Enfin, on ne saurait dire exactement de la dou
1. En Jlaliu et dans le Midi do la France, fus instruments portèrent aussi le nom de sytnphonia, d'où les formes vulgaires zampogna (it.), fanfoyna (prov ), fanfoucjne (patois divers).
çaiiie (doulcine, dulciana) si elle était de la famille des grandes flûtes ou de celle des chalumeaux'. Cet instrument était fort grave; vers la fm du moyen âge on construisit des demi-douçaines.
LnSTRUMEINIS a vent, a UÉSOiNANCE NATURELLE. — 14.
Les plus anciens de ces instruments, de cuivre ou mieux de laiton forgé, ou de bronze fondu, le cor, la trompe, la biisine (buisine, buisnie), servaient déjà aux signaux militaires romains. Conservés par notre moyen âge, ils virent s'adjoindre les variétés de trompes connues sous les noms à'araine (trompe d'airain) et de ^?'a//e de petite taille. Uolijant était un petit cor taillé dans une défense d'éléphant d'où son nom; une autre espèce de tout petit cor était appelé moiniel ou moineau. Comme signal militaire, cesinstruments, à part le cor et la busine ou longue trompette droite, ne donnaient guère que des rythmes convenus, plutôt que des mélodies. Au combat chaque exécutant soufflait de manière à obtenir le son le plus horrifiant et le plus discordant. Toutefois, en dehors de ces cas, on sut de bonne heure moduler des airs sur la trompette et le cor, y compris les sons bouchés.
15. A partir du xiii* siècle, le cornés, la trompe petite, le cor sarrazinois sont employés comme instruments de musique proprement dits. Ils sont assez rapidement développés : le cornet l'est suflîsamment pour qu'en 1350 le roi d'Angleterre fasse « corner devant lui une danse », et que bientôt, on vantât et on goûtât les cornets d'Allemagne, qui apparaissent comme très
1. On trouve la nièmt; aiuphibulogie encore au .xvii» siècle dans les jeux d'orgues, où la dulciana est tantôt un jeu à bouche, tantôt une anche.
maniables et propres à une certaine virtuosité. Les si remarquables tapisseries de Saumur, qui reproduisent des épisodes du fameux Bal des Sauvages, où la raison de Charles VI fut si dramatiquement ébranlée, montrent plusieurs exécutants de divers chalemies et cornets ; ces derniers affectent une forme torse des plus curieuses, c'est déjà le « corno torto » de la Renaissance.
La trompette suit la même progression : les monuments figurés représentent souvent des trompettes de grande longueur, sonnant, par conséquent, beaucoup plus au grave que l'instrument usuel, et ayant une échelle plus étendue dans cette direction, ce que confirme l'examen des partitions : un tel instrument propre à un virtuose coûtait 7 francs en 1372.
Mais la trompette citée souvent à partir de cette époque comme instrument de ménestrandie était fréquemment ce qu'on nomma bientôt la trompette grave, ou « sacqueboute », c'est-à-dire un tube replié sur luimôme, et qu'on eut, un peu plus tard, l'idée de munir de branches mobiles : ce fut le « trombone à coulisse ».
Instruments a percussion. — 16. Longtemps on ne connut que le petit et primitif tambourin nommé anciennement symphoaia à cause des deux cordes sonores accordées sur sa peau, et pour lequel on préféra, au moyen âge, le terme de timbre, et même, chose assez énigmatique, celui de chorus ou c/ioron, si l'on ne se rappelait que, des une lointaine antiquité, le tambourin servait à mener la danse, choros. Le timbi'e était frappé d'une mailloche, et souvent on voit les jongleurs, au xiii" siëcle, le porter sur le dos, et actionner la mailloche d'un mouvement du coude, où elle était attachée. C'est
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aux armées orientales et égyptiennes que nos croisés empruntèrent les tambours proprement dits, tabors, les bedons qui étaient de grosse taille, et les nacaires ou timbales, dont les roulements effrayaient tant i os chevaliers. Les nacaires entrèrent rapidement dans l'orchestre ; les mêmes documents qui nous ont déjà renseignés portent « six francs » pour prix d'une naquaire, vers la fmduxiv" siècle.
