LES SACRIFICES HUMAINS CHEZ LES KHONIZZSS
Linguistes et antliropologistes, chacun pour ^^^ partie, ethnologues et mythographes, trouvent ^:::'U trouveraient riches matériaux à exploiter dans Ja contrée de l'Inde, qui reçoit les eaux des mon. *s Vindhya et Adjanta, pour les déverser dans le golf^ du Bengale par la Maha-Nadi et la Godavéri. Cet*^^ région de beaux paysages et de campagnes fertil^^ pourrait être largement peuplée, n'étaient de vast^^ marais répandant au loin, sous un ciel torride, leur^ miasmes empoisonnés. Les habitants de la plaint doivent s'en tenir éloignés pendant six mois, et le^ Européens pendant neuf. De vastes cantons n'ont jamais été habités (fue par des peuplades primitives, qui vivent en communautés généralement isolées, ne se rattachant que par de faibles liens aux voisines de même nom ou de même race. Une barrière de montagnes entoure le plateau légèrement ondulé, parsemé de superbes rochers granitiques, dont les uns s'élèv(»nt en masses arrondies, et les autres on fragments ruinoux, de formes fantastiques.
En tant qn'autoclitone, l'agglomération ethnique dont s'agit rs\ coasidérée comme d'origine anté-
KHO\DS ET KHANDE. 291
ricure aux Aryas et même aux Dravidiens. Elle se subdivise en milliers de clans (i) que nous n'essayerons pas de classifier, même sommairement; il nous suffit qu'on les désigne sou& rappellartton collective de Kolariens, dérivée du peuple Kolh ou Cole, d'où le mot de couli, qui appartient à la langue franque internationale (2). La partie orientale du plateau s'étend à une hauteur moyenne de 6 à 700 mètres, sue une surface de 7.000 kilomètres carrés. Elle est habitée par un million d'hommes, parmi lesquels plus de moitié appartiennent à des tribus sauvages ou demi-sauvages, se subdivisant en deux grandes classes, les Ouraons et les Moundahs ; ces derniers les plus anciens, s'il faut en croire la tradition. Dans ce maçma humain, on entend répéter des noms plus fréquemment que d'autres : Sonthals, Bhils, Bhoumis, Hos, Birhors, Sourahs, Khérias, Koréwars, Dchouangs ou Pattouns, Larkas, Gonds.
Les Khonds, auxquels nous donnerons une attention particulière, ont pris le nom de leur épée, la khande, dont ils ont leur manière de jouer. On fait aussi dériver leur nom du mot tamil koundrou, la colline. Ce seraient donc les gens du haut pays. Euxmêmes se disent Kous (3). Au nombre de deux cent cinquante à trois cent mille, ils se groupent sporadiquement autour de Boustar, Tchinna Kinnedy, Djeypour, Gounisor, Boad et Despalla, leurs forteresses et principaux centres.
(i) Beverloy.
(2) Campbell. Cependant Reames, une aut.orilé en la matière, conteste cette ètymologie : « M'est avis, dit-il, que la connexité qu'on a voulu établir entre le Kolh et couli est purement imaginaire. »
(3) Caldwell.
Les conquérants font de droit l'histoire de leur conquête, et pour mieux se couvrir de gloire, aspergent les vaincus d'ignominie. A quoi n'ont pas manqué les Aryas en- leurs légendes et traditions. De ces récits, lus avec critique, il ressort que les envahisseurs trouvèrent une résistance longue et opiniâtre. Sans doute, les indigènes se défendirent avec courage, leurs revers alternèrent avec des succès et ils ne furent entièrement subjugués que sur le littoral et dans le bassin du Gange ; sur les premières collines, ils furent vassalisés et dans le haut pays, pas même entamés. N'ayant pu les vaincre ni les asservir sur toute la ligne^ le conquérant se vengea en les appelant singes, nagas, serpents, géogènes, en les confondant, de propos délibéré, avec les léopards et autres animaux, patrons des totems. L'immigration inonda la grande plaine, y implanta la race et la langue des Aryas, leurs doctrines et pratiques, mais ne remonta pas très avant dans les vallées. Le flot ne dépassa guère les premiers contreforts; le bruit des batailles ne pénétra pas jusqu'aux hauts pâturages. Le choc des armes, les rumeurs des révolutions, le fracas d'empires s'efTondrant, ne réveillaient pas les échos de la combe profonde; le tigre des jungles, le crocodile des marais, les démons de la peste et de la fièvre défendaient la négraille. Une abjecte misère protégeait ces créatures, qui ne possédèrent jamais rien qu'il valût la peine de piller- Et la situation se perpétua. On aurait cru que les indigènes n'ayant pas d'organisation politique proprement dite, n'étant groupés qu'en hameaux et villages de faible population, organismes lâches et sans cohésion, succomberaient à leurs dissensions intestines, aux moindres attaques de l'extérieur. Cependant ils ont survécu aux États qui les enclavaient,
ETAT FEODAL.
