‹ Les primitifs et leurs signaturesChapitre 102 sur 149 · Finot, Op. c., p · texte numérisé non relu

Finot, Op. c., p

la curieuse gageure faite entre Marguerite d’Autriche et son architecte Louis van Boghem, le 26 février 1629. Elle montre d'ailleurs dans quels termes étaient la Gouvernante et son artiste, et combien ce dernier était loin du mépris, qui enserrait, prétend-on, les humbles primitifs.

« Madame a aujourd’huy convenu avec maistre Loys van Beughem, maistre des cuvres à Brouz, en la manière qui s’ensuyt : assavoir que si le dict maistre Loys par son moien et bonne dilligence, fait tellement que les église et couvent de Brouz, dont il a charge, soient entièrement parfaictz tant de massonnerie, charpenterie, verrières, seiges (sic), clouchier et autres choses nécessaires, ensemble aussi les sépultures posées, le tout bien et souflîsamment a dit de maistres du mestier à ce cognoissans, endéans trente mois à compter dois le jour de Pasques prouchaines qui seront le xxviiT de mars qu’on comptera lannée xxix, que madicte dame par dessus son salaire et autres choses, en quoy a ceste cause elle pourra lors estre tenu à luy, luy donnera encoires la somme de cincq cens livres de quarante gros pour une fois en don et gratuité espéciale. Et par contraire ledict maistre Loys présent a consentv que s’il y a faulte à icelle perfection déans ledict temps de trente mois, h compter comme dessus, que semblable somme de cincq cens livres dudict pris luy soit desduicte et rabatue par madicte dame ou ses officiers sur ce que lors luy pourra par icelle estre deu. Ce que les dictes parties ont accepté de leur bon grez et consentement. Et en témoinage de ce ont signé ceste présente convencion de leurs seings. Fait à Bruxelles, le xxvV de février mxvc vingt huit. Prcsens Monseigneur le conte de Hocstrate, chevalier d'honneur de madicte dame, messire Anthoine de Montcut, abbé commendataire de Sainct- Vincent, aulmonnier et confesseur de madicte dame et Philippe de Brégilles, son premier escuier d’escucrie, tesmoings à ce appeliez.

« Madame a déclairé, qu’elle nentend les closures des chapelles estre en ce comprinses.

Marguerite

Jeh. Lwyck van Boghem.

« Pour ce que maistre Loys dit navoir en son marché le couvent de Brouz, ayns seullement l’esglise et ce que en dépend comme dessus, ne vouloit accepter ceste cédule, ayns m’a prié parler à Madame pour estre la charge du dict couvent hors ceste cédule, ce que j’ay faict et m’a respondu que en parfurnissant le surplus cy-dessus mencionné, elle n’v entend la perfection du couvent estre comprins, ce que je certiilie par mon seing cy mis, le vnT de mars, anno xvc xxvm.

de Montcut. »

(Archives du Nord, série B, carton de l’église de Brou.)

LES MAITRES MINIATURISTES (i3gi-XVI' SIÈCLE)

L’artiste gagna la gageure ; leglise fut terminée dans les délais indiqués, vers l’automne 1 53 1 : mais la Gouvernante ne put la voir achevée : elle était morte le i3 novembre i53o.

Ainsi ce ne sont ni les plans de Perréal, ni les projets de Michel Colombe qui servirent à Brou, mais bien ceux de Loys van Bo»hem, comme aussi les dessins, je souligne intentionnellement, de notre artiste qui furent utilisés pour l’exécution des monuments funèbres par Conrad de Meyt. Cela résulte bien clairement du traité passé le 26 avril 1626 avec Conrad de Meyt (voir p. 353), le tailleur d images de Marguerite d’Autriche, qui s’engage à se transporter à Brou pour « besoigner aux sépultures que madicte dame entend estre faictes en cesle église de Brou, selon le. pourtraict pour ce laid par ledict maislre Loys van Beughem ». N’oublions pas cette date de 1626 ; rapprochons-la de celle que nous trouvons inscrite dans le volume (pi. NXX, fig. 2) ; nous ne tarderons pas à en voir tout l’intérêt.

Tout ce qui vient d’être dit est beaucoup moins éloigné qu’on pourrait le supposer de l'étude de notre Livre d’Heures.

Bien des détails en effet, relevés dans les miniatures, rappellent les sculptures de Brou et montrent quelles peuvent être regardées comme 1 œuvre de Louis van Boghem lui-même. Si on y joint les monogrammes qu’on y découvre, la chose devient à peu près certaine.

Les encadrements des miniatures sont en quelque sorte les modèles des sculptures que nous voyons à Brou : tel. par exemple, le retable de la Vie de la Vierge (pi. XXXI). Et quand je trouve au bas de plusieurs d’entre elles, si proches parentes de ce que nous connaissons de Louis van Boghem, les initiales L, V. B., comme sur la règle de la première page du calendrier (pl. XXX, fig. 1), il me semble difficile de ne pas admettre quelles ont été exécutées par celui dont nous avons ici le monogramme. Car c’est bien celui de van Boghem.

Si on cherche en effet, l’explication des majuscules qui accompagnent les miniatures, en dehors du nom LOWICH VAN BO-

GIIEM, inscrit au f° 22 v° (p. 378), on peut facilement la fournir : celle du f° 64 peut servir pour toutes les autres. L. V. B. — L. A.

F y. B. (pl. XXX, fig. 4) — sor|l certainement les initiales de

L[ouis] V[an] B[oghem] ; L. A. reliées par un lac d’amour, L[ouis] A[nne] : F. V. B., F[rancois] V[an] B[oghem] ; le père, la mère, le fils ; tandis que nous trouverons au cours des pages les portraits de saint Louis et de saint François, de sainte Anne, patrons des van Boehem : le manuscrit devient ainsi un véritable Livre d’Heures de

famille.

C’est bien d'ailleurs ce que pensait l’abbé van de Putte. Et je crois alors voir là, en quelque sorte, dans ces pages, un Album de projets comme celui de Villard de Honnecourt* (fig. 25), dessinés par un maître qui ne les a pas jugés indignes d ctre conservés dans un ensemble, où comme Villard de Honnecourt encore, il inscrit son nom entier au cours des feudlets.

Mais à peine avais-je signalé très brièvement cet intéressant volume aux Antiquaires de France, que M. Callewaert dans les Annales de la Société d’Émulation pour l'élude de l’Histoire et des Antiquités de la Flandre (20 lasc., 1910) s’empressait d’expliquer qu’il n’est pas soutenable de voir dans Louis van Boghem, le miniaturiste, mais qu’il est simplement le destinataire du Livre d’Heures.

Naguère, quand j’ai trouvé derrière une statue du porche de la cathédrale de Chartres le nom de Rogerus, M. Lefèvre-Pontalis n’avait pas hésité non plus à imprimer qu’il serait insensé de voir là le sculpteur des grandes stables du portail Chartres8? .1 avoue ne pas très bien saisir l’explication de la mentalité de ces artistes qui se seraient ainsi toujours appliqués à inscrire sur les œuvres d’art qu’ils produisaient, le nom d’autres artistes ; j'ajouterais même à tracer dans certains cas des mentions de faits qui ne devaient être connus que dix ans, quinze ans après leur mort : ainsi Quentin Matsys, mort en i53o, inscrivant dans son tableau du Banquier et sa femme, le nom

Page 1