17. Cymbales et clochettes. — Nous ne trouvons guère trace des cymbales, à la fois antiques et modernes, dans la symphonie de ce temps ; tout au plus servent-elles, toutes petites, d'accessoires de jonglerie. Mais on connaît sous ce nom un instrument formé d'une série de cymbales renversées, ou mieux de gobelets, montées sur pied mobile et glissant dans une rainure : de diverses tailles, elles donnaient, frappées, soit un accord, soit une gamme ou fragment de gammes. Leur sonorité devait se rapprocher de celles des clochettes, jeu souvent mentionné et figuré sur les sculptures et peintures; celles-ci étaient également montées en série sur une courroie, et appelées pour cette raison eschales ou eschelettes, sonnant à peu près comme les petits carillons à main dont on se sert dans diverses églises pour les tintements rituels. Au xv*" siècle, on appela de ce même nom d'eschelettes, l'instrument profane nommé plus tard claqiiebois et xylophone (v. clochettes, p. 33 et 41).
Le triangle, représenté souvent en Italie, ne figure pas chez nous. Peut-être est celé trépié cilé une fois par Machaut, mot dont la signilication est inconnue.
Instruments a clavier. — Orgues. — Dès le xi" siècle, aux deux sonorités anciennes des anches et des flûtes,
qui, accompagnées d'une mutation, constituaient depuis longtemps la base de l'orgue, on avait ajouté les cymbales, dont les tuyaux, trois par touche, imitaient la résonance harmonique des gobelets en quinte et octave des instruments du même nom. Ces orgues étaient petites, au clavier de deux octaves au plus disposées diatoniquement, sauf un si bémol, à partir de Vut de la voix d'homme. Aux xii'' et xiii" siècles, on distingue de plus les jeux de « monire » ou de « principal », la flûte, qui sonnait à l'octave aiguë, les cymbales et les « fournitures », et un jeu analogue à nos « seize pieds ». On savait, dès cette époque, comme à Saint- Gyr de Nevers, établir entre des orgues doubles ou triples, placées côte à côte ou au-dessus l'une de l'autre, des « accouplements » et même des « octaves graves » par le moyen d'un abrégé spécial; on cite môme des claviers à « jeux coupés », comme dans l'harmonium actuel, dotés de cinq registres différents qui permettaient ainsi l'effet que nous obtenons avec deux claviers.
En même temps, les claviers augmentaient d'étendue; des devis d'orgue du xiv' siècle portent sur des instruments de deux octaves et demie ou trois octaves chromatiques, et des églises importantes avaient déjà un orgue de chœur et un grand orgue de tribune, comme Chartres, Rouen, Reims. En môme temps, onjointàce dernier un positif, ou petit orgue placé en avant de la tribune, pour varier les sonorités; celui de Notre-Dame de Dijon, quoique encore construit avec quelques tâtonnements et irrégularités de facture, était vanté pour l'égalité de son timbre et son exquise sonorité. C'est le moment où Guillaume de Machaut nomme l'orgue « le
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roi (les instruments », vocable qui lui est resté acquis '.
L'ancien f^rand orgue de la cathédrale d'Amiens, construit tout à la fin de la période que nous étudions, de 1422 à 1429, peut passer pour un type accompli do l'orgue médiéval. Il comptait deux mille cinq cents tuyaux comprenant des principaux et des bourdons de seize, de huit, de quatre pieds, avec les fournitures accoutumées, et un clavier de quatre octaves. Ce qui est fort intéressant est que la tribune et la majeure partie de la façade du buffet ont été conservées malgré les reconstructions et remaniements successifs dont cet orgue a été Tobjet, de telle sorteque le « grand corps » de l'instrument actuel a gardé exactement la proportion et l'aspect général qu'avait déjà celui du xv^ siècle (p. 105) .
