ES
PlUMAmKS
Bernard répliqua :
l'ai prévenu
Maionnay
qu'il
ail à
me
che relier
un
successeur.
.. Ça Ta un peu
épaté.
Ce
n'est pas
rhtibilude qu'on renonce
ainsi
aux ronctîons de chef de cabinet adjoiiilj sans raison, par intransigeance..,
— Par honnêteté...
— Si vous voulez. Le vieux renard m'a fait toute sorte d'objections. 11 tient au fils à cause du père. Puis, quand il a vu ma froide décision, il m'a promis de me trouver un emploi indépendant... De nouvelles usines d'électricité sont en projet dans le département de la Drôme, dans l'Isère... J'aurai le choix... D'un autre côté, Jacob Iloungar s'occupe aussi de me caser. 11 a le bras long...
— Et la conscience courte... C'est bien le Iloungar du Prolétaire et des champagnes ?
— Lui-même... Ne froncez pas le sourcil, mon amazone. 11 faudra manger, cependant, quand nous se'rons en ménage. Ah ! — reprit-il avec un soupir involontaire, — nous ne devrons point trop compter sur l'aide des miens. Ce sera la rupture, j'en ai peur. Maman est si entêtée, père si faible et grand' mère... grand'mère!... »
11 se tut, préparant sa transition ; puis, comme Jeanne déjà en garde l'épiait, il préféra brûler ses vaisseaux :
€ Ma chérie, ma femme devant l'Humanité, ô vous qui m'avez choisi librement et qui êtes au-des-
SUS de toutes les conventions sociales, n'atlachezvous pas une Irop grande importance au fait dédire oui II ïîioïisicur Te maire? Ce iïcrait lellement plus commode, Réflechisséï. »
Elle éclata de rire : «ï Oui, mon ami, vous voilà déchargé d*uii ^ros poids. Avouez que depuis que vous êtes ici vous ne pensez qu'à cette incidente... »
Puis, s'adossant à sa petite table et jouant avec son coupe-papier comme avec une férule :
« Lorsque vous m'avez demandée en mariage, Bernard, j'ai posé mes conditions d^avance : Union libre, démission... Je n'ai pas changé d'avis, moi. Au lieu qu'on vous a influencé et que vous cherchez à revenir sur votre parole. Ne niez pas. Vous étiez enthousiaste. Je vous entends encore : Cest à nous de donner Vexemple, Il est honteux de s'arrêter à mi-chemin dans V application des principes,,. Oh ! j'ai bonne mémoire...
— Que vous êtes rigide !...
— C'est ma fierté...
Des coups secs frappés à la porte interrompirent ce gênant dialogue. Jeanne avait reconnu le visiteur et cria joyeusement : « Tu peux entrer. » Il restait de l'ironie dans sa voix claire.
— Bonjour, enfants, dit Marc Albigny. Puis s'adressant à Bernard qu'il tutoyait : c Je ne sais si ton père est déjà en bas. J'ai entendu plusieurs fois tinter la sonnette. On a ordre de faire attendre au
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salon. Mais je ce me mon Ire pas. Eu ces sortes de conciliabules, où Fou débat des prû^ramines de cérémonies, je m'arrange poui' arriver Loiijours le dernier. Comme cela les décisions sont prises et jen'ai plus qu'à approuver, qu'à contresigner. »
Le révolutionnaire s'assit brusquement. 11 avait une longue figure osseuse, les mêmes yeux que sa fille, un peu divergents, un front très élevé. Sa bouche et ses cheveux plats mêlaient le blanc au noir sans grisonner. Des rides pareilles à dès cicatrices tournaient sa physionomie au sarcasme. Un tic de la lèvre et du nez trahissait en lui le grand nerveux. Il était plongé dans une redingote noire trop large pour sa maigreur, comme un ouvrier endimanché.
— Quelle est l'utilité de ces Fêtes Humanitaires? demanda Jeanne qui avait les mis deux mains sur les épaules pointues de son père. Bernard était un peu jaloux de cette tendresse filiale.
