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Courajod, Gazelle archéologique , t. X, p

LES MAITRES MINIATURISTES (i39i-XVI" SIÈCLE) a2g

rieur a i465, date de 1 émail de Filarète. Puis le voyage de Fouquet à Rome, où il fut appelé à peindre le portrait du pape Eugène IV pour l’église de la Minerve, fut effectué entre 1 443 et 1447. Si on veut bien réfléchir, il est difficile que notre artiste ait appris vers i44& de Filarète, qui l'aurait inventée seulement en 1 465 , une technique, cpie lui Fouquet utilisa en 1 46 1 au plus lard.

Enfin, nous ne saurions trop le répéter, même les deux médaillons lussent-ils contemporains, l’émail de Filarète est translucide, celui qu on veut attribuer à Fouquet est au contraire peint : de plus, il est d’une technique, l'enlevage à l’aiguille, qui fut seulement connue aux environs de i5oo. Fouquet était mort en 1481.

Tout cela est plutôt inconciliable, mais peu importe. La chose tout à fait douteuse pour M. Em. Molinier, encore hypothétique sous la plume de M. Marquet de Vasselot, devient à peu près certaine, sans aucune nouvelle découverte d ailleurs, sous celle de M. Em. Bertaux1. Dans cette légende, le recul au lieu d’atténuer les contours du mirage les précise au contraire, et dans l'Histoire de l'art enfin (t. III, p. 892), l’émail du Louvre est, sans hésitation, attribué à Jehan Fouquet.

Mais cette sérénité dans l’indifférence des dates les plus précises, des preuves les plus objectives, des arguments les plus scientifiquement historiques, n’est pas sans avoir ici un excellent côté. Puisqu’on prétend que Jean Fouquet a signé un émail qu’il aurait exécuté’, c’est donc qu il ne lui était pas interdit de signer ses œuvres ; et si on admet cette signature, même par erreur, n’est-ce pas reconnaître implicitement qu’il put signer d’autres œuvres?

Il est vrai, par exemple, que nous avons été avertis que les capitales romaines qu’on aperçoit dans les miniatures du Josèphe de la Bibliothèque nationale ne peuvent rien signifier.

Les Antiquités des Juifs, qui étaient déjà en 1402 dans la Bibliothèque du duc de Berry, mais dont 1 enluminure élait seulement com-

. Gazette des Beaux-Arts , 1908 (1), p. io4.

a3o LES PRIMITIFS ET LEURS SIGNATURES

mencée, comprennent deux volumes (ms. fr. 247 d ! 1 ■ a* 2ioi3 de la Bibliotli. nat.). L’un appartient à la Bibliothèque du Roi depuis le XVIIIe siècle; l’autre qui passait à Londres en 1 8 1 4 dans la vente Townley, fut découvert en igo3 et identifié par M. Henry Yates Thompson. Malheureusement, il n’avait plus que deux miniatures: douze manquaient ; sa sagacité en découvrit dans la bibliothèque de Windsor, dix. que le Roi d’Angleterre fit réincorporer au volume, avant de l'offrir le !\ mars 1906 à la France, pour cpiil pût prendre

place à côté du tome premier.

C’est dans ce volume que mon incrédulité m’a conduit à une curieuse découverte.

Dons une des miniatures de ce t. IL on peut lire sur la marche de « L’Empereur Auguste confie à Quirinus le gouvernement de la Palestine » (fig. 200), les mots:

ROMANO PLUMES précédés de SUM, je crois*. Je ne puis préciser ; car ce volume que je n’ai pu examiner naguère que bien rapidement, au moment de son arrivée, est maintenant de ceux qu’un arrêté

Fig. 200. — L'Empereur Auguste confie d Quirinus . . , . . . c * *1 1 T /1 t t

le gouvernement de la Palestine. Miniature du t. II ministeriel ClU DJU1Ü61 IQII llliei Q1L

de V Antiquité des Juifs, attribuée à Fouquet. On t . . .

