‹ Les primitifs et leurs signaturesChapitre 20 sur 149 · Gazette des Beaux-Arts, 1910 (1), p · texte numérisé non relu

Gazette des Beaux-Arts, 1910 (1), p

Mais revenons à notre pélican.

Sa légende n’est pas à l'origine celle du symbolisme chrétien. Je la lis pour la première fois dans un antique Bestiaire, celui des Cyranides1, que je pense d’ailleurs être un des plus anciens livres scientifiques de l’humanité, puisque nous en trouvons la trace dans le sanctuaire de Thébes, quatre siècles avant l’ère chrétienne. « Le pGtgcpioç « est un oiseau qui vit le long des rives du Nil ; on l’appelle aussi « pélican (ics^sxavoç). Il vit dans les marais du Nil et voici comment « il aime ses enfants. Lorsqu'ils sont nés et qu’ils commencent à « grandir, ses petits le frappent au visage. Ne pouvant supporter « cela, les pélicans battent leurs petits sur la tète et les tuent. Mais « plus tard, leurs entrailles sont émues et ils pleurent les petits h qu’ils ont fait mourir. Le même jour, la mère a pitié de ses propres « enfants ; elle se déchire les flancs et les ouvre, et son sang « dégouttant sur leurs petits cadavres, les ramène à la vie et ils « ressuscitent naturellement. »

Il y a quelque chose ici de remarquable : c’est cjue pautpwç veut dire « bec crochu », alors que le pélican, au contraire, a un bec plat, très long, et que le Livre d’ Heures de Boussu représente précisément un oiseau avec un bec crochu.

Y aurait-il donc là une survivance de la tradition antique, semblable à celle que naguère je montrais dans le symbolisme des Triomphes de Pétrarque 2, qui, jusqu’au xvi" siècle, fut exclusivement basé précisément sur les légendes de ces mêmes Cyranides ? Ce serait donc, une lois de plus, la constatation d’une influence atavique ignorée, qui aurait ainsi fourni le thème d’une représentation symbolique chrétienne, pour nous, au premier moment, scientifiquement inexplicable.

Ce sont des points de repère que les historiens d’art n’ont pas le droit de négliger.

1. Mély (F. de), Les Lapidaires grecs , t. III, Paris, Leroux, 1902, in-4 (Publié sous les auspices du Ministère de l’Instruction publique et de l’Académie des Sciences).

2. Mély (F. de), Pétrarque et le Symbolisme antique, Paris, in-4 (Extrait du Recueil des Mémoires publiés par la Société des Antiquaires de France, à l’occasion de son Centenaire en 1904)*

LES CORPORATIONS LAÏQUES (1260-1391) 3i

Le milieu du xm° siècle voit s’opérer une transformation politique très importante. A côté des communautés religieuses, la société laïque s’organise, les corporations ouvrières prennent naissance. Le Livre des Métiers, rédigé vers 1260 par Etienne Roileau, prévôt des marchands, en donnant un corps aux statuts qui dorénavant vont régir les associations qui se forment, consacre un état social absolument nouveau. Son importance 11e tardera pas à se manifester.

Les artistes, encore considérés comme des artisans, ne demeurent pas étrangers à ce mouvement. Le chapitre qui dans le Livre des Métiers leur est consacré, nous apprendra en même temps et les règlements auxquels ils vont être astreints et la place qu ils occuperont dorénavant dans l'organisation de la cité.

Titre LXII. Le tiltre des Paintres et Tailleurs d’ymages.

I. 11 puet estre Paintres et Taillicres Ymagiers à Paris qui veut, pour tant que il ouevrec [e] aus us et aus coustumes du mestier et que il le sace faire. Et puet ouvrer de toutes manières de fust, de pierre, de os, de cor, de yvoire et de toutes manières de paintures bones et leaus.

II. Qu iconque est Ymagiers Paintres à Paris, il puet avoir tant devallès et de aprentiz comme il li plaist, et ouvrer de nuiz quant mestier li est.

III. Nus Ymagiers Paintres ne doit coustume nule chose que il vende ne achate ce apartenant à son mestier.

IV. Li Ymagier Paintre sont quite del guet, quar leurs mestiers les acquite par la raison de ce que leurs mestiers n’apartient fors que au service de Nostre Seingneur et de ses Sains et a la honnerance de sainte Yglise.

V. Nus Ymagiers Paintres ne doit ne ne puet vendre chose pour dorée, de laquelle li ors ne soit assis seur argent. Et se h ors est assis seur estain et il le vent sans dire, l’œuvre est fause ; et doit li ors et li estains et toutes les autres couleurs estre gratées tout hors ; et cil qui tele ouevre aura vendue pour dorée le doit faire tôt de nouvel bone et leal, et le doit amender au Roy par le leau jugement du prevost de Paris.

