‹ Les premiers temps de l'État pontificalChapitre 51 sur 74 · Neues Archiv, t. IX, p · texte numérisé non relu

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2. Serge avait été promu au sous-diaconat par le pape Marin (882-4); il avait donc dépassé la quarantaine au moment où il inaugura réellement son pontificat (904). Marozie, qui se maria pour la troisième fois en 932, ne peut guère être née avant 892. On voit quelle différence d'âge il y avait entre elle et Serge III. — [Dans le mémoire cité plus haut, M. Fedele conteste les rapports du pape Serge avec Marozie. Ses raisons ne me semblent pas tout à fait convaincantes : elles suffisent toutefois pour que, sans effacer dans cette S*' édition, ce que

tenleur plus ou moins légitime de l'autorité pontificale. Il faut reconnaître qu'il sut durer; en un temps où les papes se succédaient si rapidement, Serge tint bon pendant sept ans et mourut de mort naturelle. Il sut aussi se faire obéir et craindre, en quoi il dut beaucoup à l'appui de Tbéophylacte et de sa famille. Ajoutons que son épiscopat fut signalé par la renaissance de la basilique de Latran, pour laquelle il déploya toute la munificence que les temps comportaient.

Après Serge III, le siège pontifical fut occupé par Anastase III, qui dura un peu plus de deux ans, et Lando, qui ne siégea guère que six mois. Nous ne savons rien de leur histoire. Il est peu probable qu'ils aient contrecarré l'influence de Tbéophylacte, le vrai prince temporel. Leur successeur, Jean X, se maintint pendant quatorze ans (914-928).

C'était l'homme de la famille. On prétendait même que son élévation, due à Théodora, était la conséquence de ses rapports adultères avec cette femme, qui, comme dit Liutprand,

j'avais écrit à ce sujet dans les précédentes, j'y ajoute l'expression d'un doute.]

régnait sur Rome avec quelque vigueur, Romanse civitaiis non inviriliter monarchiam ohiinebat. Quoi qu'il en soit de ces rumeurs fort suspectes, Jean X déploya lui aussi dans le gouvernement de Rome, une remarquable virilité.

Un des grands problèmes à résoudre, le plus pressant même, c'était l'élimination des Sarrasins. Depuis leur défaite de 885, les musulmans, toujours bien accueillis à Naples et à Gaète, avaient réparé leurs forces et reconstitué dans les montagnes qui dominent le cours inférieur du Garigliano un centre fortifié d'opérations pillardes. L'Eglise romaine avait de ce côté d'importants domaines qui, avec un tel voisinage, ne lui rapportaient guère que des gémissements. De plus, les Sarrasins, pénétrant par les routes de la Campanie romaine, avaient créé en Sabine, sur les ruines de l'abbaye de Farfa, enlevée aux moines en 898, une sorte de succursale de leur établissement du Garigliano. Jean X se donna la tâche de détruire ces deux repaires.

C'est sans doute dans cette intention qu'il appela Bérenger à Rome et qu'il lui décerna la couronne impériale, vers le mois de décem-

bre 915. Louis l'Aveugle (t 928) vivait toujours dans son royaume de Provence. On ne tint pas compte de ses titres, lesquels remontaient à un pape, Benoît IV, que Serge III n'avait pas reconnu. Le poète qui célébra pompeusement les Gesla Berengarii nous a laissé une description des fêtes dont son héros fut l'objet en 915. Bérenger, cependant, n'intervint pas dans les combats contre les Sarrasins; après son sacre, il regagna l'Italie du Nord, laissant à ses vassaux de Toscane et de Spolète le soin d'assister le pape dans ses entreprises contre les infidèles.

Cette fois la commission fut remplie. Le marquis Albéric, qui avait autorité sur le duché de Spolète, s'entendit avec les Romains. Battus à Baccano et à Trevi, les mécréants durent abandonner leur établissement de Sabine et se replier sur le Garigliano. Mais ils n'étaient pas au bout. Jean X s'y prit tellement bien qu'il s'organisa dans l'Italie méridionale une véritable ligue de toutes les principautés chrétiennes. Naples et Gaète, indemnisées aux dépens des patrimoines pontificaux, rompirent leurs alliances musulmanes: le stratège grec de Langobardie, Nicolas Picingli, parut

dans la mer Tvrrhénienne, à la tète d'une flotte importante à laquelle se rallièrent les escadres de Naples et des ports voisins, sans parler des navires pontificaux; les princes lombards de Bénévent, Capoue, Salerne, amenèrent leur monde; l'état romain, la Toscane et le duché de Spolète fournirent des contingents considérables, sous le commandement de Théophylacte, sénateur des Romains, et du marquis Albéric i. Les opérations furent si bien conduites, qu'après deux mois de siège, en août 91(), les Sarrasins, coupés de la mer et de la montagne, cherchant en vain à s'ouvrir un passage, furent tués ou pris jusqu'au dernier. Digne successeur de Jean VIII, le pape paya de sa personne; à deux reprises, on le vit charger les rangs ennemis; c'est lui-même qui s'en vante, dans une lettre ^ écrite peu après à l'archevêque de Cologne.

Le marquis Albéric ne s'était pas moins distingué; il se battit ut leo lortissimus, et c'est

1. Le traité signé près du Garigliano s'est conservé, avec toutes ses signatures, dans une charte de 1014 publiée par Gattola, Hist. ahb. Cass. ace, t. I, p. 109.

à lui qu'échut la meilleure part des lauriers. Ce personnage faisait depuis longtemps parler de lui. Au temps de l'empereur Guy, c'était déjà un des premiers capitaines de l'Italie. Il passa ensuite au service de Bérenger et recueillit, dans l'ancien duché de Spolète, les dépouilles de la famille de Lambert. Il ne regardait pas aux moyens : un dernier rejeton de cette famille, le marquis Guy, fut par lui assassiné sur un des ponts du Tibre i. Spolète et Camerino lui obéirent. Comme ses prédécesseurs en cette situation, il jetait volontiers les yeux du côté de Rome. Ses exploits contre les Sarrasins le firent bien voir des Romains. Au retour du Garigliano, Théophylacte lui donna sa fille Marozie, qui, comme nous l'avons vu plus haut, avait déjà fait ses débuts, d'une façon irrégulière, avec le défunt pape Serge III.

Quant à Jean X, fort de ses appuis temporels, il laissait dire les gens scrupuleux qui trouvaient, non sans droit, sa promotion illégitime. Diacre de Bologne, Jean avait été désigné pour occuper ce siège, vacant par la

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