lit sur la marche du palais l’inscription romano Jq COÏÏIÏÏIU ÎUCIUCT 9UX l rBVBlllGUrS .

plumes. *

(Bibl. nat., ms. fr. n. a. 3ooi3.) Qe nQm Je PLUMES 11 est pBS U II

inconnu pour nous; il est parfaitement Orléanais. On le trouve inscrit sur un des feuillets du Missel célèbre imprimé en 1 48a, à Chartres, conservé à la Bibliothèque nationale tout proche du Josèphe — coïncidence bien curieuse—; il porte cette mention: « Impressum Carnuti anno i48s, domo canonial i Pila m claustra, sumptibus Magistn Plume, ecclesiæ carnotensis canonici, per Joannem Dupré typographum. »

, . Le mot n’est pas visible dans la reproduction photographique de M. P. Durrieu.

LES MAITRES MINIATURISTES (i3()i-XVIe SIÈCLE)

La vente scientifique ni oblige a dire que les miniatures de ce t. II sont assez médiocres, et que les dithyrambes qui lui sont consacrés sont loul à fait exagérés, sauf pour la première grande page. Il y a sur les rayons do la Bibliothèque nationale deux cents manuscrits de beaucoup supérieurs. Ils viennent il est vrai, simplement de la Bibliothèque de nos anciens rois. Ses enluminures ne sont pas supérieures aux Heures de Commynes (Bibl. nat., ms. lat i4'7)- que leur technique, que leur art plutôt ordinaires, ne permettent vraiment pas de classer dans l’œuvre du maître1.

Ces lignes étaient nécessaires pour montrer que le principe de la recherche d'une signature de Fouquet n’était peut-être pas tout à fait illusoire. D'un côté en effet on admet la signature de l’émail Janzé, d'un autre, dans une des miniatures attribuées à Fouquet, on ht ROMANO PLUMES, nom d’ailleurs contemporain de Fouquet, que nous trouvons dans la souscription d'un incunable de la Bibliothèque nationale. Et si nous cherchions alors dans cette voie combien de noms d’enlumineurs de manuscrits nous retrouverions dans les premiers livres imprimés: CRAMER, ISALMER, HVSZl

Mais revenons à Fouquet, l’oublié, le méprisé, quoique, du xv° siècle avec François Roberlet qui l'appelle le « bon peintre du Roi », à Vasari dans la seconde moitié du xvi” siècle, nous le voyons célébré comme « lodalo pittore » : seulement là, sous le nom de Foccora, que tout le monde n’a pas idenlilîé.

Vraiment cet « oubli », ce « mépris », je ne les comprends pas très bien, même après avoir lu dans la biographie de Fouquet : « Tant qu’il vécut, pas un Français n'enregistra son nom, je ne dis pas seulement dans une Chronique ou dans des Mémoires, mais dans un écrit quelconque » (Le comte P. Durrieu, Annuaire-bulletin de la Société de l Histoire de France, 1907, p. 112).

D’où sait-on alors, qu’en i46i, à la mort.de Charles VII, Pierre de Hannes qui avait moulé le masque du Roi, se rendit à Paris où

