‹ Les primitifs et leurs signaturesChapitre 67 sur 149 · Musées et Monuments de France, 1907, p. G · texte numérisé non relu

Musées et Monuments de France, 1907, p. G

le- Bon, avait été après coup de peintures par Louis Lyédet

Cliché Mcly.

Fie. 208. — Détail de la miniature du t. IV do l 'Histoire de Charles-Martel, signée Loysct L. La comtesse Ludie reproche à Guibert de Lorraine le meurtre de son fr'crc Fromonl de Lens.

(Bibl. royale de Bruxelles.)

de Bruxelles, à constater que dans les plus belles miniatures et principalement dans celles de tête des volumes que 1 on sait avoir été payés à Loyset Lyédet, on retrouve presque invariablement un encadrement engrelé, composé de lignes de diverses couleurs — toujours les mêmes — ainsi disposées: noir, or, bleu, blanc, bleu, d’un

côté ; noir, or, rose, blanc, rose de l’autre côté. Les Chroniques de Charles Martel, le Renaud de Montauban de l’Arsenal de Paris (fig.

20g) et de Munich, les Faits el Gestes d’Alexandre, le Songe du vieux Pèlerin sont, à ce point de vue, absolument caractéristiques.

Partant de cette donnée, qu’il considère presque comme une

marque, à rapprocher ainsi de l'encadrement tricolore dont il a été question plus haut (p. 71), le P. van den Gheyn restituerait alors volontiers à Loyset Lyédet plusieurs miniatures de deux volumes de la bibliothèque de Bruxelles, le n° g3g2, l’Épitre d’Olliea à Hector de Christine do Pisan, écrite en 1 4 55 , et le 110 iog86, les Enseignements paternels de Guillebert de Lannoy.

Mais on ne saurait trop faire observer que si on présentait les volumes où se trouve cette marque, où se reconnaît même la main très caractéristique et très particulière de Loyset Lyédet, comme entièrement de sa main, on se tromperait étrangement. Ils sortent en réalité de son atelier ; il a exécuté généralement le frontispice et souvent quelques autres; mais la plus grande partie sont de second ordre, de ses élèves, de ses ouvriers. 11 suffît, pour en être con-

Fie. 209. •

- Première miniature du Renaud de Montauban, avec l’encadrement engrelé qui semble la marque de Loyset Lyédet.

(Bibl. de l’Arsenal, Paris, ms. 5072.)

LES MAITRES MINIATURISTES (i3gi-XVI' SIÈCLE)

vaincu, d’examiner le Renaud de Montauban, les Faits et Gestes d’Alexandre.

Pour retrouver un certain nombre de volumes sortis de son atelier, F Album de portraits de la Bibliothèque nationale, que vient de publier M. Couderc, sera des plus précieux. Les encadrements engrelés d’un certain nombre de planches nous guideront sûrement dans la découverte d une partie de l’œuvre du célèbre artiste.

1467. Nicolas, dont nous trouvons le nom à la fin d’une fort belle Destruction de Troie, richement enluminée (Bibl. nat. ms. fr. 254) (fig. 210), est un de ces nombreux artistes, donl, quoi qu’on en ait dit, une tierce personne inscrivit le nom sur le volume même.

Il porte en effet:

« Finy d’escripre le derrenier jour de juillet IIII* LXVII par moy Richard le Grand « ,

Au f° 169, sur la garde, en travers,

011 lit :

« Doibt mon compère Nycolas à cause de ung o. d'or fin XXX s. et de II o. d’azur XV s. : monte XLV s. et a baillé ce dit livre » (fig. 210).

Celui qui emploie ainsi l’or et l’azur, couleurs toujours payées à part dans tous les travaux d’enluminure et de peinture, ne peut quêtre, comme Remiet, comme Mahiet, comme Ancelet, comme Chevrier (p. 60), découverts par L. Delisle dans une identique mention et alors immédiatement acceptés par lui comme miniaturistes, que l’enlumineur même du volume.

De Mi-ly. q

Cliché Mély.

Fig. 210. Miniature de la Destruction de Troie, enluminée par Nicolas. Au-dessous la mention de Richard le Grand.

(Bibl. nat., ms. fr. a54.)