Albigny ricana : « Nous éprouvons le besoin périodique de refaire l'unité de notre pauvre parti. 0' en a tellement besoin. De Fagnies, impérialiste masqué, à François Salvian, opportuniste rouge, nous avons toutes les nuances, tous les contrastes. Dès qu'on cesse de manger du curé, on ne s'entend plus. Si les réactionnaires étaient malins, ils se retireraient de la lutte, nous laisseraient nous entredévorer. Mais ils préfèrent nous combattre, c'est-à-
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dire nous renforcerj puisque nom «sommes une troupe conquérante. )>
H parlait en articulant, séparant les membres de phrase. Son éloquence était a Toppose de celle de Salvian, mcLhodique, dure, ?ans envolées : un couperet. Ses ennemis rappelaient : le rogiieur d'ailes. Bien que son érudition lut colossale, il avait du mal à écrire, et sis [»etils articles raillouteu^;, insérés tantôt dans les feuilles de chou de l'anarchie, tantôt dans VAtibe socialiste, n'avaient aucun succès. Son action exigeait la présence réelle.
Bernard essayait de sourire, bien que Thostilité latente de son beau-père envers son père lui fût infiniment désagréable. Elle aggravait les mauvaises dispositions de Jeanne.
Albigny reprit : « Et puis ces réunions à grand tapage sont une aubaine pour notre presse. Le loyal Gageron voit monter le tirage de son papier. Houngar écoule son Prolétaire,,, je ne te chagrine pas, hein, garçon? Tu connais aussi bien que moi la boutique. »
N'ayant jamais pu réunir les capitaux nécessaires à la fondation d'un journal,- ce misanthrope gardait rancune aux plus heureux que lui.
On parla de l'avenir. Marc approuvait sa fille de se passer des « simagrées ». Sans être précisément avare, il tenait à ses petites rentes, garantie de son indépendance. « Il préfère l'union libre... de
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tout contrat &, disait celte gale de GagerorK Le ma* riage de Marie et de Laurent fut de nouvÉiaii sévèrement jugé : « Ça va fain* un elTet déploraLIe. Le peuple n'y comprendra rien... »
— Ah! vous voyez, » murmura Jeanne triomphante.
Bernard écarta les bras : « Qu'y puis-je? Ils s'aiment. La liberté vaut pour tout le monde. >
Albigny protestait aigrement. En épousant un militaire fanatique, Marie passait au camp adverse. Cette union scandaleuse était l'œuvre de Mme Haussoir, une rouée qui complotait avec les pires ennemis du régime et qu'on laissait par faiblesse manœuvrer impunément :
ce ... Ses fondations prétendues charitables sont tout ce qu'il y a de plus illégal. Plus courageux, plus partisan que Salvian, Sambuc l'a démontré avant-hier au Sénat. Certes ce père conscrit est une fripouille, mais pour ce discours-là je lui rends... momentanément... mon estime. 11 a bravé les foudres de Nortier, le protecteur de Mme llaussoir. Je le connais, Nortier, mon frère de lait. Je sais ce dont il est capable. Et comme la hardiesse est toujours récompensée... les accusations de chantage, peut-être justifiées, que l'on portait contre Sambuc, ont passé comme une lettre à la poste... C'est le cas de le dire... »
Content de sa plaisanterie, le révolutionnaire
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montra des dcnls abîmées dans un soiirire dooloiireux. Ni sa fille, ni son gendre ne lui donnaient la réplique. Leurs deux pensées se rejoignaient ailleurs.
Il s'en aperçut et se leva avec peine : « On sonne, on sonne. II Tant pourtant que je descende recevoir les organisateurs de cette machine, à
Rnlre ses doîgls iierveiis il prit les mains des amoureux. Son regard fébrile s*attendrit :
« Eh bien, mes petits, quand vous unissezvous"!.,, » Il insistait sur le terme.
— Dès que Bernard aura une place... puisqu'il quitte le ministère.