1. Durrieu (Le comte P.), Académie des Inscriptions et belles-lettres, 9 juin 1906.

23a LES PRIMITIFS ET LEURS SIGNATURES

il pensait trouver Fouquet, — qu'en i46i . la Ville de Tours demanda officiellement conseil à Fouquet pour recevoir Louis XI à son entrée dans la ville, — que la réception ayant été contremandée, la Ville paya le 20 septembre à l'artiste une indemnité de cent sols tournois parce que les travaux n’avaient pas eu lieu, — que le i" août 1467, une somme de 45 livres tournois pour 4° escus d or est ordonnancée à l'artiste pour « la façon de certains tableaux que le Roi lui a chargés faire pour servir aux chevaliers de l’ordre Saint Michel, nouvellement prinse par icelluy Seigneur », — que le 24 octobre suivant Fouquet prenait pari à une assemblée de bourgeois de Tours, quen 1 472 > la veuve du duc d'Orléans lui commandait un Livre d'Heures et qu d recevait pour les frais d'un voyage de Tours à Blois, où se trouvait la Duchesse, 110 sols tournois, — qu’en 1 47 ^ • Louls XI préoccupé de préparer son tombeau demandait des projets et devis au peintre Fouquet, qui fut payé 22 livres, et ne tarda pas à voir remplacer son titre, « peintre de Tours », par « peintre du Roy » (i475)> — que vers 1476, Jacques d’Armagnac lui commanda les miniatures du Josêphe, — qu’enfin en i48i, ü était mort, comment, puisqu’il donne de si exacts détails, M. P. Durrieu peut-il écrire que, de son vivant, pas un Français, dans aucun écrit, n’a enregistré le nom de l’artiste? D’oii viennent alors tous ces renseignements? Et quand M. André Michel parle du pauvre méprisé, quand M. Marquet de Vasselol ne peut croire que les Italiens du xvT siècle daignaient se préoccuper d’un peintre gothique, c’est assurément qu’ils oublient qu’en i464 Filarète traçant pour François Sforza une page de décoration pour une cité idéale, termine son mémoire par ces mots : « Il y a aussi un Fouquet français; s’il vit encore, c’est un bon maître, surtout pour le portrait d après nature... », quen 1 47 7 ’ Francesco Florio, de passage à Tours, écrivant à son ami Jacopo Tarlati de Castiglione, compare Fouquet à Polygnote, à Appelle, que François Robertet en i488 écrit à la fin du t. 1 des Antiquités des Juifs: « En ce livre a douze ystoires, les troys premières de l’enlumineur du duc Jean de Berry et les neuf de la main du bon peintre

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et enlumineur du roi Louis XI, Jehan Fouquet, natif de Tours, » que Lemaire de Belges, dans sa Couronne Margarilique, vers i5o2, paile de bouquet « en qui tout loz s employé », et aussi, dans la Plainte de Désiré : « Fouquet qui tant a gloires siennes », qu’en i5ai, Jean Pèlerin dit le A iateur cite Fouquet parmi les peintres célèbres « decorans France, Allemagne, Italie », qu’en 1 556 le jurisconsulte tourangeau, Jean Brèche, le rapproche de Michel Colombe « quo cerle aller non fuit præstantior », que Vasari enfin, à propos du portrait d'Eugène IV, trouvé par h tlarète si vivant, le nomme Foccora lodato piltore .

Or tout cela n’est pas cependant découvertes bien nouvelles, puisque Bastard, qu'on oublie généralement de citer, dans son travail sur les Crosses, publiait dès 1857, bon nombre de ces textes relatifs à Fouquet1, et qu’au même temps Montaiglon les complétait dans les Archives de l’art français.

Parmi les pages enluminées les plus précieuses que la critique d’art est unanime à attribuer au « bon peintre de Louis XI », nous avons quatre merveilleuses miniatures provenant d’un volume de l 'Ancienneté des Romains, acquises par le savant collectionneur anglais M. IL Y aies Thompson.

Elles représentent le Couronnement d'Alexandre, me Bataille contre les Africains, le Passage du Rubicon, la Fuile de Pompée ci Pharsale.

Léi udit amateur 11e s est pas contente de faire reproduire les trois dernières en héliogravure, mais il a donné aux travailleurs les quatre, d apres les procédés tnchromiques l\ous allons immédiatement nous rendre compte de futilité de cette double reproduction.

Sur la première page, Alexandre cuirassé, assis sur un trône formé de deux lions et surmonté d’un dais, tenant dans sa main droite le glaive, est couronné par deux seigneurs revêtus de riches armures (pl. XI et fig. 201). Sous ses pieds, un tapis couvre les marches

1. Bulletin du Comité de la langue et des arts, t. IV (2), 1867, p. 674.

2. Thompson (Henry \ates), Facsimiles of two « Histoires » by Jean Foacguet f rom vols I and II of tlie Anciennetés des Juifs.... and « Faicts des Romains ». London, privately printed, 1903, in-P. — Jean Foircquet, etc., etc. Four photographie facsimiles (by three-colour Process), privately printed, London, 1903, petit P*.

