‹ Les primitifs et leurs signaturesChapitre 19 sur 149 · XXVII · texte numérisé non relu

XXVII

4. En allemand, c’est le Schüdelstcitte, lieu du crâne; en russe, Golgafa, de Golovà, tête.

Cliché

Fig. 3a. — Médailles de Marseille, sur lesquelles la barbe esl faite des lettres TIAP, ATPI, probablement les initiales du monétaire.

(Cabinet des médailles de Paris, n°* 685, 68g, 6go.)

Kixpvivov, tête, cime, citadelle. Il y a donc là un jeu de mots très ancien, bien antérieur au christianisme, qui s’est borné à transformer en légende symbolique le nom même de la montagne et à adopter comme représentation du Calvaire le crâne, qui est ainsi un véritable idéogramme, désignant, sans aucune interprétation, le lieu même qu’il est chargé de nous rappeler; absolument, comme la rose, Tôoov, des monnaies de Rhodes, comme la guêpe, Klieb, qui dans les inscriptions égyptiennes signifie la ville de Kheb. C’est donc là un nom très exact, très correctement exprimé et nullement un hiéroglyphe, dans le sens que prétend aujourd’hui attacher la science paléographique à des signes qu elle déclare inexplicables, parce quelle ignore la langue dans laquelle ils doivent être interprétés et que par conséquent elle ne les comprend pas. Les numismates, eux, n ont eu garde de négliger ces détails, par exemple ces caractères qui au premier aspect semblent les pods de la barbe des profils des monnaies de Marseille (fig. 3a), et qui sont simplement la signature dissimulée du monétaire1.

Ce mont du Calvaire, -ro Kpavtov, Gulcjolet, Golgotha, nous ne devons pas le quitter, je crois, sans nous demander si, indépendamment de sa forme qui aurait pu lui faire donner le nom de crâne, tels les monts qui sont appelés aiguilles, dents, cornes, xecpaW, il n’y aurait pas à rechercher là quelque légende très ancienne, qui îelierait ensemble les Acropoles, les Capitoles, qui tous portent en définitive le même nom, et si derrière ce nom de « crâne », de « tête », car le Capitole ne serait autre que le nom de Caput OU, ainsi que nous l’apprendront Pline et une pierre gravée du Cabinet des médailles

i Muret (E.), Catalogue des Monnaies gauloises de la Bibliothèque nationale, Paris, Plon, 1889,

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qui nous montre précisément la découverte du crâne d'Olus1, il ne faudrait pas voir là quelque réminiscence alavique d’un sacrifice humain, du crâne d’une victime propitiatoire enterré sous les fondations de la citadelle, construite naturellement sur la colline qui domine la ville et dans laquelle devait se concentrer la défense?

De ce rite, sans nul doute très archaïque, nous trouvons la trace, relativement moderne, dans YHistoria Britonum de Nennius2, qui nous apprend que Vertigern [Guorthiginus], poursuivi par les Pietés en 449. et ne sachant comment rendre inexpugnable une citadelle qu’il construisait pour sa défense, mit à exécution l’avis de ses mages qui lui conseillaient de sacrifier sur le lieu qu’il voulait défendre, une jeune victime humaine, dont le sang répandu le protégerait « in æternum ».

Ce serait donc peut-être ainsi que, dans la suite des âges, certaines élévations seraient devenues « lelieuditde la tête », puisla « Tète »: les générations successives et les civilisations différentes oubliant, en se superposant, les rites qui avaient ainsi créé une toponymie originelle.

Ne quittons pas la Crucifixion et son iconographie nouvelle sans parler du pélican que nous n’allons pas tarder à voir apparaître au sommet de la Croix.

« Dans un intéressant article sur les Heures de Boussu, précieux manuscrit conservé à l’Arsenal, M. Henry Martin a montré dans une des allégories, le pélican se déchirant les flancs pour nourrir ses petits3. Effectivement, c’est la légende adoptée par le symbolisme chrétien. Ici, par exemple, le pélican est représenté sous la forme d’un oiseau avec un bec crochu. On pourrait dire que, au moyen âge, les animaux exotiques étant peu connus, leur représentation était souvent très conventionnelle. Cependant, dans les Heures de Boussu, on peut constater la présence d’un éléphant admirablement dessiné, quand dans d’autres manuscrits, ce sont d’informes animaux de pure imagination.

1 . Gravée comme blason sur la couverture du Bulletin de la Société française des fouilles archéologiques.

2. Éditée par Mommsen dans les Chronica minora, t. XIII, p. 182.

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