‹ Les primitifs et leurs signaturesChapitre 62 sur 149 · Rambouts (Ph.) et Th. van Lerius, Op. cit., t. I, p · texte numérisé non relu

Rambouts (Ph.) et Th. van Lerius, Op. cit., t. I, p

Jasper

où il me semble être la stylisation du Lion de Flandre (fig. ig3) ou de Gand que nous verrons plus tard au commencement du xvf siècle sur l’étendard de la première page du Bréviaire Grimani (fig. 240); nous le retrouverons encore plus loin. On pourrait également le montrer au f° i52 du ms. fr. 9087 de la Bibliothèque nationale, une Traduction du Coran que Bertrandon apporte au duc de Bourgogne (Couderc, Portraits, pl. LXXXIV), à Oxford (fig. 194). enfin à Bruxelles, dans des miniatures de facture absolument identique.

Si nous continuons à chercher dans ce volume les inscriptions, nous trouverons, dans la miniature du F 42 v° : «< Garnie Del yenitrix » ; au f° 119, v° : « Ave Maria gratia plena dominas » ; au F i33, v° : « Ave Maria gra », et ce sera tout.

Regardons maintenant les carreaux des dallages, qui sont couverts de sigles. Aux pieds de saint Jérôme, au début du volume, à l'endroit où, dans la miniature de tète de Y Histoire du bon roi Alexandre nous avons un W, nous apercevons un Ix en vedette, i Snous tournons les pages, le K, l’M de KAZYMIR, avec sa barre si caractéristique qui forme 1 1, nous les retrouverons au F5 4, 32, 33, \o. 43, 68, 90, 101, 119, 12 1, 1 3 1 . Il y a là autre chose qu’un pur hasard, carie K est toujours en vedette.

Feuilletant alors le manuscrit de la Bodléienne d'Oxford. qui est, nous venons de le voir, le tome II du même ouvrage, nous constatons immédiatement le même faire, les mêmes détails particuliers et si typiques, qu’ils ne sauraient être l’effet du hasard. Voici, au 1 1, le fleuron du pennon de la tente du F 121 du volume de Paris (fig. 193); l’M barré d'un I se voit aux F’ 6, 22, 29; quant au K, d est en vedette aux F” 19, 29, 38. Toutefois, dans ce volume où, très

Cliché M%.

Fig. 193. — La tente du duc de Bourçjoyne. ^ur le pennon, le sigle qu’on retrouve dans presque toutes les miniatures des Miracles de Notre-Dame.

(Bibl. nat., ms. fr. 9198.)

LES MAITRES MINIATURISTES (i3gi-XVI" SIÈCLE)

nettement, on distingue deux mains, apparaît, au milieu du pavage, à l'emplacement où tout à l’heure nous signalions le K, un A (fig. i g4) -

Fig. i g4 - — Miniature des Miracles de Notre-Dame ; sur le pavage les initiales A et K et le lion de Flandre stylisé. (Oxford, Bibl. Bodlcicnne, fonds Douce 3g4-)

Mais, en tournant les feuillets, j’arrive à la miniature du f” 60, qui représente un sujet plutôt scabreux. C est 1 histoire d’un clerc, à la conduite peu régulière, qui n’omettait jamais, avant de se mettre au lit, même dans les circonstances les moins recommandables, d’invoquer la Vierge.

Or, dans une nuit de plaisir, il trépassa.

Disons tout de suite que le lendemain, par l’intervention de Notre-Dame, il ressuscita. Tel est le double épisode de la miniature, dont nous donnons ici la première partie (fig. ig5). Or, sur la tenture du lit, où on le voit mort à côté d une jeune personne, on lit sur la bande le nom de KAZYMIR, écrit de la même manière que sur la banderole de l’ange du tome I (Bibl. nat., ms. fr.

9198) (fig. 191). Coïncidence curieuse, et d’autant plus précieuse, que le nom se présente ici exactement comme 1 ALEXANDER 2° que naguère M. P. Durrieu nous certifia être

5 Mcly.

Fl

g. ig5. — Miniature des Miracles de Notre- Dame. signée sur la bande de la tenture du lit : Kazymir.

(Oxford, Bibl. Bodléienne, fonds Douce 3g4.)

Alexander Bening (fig. g5). 11 n'y a donc aucune imprudence à s'appuyer sur un précédent aussi autorisé et à proposer dès lors, par assimilation, le nom de Kazymir de Raczyi comme le nom d’un enlumineur qui aurait travaillé aux deux volumes de Paris et d Oxford.