De Mély.

du trône et descend presque jusqu’au bas de la miniature. A seneslre, est l'armée derrière deux capitaines debout au premier plan, dont

l’un s’appuie sur un long bouclier courbé (fig. 20/1). A dextre le peuple: au premier rang, vu de dos, un Oriental au vaste turban jaune, à la robe bleue, à la ceinture d’or.

De chaque côté du dais deux écussons d’or au lion de gueules assis dans une chaire de sable, tenant dans ses pattes un glaive la pointe en bas, également de sable.

La Bataille nous montre au premier plan des guerriers k pied, cuirassés de riches armures d'or, se ruant individuellement les uns sur les autres.

Au Passage du Rubicon (pl. XII), César, cuirassé d’or, lance au poing, sur un cheval dont la housse est brodée des aigles impériales, à la tête de son armée aux guidons impériaux, est au bord du lleuve, sur les eaux duquel une jeune fille debout, très vaporeuse, lui fait signe d’avancer. Un jeune homme nu, un torlil blanc flotlant autoui de la télé, un pagne blanc aux reins, est dans leau jusqu aux genoux et sonne de la trompe.

Sur un fond de paysage disposé comme un décor de théâtre où se voient au second plan deux armées en présence, Pompée, casqué, cuirassé d’or, un javelot renversé à la main, monté sur un cheval blanc au galop, s’enfuit de Pharsale (pl. XIII). Page d’une simplicité extraordinaire, de la facture la plus magistrale, dans laquelle rien ne distrait les yeux du sujet si artistement traité. Véritable tableau, un des plus étonnants peut-être de Fouquet, qui n'est pas ici depassé par l’admirable Saint Georges si vivant du Carpaccio de Venise.

Cliché Mély, d’aprè» «ne épreuve trichromique.

Fig. 201. — Le Couronnement d’Alexandre. Miniature détachée de V Ancienneté des Romains, signée jehan f. (Musée du Louvre.)

LES MAITRES MINIATURISTES (i39i-XVI- SIÈCLE)

Lorsque je parle avec une semblable assurance du pinceau de Fouquet, ce n'esl pas que, guidé par l’opinion générale, je m’incline aujourd'hui devant les hypothèses de la manière bien connue du maître ; j’avoue n’être pas si certain que cela de son faire. Mais je ne laisse pas une inscription de miniature, sans tâcher de lui arracher son secret.

Or des quatre pages dont nous venons de parler, une, la première, le Couronnement d'Alexandre, présente dans la bordure du baldaquin et dans les bandes du tapis une série d’enroulements décoratifs, qui semblent au premier abord des caractères cabalistiques, des hiéroglyphes comme on les appelle, sans signification, mais fort proches parents de la fameuse signature de Turrini, le célèbre orfèvre italien, qui la trace dans l’encadrement de la porte émaillée du tabernacle de Sienne maintenant au Musée d’Ambras à Vienne (fîg.

83). Alors nous apprenons là quelque chose de bien intéressant. Dans la photographie ordinaire que M. II. Yates Thompson fit exécuter, certainement par un des meilleurs opérateurs de Londres et qu’il a eu l’extrême amabilité de m'envoyer, on 11e distingue rien, mais là, rien (pl. XI); dans la trichromie au contraire, on voit très nettement tous les caractères (fig. 201 et 202). C’est que les enroulements sont tracés en or sur fond jaune et que seuls les écrans de la trichromie ont pu les faire venir. Ils visent à imiter l’arabe et j’avoue que je ne puis les expliquer.

ht pourtant voilà que dans un des angles du baldaquin, à droite je distingue des lettres françaises enlacées, dans un petit carré ; j’ai pu les grossir : en les détaillant, pouvons-nous lire autre chose cjue J.E.A.N., soit Jean P (fig. 202).

