‹ Les premiers temps de l'État pontificalChapitre 58 sur 74 · Cont. Reginonis : <( Legati Romanorum... impe · texte numérisé non relu

Cont. Reginonis : <( Legati Romanorum... impe

Jean XII, Jean, évêque de Narni, fils de Théodora II, la sœur de la célèbre Marozie. On revenait à la famille de Théophylacte, mais avec l'agrément de l'empereur. Jean XIII fut installé le P"" octobre. Trois mois ne s'étaient pas écoulés qu'une révolution éclatait à Rome, causée, dit-on, par la dureté du nouveau pape, en réalité dirigée contre le régime impérial. Jean XIII, insulté, maltraité, fut enfermé au château Saint-Ange, puis chassé de Rome. Il se réfugia en terre lombarde, à Capoue, puis revint par l'Abruzze, la Sabine et la Toscane, à la tête de forces imposantes, si bien que les Romains se décidèrent à le reprendre. Il rentra en grande pompe, le 14 novembre 966. Ce changement était dû, pour une bonne part, à la nouvelle que l'empereur Otton avait franchi les Alpes et marchait, pour la quatrième fois, sur Rome. Le moine du mont Soracte vit passer son armée: c'est là-dessus qu'il termina sa chronique, gémissant sur la

ratorcm pro instituendo qucm vellet Rom.ano pontifice in Saxonia adeuntes suscipiiuitur et remittuntur. » L'élection se fit à Rome, sous les yeux de deux mis si, l'évêque de Spire, Otger, et l'évêque de Crémone, Liutprand.

décadence de Rome, jadis maîtresse du monde, maintenant asservie par les Saxons.

Il avait raison. Les (( Saxons » avaient confisqué l'élection pontificale; quant au pouvoir politique, les Romains allaient voir ce qui leur en restait.

Otton ne trouva plus à Rome le comte Rofred, principal auteur de la révolte; il avait péri dans la réaction. Mais il restait des complices. Plusieurs « consuls » furent arrêtés et expédiés au delà des Alpes; quant au menu peuple, on le fit représenter à la potence par les douze chefs de région. Le préfet, très compromis, fut remis au pape, lequel, après l'avoir fait raser i, le fit suspendre par les cheveux au caballiis Constantini, c'est-à-dire à la célèbre statue équestre de Marc-Aurèle, qui ornait alors la place du Latran. On le promena ensuite sur un âne, à rebours, la queue de l'animal entre les mains, puis il fut jeté en prison jusqu'au moment du départ de l'empereur, qui l'expédia aussi en Germanie. Enfin Otton

1. Cette cérémonie, dans les usages byzantins, était le signe de la destitution. Maintenant encore, en Orient, on coupe la barbe aux prêtres interdits.

fit déterrer les cadavres de Rofred et du vestiaire Etienne; on les jeta à la voirie.

Grâce à cette réi)ression terrible, le pouvoir de Jean XIII se maintint sans autres incidents. Au mois d'avril 907, le pape tint un synode à Ravenne, en compagnie de l'empereur, qui lui rendit alors (en théorie) ses territoires transapennins, depuis longtemps soustraits à l'autorité du Saint-Siège. La môme année, le jour de Noël, Otton lui présenta son fds Otton II dans la basilique de Saint-Pierre, où le jeune prince reçut la couronne impériale. Le pape mourut tranquille, le 6 septembre 972. Otton le remplaça par un cardinal-diacre, Benoît, dont l'oi'dination n'eut lieu qu'en janvier 973. Cette longue vacance est la seule preuve qui subsiste de l'intervention impériale à cette occasion; mais, eu égard aux circonstances, elle est suffisante.

Le grand empereur mourut en Germanie, le 7 mai 973, Les Romains se tinrent d'abord tranquilles; mais, un an après, alors que le jeune Otton II se trouvait engagé dans une lutte contre le duc de Bavière et quelques autres de ses vassaux, une nouvelle révolution éclata à Rome. Elle était conduite par Cres-

centius, fils de Théodora, le propre frère de Jean XIII . Benoît VI fut incarcéré au château Saint-Ange et remplacé par un pape « national )), le diacre Franco, fils de Ferruccius, qui prit le nom de Boniface VII. Le comte Sicco, missus impérial, eut beau protester; son intervention n'aboutit qu'à précipiter les choses. Benoît fut étranglé dans sa prison par ordre de l'intrus. Sicco cependant parvint à reprendre l'avantage et à chasser Boniface VII. A la place du malheureux Benoît M, il fit élire un nouveau pape, qui prit le nom de Benoît VII. Quelque temps après. Franco s'enfuit de Rome et se réfugia à Constantinople. C'était, depuis l'avènement de Léon VIII, la troisième fois que les Romains protestaient à leur manière, c'est-à-dire par voie d'insurrection, contre le nouveau régime, contre les papes nommés et imposés. On n'était pas au bout. Benoît Vit dura jusqu'en 983, sans trop de difficultés: l'empereur Otton II vint en Italie à la fin de 980; depuis lors il séjourna souvent à Rome, devenue sa base d'opérations pour ses -campagnes dans l'Italie méridionale. Il y mourut le 7 décembre 983, au moment où il se préparait à tirer vengeance d'un grave

échec subi l'année précédente en Calabi'e. Le pape Benoît VII était mort avant lui, le 10 juillet de la même année. Otton l'avait remplacé par un évêque de son royaume d'Italie, le chancelier Pierre, lequel prit le nom de Jean XIV.

