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Lettres de Grégoire III à Charles-Martel

un artifice orafoirc. C'est bien ainsi que le pape devait parler à son monde. Il en avait sûrement le droit. Au iond, c'est bien ainsi que les Romains eux-mêmes l'entendaient. Ils sentaient bien (|ue, dans les crises qui se préparaient, ils avaient plus à attendre du pape et de saint Pierre que du lointain et peu sympathique empire de Constantinople.

Avec celui-ci, les rappoi'ts étaient redevenus pacifiques. Les violences qui avaient signalé le début de la querelle des images (726-732) déterminèrent une série de ruptures dont les effets, se compensant les uns les autres, finirent par aboutir à une sorte d'équilibre. On avait résisté aux décrets de l'empereur et renvoyé ses fonctionnaires : son autorité n'était plus que nominale: mais il y gagnait de n'avoir plus d'affaires désagréables, n'en ayant plus du tout. Il avait dû renoncer au concours du pape pour ses projets de réforme religieuse; mais il lui avait confisqué ses patrimoines de Sicile, et c'était une ressource appréciable pour son trésor. Le mariage, en somme, n'était pas rompu, mais il y avait séparation de corps, et la paix y gagnait.

On se faisait même des politesses. Le pape Zacharie, élu peu après l'avènement de Constantin V, lui envoya des nonces [apocrisiarii) avec des lettres, tant })0ur lui que pour l'église de Constantinople. Ce message ne fut pas intercepté comme ceux de Grégoire III, mais les nonces tombèrent au milieu d'une révolution. La place de Constantin V, héritier légitime de l'iconoclaste Léon et iconoclaste lui-même, était occupée par un compétiteur orthodoxe, Artavasde. Mais Constantin tenaft la campagne; il ne tarda pas à assiéger Artavasde dans sa capitale : il était à prévou^ qu'il reprendrait le dessus. La situation était bien délicate pour les envoyés pontificaux. Le fils de l'Isaurien reprit Constantinople ^. Quand il se fut réinstallé, les nonces se présentèrent à lui et en furent bien traités. Le pape avait exprimé le désir que, puisqu'on ne lui rendait pas ses patrimoines de Sicile, on lui accordât au moins deux domaines situés auprès de Rome, ceux de Norma et de Ninfa. L^empereur y consentit, et les légats rapportèrent une donation en règle.

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