Deville, Op. cit., p
Df. Mély.
à jieine à l'œil et ne donnent rien sur la plaque photographique1.
Dans la miniature du f° 178: « Comment le Prophète parla à Josaphat au retour de la guerre », dans l'herbe, devant les sabots du cheval, deux lettres: Se en noir sur le fond vert, assez difficiles à obtenir en photographie (fig. 281-282).
Dans la miniature du f° 371, dans la bande supérieure du trône sur lecpiel est assis Gaïus : cvHnn&HVSZ&RU (fig. 283-28/,).
Dans la miniature du f° 387, enfin, en travers des personnages, en lettres d'or : Cassins, Fadas. Claudius. Ces trois noms sonl facilement identifiables puisque la miniature orne le chapitre: « Comment après la mort d’ Agrippa, au-dessus du Claudius envoya Cassinus Longin pour succéder a
sabot du chc- J 1
d"1:jc«nasër- Marsus, et comment Phadus, indigné du meurtre des Fa" .Sutàturê Philadelphes, fit justice des chefs de la sédition. »
La première et la dernière des inscriptions s’expliquent tout naturellement. Mais comment expliquer les autres? Serait-il très imprudent de proposer de lire dans la première : [je]an PISEVR, c està-dire Jean Pichore, comme Bercheur, Bersuire, équivalent à Berchorius. Ce Jean Pichore, Pychore, Pinchore, le même d’après L. Delisle que Jean Pinchon, imprimeur-hislorieur à Paris de i5o3 à 1620 est l’artiste cjui enlumina les dessins faits par Jacques Platel pour les Chants royaux (Bibl. nat. ms. fr. 1 4&) que la municipalité d’Amiens offrit en 1017 à Louise de Savoie, cpii lors de sa visite, avait admiré les tableaux du Puy Notre Dame. On pourrait voir ensuite dans Se les deux premières lettres de Se[rpin]? En trouvant sous une miniature du ms. fr. 4°3 de la Bibliothèque nationale HUGUES de vi, L. Delisle n’a-t-il pas cru devoir présenter ce nom-là comme celui de Hugues de Viftonio]? L'abréviation est ici absolument identique : vi pour Yitonio, Se pour Serpin.
i . Je veux remercier lout particulièrement l’Administrateur et les Conservateurs de la Bibliothèque Mazarine des facilités tout exceptionnelles qu’ils ont bien voulu m’accorder pour faire les photographies reproduites ici.
LES MAITRES MINIATURISTES (i39i-XVI' SIÈCLE)
Cliché Mcly.
I,-ig. a83. — Claudius envoie Cassions succéder à Marsus. Miniature de N. Husz dans les Antiquités Judaïques .
(Bibl. Mazarinc, Paris, ms. 1 58 1 .)
Et celle miniature présente celte particularité très intéressante, de nous montrer dans le fond, cachée au milieu des arbres dans un paysage très caractéristique, une petile maison normande, dont les pans de bois. les 1 01 1 s , la cheminee ne peuvent avoir élé exécutés cjue par un artiste du pays. Un Normand ne peut s’y tromper.
Si je propose dans la quatrième inscriplion de détacher les lettres centrales N & hvszd. c'est-à-dire N. hvsz d [elineavit], je sais l’objection qui va tout de suite m’être faite : « De quel droit choisir ainsi des lettres, et laisser les autres de côté sans explication ? ».
Mon Dieu, ici. la chose me semble très simple. Nous savons que Nicolas Itusz, très probablement de la famille des Husz, imprimeurs très connus de Lyon, dont le nom rappelle celui de la ville de Husz en Hongrie, a travaillé à cette époque avec Jean Pichore et Jean Serpin, pour Georges d'Amboise. Or nous
trouvons ici précisément d’abord l'initiale de son prénom : n — détachée — , puis, un nom, hvsz : c'est une présomption admissible, je pense. Si, après avoir lu le D, delineavit, je laisse de côté le reste de l’inscription, ce n’est pas que je suppose qu elle ne signifie rien: simplement, je ne la comprends pan ; pas plus que bien d autres qui demeurent encore inexplicables, — ce qui n’est pas une raison cependant pour dire qu’elles ne signifient rien. En tout cas, comme les deux premiers noms, Jean Pichore et Serpin, isolés, confirmés par des textes d’archives, paraissent indiscutables, le dernier, N. Husz, leur associé en i5o2, pourrait avoir bien des chances d’être également authentique, puisque les noms de ces trois artistes sont unis
Cliché Mély.
