Marlin (Henry), Le Térence des Ducs, p
Pour montrer immédiatement le charme si personnel qu elles dégagent, je veux rapprocher de la Mort de ta 1 ierge (fig. 292) le van der Goes si émouvant du Musée de Bruges, et de la Fuite en Égypte (fig. 291) celle que nous trouvons dans les Heures du brtlish Muséum (ms. add. i8855), à laquelle elle est si supérieure (fig. 279), enfin
celle du manuscrit, si vraiment exquis, des Heures Branicki (fig. 3io el pl. XXXIII). On le voit, les Heures de la Princesse île Groÿ sont au tout premier rang des œuvres d’art du commencement du xvi° siècle.
Ces pages merveilleuses, que je suis retourné étudier trois fois à Bruxelles, m avaient dès le premier jour posé un problème captivant. De toutes les miniatures, une seule a des inscriptions: la Circoncision (fig. 285 et 290). Si sur le bonnet du vieillard Siméon, dont le nom est écrit sur la manche de son vêtement, on peut lire « Nunc dimittis » premiers mots du verset 29 du ch. 11 de I Evangile selon saint Luc, il y a au-dessus, comme
AN
un camée fixé au bonnet : MO, tandis que sur le galon du bonnet
DV
du personnage qui lient le cierge, à côté, on peut lire, en or bruni sur or mat. IA8R0ME (fig. 285). Que signifiaient ces mots ?
Or, en causant devant la miniature avec M. Laloire, comme je me demandais si rome ne voulait pas dire que le manuscrit avait été exécuté à Rome, quoique présentant les caractères les plus flamands, il me fit tout à coup observer que ia équivalant a ian. nous devrions peut-être bien lire simplement: ian rome, nom du grand peintre de Marguerite d’Autriche, que les travaux de MM. Al.Pinchart',
Fie. 291. — La Fuite en Egypte. Miniature des Heures de la Princesse de Cray.
(Bibl. do Mgr le duc d’.Vrcnborg, Bruxelles.)
. Bulletin des Commissions royales d’art et d'archéologie de Belgique, t. IV, p. 33 1
LES MAITRES MINIATURISTES (i3gi-XVI‘ SIÈCLE) 353
A. -J. Wauters1, J. Destrée* sur les tapisseries conservées aujourd hui au Musée du Cinquantenaire de Bruxelles ont remis en lumière. C’est chez eux que j’ai trouvé les détails qui suivent.
L arliste s appelait Jan van Roome, Jan de Ron, Jean de Bruxelles ; on a même, m’apprend M. Loloire, la forme ^ [C/\
La plus ancienne mention que l'on 'ait de lui est de 1498. A cette date, il fait parlie, avec sa femme Marguerite, de la confrérie du Lys, à l'église Saint-Géry.
En i5io, il est au service de la Cour etfournit à Marguerite d’Autriche, dont il est le peintre en titre, le modèle de onze statues destinées aux salles du Palais de Bruxelles, dont on retrouve, dit M. A. -J. Wauters, une représentation dans la tapisserie de Y Histoire de David conservée au Musée de Cluny.
En 1 5 1 3, il fait, pour la confrérie de Saint-Laurent de Louvain, le modèle d'une tapisserie représentant la Communion d’Herkenbald, aujourd'hui au
Fig. 29a. — La Mort de la Yierrje. Miniature des
Heures de la Princesse de Croÿ.
(Bibl. de Mgr le duc d’Arenbcrg, Bruxelles.)
Musée du Cinquantenaire de Bruxelles. Les comptes de la confrérie nous en ont conservé la mention, ainsi que le nom de ses collaborateurs : « Meester Jan van Brussel fournit le projet, Philip den schilder
[le peintre] lit le modèle, Lyon, le tapissier, exécuta la tapisserie. » Lu 1 5 1 6, il livre les modèles en grisaille, de grandeur naturelle.
des trois mausolées de Brou dont Louis van Boghen avait donné les dessins; ils furent exécutés par Conrad Meyt3 (voir p. 38i).
1. Un arliste oublié : Jan van Roome dit Jean de Bruxelles, peintre de Marguerite d'Autriche, Bruxelles, iqo4, in-8°.
2. Maître Philippe, étude suivie d une note à propos de Jean de Bruxelles, dit Van Boom, Bruxelles, V romani, igo4, in-4°.