Et cela est d’autant plus vraisemblable que, si nous ouvrons le manuscrit fr. 9199, bien supérieur et probablement le modèle du

manuscrit d’Oxford, au f° 62 y", qui représente identiquement le même sujet, l’inscription de la tenture n'est plus un nom d’homme, mais simplement : Jhesus, Maria, invocation directe do Bernardin de Sienne au Boi du Ciel, et devise de l’étendard de Jeanne d’Arc, un des fameux « douze articles » du triste procès de Rouen ; rien de plus.

Dans le volume d’Oxford, nous avons donc trouvé deux faires différents et remarqué un nouveau sigle qui n’existe pas dans le tome I (ms.

fr. qig8 de Paris): l'A en vedette sur quelques miniatures. Y aurait-il, par hasard, quelque explication à en fournir? Or, si nous recommençons à interroger les miniatures, le miracle du P 7 sera pour nous intéresser. Un chevalier, de retour des Croisades, après une fort mauvaise conduite, s'était fait moine ; mais jamais, en fait de prières, il ne sut aller au delà des deux mots : Ave Maria, qu’il répétait perpétuellement. A sa mort, on planta un lis sur son tombeau, et sur chaque feuille, au grand étonnement du couvent, on put lire quand il poussa : Ave Maria. Sur la pierre tombale, précédé toujours du fameux fleuron de la tente du tome 1. on voit gravé : A R O Z I (fig. 196). N'est-on pas dès lors tenté de rapprocher l'A, signalé tout à l'heure, de ce nom ? Car encore ici. si nous nous reportons au volume de Paris (ms. fr. 9199). sur lequel notre minia-

Fig. 196. — Miniature des Miracles de Notre- Dame. Sur la pierre tombple on lit : Arozi. (Oxford, IJibl. Bodlcienne.)

if

LES MAITRES MINIATURISTES (i39i-XVI* SIÈCLE) aa3

ture est fidèlement copiée avec les Ave Maria sur chaque feuille du lis, la pierre tombale ne porte aucune inscription.

Ce sont là, il est vrai, de bien petites choses, mais elles acquièrent par leur répétition une importance particulière; d autant quà son tour, le manuscrit fr. 9199 de Paris va aussi nous fournir une inscription qui lui est absolument personnelle et que, précisément, les hypothèses émises à son sujet vont curieusement identifier. Donc, le ms. fr. 9199 de Paris 11’a aucun nom inscrit dans les miniatures identiques où nous lisons dans le ms. d’Oxlord :

KAZYMIR, AROZI; par contre, au f" 99 v°, dans un endroit où elle est si parfaitement inutile que la copie d Oxford ne fa même pas reproduite, nous trouvons au seuil d une porte d église, une pierre tombale sur laquelle sont gravées, au centre, des armoiries quadrilobées sans cimier, telles les armes des maîtres imagiers, et dessus MAGISTER WILLELMUS. Dans l'encadrement, on peut lire, je crois : IIIC JACET MAGISTER WILLELMUS (fig. 197) quoique MM. Delaborde et P. Durrieu prétendent cette lecture impossible au point de vue paléographique ( Bullel . des Antiquaires , 2 mars 191°). Le reste de 1 inscription, qui devrait donner la date de la mort, est formé de simples traits. II est nécessaire, je pense, de rapprocher cette pierre tombale de celle du ms. d’Oxford, où nous venons de lire, sans date également : AROZI; puis de la miniature du Musée Germanique, où l'artiste a tracé son nom sur un des cercueils qui s ouvrent au son des trompettes du Jugement dernier :

<( Linhard frater 1022 » (voir p. 57); enfin de rappeler le testament du i3juin 1/(07 de Pierre de Sargues, artiste lyonnais, qui demande a être inhumé à l’entrée de la grande porte de l’église Sainte-Croix.

Cliché Mély.

Miniature des Miracles de Nolre-

Fic. 197.

Dame. Sur la pierre tombale on lit Willelmus.

(Bibl. nat., ms. fr. 9199.)

Marjisl'

22/j les primitifs et leurs signatures

La pierre tombale où nous lisons MAGISTER WILLELMUS n est-elle pas précisément au seuil cl une église?

