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Gazette des Beaux Arts, 1909(2), p

LES CORPORATIONS LAÏQUES (i26o-i39i)

page . Le Christ apparaissant dans le Saint Graal aux chevaliers de la Table ronde (fig. 70).

Nous trouverons plus tard, dans le Keuren de Bruges (p. 398), au milieu du xvc siècle, un Jean van Thielt, très vraisemblablement de la meme famille, peintre et vinder de la corporation en i442'

1.162. Bien que L. Delisle regarde Baoulet d Orléans comme un simple scribe .je pense qu il faut le mettre au rang des enlumineurs, comme plus haut nous avons retenu le nom d’André de Mici qui faisait suivre son nom de pinxit, comme Ingelardus qui signait au bas d'une miniature decoravit, el que cependant le maître classait comme simples copistes.

Voici en effet la souscription de la petite Bible hisloriale de la librairie de Charles V , f° 365 v°, a côté d une note autographe du Boi (Bibl. nat. , ms. fr. 5707) :

« Ci fine l’Apocalypse saint Jean, parfaite par Baoulet d'Orliens, le vintiesme jour de décembre l’an mil trois cens soixante et deux. »

Un autre manuscrit de la bibliothèque royale, La Moralité du Jeu des échecs, se terminait au contraire par ces mots :

« Et tu escript de Baoulet d’Orléans, l’an de grâce mil IIPLX et VII. »

Quand 011 sait que les plus grands artistes du moyen âge étaient des scribes-enlumineurs, il faut absolument tenir compte de la différence d’inscription : l 'Apocalypse est parfaite : la Moralité des échecs est escripte.

Or, ce mot parfaire veut si bien dire enluminé, que L. Delisle* écrit que la copie et Y enluminure du Rational destiné à Charles V, 11e durent pas être terminées avant l'année 1 374 , comme l’indique la note écrite à la fin du volume par le Boi lui-même :

« Cest livre nommé Rational des divins ojfises est à Nous Charles V « de notre nom et le fismes translater, escrire et tout parfère l’an

1. Delisle (L.), Cabinet des manuscrits, t. I, p. 36. — Recherches sur la librairie de Charles V, t. I, p. IOO.

De Mély

c6 LES PRIMITIFS ET LEURS SIGNATURES

« mil CCCLXXIII ». Ce sont ainsi les deux mots, escrire et parfere, que L. Delisle lui-même, traduit par copié et enluminé.

Ce mot parjaire nous l’avons déjà d’ailleurs rencontré plusieurs fois avec le sens d’enluminer. En 1 3 1 3 , Colins Chadewe parfais une Apokapse enluminée (fig. 5g); en 1 338, Jean de Grise, parfais de enluminure le Roman du roi Alexandre ; en i366, nous allons voir Laurent l'enlumineur parfaire le Missel enluminé d Arnold de Rumnen. Partout le mot parfaire est mis en contrepartie d'écrire, soit que le scribe écrive et qu’un artiste parfasse, soit que le scribe seul écrive et parfasse le volume.

Le Musée de Prague possède plusieurs manuscrits précieux richement enluminés, qui vont nous faire connaître deux miniaturistes intéressants. Leurs noms ont été fort discutés : mais comme c’était à l’époque où on affirmait que les miniaturistes ne signaient pas leurs œuvres, la cause n est pas sans appel.

C’est d’abord le Mariale Arnesti, dont deux miniatures portent : Hoc Sbisco de Trotina p., comme aussi une figure de prophète du Liber viaticus Domini Johannis Luthomulensis episcopi, de l’année i364- Puis le Missel de Jean Otzko von Wlasheim, archevêque de Prague (i364f i38o), dans lequel une Nativité est signée: Petrus Brzuebati. L’identité de ces deux artistes a donné lieu à de savantes dissertations. M. Max Dvorak a longuement repris la question, et publié de belles reproductions dans le Jahrbuch de Vienne (1901). Nous y renvoyons, car le savant écrivain a résumé là tous les travaux antérieurs qui ne sont peut-être pas très abordables à tous les érudits1.

1 Le Dr E Teichmann a bien voulu me fournir les indications suivantes : « Les renseignements nécessaires sur ees miniatures se trouvent dans Zibrt, BMografie ceské historié (Bibliographe de l'histoire de Bohême ). On trouve dans le t. I, p. ig5, n” 35a7 : Baum a Paiera Ceskéglossy miniatury v Mater Verborum (Casop. Cêsk. Muséum, 1877), l’opinion de Baum sur les faux dans quelques manuscrits de Musée (Polit*. .878, n- 56); n" 35=8 : Neuwirth (J.) Les J aux des noms d'artistes dans les manuscrits du musée bohémien à Prague (Communicaltons de l Association histo riaue des Allemands en Bohême, XXIX, 29?) i «' 35*9. Woltmann, Histoire de la miniature bohémienne, Répertoire pour la Science des Arts, II, 1879, 1-25 ; n” 353o, Le Livre d Heures d Ernest

1 366 . Un Missel du Musée Meermanno-Weslrenien, à la Haye, se termine ainsi :

« Anno domini M"CCC°LXVI, sabbato post nativitatem beate « Marie Virginis fuit perfectus liber iste a Laurentio illuminatore, « presbitero de Antwerpia, commorante Gandavi, Deo gratias. »

« Sic scribi et illuminandi ob laudem Dei et Ecclesie sancte fecit « nobilis Arnoldus dominus de Rumnen et Quaetbeecke Baro. Orate. « pro. eo. «