^^^oique ou parce que ne s'élevant pas jusqu'à la ^^tion d'État.
Ce n'est pas que plusieurs de ces Kolhs et de ^^^ Khonds ne dussent reconnaître la suprématie ^ Opjssa, fière de ses guerres et conquêtes, de ses gloires et victoires, et qui déploya sa plus haute splen- ^^ur au temps de Charlemagne et de Haroun al /^sischid. Pendant une dizaine de siècles, du v« au ^Vi», ce royaume imposa aux peuplades inférieures ^nmorfiisy/ye/ic// qui survécu ta sa chute, se perpétua Sous la dynastie musulmane de Delhi, et subsiste plus ou moins sous la domination anglaise. Le souverain, sorte d'empereur féodal, commandait à des maharajahs, rajahs et zémindars, à des païks, au nombre de i5o à 200.000, vassaux inégaux en pouvoir, richesse etautorité, autant que dans le Saint Empire furent magnifiques ducs et marquis, illustres comtes, puissants barons, petits sires, minces seigneurs bannerets, mais tous chevaliers et gentilshommes, qui, — à l'armée, étaient les « hommes de l'Empereur », — à la cour, ses serviteurs, — et, sur leurs terres, des maîtres indépendants qui exerçaient les droits de haute et basse justice. Le sceptre du suzerain d'Orissa pesait sur les grands feudataires, lesquels faisaient pression sur les moindres; les derniers se dédommageaient sur les indigènes planicoles, entre autres, sur les pauvres Sourahs, flui, tombés en dur esclavage, furent traités en ilotes. Protégés par une première ligne de marais, les Kolhs et Khonds des coteaux avaient la paix, mais à condition d'apporter aux rajahs quelques f^roduits des jungles, et de fournir aux temples et |iux domaines seigneuriaux un travail qu'on ne payait point, d'où leur nom de velliahs, ou corvéables. Quant aux congénères du haut pays, les
fièvres, en sentinelle devant le boulevard des bois et marais, assuraient leur indépendance. Dans la plénitude de leur liberté, ils contractaient des alliances avec les hobereaux du voisinage, au service desquels ils s'engageaient volontiers pour une campagne ou deux. Le sol, médiocrement cultivé, nourrissait mal une population parsemée, que décimaient un climat insalubre, les infanticides, des escarmouches fréquentes entre clans et tribus. Tous les ans, des émigrantsdescendaient, descendent encore, aux basses terres pour y trouver à vivre ; ils se casent suivant leurs castes et métiers, se font bûcherons, manœuvres, matelots, messagers, commissionnaires ; prennent du service comme domestiques, pâtres ou bergers. Les uns s'enrôlent dans les bandes du crime, les autres dans l'armée de la répression. Jusqu'aux derniers temps, leur grande ressource' était de s'engager chez les Paiks, ou vassaux de la couronne, en qualité d'archers et soldats, à la façon des Suisses montagnards, qui se louaient, comme lansquenets ou gendarmes, au plus offrant et dernier enchérisseur, qu'il s'appelât pape de Rome, Venise ou république de Florence, roi de France ou empereur d'Allemagne. De tout temps, on recherchait les Khonds comme miliciens; les princes ne voulaient qu'eux pour gardes du corps, donnaient bon prix de leurs services, car on les connaissait pour sobres et infatigables, on les savait de racé martiale, intraitables sur le point d'honneur, ponctuels à tous engagements, prôts à se faire hacher plutôt que manquer à la parole donnt^e. On ne pouvait qu'apprécier la bravoure éclatante, la vaillance chevaleresque de ces hommes qui partout sollicitaient le poste du (langer, ou même le réclamaient comme leur droit, et s'attachaient passionnément à