A côté de l'orgue d'église ou de concert, on avait les portatifs, minuscules instruments composés d'un seul jeu d'anches, au clavier court et qu'on pouvait tenir en bandoulière, appuyé sur le bras gauche, la main gauche soufflant, la droite jouant : instrument favori des organeurs ou joueurs d'orgue ambulants qui faisaient partie du groupement professionnel des jongleurs populaires. Dans l'inventaire après décès d'un chanoine de Troyes, nous trouvons « unes petites orgues portatives à main », de ce genre, estimée soixante sous tournois; mais une autre « régale » (rigabellum), plus importante sans doute^ est portée pour dix livres (v. p. 33 et 133). Venaient ensuite des /905«7z/.s-, petites orgues pouvant comprendre une montre ou principal de quatre pieds, un bourdon
1. C'est à la même époque que vivait le facteur belge Louis van Valbcck (1318-138.5) à qui certains attribuent, mais à tort, l'invention des pédales, et que Florence applaudit Francesco Lanrtini « l'Aveugle », le brillant fondateur do l'école florentine.
sonnant huit pieds, et leurs fournitures ou mutations, instrument dune sonorité aiguë et plaisante, que l'orchestre italien du temps de Monteverde employait encore (v. p.89).
Eschiqnier (eschaqueil). — Instrument dont parlent quelques documents du cours du xiv" siècle, et qui apparaît le prototype des instruments à clavier à cordes frappées. Mais, du peu qu'on en connaît, l'échiquier a dû être disposé à la manière d'un g-rand organistrum, aux touches arméesde marteaux. Pour le reste, tout reste mystérieux à ce sujet, car son apparition et sa vogue n'ont guère dépassé la durée d'un demi-siècle, remplacé que fut l'échiquier par l'instrument suivant.
Clavecin et clavicorde. — Vers l'an 1400, un facteur génial, inspiré peut-être par l'essai non suivi de perfectionnement, de l'échiquier, eut l'idée d'appliquer, à un psaltérion ou tympanon du genre « cymbale », un clavier sur le modèle de celui des orgues; d'oii le nom de clavicymbale (devenu clavecin). Gomme ce clavier, par l'intermédiaire de petites/or/?zce5, mettait en vibration les cordes, soit en les pinçant, soit en les ébranlant par un bec de corne, on appela une variété de ces instruments clavicorde \ lequel semble être directement issu de l'échiquier.
La plus ancienne description du clavecin est due à un certain Baudecet" — son inventeur, peut-ètie — et les
i. Mais on voit par les descriptions ultérieures données sur le clavicorde, qu'en cet instrument les cordes étaient tendues parallèlement aux touches, de telle sorte qu'une seule corde convenablement divisée par l'elTet du mécanisme, pouvait servir à plusieurs touches, comme dans l'échiquier.
2. Un Baudcnet de Reims, harpiste, ligure vers 1380 parmi les musiciens de la cour de Bourgogne ; il se peut que ce soit le même personnage.
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FACTURE DU CLAVECIN VEKS 1400 (Bibl. Nal., lai. 7 295.)
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traités de facture indiquent que l'instrument pouvait être monté soit avec des cordes simples, soit avec des doubles et triples cordes sonnant, ainsi qu'en des jeux d'orgues, le ton de la note touchée, son octave et même sa double octave. Dès la première moitié du xv^ siècle, l'instrument, quoique rare encore, était cependant déjà assez perfectionné pour qu'on siit, à volonté, en modifiant la mécanique ou le mode d'attaque de la corde, lui donner le son de clavecin, de clavicorde, ou de dulcimer (v. p. 97). Le clavier avait déjà trentecinq touches, exactement disposées comme on a continué de le faire jusqu'en notre temps.