C’est ce Laurent, prêtre d’Anvers, demeurant à Gand, que Dchaisnes ( Hist . de l’art, p. 544) appelle, d’après Wagen, Lorenz d’Anvers.

i368. En celte année, Jean d’Oppavia (Troppau en Bohême), chanoine de Brunn (Moravie), décore un Livre des Evangiles conservé à la bibliothèque de Vienne ; il écrit au f° 1 48 :

« Et ego Johannes de Oppavia, presbiter canonicus, Brunnensis « Plebanus in Lantskrona, hune librum cum auro purissimo de « penna scripsi, illuminavi atque Deo coopérante complevi. In anno « Domini millesimo trecentcsimo sexagesimo VIII0

1372. La Bible historiale que Jean de Vaudetar offrit à Charles V le 28 mars 1372 est actuellement au musée Meermanno-Westrenien à La Haye. Le portrait du Roi orne le frontispice (fig. 71). Fort nombreuses sont les études qui lui ont été consacrées, car la mention qui l'accompagne : Johannes de Brugis pictor, fecit hanc picturam propria sua manu (fig. 72), sert depuis bien des années, par son caractère exceptionnel, à confirmer la règle que « les enlumineurs de profession dans les pays soumis à l’autorité des rois de France ou de la Maison

de Pardubic, avec les miniatures de Zbysek de Trotina (Wocel, Archéologie, i32). Il faut ajouter que Zbysek de Trotina et Petr. Brzuebaty, sont tous les deux des noms falsifiés ; ce dernier est une mauvaise traduction de Petrus Ventrosus. »

1. Codiccs Mss. biblioth. Palatinæ Vindobonensis, Vienne, Thomas, 1793, t. I, p. 121. — Dvoràk (M.), Les miniaturistes de Jean de Neumarkt, dans le Iahrbuch deVienne, 1901, p. 92, fig. 22.

de Bourgogne étaient très rarement admis à inscrire leurs noms sur les manuscrits qu’ils décoraient ». Le Onze Kunst (mai igo3), nous apprend que l’artiste s'appelait Bandol ou Bondolf; il était avec Jean d’Orléans, le grand peintre de la Cour. Comme Vasari appelle Jean

van Eyck. Jean de Bruges, on a parfois confondu les deux grands artistes ; mais ce cpie nous savons maintenant de Jean van Eyck interdit tout rapprochement.

Il en est ici comme de Rogier de Bruges qu’on croit toujours être Rogier Van der Weyden ou de la Pasture, alors que le Keuren et van Mander nous apprennent que vers le même temps, il y avait à Bruges un autre peintre du nom de Rogier1.

Les archives nous font connaître qu’en 1871, notre Jean de Bruges travaillait à une litière pour la comtesse

Fig. ni. — Jean de Vaudetar offre au roi Charles V sa Bible . , . .

hisloriale. Miniature signée par Jean de Bruges. ClG r IclIîCirGS S. AlTclS I 16

(Musée Mecrmanno- Weslrenien, La Haye).

3 août i373, Pierre d’Aragon prie le comte d’Armagnac de faire rechercher Jean de Bruges qui setait sauvé d'Espagne, emportant l’argent reçu pour un tableau à faire2. On lui attribue un tableau du Palais de justice de Dijon, mais sans plus de preuve que le Retable du Parlement, d ailleurs postérieur de plus de trois quarts de siècle, puisqu’il représente Charles VII (i4o3f i/|6i) âgé d’environ quarante-cinq ans. Il est vrai qu’on

1. Mély (F. de), Les Jean van Eyck du Musée Scrwerius dans la Revue Archéologique, 1912 (2).

2. Slein, Bulletin de la Société des Antiquaires de France, igog, 17 février.

LES CORPO HATIONS LAÏQUES (ia6o-i3gi)

prétendait lire son nom sur le collet d’un valet du tableau1. On trouvera plus tard, aux signatures des peintres, le nom de l’auteur de ce célèbre panneau, qui n’a de commun avec Jean de Bruges, que son pays d'origine.

1373. Parmi les peintres du duc de Bourgogne, Laborde dans ses Preuves (t. I, p. lxxiii et 542), cite Belin comme un enlumineur de Dijon, fils de feu Laurent l’Escripvain, qui écrivit et enlumina en 1373 un livre des Sept Seaumes pour la duchesse de Bourgogne. Est-ce le même qui enlumina et signa le Missel romain du xiv” siècle, n° gi fie la bibliothèque do Carpenlras (fig. 73), bien qu’on lise au fol. 248: « Hec fuerunt « scripta Germolis per manus Dominici Pourchassot, clerici dicti « loci, Lingonensis diocesis, xvm julii, anno “ MCCCCLII, tempore guerrarum dicti Phi- « lippi, ducis Burgundie et les Gantois... » ? Il n’y aurait, malgré cette date, rien d’impossible ; car il faut faire remarquer que ces lignes tracées au xve siècle, se rapportent à quelques feuillets seulement, contenant des pièces relatives au duc de Bourgogne, ajoutées postérieurement à un volume du xiv’ siècle. Dans l’initiale du manuscrit primitif du xiv" siècle, extrêmement artistique, on lit en effet très facilement, au milieu des enroulements 11. » 2. N’est-ce pas ainsi, dans les jambages

de France, t. XVII, p. 191.

2. Et non pas me fecit, comme le dit le Catalogne des manuscrits des départements (Carpentras) t. XXXIV. V ^

Fie. 73. — Initiale d’un Missel: on lit dans les pleins de l’A : belin me FIT.

(Bibl. de Carpentras, ms. 91.)

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