En poursuivant lettre par lettre l’examen du tapis, sur la face de la marche, sous les pieds d Alexandre, alors que tous les autres carac-

Cliché Mély, d’après une épreuve 1 1 i, hro inique.

Fig. 20a. — Signature jehan.

Détail du baldaquin de la miniature du Couronnement d'Alexandre.

tères pseudo-arabes sont horizontaux, voici au centre juste une lettre française verticale, isolée, qui est certainement une F (fig. 2o3).

Il me semble alors que si dans une miniature qui d'un avis unanime présente tous les caractères d’une œuvre de Jean Fouquet, nous trouvons un prénom, Jean, puis un F, seules lettres françaises au milieu d'un déroulement de caractères décoratifs, nous pouvons peut-être nous permettre de faire un rapprochement avec le nom de Jean Fouquet. (Voir aux additions les Heures de Louis de Laval, signées FOUQUET.

Et je ne crois pas mon hypothèse très imprudente. puisqu’;! peine l'avais-je exposée dans la

Fig. ao3. — La banda dn tapis lier lie archéoloqisous les pieds d’Alexandre

(fig. aol). Au milieu, F. (marg I g I 2),

que le Musée du Louvre s’empressait d’acquérir (29 mars 1912) le Couronnement d’Alexandre, dont je venais ainsi de montrer 1 intérêt extraordinaire.

Alors suit une autre remarque, d'une importance capitale. Ainsi donc seule la trichromie nous a donné l'inscription qui n’apparaît pas sur la photographie ordinaire. Mais voilà qu'à son tour la photographie ordinaire nous montre un monogramme sur le bouclier du guerrier du pre- H

Cliché Méljr, d'apres une épreuve ordins

mier plan, quand il est pour ainsi Ftc.loS. — Détail du Couronnement d’Alexandre

(Gg. 201), Sur le bouclier du soldat, A.

dire invisible dans la reproduction

trichromique. C’est un A (fig. 204), assurément la devise de la Maison de Bourgogne, comme l’A brodé sur le pantalon du valet de

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la première page du manuscrit français 724 de la Bibliothèque nationale, de Bello punico. Il n’y a donc pas lieu de s’y arrêter.

Seules, de ces lignes consacrées à Fouquet, il nous faut donc retenir le nom de ROMANO PLUMES, l'Orléanais qui très probablement exécuta les petites miniatures du t. II des Antiquités des Juifs, et JEAN F. que nous trouvons dans une miniature si probablement de la main du célèbre artiste.

La Bibliothèque de Dijon possède un Virgile dont l'enluminure est des plus intéressantes (ms. 4g3). Il porte la date de 1469, au fb 18. Il mesure 238 millimètres sur 200. Il est orné de deux grandes miniatures et de vingt-quatre petites au milieu desquelles on trouve répétés des écussons de gueules au chevron d’or à trois roses (?) d'or, deux en chef une en pointe; les dixhuit premières sont excellentes, les six dernières sont inférieures. Le frontispice est du plus grand art. Il représente un jeune prince assis devant sa tente entouré de ses hommes d’armes, regardant les murailles d’une ville qu’il assiège (fig. 2o5). Il est cuirassé, coitfé d’une toque de velours ; sur sa cuirasse un bliau bleu, semé de fleurs de lis d’or; sur l’étoffe de la tente était tracé un nom qui a été gratté. On pourrait y lire Peryez ou Periez. Quel est ce prince qui semble bien appartenir à la maison de Bourbon? Gilbert de Bourbon, comte de Montpensier né vers 1 443, fils de Louis de Bourbon et de Gabrielle de la Tour, qui remporta de grands avantages sur le duc de Bourgogne au combat de Bussy en 1470 et fut plus tard lieutenant général en Poitou sous Charles VIII. ou Pierre II de Beaujeu qui avait les bonnes grâces

Cliché Alély.

Fig. 205. — Un jeune seigneur devant sa tente. Miniature du Virgile.

