Annales archéologiques , t. VI
LES MAITRES MINIATURISTES (i39i-XVI' SIÈCLE)
Beaux-Arts, en 1866 ; M. Destrée, qui en commençait l’étude dans la Gazette des Beaux-Arts en 1887, pour la continuer dans la Revue de l'art chrétien en i8g4 ; M. Th. de Raadt, qui dans la Société d’archéologie de Bruxelles, en i8g4, se demandait si Gérard Horebout était bien le principal collaborateur du Bréviaire Grimani; M. Ed. Baes, qui, dans la Commission royale dart et d’archéologie de Belgique (i8go), y distinguait seulement deux mains, celles d'un maître verlichter (enlumineur) et de son aide, qui serait Gérard Horenbout; Ed. Chmelarz, qui le rapprochait des Heures de Maximilien, dans le t. VII (1888) du Jahrbuch der Kunsthislorischen Sammlungen des allerhœchsten Kaiserhauses (Vienne) ; le chanoine Dehaisnes, qui s’en fut l’examiner à Venise Pour le faire connaître à ses confrères de la Réunion des Sociétés des beaux-arts des départements à la Sorbonne, en 1 8g 1 ; le comte R. Durrieu, qui apportait de précieux renseignements dans la Gazette des Beaux- Arts en 1 8g 1 , dans le Bulletin des Antiquaires de France en i8g4, dans la Bibliothèque de l’École des Chartes en igo3, dans l'Almanach catholique de France (igo6) ; l’édition d’Ongania de igo3; enfin, l’imposant ouvrage qui a dernièrement paru à Leyde. sous la direction de MM. S. de Vries et S. Morpurgo. O11 trouvera dans l’œuvre de ces savants, toutes les opinions émises par des critiques comme Curmer, qui a reproduit plusieurs miniatures du Bréviaire dans ses Évangiles, Duplessis, le bibliophile Jacob, Labarte, Rio, Wauters, qui s’en sont occupés, mais en quelque sorte incidemment.
Ce qu on en a dit peut ainsi se résumer.
Memling est assez incertain ; cependant, dans les dernières publications (Ongania), 011 voit son nom imprimé au lias d’un certain nombre de miniatures. Combien ? Je ne les ai pas comptées. Peu importe en effet pour les lignes qui vont suivre : car je ne veux pas admettre les hypothèses dans une question qui doit et peut demeurer, pour être scientifique, essentiellement objective.
M. P. Durrieu pense que Marc-Antonio Michiel aura mal compris « Bening » dont on lui parlait, et aura écrit « Memling ». Voilà un nouveau nom qui apparaît ainsi dans l’histoire du Bréviaire. Les
artistes vont d'ailleurs devenir légion dans quelques instants, les écrivains d’art ne pouvant même pas s’entendre sur les origines du manuscrit.
D’aucuns prétendent, en effet, qu’il a été composé pendant le pontificat de Sixte IV pour son usage personnel, antérieurement par conséquent à i/|8/|, année de sa mort, tandis que M. J. W eale le croit écrit seulement après 1490. M. Ed. Baes le présume copié pour François de Busleyden, précepteur de Philippe le Beau, appelé en Italie en i5o6 par le cardinal Grimani ; il fixe la date de son exécution aux environs de 1Ô20. M. Destrée, enfin, suppose qu’il a été enluminé pour l’empereur Maximilien, auquel il n’aurait été livré que peu de temps avant sa mort, vers i5iq. 11 s’appuye peut-être sur la miniature d’une page des Heures de l'empereur Maximilien (Bibliothèque devienne, mss. 1907), publiée par M. Ed. Chmelarz, dont j’ai cité plus haut le travail ; on peut rapprocher effectivement la figure du saint Sébastien placée a côté d un portrait de Maximilien ,1 genoux, de celle du même saint qui fait face à saint Fabien dans le Bréviaire Grimani. Assurément, les deux saint Sébastien dérivent d’un même modèle, quoique celui du Gebelbuch de Maximilien soit très jeune, et celui du Bréviaire Grimani très vieux.
Pendant cette période de quarante années proposée ainsi à nos méditations, bien des peintres sont nés, ont brillé, ont disparu, ont été remplacés, ont été oubliés. Dès lors, le champ est ouvert et l'on entend prononcer les noms de Jean van Eyck, de Memling, de Gérard de Garni, de Gérard van der Meer, de Gérard Horenbout, de Gérard David, d’Antonello de Messine, de Lievin d’Anvers, de Lievin van Laethem, de Lievin de Witte, d Alexandre, de Paul, de Symon et de Lievin Bening. de Simon Marmion même. On parle aussi de Jean-Marie Bodino, de Giulio Clovio. qui, d’après Vasari, travaillait pour le Cardinal ; mais, pour ce dernier, ce n’est pas une preuve puisque le Cardinal acheta le livre termine.
En voyant des cignes sur une bordure (fig. 234) je me demande même pourquoi 1 idée n’est pas venue de le rattacher à l’œuvre d’un
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« Maître aux cignes » identifié par M. P. Durrieu avec Je « Maître des Heures de Boucicaut » .
Voilà donc bien des noms mis en avant. Je ne discute pas les bons arguments proposés, brillamment défendus; mais comme je ne connais, avec certitude, ni le faire, ni la biographie de ceux qu'on nous présente, je me garde d'entrer dans la lice. Je me borne à admirer ces identifications, qui ressemblent à celles dont je parlais dans mon Retable de Beaune' : C’est pour remplir un vide, et parce qu'on n’en avait pas d'autre à fournir, qu'on a choisi, pour le Jugement dernier de Beaune, le nom de Rogier van der Weyden, nous apprend M. Wauters. « Cherchons dans les anonymes des tableaux qui ne soient pas indignes de Mostaert, pour les lui attribuer», imprime M. Emil Jacobsen en 19071 2. Pour ma part je ne veux risquer aucune hypothèse sentimentale de ce genre.
Sur toutes ces études, cependant, plane un sentiment très curieux d’incertitude. Sentant avec raison combien est peu solide le terrain sur lequel ils s’avancent, les écrivains d’art dont nous venons de parler, s'ils 11e s’accordent pas sur les auteurs de ces miniatures, interrogent avidement celles-ci.
Mais « aucune ne portant leurs noms, ni leurs initiales, il est difficile de savoir de quelles mains sont telle ou telle page » (Dehaisnes). Aussi, quand l'un d'eux croit pouvoir rapprocher du Bréviaire une miniature d’Anvers signée G ou G II, et attribuée d’abord à Corneille (?) Horenbout, puis à Memling (??), ou bien les pages du manuscrit
Fig. a3 J. — Bordure d’une page du Bréviaire Grimani.
(Bibl. de Venise.)