Il a été question tout à l’heure de Simon Marmion (p. 207) à propos du Missel de Pierre de Clugny. Castan, Mgt Dehaisnes, croyant voir dans le pavage un M. l’attribuaient au célèbre peintre de Valenciennes. Ils jugeaient donc que le grand artiste, qualifié dans les comptes d’écrivain et d'enlumineur avait pu, malgré l’interdiction légendaire, signer les manuscrits qu’il décorait. EtM.Wauters, nous l’avons dit, l’identifiait avec le « Maître de la Toison d Or ». Je dois y revenir parce qu’en 190g, dans le Bulletin des Antiquaires

de France, et dans la Chronique des Arts (p. 216), M. P. Durrieu, étudiant le Retable de Saint- Berlin, généralement attribué à Simon Marmion, annonçait cju il reconnaissait une analogie frappante entre les volets du retable, qu’il avait examinés il y a vingt ans alors qu’ils étaient encore à La Haye chez le prince de W ied, et les trois miniatures d un manuscrit de l'Instruction du jeune prince par Georges Chastelain, conservé à la Bibliothèque de 'Arsenal (ms. 5 10/4), dont il venait de faire une étude approfondie.

Malgré la différence qui résulte de l’emploi de procédés techniques dissemblables et de l’échelle des proportions, il trouvait que le sentiment général pour la pose et le dessin des personnages, l’expression des physionomies, le rendu de 1 architecture, le modelé des étoffes, certaines figures de jeunes gens debout, rendaient I identification probable, et il considérait que si dans le Retable on sentait la main d un miniaturiste, dans le manuscrit on reconnaissait un altiste habitué à peindre à l’occasion des personnages de plus grande dimension, tels qu’il s’en rencontre dans les tableaux. Si bien qu’il croyait pouvoir dire « que les deux œuvres d’art, quoique de nature diile-

Fig. 2

Cliché Mély.

. — Miniature de l'Instruction du jeune prince par Jean Hennccart.

(Bibl. de l’Arsenal, Paris, ms. 5io4-)

LES MAITRES MINIATURISTES fi3gi-XVI' SIÈCLE)

rente, tendent en quelque sorte l'une vers l’autre, par ce commun caractère hybride. »

Or, ce manuscrit a non seulement été exécuté pour Charles le Téméraire, dont il porte les armoiries (la croix de Saint-André en hâtons noueux), mais, une quittance du io septembre 1470, conservée aux Archives du Nord, permettait au savant critique de dire que les miniatures du volume étaient dues à « Jehan Hennecart, valet de chambre et peintre de M”r le duc de Bourgogne ».

Il en concluait que « 1 hypothèse d'une attribution des volets de Saint-

Fig. a 1 2.

Cliché Mély.

Miniature de l Instruction du jeune prince par Jean Ilennccart.

(Bibl. de l’Arsenal, Paris, ms. 5io4.)

Jean Hennecart s’harmonisait admirahlemen avec ces données ».

Mais un souvenir à vingt années de distance ne saurait vraiment valoir le rapprochement des documents eux-mêmes, à la même echelle. Les photographies des miniatures de / Instruction du jeune prince (fig. 2 1 1 -2 1 2) et d'un fragment du Retable (fig. 21 3) montrent que toute identification est absolument inadmissible. Qu on rapproche simplement la figure du manuscrit de 1 Arsenal où se trouve justement un personnage agenouillé à côté d’un personnage debout (fig. 211), du panneau do Saint-Berlin (fig. 2i3), qui pourra jamais admettre que c’est le même dessinateur qui a exécuté les deux sujets?

Fig. ai3. — Un des panneaux du Retable de Saint-Berlin.

(Musée royal de Berlin.)

Si je les donne, même sans être signées, c'est que les photographies du ms. 5io4 de l’Arsenal nous font ainsi écarter le nom d'Hennecart

du Retable de Saint-Berlin, et connaître en même temps le faire d’un artiste, dont une quittance nous revèle une œuvre certaine ; car elle est si peu considérable — trois miniatures — , si semblable dans ses différents sujets, qu'il n’eut certes pas de collaborateur.

