‹ Les prétendusChapitre 3 sur 30 · HISTOIRE DE FAMILLE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE FAMILLE

M. Ménier était fils d'un ancien intendant du vicomte de Perdignan, l'un des plus pauvres gentilshommes de l'Auvergne. Voici comme quoi M. Ménier père était l'intendant de ce M. de Perdignan. Le noble et pauvre ncomte avait gardé de la fortune de ses ancêtres une maison située à peu de distance de son château. Cette maison était depuis plus de cent ans la demeure des intendants des Perdignan, et les Ménier étaient, depuis un siècle, ces intendants de père en fils. Le dernier Ménier intendant y était né, et n'avait reçu de son père que quelques milliers d'écus personnels et la gestion de la fortune délabrée des Perdignan, que sa probité n'avait pu défendre contre les folles dépenses de son maître. En cette circonstance, l'héritier de l'intendant fidèle proposa à l'héritier ruiné des Perdignan de lui louer sa maison et de rester chargé de ses affaires, qu'il promettait de rétablir. Ledit Perdignan y consentit , et avec une douzaine de mille livres de rentes et un seul domestique, il conserva de cette façon un intendant comme s'il eût possédé une fortune princière. •

Sur ces entrefaites la Révolution arriva, le vicomte de Perdignan émigra, et ce qui lui restait de biens fut vendu et racheté par Ménier, l'intendant gratis. Mais celui-ci était un ho^qif "ntelhf«ut,; /'■■<;e jeta dans les grandes entreprises,

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amassa quelques capitaux; en 1795 il ^pou^a une fille de manufîi'Murier, avec la dot de laquelle il étendit ses opérations, 4uil dirigea si bien, qu'en 1814 il posséd;iit une des plus grosses fortunes de la France. Il avait alors un fds, qui est le Ménier pécheur que nous avons présenté à nos lecteurs au commencement du premier cliapitre, et qui était alors un gros garçon de dix-huit ans, d'un esprit doux et réservé, incapable d'augmenter la fortune de son père par d'habiles entreprises, mais également incapable de la diminuer par de folles dépenses ; en outre de ce fils, M. Ménier devint ]'ère, en 1815, d'une fille, qui devint la marquise d'Houd;ù;ies, qui est aussi un des personnages de ce récit. Voici comment cela arriva :

M, de Perdignan rentra de l'émigration avec un fils et une fille, et pour toute ressource une charge de gentilhomme de /a chambre. M. Ménier voulut restituer à son ancien maître les terres qu'il avait achetées ; mais le noble vicomte refusa, et, par une singulière contradiction, il consentit â empr'mter de l'argent à M. Ménier en attendant, pour le lui rta;îre, la grande réparation que le roi devait nécessairement accorder aux gentilshommes qui s'étaient ruinés pour lui. Celte réparation arriva: ce fut le fameux milliard d'indenmité; mais la part de M. de Perdignan y fut malheureusement restreinte à ses droits réels, si bien qu'il devait plus qu'il lic recevait. Cependant Edouard Ménier était devenu un homme d« trente ans, etmademûiscHe Claire de Perdignim avait aKeint «a vingtième année. Elle se persuada qu'il était convenable et noble de payer de sa personne les dettes paternelle.--, elle laissa comprendre à Edouard Ménier que sa bonhomie, son esprit, sa probité la feraient passer sans trop de déplai^•ir pardessus son air lourd, sa tournure gauche et surtout so'i horrible nom de Ménier. Edouard le crut, et le fils de l'int'.'udant apporta cent mille francs de rentes à la fille de son siiscien maître.' Voilà du moms comme les choses se passomif en apparence: on était alors en 1826.

Nous avons dit cependant que M. de Perdignan étuU rentré avec un fils et une fille. Ce fils, de beaucoup plus â-u* que sa sœur, était entré dans les gardes du corps et s'était marié en 1819 avec une bonne et aimable femme, pauvre roîume iui, mais lière et noble comme lui ; au moment de partir

poî.-rlii giwrre c1'E^|).i.,mio, iiotro oUki'iv ileviut pure iVun !ils qu'il ne devait plus revoir, car ce Perdignan fut assassin^'" tUi foirl d'une Iraie dans celte promenade militaire oiiper»- !:!C' ne fut lu'j. La mère de Victor, car cet enfant est le Vi/ .r qui venait d'arriver en tilbury chez son oncle Ménier, ne -revécut pas longtemps à son mari, et l'enfant demeura c;ure les mairis\l!i vieux vicomte de Perdignan, qui lui laisPi en 1828 son litre tie pair de France et ses douze mille franc.-^ de rente. Ces douze mille francs, administrés par son oncle Ménier, avaient produit un revenu de vingt-cinq mille fraocs en 1840, sans (jue le jeune homme se doutât de la générosité d'un homme qu'il n'aimait que de cette affection nécesi^idre que les pupilles ont pour les tuteurs.

Le jeune Victor était Perdignan jusqu'à la moelle des os; il trouvait sa jolie tante horriblement malheureuse de s'appeler madame Ménier, et comme elle le considérait comme l'héritier probable de l'immense fortune de son mari, et q-i'elle le gâtait en conséquence, Victor avait pour sa tante un culte qui le rendait moins aimable pour son oncle et son bienfaiteur. Mais cette espèce d'ingratitude n'avait jamais pu lasser la bonté patiente d-i M. Ménier. Le bonhomme avait découvert les excellentes qualités de ce jeune homme sous la mauvaise écorce d'une éducation mal dirigée, et il attendait sans le presser, mais en le surveillant, l'instant en son contact avec la vie réelle apprendrait à Victor où sont la véritable grandeur et la sincère noblesse.

• Mais nous avons encore une histoire à raconter, c'est celle de 11 marquise d'Houdaiiles : c'était la petite Ménier qui venait de naître à l'époque de la rentrée des Bourbons ; elle fut élevée dans un pensionnat et y demeura jusqu'en 1830, époque cù son père (qui vivait encore, et dont sa belle-tille Claire Ménier étiit devenue l'idole en lui faisant faire toutes ses volonté?) la donna en mariage, après deux mois de séjour dans sa maison, à M. le marquis d'Houdaiiles, vieillard fort riche, foit noble et très-bon, qui emmena sa jeane épouse en Auvergne, où il mourut en 1839. Madame d'Houdaiiles voulut passer le temps de son deuil en province et ne consentit à venir s'établir chez son frère que lorsque ce deuil eut épuisé toutes les teintes, depuis le noir absolu jusqu'au gris le plus clair.

12 LES PUÉTENDUS.

Voici donc tous nos personnages connus , quant à leui posi !ion et à leurs titres -, les voilà tels quelle monde les raconlait; mais on pourrait peut-être mieux les connaître encore en se demandant pourquoi madame Ménier s'étuii eu 1830 si activement occupée à pourvoir sa belle-sœur, et pourquoi cette matrimoniomanie la reprenait avec uue nouvelle activité du jour que Clara reparaissait chez elle.

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