CHAPITRE XII
ÎIEPERCUSSIQ^S
« Il faut avouer que le patron a mal choisi son moment pour aller passer quelques jours en Savoie, dit un des employés de ^^ortier en relevant le nez. — Jamais il n'est arrivé autant d'affaires aussi compliquées et aussi bizarres. »
Laurent Caltet, à peine remis de sa blessure, travaillait à la table à côté. Il pensait comme son voisin, mais répondit sèchement : « Lq patron sait ce qu'il fait. Nous n'avons qu'à remplir ses instructions. Tout se débrouillera à son retour. »
Ces paroles s'échangeaient dans les bureaux du boulevard Ilaussmann, où aboutissaient tous les rouages de l'énorme machine commerciale, industrielle et financière. Une dizaine de scribes s'occu-
LES HUMAIRES Wi
paient là dix heures par jour smis les ordres des secrétaires particiitiers. Les combinaisons du roi du eâfé et du caoutchouc étaient telles qu'aucun autre que lui ne les possédait dans leur ensemble. Elles étnipnt pareilles à un jeu de patience aux pièces dispersées formant une figure connue de lui sent.
A ce moment la porte s^ouvrit oL un liomrae livide aux petites moustaclics blondes, vêtu avec une grande recherche, apparut. C'était le banquier Oscar Malus, un des principaux ngents de Nortier. Sans parler il remit à Laurent la dépêche qu'il venait de recevoir : « SUuation désespérée. Vendez ferme, »
Tous deux se regardèrent avec épouvante.
« Mais êtes-vous le seul? » demanda Laurent.
Malus bas, avec effort, articula : « Les frères Leridde, la maison Steplien ont le même avertissement, venu du même endroit... Vulmis... Savoie... Ils sont, en route. »
Les gens du bureau épiaient ce dialogue du coin de l'œil et devinaient quelque chose de grave, d'anormal. Après s'être concerté avec ses collègues, Laurent engagea Oscar Malus à l'accompagner à l'hôtel Norlier, où l'on aurait peut-être un renseignement. Comme ils sortaient, ils rencontrèrent Jérôme Leridde, vieillard essoufflé qui se joignit à eux. Du boulevard Ilaussmann au faubourg Saint- Honoré, ils n'échangèrent pas six paroles. Mais