3. Jahrbuch der Kün. Preussischen Kunstsammlungen, igoS, p. 2.
De Mèly.
En 1 520-21, il prépare le carton du vitrail offert par Charles-
Quint à l'église Saint-Rombaut de Malines (aujourd’hui détruit). Cette même année il exécute, également pour l’Empereur, les modèles de vingt-sept sceaux, et Marguerite d’Autriche l'appelle: « Nostre amé maislre Jehan de Bruxelles ». C'est très probablement à lui que fait
allusion Albert Dürer, en i52i, quand il dit avoir donné, en quittant Bruxelles, « quatre gravures et un sol de gratification à l’apprenti de Maistre Jehan ».
Nous venons de voir qu'il s’occupe de tapisseries. Outre le document dont il a été lait mention au sujet de la Communion d'Herkenbald, la tapisserie de YHisloire de David, également au Musée du Cinquantenaire, nous donne deux fois la signature de l’artiste : I a n de ron au col et au bas du vêtement du soldat qui est au centre (fig. 2g5). A droite, sur le galon de
l'emmanchure on lit une inscription : sehtea.
nruxeucs.^
1 inscription pectorale oeiav, les lettres, transposées par les tapissiers, aeiov, devise de l’Autriche : Auslriæ Est
Imperare Orbi Universo, ou, suivant l'inscription de la coupe de Frédéric IV : Aquila Ejus Juste Onmia Vincit1 .
Et pour bien montrer que le nom de Jan de Ron est parfaitement
une signature de peintre et non de tapissier, nous pourrons lire dans une autre tapisserie, encore au Cinquantenaire, le nom de « Philip »,
le peintre — écrit par phi et non pas fi, orthographe dont nous avons constaté l’importance à propos des Très riches Heures du duc Jean de Berry (voir p. 1 53) — sur le bord du vêtement d'un des vieillards de la Descente de Croix. Enfin M. Destrée signale une tapisserie repré-
i. Gazette des Beaux-Arts, 1876 (1), p. 220.
LES MAITRES MINIATURISTES (i39i-XVI" SIÈCLE)
sentant Jésus sur le chemin du Calvaire, signée Pierre van Aelst* [Peter Coeck van AIslool, i5o2-i55o]. Ainsi donc, les tapissiers traînaient
parfois dans leur lisse le nom du peintre qui leur avait fourni le projet ou le carton.
N avons-nous pas trouvé naguère, ainsi gravé sur le mausolée de Hermann de Ilenneberrr, à Roemhild,
fondu par Peter Vischer qui jusqu'à ces derniers temps en avait tout l'honneur, les initiales MFWSI5C, c'est-à-dire, suivant M. Stasiak, « Me Fecil Wiltus Sloss i5oo », qui en avait donné le modèle2?
On veut encore attribuer à Jean de Rome les cartons de la Procession de Notre- Dame du Sahlon (fig. 296), datée de 1 5 1 8, au Cinquantenaire, qui fait partie de la suite incomparable des dix-huit tentures de 1 Histoire de la Vierge miraculeuse du Sahlon, exécutées à la demande du seigneur de Tour et Taxis, percepteur des postes de Charles-Quint à Bruxelles, sur
Fig. ag4. — Pieta. Miniature des Heures de la Princesse de Croÿ.
(Bibl. de Mgr le duc d’Arcnbcrg, Bruxelles.)
laquelle on voit les portraits du donateur, de Charles-Quint, de
Ferdinand son (rère, de Marguerite d'Autriche et de ses trois nièces: Eléonore, future reine de France, Isabeau, future reine de Danemark et Marie, future reine de Hongrie. Puis encore, une tapisserie, }'énus
et Cupidon, qui vient d entrer au Louvre et que M. G. Migeon a décrit dans les Musées de France (n° 2, 1911), en signalant le nom de Jan van Rome.
Et, ajoute enfin M. A. -J. Wauters : « Jan van Roome fut le créateur de types très originaux et très personnels; il a tenu à la Cour de Bruxelles le rôle de Ghirlandajo à Florence; il nous a laissé toute une série de femmes, fines, élégantes, gracieuses. Son style et