Jean XIV assista Otton II à ses derniers moments et l'enterra dans l'atrium de Saint- Pierre. Cette cérémonie funèbre était pour lui de triste augiu'e. De la famille impériale il ne restait qu'un enfant de trois ans, qui fut proclamé en Germanie sous le nom d'Otton III, et une femme, la veuve d'Otton II, la princesse grecque Théophano, petite-fille de l'empereur Constantin Porphyrogénète. Théophano était une personne de forte trempe : on en eut bientôt la preuve. xMais les circonstances ne lui permettaient pas de rester à Rome; elle dut aller au plus pressé et rejoindre son fils en Allemagne, laissant le pape à la merci des Romains.

Franco jugea que son heure était arrivée : en avril 984, il revint de Constantinople, se saisit de Jean XIV, le jeta au château Saint- Ange et le malheureux périt quatre mois plus tard, de faim ou autrement. Boniface VII

n'avait pas cessé de se considérer comme pape légitime. Il comptait ses années depuis la déposition de Benoît VI en juin 974. Rome l'endura plus d'un an; il mourut subitement, en juillet 985. Sa mort fut le signal d'une réaction passagère; on outragea son cadavre, on le traîna par la ville, et finalement on le jeta tout nu devant le <( cheval de Constantin ».

Lui aussi avait enterré son soutien, Crescentius, qui l'avait élevé en 974 au trône pontifical et dont la main se discerne dans la restauration de 984. Crescentius, aussitôt Boniface réinstallé, mourut et fut enterré à Saint- Alexis; on peut y voir encore son épitaphe i. Mais il laissait un fils appelé aussi Crescentius, qui prit hardiment l'autorité, avec la qualification renouvelée de patricius Romanorum. Il n'était plus possible dç songer à une indépendance complète. L'empereur était un enfant,

1. Il mourut sous l'habit monacal et dota richement le monastère. Son épilaphe le recommande aux prières :

Ut tandem scelerum veniavi mereatiir habere.

Sa conscience, en effet, devait être assez chargée. Franco et lui, en collaboration, avaient renversé et fait assassiner deux papes.

mais l'empire était solide; il n'eût pas été sage de le heurter trop durement. Crescentius, en se parant du titre de patrice, semblait se présenter comme une sorte de lieutenant, de gérant provisoire pendant la vacance du trône. Son nom figure, sur certains actes, à côté de celui du pape; on ne peut rien dire des monnaies, car on n'en a pas de ce temps.

11 est plus que probable que Jean XV, qui succéda à Boniface VII, dut sa promotion à la faveur de Crescentius. Mais cette période de l'histoire pontificale est particulièrement obscure. L'impératrice Théophano reparut à Rome à la fm de l'année 989 et se conduisit en souveraine. Les chartes datent par ses années d'empire et lui donnent même parfois le titre masculin d'empereur. Comme il n'est pas question d'opposition, il y a lieu de croire qu'elle s'entendit avec Crescentius et ne lui contesta pas son patriciat.

. Jean XV continuait d'occuper le trône pontifical aussi obscurément que les papes de Marozie et d'Albéric. Cependant le jeune roi de Germanie grandissait; quand il eut atteint sa majorité, en 996, il se décida à venir en Italie, où l'appelaient bien des vœux. Le pape lui-

même, qui commençait à se lasser de Crescentius, l'avait invité à se transporter à Rome. Il n'eut pas toutefois la satisfaction de l'y accueillir, car il mourut au commencement d'avril 996. Otton III était à Pavie quand on lui annonça la mort de Jean X\\

Crescentius n'osa pas disposer du siège vacant. Une ambassade solennelle fut envoyée à Otton pour le prier de s'en charger. Elle le rejoignit à Ravenne. Otton III avait alors seize ans à peine. Dans son entourage se trouvait un de ses cousins, Bruno, fils du duc de, Carinthie, un jeune homme de vingt-trois ans. Bruno était clerc : Otton et ses conseillers le choisirent. Il fut aussitôt envoyé à Rome et consacré, le 3 mai, sous le nom de Grégoire V; puis, le 21 du même mois, il procéda au sacre impérial de son cousin. Ce n'était pas la première fois que l'on voyait un pape trop jeune, mais c'était la première fois que la cour germanique imposait à Rome un pape d'origine transalpine. Après Grégoire V vint Silvestre II; de sorte que, par la grâce d'Otton III, le siège apostolique fut occupé successivement par le premier des papes allemands et par le premier des papes français.

L'arrivée d'Otton était une défaite pour Crescentius; le patrice dut rendre compte devant le tribunal de l'empereur de beaucoup, d'usurpations et de méfaits. Son procès se termina par une sentence d'exil, dont cependant Grégoire V, bien mal inspiré, empêcha l'exécution.

Trois mois après le départ de l'empereur, alors que celui-ci venait à peine de repasser les Alpes, une révolte éclata contre le pape allemand. Il y avait peut-être de sa faute : un écrivain contemporain, Jean Caneparius i, dit qu'il était miiltum leriidœ iuventutis. Mais il est clair que le vieux levain national n'avait pas tardé à fermenter. Crescentius, bien entendu, conduisait le mouvement. Grégoire V s'enfuit en petit équipage. L'empereur avait à ce moment sur les bras une guerre avec les Slaves : il fallut attendre un temps plus favorable et se contenter d'abord de lancer des anathèmes contre le rebelle. On le fit, avec beaucoup de solennité, mais de loin, dans un concile tenu à Pavie en février 997.

Aux excommunications de Grégoire V, Ores-

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