e sér., pl. xiv
« Dunstanum memet clemens rogo Xpe tuere.
Tenaces me non sinas Sortisse procellas1 ».
« Christ clément je te prie de me protéger, moi Dunstan ; ne permets pas cjue je sois renversé par les tempèles implacables. »
1008. Au début du xi' siècle, un peu avant 1008. Otbert, abbé de Sainl-Bertin, enlumine un beau Psautier (ms. n° 20 de la bibliothèque de Boulogne-sur-Mer). Il eut, ainsi que nous l’apprend l’inscription. doux collaboraleurs :
Me compsil Heriveus et Odbertus decoravit.
Excerpsit Dodolinus.
« Hervé m arrangea, Odbert me décora, Dodolinus me composa. »
Vers A quelques années de distance, ÏEpislola Fulberti (Bibl. nat., ms.
1029. lat. 14167) nous révèle le nom d’un artiste dont malheureusement les miniatures ont été enlevées. Les onglets qu on voit aux folios xxxvii et lv, nous montrent la place qu elles occupaient. C’est probablement leur disparition qui a fait considérer André de Micy comme un simple copiste2, quoiqu’il ait cependant parfaitement signé pinxit et non scripsit.
« Ultimus in clero Fulberti nomine Sigo Andreæ manibus hæc pinxit Miciacensis. »
« Le dernier des clercs de Fulbert (+ 1029), nommé Sigo, fit peindre ce volume par la main d’André de Saint-Mesmin. »
1. Le P. Cahier dans ses Nouveaux Mélanges, Bibliothèques, p. 1 33, donne une des miniatures signées par saint Dunstan.
2. « Gela semble indiquer que Sigon, chanoine de Chartres, employait André de Saint-Mesmin comme copiste ». (L. Delisle, Cabinet des manuscrits, t. II, p. 4og.)
artiste fort habile certainement (flg. 8), mais qui. dans son archaïsme byzantin, ne fait preuve d’aucune personnalité. Il signe :
OTTOMITSIt MSESTvS
Cliché Mcl^ .
Fig. 9. — Signature d’Ingelard.
Hune Jngelardus décor cwit.
Au même moment. Ideldricus, fauteur des miniatures de YExjiosition d’Haimon sur Ezèchiel (Bibl. nat., ms. lat. 12802), essaye au
.'vVtoMîj>î:u»k;
, iu -UN idÈMj :
Signature d’IIcldricus.
contraire de se dégager du canon imposé. 11 fait suivre de cette inscription (fig. 10) sa bataille rangée (fig. 11) :
« Hoc pater Heldricus quod pinxerat ipse volumen, Summo pontificum Germano rite dicavit. »
« Ce volume, que le P. Heldricus avait peint lui-même, il l’a religieusement dédié h Germain, le plus grand des pontifes. »
Cette miniature est certainement pour l’histoire de l’art du moyen âge du plus grand intérêt. Une des premières, peut-être, elle montre un essai de réalisme dans le mouvement ; dans le bas, à droite, un guer-
Cliché Méljr.
Fig. ii. — Exposition d'Haimon sur Ézéchiel, enluminée par Heldricus (Bibl. nat., ms. lat. ia3oa).
rier s’avance, se couvrant de son bouclier. C’est à sept siècles de distance un souvenir du guerrier de 1 Iliade de l’Ambrosienne de Milan (fîg. 12)*. Il laisse bien loin derrière lui, la rigidité des deux figures du Sacramentaire conservé au Domschatz d’Hildesheim, dessinées en 125g par Ratmann (fig. 3o), de deux cents ans par conséquent, postérieures.
iog3. En l’année iog3, le peintre Frictosus signe ainsi une page des Nocturnes du Psautier enluminé pour le roi Don Fernando I", écrit par Pierre, conservé à la Bibliothèque de Santiago en Gallice :
1. Mély (F. de), Le coffret de Saint-Nazaire de Milan, dans les Monuments Piot, t. VII.
« Era Milena novies dena quoque terna Petrus erat scriptor, Frictosus denique pictor. »
Ce nom de Frictosus, nous le retrouverons tout à l'heure écrit Frudusus, sur une miniature de la fin du xm° siècle (fig. 57).
Cliché Mély.
Fig. 12. — Une des pages de l 'Iliade de l’Ambroisiennc de Milan. (iv« siècle).
xic Garsia Stephanus, signe en petites lettres rouges dans la siècle, colonne de droite, le tableau du f° 6 de Y Apocalypse de Saint-Sever (sur l’Adour) : Stephanus Garsia Placidus ads‘ (fig. i3). « Quelque soit le sens des mots PLACIDVS AD. S., dit L. Delisle, il est à peu près impossible de ne pas voir dans Stephanus Garsia l'un des peintres qui ont concouru à l’exécution du manuscrit de Saint-Sever1. »
La signature en effet ne laisse pas de doute, car ainsi qu’on peut le voir, il n’y a pas AD. S. avec un point séparatif, comme l’imprime L. Delisle, mais bien ad S4, soit adscripsit, c'est-à-dire, a signe; tandis
1. Mélanges de paléographie, Paris, Champion, 1880, in-8°, p. i38.
qu’au P1 289 on peut alors lire le nom du scribe : HOC GODEFREDVS DICTANDO SCRIPSIT.
Stephanus Garsia est un artiste toul à fait extraordinaire. Le tableau où se trouve la signature représente Adam et Eve absolument
Fig. i3. — Signature de Garsia Stephanus, dans l 'Apocalypse de Saint-Seoer.
nus; c'est la première fois, peut-être, que dans l’art chrétien médiéval le corps humain est ainsi étudié dans sa nudité (fig. i4). Puis ce sont des batailles, des chevaux, des cavaliers, toul à fait intéressants.
Nous avons donc dans ce manuscrit un ensemble des plus précieux pour l’art de cette époque.
xne Bien nombreuses seraient les signatures fournies par les manussiècle. crils du xne siècle, si on se contentait de puiser dans le chapitre de
l 'Histoire (le l'art1, consacré parM. A. Haseloffaux miniaturistes de cette époque. Il signale entr’autres un certain Hélias, qui exécute entre 1 i45 et IIÙ2 sous l’abbé Léon, les Canons de la bibliothèque do Boulognesur-Mer (ms. 11 5), le moine Alexandre, auteur d’une Cité de Dieu,