Or, lorsque M. P. Durrieu étudia l’Histoire du bon roi Alexandre, il a cru devoir rapprocher le manuscrit Dutuit qu’il attribue à Wilhelm Vreland. des Miracles de Notre-Dame qu’il suppose du même artiste. N’est-il pas intéressant vraiment de trouver précisément dans ces pages rapprochées, comme marque, dans le premier un W , dans le second l'inscription: MAGISTER WILLELMUS? Seraient-ils donc, sans être entièrement de la même main, sortis tous les deux de la librairie de Wilhelm Vreland? (Voir aux additions Wieland).

M. H. Omont, étudiant dans la Bibliothèque de l'École des Chartes (I. LXIX, 1908, p. 4i9). les manuscrits de M. Pierpont Morgan, signale sous le n° io5 deux feuilles de parchemin enluminées de 298 millimètres sur 42^ millimètres : une Crucifixion et un Saint Léonard, probablement autrefois l’en-tête du registre d'une confrérie de Saint-Léonard.

Au bas de la Crucifixion, il lit :

« Artifex Johannes Bemler ijü']. »

C’est incontestablement la signature de l’artiste. D’autant que Zani, dans son Encyclopedia methodica (Parme, 1820, t. 111. p. 266), signale un Bamler qui écrit à la fin dun manuscrit :

« Illu minator hujus libri fuit Johannes Bamler de Augusta, anno M° sexagesimo 8”. »

Nous sommes aux débuts de l’imprimerie. Forcément les artistes doivent s’adapter au conditions nouvelles; M. van Praet nous apprend ([lie les enlumineurs se font imprimeurs. Aussi nous pouvons nous demander si ce Bamler ne doit pas être identifié avec un Balmer, dont Brunet signale plusieurs souscriptions, entre autres celle de la Bible de Wolfenbutel cpii porte:

« Explicit Psalterium Balmer, i466. »

LES MAITRES MINIATURISTES (i3gi-XVI« SIÈCLE)

C est lui qui est signale dans le Cabinet de l amateur série, t. I, 18G1-62, p. 71), comme ayant signé une très ancienne gravure sur cuivre du singulier livre de Jacobus de Theramo. connu sous le nom de Belial, qu'il imprima à Augsbourg, en 1/173. El ce nom d’enlumineur que nous trouvons ainsi dans la remarque d'un incunable, nous ne devons pas omettre de le rapprocher de celui de l’enlumineur Gremer, rencontré plus haut dans les mêmes conditions (p. 197), de celui du Lyonnais Husz, que nous lirons plus loin dans une miniature du Josèphe exécuté pour le cardinal Georges d’Amboise.

i46a. La signature de Watreleus (écrit Watehrlews) se lit sur la crou pière d’un cheval d’une miniature du manuscrit 5o8q de la Bibliothèque de l’Arsenal (B 235 v°), une Histoire romaine, datée de 1462 (fig. 198). Elle est tracée comme celle de PFENNING que nous voyons avec la date de i449 sur le galon de la housse du cheval d’une]Cruc(fixion de la Galerie impériale de Vienne1. Ce nom de Watreleus qui m’a été signalé par mon savant et aimable confrère M. Henry Martin , nous est connu comme celui d’un artiste de Bruges ayant travaillé pour le

reçoit pour élèves Pierre Meuwels en 7 1 ■ Nicolas Myleman en i475. Pierre van Merghele en 1 47 7 > Nicolas van Hontenesse en 1 48 1 . Il fut winder (juré) en 1472, i47^> 1 47 9 e*' 1 48 1 •

Cette signature se trouve ainsi absolument identifiée par les textes d’archives qu’on peut en rapprocher.

Ce nom de W aterloos est d’ailleurs celui d’une dynastie de peintres ; la mère de Rogier van der Weyden s’appelait Agnès de Wattrelos et dans l’inventaire de l’incendie de son chantier, le 3o août 1720, Boulle signale la perte d’un portefeuille d histoire et de paysages de Waterloo1.

1 465 . Lorsque nous parlerons plus loin des Heures d'Anne de Bretagne, on verra comment les Heures de Blairs, qu on croyait avoir également appartenu à Anne de Bretagne, étaient un simple fragment de manuscrit sur lequel le secrétaire du comte Philippe de Béthune avait tracé au xvu” siècle, pour en augmenter la valeur, une inscription mensongère. Le Livre d’Heures dit de Charles le Téméraire, conservé à la bibliothèque de Copenhague, porte une longue mention de la même main, l’attribuant à Charles le Téméraire; mais en plus, de la même écriture, au bas de la première miniature (pl. X), 011 lit :

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