‹ Les primitifs; études d'ethnologie comparéeChapitre 106 sur 149 · ORIGINE DU SACERDOCE · texte numérisé non relu

ORIGINE DU SACERDOCE

tueurs, flûleujx et tambourinaires. Sorcier et saltimbanque, prêtre et bouffon, filou et artiste, le person- JTxage est complet. Les pauvres Badagas ont imaginé cie lui faire boire du lait en certaines occasions, per- ^ iiadés que ce breuvage si blanc et si pur, sorti des ^\ancs d'une vache, honnête créature, lui blanchira l*âme, lui inspirera la candeur. Le Couroumba se laisse faire. II nous rappelle et les sauvages Thessa- 1 iens auxquels les civilisés de l'antiquité attribuaient d'effrayants pouvoirs, et ces Juifs du moyen Age dont le nom infecta longtemps le démonisme, ces Juifs que le synode d'Elvira interdit aux fidèles d'ap- X>eler à la fin d'incanterleschamps. Pendant plusieurs siècles, les chrétiens se glissaient aux plus sombres réduits des ghettos, y consultaient les nécromanciens et diseurs de bonne aventure, quoique ou parce Cjiie passant pour crucifier le Christ à nouveau. Longtemps le mire juif fut préféré à tous autres ; car il était réputé maître en alchimie, enastrologio, en magie noire. L'Ancien Testament, tant en. hébreu qu'on latin, passait pour le plus redoutable des grimoires. Contemplez ces prêtres et mendiants des jungles, ces rebouteux et jeteurs de sorts, ces tire-laine et histrions : gardez-les dans votre souvenir. Ces humbles ancêtres des castes sacerdotales font comprendre pourquoi les ministres des autels, malgré la respectabilité, les énormes pouvoirs et la toutepuissante influence qu'ils ont su gagner, n'ont pas lavé la tache originelle. Ceux-là même qui s'agenouillent devant eux les croient corbeaux de malheur, oiseaux de mauvais augure; craigncMit de les rencontrer, de les avoir pour compagnons de voyage. Le peuple a le vaguo, mais ineflaçable souvenir, que les oracles qu'ils rendent aujourd'hui au nom des anges de lumière, jadis ils les délivrèrent par un

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soupirail de Tenfer. Ces serviteurs du Très-Haut, il se rappelle les avoir connus suppôU du diable, et se méfle. Il se méfie... mais plus il se méfle. mieux on le dupe.

Persuadés que le missionnaire venu d'Europe était un sorcier fort supérieur à ceux du crû> le» Todas et les Hadagas lui firent grand accueil. Ils ne demandaient qu'à croire tout ce qu'il voudrait, mais insistaient pour qu'il les débarrassât de ces affreux Couroumbas, qui grêlent les fruits, stérilisent les vaches et tarissent les sources du lait. Bien étonnés furent-ils, et désappointés, quand le prédicateur de rÉvangile refusa d'organiser le massacre de ses rivaux, ou tout simplement d'en faire rafle par une bonne peste. Cependant, force leur était de reconnaître que le Dieu anglais, Seigneur des Fusils et Baïonnettes, Maître des Canons et du Whisky, avait le bras tout autrement long que Cotorou Peïkî, même que Siva et son taureau Bassava. Espérant capter sa faveur, ils lui élevèrent une chapelle où ils déposèrent en pompe un Nouveau Testament lamoul, ^ue les convertisseurs avaient donné comme la Proclamation et le Grand Édit de l'Éternel Jéhovah, le secret du salut, l'abrégé de toute science, la révélation de tous mystères du ciel, de la terre et des enfers. Bientôt courut la légende que, chaque nuit, le Jésus des Féringhis venait goiUer au lait et aux bananes déposés sur son autel. Malheureusement, une épidémie ayant éclaté bientôt après, dit Jésus fut tenu pour responsable, par la raison que le missionnaire avait naguère prêché qu'un cheveu, qu'un oiseau ne tombent pas en terre en dehors de Sa volonté expresse et de Son ordre souverain.

Il fallait en avoir le crein' net. On en référa aux

UN MISSIONNAIRE EÉLÉ. 287

antiques divinités nationales. Des prêtres approchèrent roraclc, le consultèrent en jetant des fleurs :

~ Celui qu'on appelle Jésus-Christ ostil un bon Souami ?

La plupart des fleurs tombèrent à gauche. Donc le dieu étranger n'était pas un bon Souami. Et les Couroumbas, ennemis pourtant des gourous^ vodiarous et cauacourous, contirmèrent la réponse. Plus de doute, le fétiche anglais avait mauvais caractère, il y avait danger à l'approcher. Quoiqu'il leur on coûtât, les habitants émigrèrent, abandonnèrentchamps et demeures, fuyant la chapelle du Jésus Klanc et son Livre.

Mais le missionnaire dont s'agit, Metz, était énergique autant que sincère et convaincu ; il était attaché aux populations qu'il avait étudiées longtemps; — c'est à lui, disons-le en passant, que la science doit le meilleur de ses informations sur ces peuplades, informations qu'il communiquait généreusement à tous les voyageurs qui se succédaient aux Nilgherris. Résolu, quand même, à sauver les Ames qui périssent, et comptant, d'ailleurs, sur Ténergiquc protection des Anglais, il émigra, lui aussi, alla dans un autre district fonder une école pour laquelle il obtint subvention du gouvernement. Les enfants ai)prejiaient volontiers à lire, écrire et compter, mais montraient une répugnance invincible à prier Jésus dans leur propre langue. Un jour qu'il s'avisa de commencer la classe par une invocation à son Jésus- Christ, enjoignant aux élèves de la répéter, toute la nichée s'envola du coup, les uns par la porte, les autres par la fenêtre. Il se mit h leur poursuite, rattrapa quelques fugitifs, leur demanda : « Quelle mouche vous pique? Qu'aviez-vous à déctamper ? » — Et les moutards de sangloter : « LAcliez-nous

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Nous ne voulons pas nous faire chrétiens ! non ! non! Si nous disons le mantroum des chrétiens, Christ entendra, Christ viendra, Christ nous emportera ! »

Tout est relatif, et ces Badagas, Badagelles et Badagots se montraient encore supérieurs à leurs voisins du Travancore qui n'osaient même toucher un livré anglais, de peur que le démon du gribouillis imprimé n'envoyât des éléphants piller et écraser les récoltes, Principiis obsla !

Laissez-leur mettre un pied chez vous, Ils en auront bientôt pris quatre.

Malgré son insuccès, l'évangéliste était fort respecté ; on redoutait d'offenser ce grand sorcier, auquel on avait donné l'appellation bizarre de « Dieu Trois-Quarts », parce que, disait-on, il ne lui manquait pas grand'chose pour qu'il fût Dieu tout à fait. On ne contesta jamais sa puissance, mais on cessa de croire à ses bonnes intentions, quand il ne voulut pas favoriser l'escapade d'une jeune femme avec son amant; ce qui, d'après Topinion publique, eût été pourtant son devoir de galant homme. Et sa réputation reçut un coup funeste, quand il refusa net de prouver la vérité de sa mission en marchant pieds nus sur des fers rougis, chose que les Harouarous font sans se faire prier. Pourtant, cet étranger n'avait-il pas déclaré, n'avait-il pas maintes fois répété que son Jésus tenait compte de tous les cheveuxj compte des plumes sur le dos des oiseaux ? N'avait-il pas raconté l'aventure des trois jeunes hommes Sadrach, Mésach et Abed Nego (i) que le

(i) Daniel, III.

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