L'Adda et le Pô inférieur furent acceptés comme limites entre les deux rois d'Italie. La meilleure part demeurait à Lambert : Milan, Pavie, Spolète, et le titre impérial. De la Germanie et de ses princes il ne devait plus être question avant les Ottons.
Les affaires de l'Italie étant ainsi arrangées, Lambert et sa mère se retournèrent vers Rome, dernier refuge de l'empire allemand. Farold en était encore maître le 20 août 896 ^ et il paraît avoir tenu bon jusqu'à la fin de l'année. Mais au commencement de 897 Agiltrude et Lambert reprirent possession de la ville, dans des circonstances que nous ignorons. C'est alors que se produisit un fait sinistre, origine de longues et tristes convulsions dans le sein de l'église apostolique.
1. J., 3511, lettre pontificale datée par le règne impérial d'Arnulf.
Formose avait renié la maison de Spolète, appelé traîtreusement et sacré le prétendant barbare; Formose devait en porter la peine. Il était mort et enterré depuis neuf mois. D'autres haines eussent été désarmées; on se fût dit : iam parce sepulto. La fille d'Adalgis ne s'arrêta pas devant un tombeau scellé et consacré. C'est à cette femme, on n'en peut guère douter, que doit remonter la responsabilité de l'attentat dont se chargea le pape Etienne VI, déplorable instrument de ses vengeances.
Le cadavre desséché du vieux pontife fut tiré de son sarcophage. On l'exhiba devant une assemblée synodale présidée par le pape. Il était encore habillé des vêtements pontificaux; on parvint à l'asseoir sur une chaire; à ses côtés un diacre se plaça, glacé de terreur, pour répondre en son nom, et le jugement commença. Les procès-verbaux de cet horrible concile, rédigés suivant les formes ordinaires, furent brûlés l'année suivante; mais les auteurs contemporains nous ont conservé quelques traits. On reprit en détail tout le long passé de Formose, ses querelles avec Jean VIII, ses serments, ses menées ambitieu-
ses, ses prétendus parjures; on ressassa des canons ecclésiastiques oubliés par tout le monde, y compris le président du lugubre synode, et l'on conclut à l'indignité de l'accusé, à l'irrégularité de sa promotion, à la nullité de ses actes, notamment de ses ordinations. Sur ce point cependant, on se borna à la cassation des ordinations romaines; celles du dehors furent respectées. Aucun des clercs romains ainsi déposés ne fut réordonné ^. Suivant les formes antiques la momie pontificale fut dépouillée de ses insignes, de ses vêtements; on ne s'arrêta qu'au cilice, incrusté dans sa chair austère. Puis on la jeta dans un tombeau profane, parmi les corps des étrangers. Ce ne fut pas assez pour l'odieuse populace; elle voulut à son tour insulter l'homme dont elle avait longtemps baisé la main. Formose fut jeté au Tibre.
Pour que rien ne manquât à l'horreur de ces tristes temps, la vieille basilique de Latran s'écroula. Il est possible que cette catastrophe ait précédé le concile cadavérique; on