(Bibl. de Dijon, ms. 493.)

de Louis XI dont il épousa la fdle Anne, en 1474? Son air jeune, ce nom même de Feriez, sur la tente, ne m’éloigneraient pas de cette dernière identification, toutefois très hypothétique. Au I" 19. une belle miniature, moins délicate cependant, représente le poète couronné de fleurs offrant son livre à un personnage respectable. Sur la poutre de l'appartement on lit l’inscription : bONA dIES SIX

YObIS AMEN.

Les enluminures des Églogues (fig. 206) sont de toute beauté, du style français le plus pur, dont nous retrouverons l’écho dans les

im admirables Heures de Mgr le duc de Cumberland (pi. XXII).

Au milieu de la dix-huitième miniature « Sic futur lacrymans », la dernière de la première sérié, toute entière de la même main, une inscription des plus délicates, or et blanc sur fond bleu, tracée certainement de la main qui a guidé le pinceau chargé d’or pour les rehauts de la peinture nous donne :

W. Bourbon (fig. 207).

Est-ce là le nom de l'artiste, Williaume, Wautier Bourbon, ou Vive Bourbon ? J’inclinerais plutôt à voir là le nom de l’artiste ; car si une Histoire de la Toison d'or, le ms. fr. 1 4 1 de Bibliothèque nat. , porte bien trois fois sur la première page : Vive Bourbon, c’est sur la première feuille de garde, et non pas dans une miniature ; ajoutons, la dernière d’une série. Enfin I ive est pour ainsi dire toujours écrit entièrement.

Cliché Mély.

. aotj . — Miniature des Eglogues de N irgilc. (Bibl. de Dijon, ms. 4g3.)

Cliché Mély.

Fie. 207. — Signature W. Bourbon dans une miniature du Virgile.

(Bibl. de Dijon, ms. 493.)

o. Le nom de Loyset L., c’est à dire Loyset Lyédet, tracé en caractères gothiques, se lit sur la boiserie de la miniature du frontispice

LES MAITRES MINIATURISTES (i3gi-XVI" SIÈCLE)

du t. IV de l’ Histoire de Charles Martel1, conservée à la Bibliothèque royale de Bruxelles (fig. 208). Pinchart avait naguère découvert, dans les comptes2, que le Songe du Vieux Pèlerin (Bibl. nat. ms. fr. 9200-9201), copié pour Philippe-

orné qui,

en 1 /|68-i /|6g, avait également orné de cinquante et une histoires un Renaud de Montauban. M. Henry Martin put alors identifier ce dernieravecun manuscrit de l’Arsenal3.

Lyédet fut également payé xvm livres pour une Vengeance de N. S.

Jésus-Christ que M. P. Durrieu a retrouvée chez le duc de Devonshire, au château de Chasworth ( Bulletin des Antiquaires de France, 12 mai 1909) ; il travailla à un volume des Chroniques de France, aux Faits et gestes du grand Alexandre (Bibl. nat. ms. fr. 22547), à un Quinte Curce qui passa par la bibliothèque du duc de La Vallière. Nous savons que la Vengeance de N. S. Jésus- Christ et les Faits et Gestes du grand Alexandre ont été écrits par Yvonnet le Jeune, et le Songe du vieux Pèlerin par Guyot d’Augerans de Bruxelles en 1 4 6 5 ; mais aucune signature jusqu’à présent, sauf celle du volume de Charles Martel, n’est venue confirmer ces renseignements d’archives. Les différences de faire qu’on constate dans les peintures, ne sont pas d’ailleurs sans laisser planer quelque incertitude sur cette documentation qui résulte uniquement de comptes. Mais l’examen des manuscrits a conduit alors le P. van den Gheyn, l’éminent conservateur de la Bibliothèque royale

1. Publiée par le P. van den Gheyn, Bruxelles, Vroment, 1910.

2. Pinchart (A..), Miniaturistes, enlumineurs, calligraphes employés par Philippe le Bon et Charles le Téméraire, dans le Bullet. des commissions royales d’art et d'archéologie de Belgique, i865, p. 474.

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