‹ Les Prêts sur l'honneurChapitre 9 sur 45 · II. — Œuvres philanthropiques · texte numérisé non relu

II. — Œuvres philanthropiques

1. — Les institutions philanthropiques, qui ont organisé le prêt sur l'honneur, sont, en Allemagne, assez nombreuses. En dresser le tableau général est malheureusement chose impossible, faute de statistique d'ensemble. Mais du moins peut-on se faire une idée de l'importance du mouvement par la lecture des « Manuels de la Bienfaisance », très complets et fort bien ordonnés, qui ont été publiés pour certaines

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grandes villes, notamment pour Berlin, Hambourg, Brème, Francfort-s/-Mein. etc., (1) Le Manuel de Berlin, par exemple, cite 28 œuvres pratiquant le prêt sur l'honneur. Celui de Hambourg en mentionne 22. Presque toutes les grandes villes, d'ailleurs, comptent aujourd'hui des institutions de cette nature, et, comme nous l'avons dit plus haut, la tendance actuelle de la bienfaisance allemande est même de substituer le plus possible les organisations de prêts àl'assistance purement charitable.

2. — Les institutions de prêts sur l'honneur peuvent se classer en trois catégories : les Fondations rattachées à l'administration de l'Assistance pubhque, les Fondations ayant une administration privée, et les Associations de bienfaisance et d'assistance.

Les Fondations rattachées à l'administration de l'Assistance pubhque ne sont pas les plus nombreuses des organisations pratiquant le prêt d'honneur, mais elles comptent parmi les plus riches, et, pour certaines d'entre elles, parmi les plus anciennes. La « Fondation Frédéric- Guillaume pour travailleurs laborieux » Fi^iedrich- Wilhelm Anstalt fur Arbeitsame)^ à Berlin,

(1) Die Wohlfahrtseinrichfungen von Gross-Berlin, 4^ édit., 1 vol., Berlin, Springer, 1910. — Handbuch der Wohltdtigkeit in Eamburg, 2® édit., 1 voL, Hambourg, Grafe, 1909.

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par exemple, doit soq origine à un don de 40.000 thalers fait en 1840 par l'Impératrice Alexandra de Russie, et possède aujourd'hui un capital de plus de 600.000 marks. A Hambourg, le « Fonds spécial de l'Institut général pour les pauvres » [Specialfoiids der allgemeinen Armenamtalt) date de 1878 ; il a été constitué sur décision prise par le bureau de l'Assistance aux pauvres « en vue de procurer aux personnes éprouvées le moyen de se reconstituer une existence indépendante et de leur éviter de tomber à la charge de l'Assistance publique » ; par suite de dons et de legs successifs, il dispose actuellement d'un capital de 1.943.000 marks. Ces Fondations constituent des services municipaux. Elles sont administrées : celle de Berlin par le Magistrat de la ville, celle de Hambourg par un Conseil ayant comme président un membre du Sénat hambourgeois.

Ces exemples ont trouvé ailleurs des imitateurs. A Brunswick notamment, un riche citoyen, le D"" Max Jiidel, décédé en septembre

1910, a légué à la Ville une somme de six millions de marks pour être employée en une Fondation qui, entre autres buts, affecterait le tiers du legs à des prêts gratuits en faveur de commerçants, d'artisans, de fonctionnaires ou de personnes du sexe féminin (1).

(1) Cité par la Zeitschrift fur das Armenweserif année

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Les Fondations de caractère privé et les Associations de bienfaisance constituent la naajorité des institutions philanthropiques ayant organisé le prêt d'honneur. Beaucoup d'entre elles sont dues à des initiatives israélitesetréservent leurs services aux personnes de cette confession ; ce ne sont pas, en général, les moins bien organisées. D'autres, comme la « Caisse de secours de l'Association des négociants et industriels berlinois » {IJnterstûtzungskasse des Vereins der Berliner Kaiifleute und InduUrieller), ont un caractère professionnel et n'accordent de secours qu'aux membres de la profession ou seulement même de l'association. D'autres enfin sont spéciales, dans la ville oii elles fonctionnent, aux ressortissants de telle ou telle région de l'Empire : c'est ainsi qu'on rencontre à Berlin des associations de secours et prêts pour les Silésiens, pour les Poméraniens, pour les personnes originaires de Lissa, de Posen, etc..

Les conditions sous lesquelles ces diverses organisations consentent les prêts, sont très variables de l'une à l'autre. Tantôt les prêts sont gratuits, tantôt ils sont productifs d'un intérêt de 3 à 4 0/0 ; cette dernière pratique est celle des caisses Israélites surtout. Le plus souventles prêts sont consentis sur la simple signature de l'emprunteur ; mais parfois aussi on exige la présentation d'une caution qui, d'ailleurs, n'intervient généralement que comme facteur de garantie

morale. Enfin, si ces prêts sont, dans la majorité des cas, des prêts de consommation destinés à soulager des infortunes accidentelles, iln*estpas rare non plus de rencontrer des prêts modestes de production consentis à de petits artisans.

3. — Ces différents aspects des organisations allemandes philanthropiques de prêts sur l'honneur se retrouveront plus loin dans les descriptions monographiques, que nous présenterons de quelques unes d'entre elles. Mais nous ne voudrions pas terminer noire exposé, sans tenter de donner une impression suffisante des serfices que rendent ces institutions, et puisque l'absence de statistique générale ne permet pas une vue d'ensemble sur la matière, nous nous bornerons à dresser le tableau suivant (voir pages 60, 61) des organisations, dont nous avons pu connaître le développement.

Quelque incomplet que soit ce tableau, nous pouvons néanmoins en tirer certaines conclusions.

Il nous permet, en premier heu, de constater que la grande majorité des organisations philanthropiques de prêts sur l'honneur relevées consent gratuitement ces prêts : cinq institutions seulement perçoivent un intérêt, et encore deux de celles-ci ne prélèvent-elles qu'un intérêt de faveur inférieur à 3 0/0.

Nous voyons, en second lieu, que les œuvres exigeant une caution et celles ne la demandant

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pas sont en nombre à peu près égal : 6 n'en réclament pas ; 5 en font toujours une condition du prêt ; 7 ne l'exigent que dans les cas où cette précaution est nécessaire ou lorsqu'il s'agit de prêts dépassant une certaine somme.

Enfin, ce relevé nous montre que les prêts sur l'honneur constituent en somme, au moins dans les trois villes citées, un appoint appréciable au soulagement de la misère. Certaines institutions, telles que la Caisse de prêts pour les membres nécessiteux de la communauté Israélite de Berlin^ ou \ Associatio7i pour com battre le paupérisme à Berlin, ou encore l'Union d' assistance pour la Haute Bavière à Miinich, témoignent même d'une réelle activité à cet égard. Sans doute, les sommes ainsi prêtées paraissent peu de chose par rapport aux capitaux considérables, dont disposent les œuvres mentionnées. Mais il ne faut pas oublier qu'elles pratiquent à la fois l'assistance par le prêt et l'assistance caritative, et que malheureusement le plus grand nombre des infortunes à soulager ne peut s'accommoder que de ce dernier moyen.

Quoi qu'il en soit, les exemples de Berlin, de Hambourg et de Munich nous permettent de nous faire une idée de la place que tiennent les institutions de prêts sur Thonneur dans une grande ville allemande. Les autres principales villes de l'Empire nous donneraient certainement, à des degrés divers, des impressions semblables.

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