Fig. 284. — Signature de N I1VSZ. Détail do la miniature précédente.
dans les comptes de cette année-là. Dès lors on peut, d'après ces signatures, proposer, je crois, de reconnaître ici l’œuvre signée des trois miniaturistes employés en i5oi-i5o2 par Georges d'Amboise : Jean Pichore, Jean Serpin et Nicolas Husz.
i5o5. Les Heures de la Princesse de Croÿ appartiennent aujourd’hui à M8' le duc d'Arenberg.
Autrefois il en avait été question, mais on en avait perdu la trace. C'est en allant étudier l’admirable tête du Laocoon' , une des merveilles du palais d’Arenberg, que je les ai retrouvées à Br uxelles.
Elles portent dans le classement de la bibliothèque du Palais, le n" jS. C'est un volume relie en velours grenat, dont les feuillets mesurent 207 mm. de hauteur sur i5o mm. de largeur. l écriture 10.1 sur 73.
En tête, un calendrier, dont le texte est encadré de paysages délicats, représente les mois et leurs occupations. Les quatre Evangiles commencent p. 22. Ils débutent par quatre lettres où sont représentés les Evangélistes. L’Evangile de saint Jean a pourbordure plusieurs scènes de \ Apocalypse : dans le bas les Quatre Rois galopent vers la mer: plus haut, la Bêle, dragon rouge à deux pattes et à sept têtes s'élance vers la Vierge, qui, dans les nuages, implore le Père éternel en lui présentant son Fils. Cette jolie page, d'une finesse extrême, rappelle tout à fait le feuillet de droite du triptyque de Memling de 1 hôpital Saint-Jean de Bruges. Au f°2, les armoiries la maison de Croÿ, avec la devise : « Je soubstiendrai Croÿ ». Du P 16 v° au f° 22 v°, les marges sont ornées de bijoux d or ciselé, deux par page, qui semblent attachés au parchemin par
1. Mély (F. de), La Télé du Laocoon d'Arenberg [Monuments Piot, t. XVI | . Paris, Leroux, 1904, in-4°, av. 2 pl.
Cliclic Mély.
Fig. a85. — La signature de 1 AN de ROME, avec la date ANO MDV, dans la Circoncision. Miniature des Heures de la princesse de Croÿ. Détail de la fig. 290
(Bibl. de Mgr le duc d’Arenberg, Bruxelles.)
LES MAITRES MINIATURISTES (i3gi-XVI" SIÈCLE) 349
une épingle simulée. Viennenl ensuite des fleurs incomparablement dessinées, une par page. Au f° 28 v°, les bijoux reprennent : au bas du f° 36 r°, est un A majuscule d'or, suspendu par un anneau à une épingle qui paraît traverser le vélin : au f° 3g v°. les écussons de France et d Angleterre, surmontés d une couronne ducale (peut-être York?). A ce folio commence, dans les marges, une suile de petits oiseaux, toujours un par page, colombes, geais, paons aux couleurs invraisemblablement viv antes. Ensuite viennent les Grilles, ces animaux fantastiques aux corps de bêles, aux pattes d’oiseaux, aux cous longs el minces surmontés d une tête humaine ; puis, de nouveau, reviennent les fleurs; puis, toute une suite d instruments de musique qui commencent au f° 119 v°.
Au f° 101, deux écussons peints au xviiT siècle, le premier de gueules à trois roses d’or à cinq pétales qui est Arenberg, le second d’or, à la bande échiquetée d’argent et de gueules qui est La Marck. Le bas du f" 10 !\ v“ est décoré de
deux délicats profils d'homme et de femme se regardant, en camaïeu d'or sur fond brun très chaud ; dans le haut du médaillon on lit oer (fîg.
287). Enfin, du f“ i43 v° au f“ 180, cii.hé Mci,. foutes les scènes de la Danse macabre
Fig. 287. — Médaillon dans les Heures de la Princesse
de Cmy. avec l'inscription OEH. sont représentées dans une suite de
(Bibl. de Mgr le duc d’Arenbcrg, Bruxelles.) 1
petits bijoux d’or dune exquise finesse, qui semblent couverts d’émaux translucides.
