Cabinet des manuscrits, t. I, p
LES MAITRES MINIATURISTES (i3gi-XVI" SIECLE)
logue général des manuscrits des bibliothèques publiques nous donne la description. Nous allons la résumer.
Manuscrit sur vélin de 3gg feuillets: hauteur 302, largeur 317 millimètres. Ecriture italienne du début du xvi' siècle. Riche ornementation. A chaque livre, grande peinture occupant la moitié de la page: le dessin est lourd, les couleurs fraîches; quelques légendes en français. Autour des peintures, riches encadrements de deux styles différents : les uns sont évidemment l’œuvre d'un ouvrier italien, les autres, l’œuvre d’un artiste français de l’école de Fouquet. Le volume contient dix-huit peintures. L’origine du manuscrit est inconnue. Il ne renferme ni armoiries, ni nom de possesseur. Seulement, au f° 3i [, dans l’encadrement, la devise suivante: Non confundas me. Domine, ab expectalione mea (Psalm., cxvm, 1 16). En outre les armes suivantes ont été peintes plus lard aux feuillets 1, 3 1 1 , 387: d'azur à un chevron d'or, accompagné en chef de deux palmes, en pointe d'un mont du même, au-dessus un chapeau d’évêque, une mitre et une crosse. Ce sont les armoiries d'Henri Arnauld, frère du grand Arnauld, évêque d'Angers de 1 64g à 1692.
Auguste Molinier, rédacteur de la notice, a parfaitement relevé tous les détails, mais sans les expliquer; nous en pouvons néanmoins faire notre profit. Ils nous permettent en effet d’identifier immédiatement le manuscrit. La devise qu'il signale est bien connue: c'est celle de Georges d’Amboise. On la retrouve dans les manuscrits lai. 2070, 58g 1 , 63g 1 , 6568 de la Bibliothèque nationale. Elle est un peu modifiée dans le manuscrit fr. 54, dont nous parlions tout à l’heure:
« Deusmeus. in tesperavinon confunclar ». Chassant, dans son Dictionnaire des devises, donne plusieurs autres devises adoptées par le cardinal; les voici, elles pourront servir à identifier d’autres manuscrits :
Nec me labor isle gravabit, à côté de deux clés en sautoir;
Non dormit qui custodit, à côté d’une grue qui dort tenant une pierre dans sa patte levée ;
Per aspera purpurescit, avec une plante de safran ;
Transivimus per ignem et induxisti nos in refrigerium.
Dès la première inspection nous sommes donc certains (pie le volume vient de la bibliothèque de Gnillon, où, du reste nous trouvons dans l'inventaire de 1008 un Josèphe, De Antiquilatibus J udeorum (n° 29) : dans l’inventaire de iobo, il est ainsi décrit : « Josephus, De
Anüquitatibm, en parchemin, richement enluminé et hystorié, couvert de velours noir » (n° 7 1) *.
D'ailleurs, notre très savant confrère le comte P. Durrieu n'a pas hésité, lui non plus, à le rendre à la bibliothèque du cardinal-légat2. Quant aux armoiries primitives, qui ont été grattées, et sur lesquelles furent repeintes celles d’Arnauld. elles devaient donc être celles du cardinal Georges d’Amboise : paie d or et de gueules de six pièces. Mais il n’en est demeuré aucune trace.
A. Mobilier constate fort justement que les encadrements sont de deux styles très différents : les uns italiens, on ne saurait y contredire ; mais on ne peut admettre cjue les autres soient de 1 école de Fouquet. Us sont incontestablement de l'école flamande, du style des artistes de Bruges qui ont enluminé les manuscrits de Louis de la Gruthuyse, entrés précisément vers cette époque dans la bibliothèque de Louis XII. Et nous n’ignorons pas l’influence flamande sur l'école rouennaise qui compta parmi ses membres, Guérard Louf, peintre-sculpteur en 1 4 79, Laurens d'Ypres (i465), Paul Mosselman, Gillet du Chastel dit Flament, Hennequin d'Anvers, Guillaume Basset8. Mais occupons-nous des histoires enluminées qui décorent ce volume.