LE. TABERNACLE. DE. CONVENCION
Nous avons une bien curieuse inscription de cryptogramme par abréviations. Je la dois à l’extrême obligeance du savant archiviste d’Etat à Bruges, le baron van Zuylen. Elle se trouve dans une Apparition du Christ aux Apôtres :
Malgré son aspect incohérent elle doit se lire : « Posl Dies Octo Januis Clausis Stetit Jésus In Medio Discipulorum Suorum Et Dixit Pax Vobis Alléluia. » Ce sont en effet simplement les premières lettres des mots qui composent le verset 19 du chap. xx de l’Évangile de saint Jean, relatant l'Apparition du Christ à ses Apôtres.
D’ailleurs est-elle si différente de la devise de la Maison de Savoie : FER T [. Fortitudo ejas Rhodum tenuil], de la devise de la Maison d’Autriche : AEIOU [Aquila ejas juste omnia vincit ], du VIBI [' Virgini immaculatæ Bavaria immaculata ] de l'ordre de Saint-Georges fondé au xif siècle par O thon III.
Et notre mentalité actuelle n’adopte-t-elle pas aussi de singulières abréviations? Nos descendants comprendront-ils facilement CGT qui a fait Cègetiste, R. P. d’où vient le nom bizarre d'Erpéiste ? Un de nos plus éminents confrères n’écrit-il pas à la suite du nom de M. Walter L. Spiers, le curateur du Soane’s Muséum de Londres, les capitales un peu cabalistiques A. R. I. R. A? {Chronique des Arts, 1905, p. i64). Pour n’être pas comprises de tous, faudra-t-il dire que ces lettres, inscrites par un brillant savant du xxe siècle, ne signifient rien?
Le Bulletin du Comité de philologie publiait en 1907 cette longue inscription d’un calendrier du moyen-âge :
Cisige jaillis epi sibi Guil dat et Hit Fe Mau Mar Sut Prisca Fab Ag Vincenti Paulus jidique Bâtit.
M. le chanoine Morel l’explique ainsi :
« Janvier s’adjuge (dat sibi) la Circoncision (Cisi), sainte Geneviève (ge), 1 Épiphanie ( epi ), saint Guillaume (Guil), saint Hilaire (Hit), saint Félix (Fe), saint Maur (Mau), saint Marcel (Mar), saint Sulpice (Su/), sainte Prisca, saint Fabien (Fab), sainte Agnès (.4</), saint Vincent, la Conversion de saint Paul, saint Julien (Julî), saint Bathilde (Bâtit) >1 .
A11 milieu de lettres, qui semblent absolument fantaisistes, res-
sortent là des noms entiers: Janus, Prisca, Vincentius, Paulus; puis à côté, des syllabes Cisige, Mau, Mar, Fab, Ag, qui, assurément, à première lecture, ne présentent aucun sens ; les voilà cependant expliquées.
On peut encore classer parmi les cryptogrammes, les abréviations qui suivent les noms. Si on sait que D. signifie Delineavit, que P. signifie Pinxil, il est permis par exemple d'ignorer que Ails', et L. Delisle 11e le reconnut pas (fig. i3), signifie adscripsit = a signé, que Bev., cpii suit le nom de Pavo, le peintre de Paw, signifie Bevindei (fig. 168), abréviation flamande remplaçant inv. = invenit.
Noublions pas enfin un cryplograinme amusant. Dans un Livre d’Heures du Musée Dutuit (ms. 35), est une Annonciation. Et de la bouche de l'Ange sortent ces mots: ANELP AITARG EVA; ce n'est autre chose que AVE GRATIA PLENA retourné; les lettres sont tracées comme elles sont sorties de la bouche, et la dernière touche ainsi encore aux lèvres. Dans Y Annonciation du Musée de Saint- Pétersbourg ce sont les mots et non pas les lettres qui sont inversés.
Puis c’est l’anagramme. Là, les lettres d'un nom sont complètement mélangées, généralement pour former une devise.
En voici quelques-uns fort précieux :
Ri e bonheur a = Jean Bourrée (expliqué par Paulin Paris) ; En reproche n’y siet = Estienne Porchier (P. Paris) ; Y me vint mal a gré = Mathieu Malingre (Montaiglon) ; A bien Viegne = Jean le Bègue (L. Delisle) ; Va hastiveté m’a brûlé = Mathieu Beauvarlet (C‘° Alex, de La Borde); Sur ly na regard, du Boccace de Munich, identifié par le comte Durrieu avec le nom de Laurens Gyrard, secrétaire de Charles V.
Le chronogramme est une inscription dans laquelle entrent des mots qui comprennent des lettres ayant la valeur d’un chiffre : M. C. L. X. V. I. = 1000, 100, 5o, 10, 5, 1. En faisant l’addition de toutes ces lettres, on trouve la date dissimulée. Je ne parle pas ici du D. qui vaut 5oo, parce qu’il disparaît après le vne siècle, que sa valeur est oubliée, et qu’on ne le retrouve comme chiffre qu’à la
fin du xvi' siècle, puisque dans le chronogramme qui rappelle la Procession de Toulouse du 17 mai 1662, il n’a encore aucune valeur1.
Nous avons sur des tableaux du xve, deux chronogrammes célèbres ; d’abord celui de l’Agneau des van Eyck :
YersV seXta MaI Vos CoLLoCat aCta t\ erI
C’est-à-dire : « Par ce vers, le six mai vous invite à voir ce qui a été accompli. On y trouve: vvxmivcllccvi . soit: m.ccc.ll.x.vwv.
Puis l’inscription du Retable de Saint-Bertin :
GVILeLMVS PRÆSES tVLLensIs et IstIVs abbas ConVentVs opVs hoC tIbI trIno sanXIt et VnI
C'est-à-dire : « Guillaume [Fillastre], évêque de Toul et abbé de ce couvent offre cette œuvre, à Vous Seigneur en trois personnes. On y trouve: villmv vlliiivcvvvcihxivi, soit : m. cc. llll. x. vvvvvvvv.
îmmii = 14&9- ,,
C’est pour n’avoir pas soupçonné un chronogramme- que Léopold
Delisle trouve « bien difficile à fixer la date d’un Rational »a exécuté pour le Grand Bâtard de Bourgogne. Le vers qu’on y ht est effectivement assez compliqué :
« m semel, et c ter, v(?), sexdecies, ea prêter, il?) datur undena. »
11 paraît cependant simplement dire:
une fois m = i ooo
trois fois c = 3oo
sexdecies = 60
en plus onze fois i = 1 1
soit = 1 376
, Voir à ce sujet notre élude, L’Autel d' Avenus et le Chronogramme de son inscription, dans la Berne Archéologique, .908 (1). - Dans la Gageure de Marguerite d’Autriche et de Lou.s van Boghem qu’on trouvera plus loin, les dates sont écrites MM ', et M AX.M11.