En même temps, elles montreront que le rapprochement d'une Vierge délicate, appartenant à MM. Durlacber, publiée par M. J . Weale dans le Burlington Magazine (août 1910, p. 3oo) ne saurait davantage être accepté. Le charme qui se dégage de cette œuvre élégante n’a aucun rapport avec « la facture rude » que M. P. Durrieu est obligé de constater dans le manuscrit de 1 Arsenal.

Vers On a beaucoup parlé d'un peintre François, « egregms pictor Fran- 1470. ciscus », dont on voyait une belle page, pensait-on, ci 1 Exposition du Burlington Club en 1908 (ms. 225 et pl. CXLI) (fig. 2 4). De lui, nous ne connaissons que le prénom. M. Thuasne, 1 étudiant en 1898, dans la Revue des Bibliothèques, d'après une lettre de Robert Gagum, crut pouvoir regarder le manuscrit fr. 19 de la Bibliothèque nationale, comme une œuvre de son pinceau (fig. 21 5). Il semble inspire par le Retable de Beaune ; mais les pages qui lui sont attribuées ne nous donnent aucun renseignement objectif. Je ne devrais donc pas

Fig. ai 4- — Le Jugement dernier. Miniature attribuée à « l’excellent peintre François ».

(Exposition de Burlington-Club de 1908.)

LES MAITRES MINIATURISTES (i3gi-XVI" SIÈCLE)

en parler; cependant, comme j’ai pu en faire les photographies, on ne me saura pas mauvais gré, je pense, de les mettre sous les yeux des historiens d’art : peut-être permettront-elles plus tard quelque identification nouvelle, moins hypothétique alors que celle qui voudrait voir dans cet artiste un fils de Fouquet, qui s’appelait François1.

Cliché Mcly.

Fig. 2i5. — Le Jugement dernier. Miniature de la Cité de Dieu, attribuée à « l’excellent peintre François ».

(Bibl. nat., ms. fr. 19).

Le Mystère de la Passion (Biblioth. nat. ms. fr. 816) n'est décoré que dune miniature et de deux initiales ornées. A la dernière page nous pouvons lire : « Fait, escript et accomply par moi Jacques Riche, prêtre indigne, le lundy xxn* jour de février l'an mil quatre cent soixante et douze. »

Bradley, avec de très nombreuses références donne, à la date de i473, 1 inscription finale d'un Bréviaire enluminé de la bibliothèque Solgerschen de Nuremberg. L'artiste qui le signe 11e saurait vrai-

1. Voir à ce sujet, Catalogue de l'Exposition des Primitifs français (1904), p. 26. — Durrieu (Le comte P.), Chronique des Arts, 1910, p. 4oo. — Laborde (Le comte Alex.de), La Cité de Dieu, p. 399.

ment être considéré connue un humble: le distique qu’il compose se peut vraiment rapprocher des signatures les plus orgueilleuses que nous connaissions : celle du miniaturiste Ingobert (p. 4). des peintres Peter Wale1 2 et van Eycku du sculpteur Natalis3:

« Me fecit Apellis præclarus ab arte Johannes Bractis ab insigni stirpe vocatus erat. »

« Jean de Bractis, de noble race, célèbre dans l'art d’Apellc, m’a fait. »

1476. Joachim de Gigantibus, que nous trouvons en 1476 ou service de Ferdinand I de Naples, était originaire de Rothenbourg, en Allemagne. Il est cependant difficile d’être plus italien que lui.

Nous avons de sa main à la Bibliothèque nationale (ms. lat. 12946), un Commentaire de Platon par le cardinal Bessarion. Il porte en tête, dans un encadrement des plus délicats, composé de médaillons, d’amours, d’oiseaux qui se jouent dans les enfrelacts les plus fins, le titre de l'ouvrage. A la fin. dans un médaillon des plus simples au contraire, le peintre trace cette inscription qui rappelle celle des artistes du Haut Moyen Age (fig. 216).

A l’Exposition du Burlington Club de 1908, nous avons pu lire également son nom à la fin d’un Psautier de saint Jérôme (reproduit pl. CNXVI du Catalogue). La souscription est la suivante :

« Joachim de Gigantibus Rotenburgensis propria manu exscripsit et depixit die xjulii M CCCC LXXX III. » Lorsque je l’ai étudié naguère, je l’avais alors nommé Johannes de Gigantibus; M. Sydney C. Cockerell m’en a fait la trèsjuste remarque.

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