Seize miniatures hors texte forment la décoration du manuscrit.
Aux f“ 1, le Christ bénissant (fig. 286) : 25, le Père éternel
Clichc Mély.
Fig. 286. — - Le Christ bénissant. Miniature des Heures de la Princesse de Croÿ.
(Bibl. do Mgr. le duc d’Arcnberg, Bruxelles.)
Fie. 288. — La Visitation. Miniature des Heures de la Princesse de Croÿ.
(Bibl. de Mgr le duc d’Arenberg, Bruxelles.)
soutenant son fils au-dessus duquel plane le Saint Esprit (fig. 2g3):
27. l’Annonciation : 36, la Visitation (fig. 288): 5g, la Nativité (fig. 28g): 64, la Fuite en Egypte (fig. agi): 6g, la Circoncision (fig. 2go) : 80, la Mort de la Vierge (fig. 2g2) : 86, l’Enfance du Seigneur : g4, 1 Assomption : 101. la Crucifixion : 1 i 1 . la Messe de saint Grégoire:
1 ig, Bethsabée au bain : 142, la Mort du Juste: 181, une Picla (fig. ag4) : ig5, la Trinité.
Il n’est pas utile de se préoccuper de la place des miniatures, de leurs rapports avec le manuscrit lui-même, de les comparer à la décoration des pages écrites. Elles sont en effet toutes étrangères au volume, toutes découpées dans d autres manuscrits, rapportées et collées la plupart sur des feuilles de papier, entourées de charmants encadrements postérieurs pour les unifier de taille, mais qui eux-mêmes n'ont qu’un vague rapport avec la facture des miniatures.
Celles qui ont les plus petits personnages comme la Messe de saint Grégoire et Mort du Juste sont les plus grandes, elles n’ont pas eu besoin d encadrement ; celles qui ont des personnages plus gros proviennent certainement d'un Livre d’Heures de plus grand formai, dans lequel elles occupaient une place moins prépondérante, dans un encadrement plus important. Elles sont dans un entourage rapporté.
C’est ce que fil Bossozel, lorsqu'il se servit des bois de Jean
Cliché Mcly.
289. — La Natioitê. Miniature des Heures de la Princesse de Croÿ.
(Bibl. de Mgr le duc d’Arenberg, Bruxelles.)
Fig.
LES MAITRES MINIATURISTES (i39i-XVI# SIÈCLE)
Trechel, gravés en i4g3 pour l'édilion du Térence. Comme sa justification était de i/|0 mm. au fieu de 120, il adjoignit à droite et à gauche, aux vieilles planches, des petits hois étroits i5 mm. représentant des maisons*.
De mains aussi différentes qu'impossibles à rapprocher, elles peuvent être classées en cinq catégories très nettes.
Les unes sont essentiellement flamandes et encore archaïsantes :
parent du Christ de Quentin Matsys du Musée du Louvre et si différent du Christ si français de Fouquet des Heures de Laval dont nous parlerons plus loin. Dieu le Père soutenant son Fils (fig. ag3) que nous retrouvons identique dans le tableau n“ 33 du Musée do Lille, attribué à Jean Bellegambe, avec les armoiries de Jacques Coëne, et la Trinité; elles sont placées dans un encadrement rapporté. D une autre main, la Messe de saint Grégoire, la Mort du Juste, qui, de la justification du manuscrit, ont été simplement collées sur une feuille et insérées dans le volume ; elles ne sont pas de premier ordre. L 'Annonciation. F Enfance du Seigneur. F Assomption de la Vierge, la Crucifixion sont très médiocres; enfin Bethsabce au bain. beaucoup plus tardive, est franchement ordinaire.
Cette énumération faite, nous restons alors avec six miniatures, admirables, (pii peuvent avoir dans Fart de l’enluminure des rivales, mais point de supérieures: la Visitation (fig. 288), \a Nativité > (fig. 289). la Circoncision (fig. 290), la Fuite en Égypte (fig. 291), la Mort de la Vierge (fig. 292) et une Pieta (fig. 294).
le Christ bénissant (fig. 286), si proche
Cliché Mcly.
Fie. 290. — La Circoncision. Miniature des Heures delà Princesse de Croy. signée par Jean de Rome. (Bibl. de Mgr le duc d'Arenberg, Bruxelles.)