— Tu as raison, dit Marc au jeune homme. Je n'aurais pas aimé avoir un fonctionnaire pour gendre... Mais hàte-toi, si tu souhaites ma bénédiction paternelle. Car, saperlipopette, ça ne va guère en ce moment. Non... Merci... je ne veux pas qu'on me donne le bras. Ça serait une mauvaise habitude à prendre. »
Il disparut, de sa démarche raide, laissant derrière lui, comme partout où il passait, une atmosphère de mélancolie et de malaise. Ses souffrances, son inutile talent, ses colères, ses espérances mortes lui faisaient un angoissant cortège. Dès qu'il apparaissait dans une réunion publique avec sa tête d'apôtre du Diable et ses arguments incisifs, les ouvriers avaient presque peur. Des gens le haïssaient sans savoir pourquoi. D'autres se seraient fait fusiller
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pour loi* Il semblait compose de plusieurs personuagcs, les uns .'^ympatliiciiics, les autres antipathiques, qui exerçaient leur action sépartiment.
Quanti il entra dans son salon, pareil fi celui d'un dentiste peu fortuné, une douzaine de personnes assemblées parlaient toutes à la fois, discutaient, riaient, fumaient. A l'aVrivée du chef, il se fit un silence. Chacun s'avança poiir lui serrer la main. 11 répétait, sans nuancer, ce seul mot « bonjour », étant peu familier et n'aimant pas le faux empressement. C'est ainsi qu'il accueillit les frères Touve, René Popiolle, le nègre Fabricius Corat et sa maîtresse Maria Poinçon, ex-beauté à tête molle et flasque, le bohème Gendrart, brandissant son éternelle pipe, l'obséquieux Martin Matonnay, Nestor Gageron, directeur de VAiibe socialiste, et François Salvian. Il daigna féliciter Sambuc pour son discours contre Mme Haussoir. Le sénateur, devint rouge de plaisir, et son collègue et rival Giffare qui le suivait blêmit, la haine de ces deux hommes étant inexpiable. Albigny dit encore quelques mots à l'oreille de l'historien et ancien ministre Léon Caussade, lequel arrangeait la Révolution de 17U;3 au goût du jour et faisait d'elle le véritable point de départ de l'humanité régénérée.
Tout à coup un petit homme grisonnant, barbu, chevelu, en proie à une étrange exaltation, écarta ceux qui lui barraient le chemin et criant : « Marc,
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mon vieux Marc >, se jeta au cou du maître de maison. Celait Guillaume Horteu?ï, le philosophe du matérialisme, l'auteur de I* Univers san$ miradesy qui chérissait Albiguy et le lui témoignait intempestivement. ïl y eut des sourires.
« Mes clier^î camarades, dit Albigny, je pense que vous vous êtes mis d'accord sur le programme des Fêtes. La date demeure fixée au deuxième dimanche d'août, n'est-ce pas?
— Oui, oui, répétèrent plusieurs voix.
— Mon secrétaire va dresser la liste de vos intéressantes propositions.
Pierre Mague, plus livide et maigre que jamais, s'assit devant une petite table et s'apprêta à prendre des notes. Avec la perspicacité des jaloux il avait vu dans l'antichambre le chapeau de Bernard Salvian et il se doutait que le jeune homme était à l'étage supérieur, près de Jeanne. De sorte qu'il dirigeait sur Salvian père des regards sans aménité, lui souhaitant le déshonneur et la mort.
Léon Gaussade, docte, grave, son lorgnon à la main, expliqua l'ordre et la marche. G'était un de ces ternes qui font la République grisâtre, mais qui jouent dans les loges un rôle important. Anticlérical fanatique, il n'en laissait rien voir et donnait aux conservateurs l'illusion de l'impartialité. 11 semblait d'ailleurs qu'il eût un masque sur la figure et de l'étoupe dans le larynx. A la façon dont il s'arrêta
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pour laisser sonner la pendule on reconnut le conférencker.