VI Se Ymagiers Paintres assiet argent seur estain, l’ouevre est fause, se elle ne li est commandée au faire ou 11 ne le dis! au vendre. Et se 11 le vent sans dire, l'oufe] vre doit estre gratée et refaite bone et leaus, et amender au Roy, en la manière devant devisée.

VII. Nule fause ouevre del mestier devant dit ne doit estre arse, pour les reverances des Sains et des Saintes en qui remenbrances elles sont faites.

y 111 Li preud’ome Ymagier Peintre doivent la taille et les autres redevances qui que li autre borgois de Paris doivent au Roy1.

Le titre LXXVII (p. 168), s’occupe encore des peintres : il porte « Cis titre parole des Paintres et des Seliers de Paris, de leurs ordonnances et de leur établissemens . Mais il a surtout trait presque uniquement aux fabricants de selles.

La réunion si intime de deux corporations qui paraissent au premier abord si différentes, paintres et selliers, nous oblige à nous demander, si dans ce cas, sellier a vraiment le sens de bourrelier que nous lui attachons aujourd’hui. Est-ce bien l’ouvrier qui confectionne les harnachements des chevaux? Ce n est nullement certain. Le sellier est celui qui fait des selles : or au moyen âge la selle est un siège: la sella, la sedia; témoin ce passage des Chroniques de Saint-Denis: « Le roy commanda à S. Eloy orphèvre, de forger une selle d’or, telle quelle fut convenable a tel homme comme il estoit » .

En i352 Girart d'Orléans, le célèbre peintre, est sellier, puisque dans les comptes royaux de cette date nous lisons : « A maistre Girart d’Orléens, paintre pour II selles nécessaires, feutrées et couvertes de cuir et de drap, délivrées pour l'ordinaire de la chambre du Roy ». La confusion que nous signalons a d’ailleurs conduit au résultats les plus extraordinaires. Sur un chapiteau de Récloses (Seineet-Marne) du xv° siècle, nous voyons saint Eloy apporter au Roi sur ses bras deux selles de cheval2, et hier, dans un article, qui n’est pas précisément pour célébrer Yasari, auquel cependant nous

, . Le Livre des Métiers d'Etienne Boileau (vers 1 260), publié par R. de Lespinasse et Fr. Bonnar-

dot, Paris, lmp. nat., 1879, in-4, P- 129-1B0. , ,

2. Revue de l’Art Chrétien, 1890, p. a3o. Au Louvre du reste, un vitrail (n 1 65) représente

le meme sujet.

LES CORPORATIONS LAÏQUES (iaCo-i3gi)

devons tant de reconnaissance malgré ses erreurs, M. deWizewa dans la Revue des Deux Mondes (i5 août 1911, p. g43) nous signalai! « un des mensonges que l'orgueil personnel » du célèbre historien d’art lui avait inspiré, en mettant au premier rang des peintres anciens, son arrière-grand-père, Lazare Vasari, qui n’avait été en réalité « qu’un obscur petit sellier d’Arezzo ». Assurément, en écrivant celte phrase, M. de Wizewa ne pensait pas à Girard d'Orléans, le grand peintre, appelé également sellier.

Jusqu’à ce moment la plupart des manuscrits enluminés que nous avons examinés ont été signés par des religieux ; à partir du Livre des Métiers, nous allons au contraire rencontrer presque uniquement des miniaturistes laïques.

De 1280 datent les Flores S. Augastini, Flo. 33. de» JtlTdTîfe.

y 1 • • l'j ■ rxr 1 T-» cuetl hagiographique, enluminé par

Johannis Uamascem abri IV, exposees au Bur- Henri.

(Bibl. nat., ms. fr. 4u.)

imgton LJun, en 1900. tilles portent en

rouge : « Explicit Damascenus. Me scripsit Johannes dictus Campions et Arnulphus de Camphaing », et en bleu : Gosivins de Lecaucie l’enlumina.

Fig. 34. — Fragment de la souscription du ms. fr. 4 12, don-

De 1285 est le manuscrit fr. n” 412 de la Cri'” n°m dc I'6nlumir,cur Bibliothèque nationale, signalé par Léopold Delisle dans le t. III du Cabinet des manuscrits (p. 3oi). C’est un Recueil hagiographique décoré d’un assez grand nombre de petites miniatures (fîg. 33) :

Il se termine ainsi :

« Icis livres ici finit Bonaventure ail qui l’escrit.

Idenris ot non l’enlumineur Dex le gardie de déshonneur.

Si fu fais l’an mcciiu”v. »

loenriô omem KuUiouucur le g'ïtr&tr W cdTjobn m t-

De Mély.

Findu Au British Muséum le manuscrit add. 17448 se termine ainsi:

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