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Gesta Berengarii, II

LA MAISON dp: THÉOPHYLACTE. 319

mort de l'éveque Pierre. Mais le trône métropolitain de Ravenne étant devenu libre à ce moment, il opta pour cette situation supérieure et l'occupa plusieurs années (905-914), jusqu'à ce que la faveur de Théodora l'eût promu au siège apostolique. Aussi V Invectiva in Romani, fulminée de Naples, etla chronique du Mont-Cassin, le traitent-elles d'invasor. Plus éclectiques, les catalogues romains l'insèrent à son rang, sans observation. Jean maintint l'annulation des ordinations formosiennes, comme son prédécesseur Serge III. C'était un singulier spectacle que celui de ces papes, Etienne VI, Serge III, Jean X, tous trois évoques avant leur avènement au pontificat et néanmoins tous trois d'accord pour condamner Formose, sa promotion et ses ordinations, alors que les leurs étaient entachées précisément du même vice i.

Le temps mit fm à cette querelle de droit

1. 11 est à croire que, comme Etienne et Serge III, Jean X se tirait d'affaire par ce biais subtil que sa première ordination épiscopale avait été nulle. S'il en est ainsi, sa consécration, comme archevêque de Ravenne, doit remonter à une date antérieure à Serge III, c'est-à-dire à l'année 904.

canonique. Vers le déclin du pontificat de Jean X, de graves événements se passèrent dans l'Italie du nord. Rodolphe II, roi de la Bourgogne transjurane, fut appelé en 922, par le marquis d'Ivrée et autres potentats locaux, pour combattre l'empereur Bérenger. Après bien des péripéties, parmi lesquelles la plus sinistre est l'invasion des Hongrois, que Bérenger provoqua lui-même, ce malheureux prince mourut assassiné à Vérone, en 924. Mais Rodolphe ne jouit pas longtemps de son succès. Un autre prétendant descendit des Alpes, Hugues, roi de Provence, successeur de Louis l'Aveugle, et, par sa mère Berthe, petit-fils de Lothaire II et de Waldrade. Reconnu à Pavie en 926, Hugues attira aussitôt les yeux des Romains. Autour du pape Jean X, le désordre recommençait. Théophylacte était mort, Albéric aussi. De la descendance mâle du premier, de ce lilius censuUs qui avait figuré avec tant d'éclat au sacre de Bérenger, il n'est plus question; mais Marozie, fille de Théophylacte et veuve d'Albéric, était encore de ce monde. Elle s'éfait même remariée à Guy, marquis de Toscane, sans abandonner ses prétentions sur l'état romain.

Ici, elle était contrecarrée par le pape, que soutenait son frère Pierre, l'autre assistant de Bérengcr au sacre de 915. Pierre s'était créé une principauté à Or te. Appuyé sur cette forteresse et sur l'influence du pape, il cherchait à contre-balancer l'autorité de Marozie. Les Hongrois, appelés par lui, remplaçaient les Sarrasins dans la campagne romaine et la livraient à toutes les horreurs. A ces alliés compromettants le pape voulut joindre ou substituer l'appui du nouveau roi d'Italie. Il alla le trouver à Mantoue et conclut avec lui un pacte dont les détails nous sont restés inconnus.

Cette tentative d'émancipation n'était pas faite pour plaire à Marozie. Par ses soins et ceux de son mari, une émeute éclata à Rome. Les révoltés, soutenus par des soldats venus de Toscane, envahirent le Latran, se saisirent de Pierre et le massacrèrent sous les yeux de son frère. Quant au pape, il fut jeté en prison, et, peu après on l'étouffa sous un coussin (928).

Comme dit le moine du mont Soracte, en son étrange latin : Subiugatus est Romam potestative in manu leminœ. Marozie usa de

son pouvoir en donnant le Saint Siège à des créatures, d'abord Léon (Léon VI, 928), prêtre de Sainte-Susanne, puis Etienne (Etienne VII, 929-931), prêtre de Sainte-Anastasie, enfin à son propre fils Jean (Jean XI), antérieurement titulaire de Sainte-Marie-Transtibérine. Si celui-ci n'avait pas été pourvu plus tôt, c'est sans doute parce qu'il était trop jeune.

Sur ces entrefaites, Guy de Toscane vint à mourir. Le roi d'Italie Hugues, qui menait dans son palais de Pavie une vie de sultan, perdit aussi sa femme légitime. L'ambitieuse Marozie, après avoir trôné à Spolète et à Lucques, rêva de devenir reine et même impératrice; elle fit offrir sa main au roi Hugues, lequel s'empressa d'accepter. Les noces furent célébrées à Rome, au château Saint- Ange, où Marozie paraît avoir fixé sa résidence. Il n'était guère douteux que Jean XI, en bon fils, ne consentît à mettre des couronnes impériales sur les têtes des nouveaux mariés. La fête, pourtant, eut une autre issue.

Outre Jean XI, qui était illégitime, Marozie avait un autre fils, encore très jeune, appelé Albéric; elle l'avait eu de son premier mariage

avec le marquis de Spolète. Albéric ne pouvait voir avec satisfaction sa mère passer ainsi d'un lit à un autre. Le roi Hugues eut l'imprudence de l'injurier, au mdieu même des fêtes, et cela publiquement. Ce fut l'étincelle. Albéric rallia autour de lui les Romains mécontents; l'émeute assiégea aussitôt le château Saint- Ange. Hugues réussit, non sans peine, à s'échapper; Marozie fut retenue prisonnière.

Cet événement n'est, tout bien considéré, qu'un changement de personne. Des mains de Marozie, le pouvoir passa à celles de son fils Albéric; Marozie elle-même l'avait hérité de son père Théophylacte; la dynastie continuait. Le pape dut se plier aux circonstances et se confiner de plus en plus dans ses attributions ecclésiastiques. Après Jean XI (931- 935) se succédèrent Léon VII (936-939), Etienne VIII (939-942), Marin II (942-946), Agapit II (946-955). Aucun de ces papes n'exerça l'autorité temporelle; c'étaient des princes théoriques, comme les rois mérovingiens des derniers temps. A vrai dire, il en était déjà de même de leurs prédécesseurs, depuis Serge III (904). L'état romain, dès sa constitution, en 754, avait été confié à la direc-

tion du pape et du clergé, cela évidemment contre le gré de l'aristocratie laïque. Celle-ci, après divers efforts manques, était parvenue, en 824, à se faire faire place dans le person- , nel dirigeant; mais elle n'y était arrivée qu'en faisant cause commune avec le gouvernement protecteur et en s'appuyant sur lui. Quand la maison carolingienne eut disparu et qu'il fut devenu bien clair que le titre d'empereur ne correspondait plus à aucune autorité réelle, l'aristocratie laïque, restée seule en présence du clergé, n'eut aucune peine à le dominer. La grosse question, celle de savoir qui serait le primus inter pares, puis le maître, fut résolue par Théophylacte; des circonstances que nous ne connaissons que très imparfaitement le favorisèrent, et le pouvoir se maintint pendant de longues générations dans la famille de l'ambitieux et habile vestararius.

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