Il développa en quelques mots Turgcnee de ces Fêtes HainaniLaires réclamées par tous les bons esprits. « Allêndii qne^ sms divers noms^ hs participanls aux bienfaits de la vie ont toujours adoré le Soleil, seul Dieu incontestable, qui propage en tous lieux la joie et la raison,.. On reconnaissait à Gaussade ce défaut qu'il abusait, comme tous ses pareils, des métaphores et multipliait périlleusefment les incidentes. Pendant ce début Mague bâillait, les invités s'étaient assis tant bien que mal sur les chaises, fauteuils et tabourets qui ornaient rintérieur bourgeois.
Bientôt l'orateur arriva au vif de son sujet. Les projets de divertissements, nombreux et pittoresques, comprenaient : un défilé des représentants des Amicales suivis d'élèves des écoles et de leurs parents, les uns et les autres chantant V Internationale « qui tèmoicjne, mieux que la Marseillaise, de nos véritables aspirations, »
— Aux voix, interrompit Albigny... A mains levées... Adopté.
Giffare demanda : « Devrons-nous, pour la circonstance, revêtir nos insignes maçonniques? »
On fut d'avis que non. Cet étalage de ferblanterie et de rubans risquerait de choquer le sentiment égalitaire de la foule. .Léon Caussade laissa
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échapper cet aveu : a II esL iuiiLile de se dislînguer extcrieurement des nu très >, puis coûtlnua par les idées des frères Touve, , .
Louis avait composé une cantate qu'étudiaient depuis uu mois cent choristes. Gaston préparait trois grands groupe,s de cartons représentant la lin du prêtre, la fin du juge, la fin du soldat. Au pied de chaque groupe seront déclamés des pièces de vers et des morceaux de, circonstance, La citoyenne Maria Poinçon, ici présente, s^ est chargée du recrutement des artistes.
Des applaudissements éclatèrent. La citoyenne Poinçon s'inclina, puis, d'une toute petite voix qui contrastait avec sa corpulence, déclara : « La grande tragédienne italienne Vindiera, qui ne séjourne que rarement à Paris, nous a promis son gracieux concours. Elle déclamera une ode à Galilée du maître aimé Guillaume Horteux... »
— Une ode à la paix — rectifia Horteux, qui désirait soumettre sa prose héroïque à l'appréciation immédiate des organisateurs. Déjà il sortait de sa poche un épais rouleau. On eut grand'peine à lui faire comprendre qu'on avait confiance en son génie, qu'on préférait la surprise. L'admiration pour lui n'allait pas jusqu'à écouter deux fois ses chefsd'œuvre, qu'il essayait six ou sept jours de suite sur sa sœur Félicité, sur ses amis et tous ceux qu'il renconlrait. *
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Kxïlin il lut question d'iiu cuti on cônvèrl. de Heurs que prouièaej'tueiU ileî? enfitnls, (Tiin mystr-re « liumain et fraternel » de René Popiolle représenté au bénéfice de la caisse de secours des loges, d'un cortège « de la Santé et de la Joie », d'un a Buffet tenu par VAube socialiste et le Prolétaire réunis ».
— Pas de réclame... dit nerveusement Albigny de sa place.
MaisGageron protesta. C'était un gros garçon au visage réjoui, à la voix grasse, un débrouillard qui avait fait de la misère, aimait les bonnes choses et ne s'en cachait pas. vSon journal lui rapportait cent mille francs par an, sans compter les tours de bâton. Il cria en riant: « Vous voulez nous mettre sur la paille. Chacun de nos administrateurs verse dix mille francs pour la fête, n'est-ce pas, Salvian? Il faut bien que nous nous rattrapions. »
Salvian gêné se tut. Mais la remarque parut trop juste et l'on autorisa le buffet.
Restait l'attribution des discours. On convint que Gageron, Albigny et Salvian parleraient, celuici en dernier comme le plus éloquent et le plus capable d'entraîner les cœurs. 11 tiendrait un langage résolument paciliste, internationaliste, antireligieux, qui effacerait la mauvaise impression de ses faiblesses récentes pour l'adversaire. Martin Matonnay, au nom de son père, se portait garant que le Gouvernement ne désavouerait aucun orateur et donnerait à la
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journée, par sapariicipation indirecte, un caractère quasi oiïicieL
— C'est j^eul'êLre imprudent, — fjL remarquer S(^lvian en appoyant sur les mot*. — H y ^ ^"^ jourd^hui une note de l'agence Havas d'une tournure singulière où il semble que TAUemagne prenne encore une fois la mouche à propos des affaires de Chine\ Si les choses s'aggravaient, il ne faudrait pas que le ministère fût lié à nos manifestations de parti. »
Un murmure de désapprobation accueillit ce conseil :
— Salvian, déclara Sambuc, vous manquez d'entrain depuis quelque temps. L'été ne vous va pas, quoique vous soyez du Midi. Mais ne brisez pas l'admirable élan de nos troupes. D'abord les choses ne s'aggraveront point. Tout est au calme, à la sympathie même, entre nous et nos frères allemands. Ensuite c'est au moment de l'orage qu'il est, je crois, le plus utile de dresser les paratonnerres. Le pacifisme en est un. Ne raisonnons pas en palriotards. Notre attitude forcera le public à réfléchir. Deux grands peuples, prêts au socialisme, ne doivent pas se bouder pour la possession d'un champ de riz et (le quatre villages chinois. Que la France cède au besoin et donne l'exemple de la sagesse.
Albigny ricanant conclût à voix basse : « La leçon est bonne. » François Salvian entendit comme tout
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le monde. Désireux de conciliation, il ne voulait pas méconteoter son hôte et ïv insista point.
Quelques instants plus tani, à la faveur du brouhaha qui suivit la discussion générale, il s'approcha de Marc et lui glissa dans l'oreille :
« Nous serons alliés dans quelques semaines. Je m'en réjouis de tout mon cœur. Mais ne croyez-vous pas que ces enfants feraient mieux de se marier conformément à l'usage... je veux dire à la mairie — âjouta-t-il précipitamment. Toute leur existence peut se trouver gênée par un geste intempestif.
11 parlait debout, gras, conciliant, luisant de santé, penché sur son maigre interlocuteur qui l'écoutait assis avec un hargneux sourire et le coupa en pleine bonhomie :
« Mon cher, excusez ma franchise. Je ne suis pas un bourgeois. J'ai élevé ma fille dans mes idées. L'écharpe vaut le goupillon. Jeanne et Bernard se libèrent des préjugés même républicains. Je les approuve et trouve stupéfiant, oh! uniquement au point de vue politique, que vous ne les approuviez pas comme moi...
— C'est que, balbutia l'autre, ma pauvre femme...
— Mme Salvian se consolera avec, le mariage Caltet... > riposta l'impitoyable Marc...
Il était allé un peu loin, dans le débridement de sa joie féroce. Salvian supportait mal qu'on tou-
cliàl à Marie. 11 se redressa corama à la trihutif , qunnJ un outrage trop direct ratleignait et riposta d'un Ion sifflant; (f. ie ne connais pas le capitaine Callet. Je sais seulement que si ma fille Ta choisi, c'est qu*il est digne d'elle cL que, s*il tient à elle, il quittera l'armée.
— Ilfera bien... Gaussade, un petit renseignement... Vous prétendiez tout à l'heure... ? »
Albigny rompait l'entretien. « Goujat », grommela Sàlvian outré par ces manières méprisantes. Il souffrait d^êtte toujours dans une posture inférieure, malgré tant d'avantages, devant cet insupportable doctrinaire. Il entrevit la possibilité de secouer le joug tout de suite brutalement, d'envoyer promener le pontife, ses fêtes, sa maladie, de lui jetei' au nez la vérité sur sa bile recuite et ses idées racornies. Un peu plus tôt, un peu plus tard, ne faudrait-il pas se séparer de Bernard, renier ce fils absurde, pris au piège de l'intransigeance... G'était une des forces du tribun de savoir maîtriser sa colère. Il passa son humeur sur le boîtier de sa montre qu'il cassa d'un coup sec dans sa poche, puis se mêla aux groupes où l'on discutait maintenant les détails de la cérémonie.
De loin, Pierre Mague observait cette petite scène avec une satisfaction véritable. Il était sûr, cette fois, d'être vengé..