‹ Les primitifs; études d'ethnologie comparéeChapitre 110 sur 149 · VILS, DE PAR LA LOI · texte numérisé non relu

VILS, DE PAR LA LOI

oordent plus de latitude, trouvent à la liqueur une oertaine ressemblance avec le whisky d'Irlande ; ils Se « soûlent glorieusement», en se bouchant toutefois le nez, Todeur paraissant trop forte aux Européens. Voulant se retrancher derrière une barrière in- IVanchissable, les Aryas avaient eu pour politique d'élargir incessamment la distance entre vainqueurs et vaincus, de rehausser les premiers, d'avilir les seconds, physiquement et surtout intellectuellement,

— car nulle démarcation n'est plus profonde, mieux évidente que celle qui sépare le civilisé du barbare ;

— ils avaient interdit de transmettre à la race inférieure les nobles arts de la lecture et de l'écriture. Eût passé pour traître le Brahmane qui eût communiqué ses formules et liturgies, qui eût expliqué les Védas aux ilotes. L'instruction développe les facultés et l'hérédité les ûxe; aussi nulle race n'est plus intelligente que l'indoue, nulle n'a l'esprit plus souple et plus subtil, n'a créé langue plus riche et savante, poésie plus grandiose, philosophie plus abstraite et profonde, architecture plus étonnante, religions plus extraordinaires. Entre les hautes et les basses castes, tout contact immédiat passa pour abominable et finit par sembler impossible. Avec une sagacité rare et une ingéniosité vraiment étonnante, les conquérants s'appliquèrent à dégrader les subjugués, h les rendre méprisables à leurs propres yeux. Les lois de Manou décrétaient la honte et l'humiliation, la misère et l'ignorance, imposaient un état civil, qu'elles ne pouvaient imaginer plus abrutissant, à ces « êtres noirs de couleur, à figure bestiale, moins hommes qu'animaux», dont le souffle contamine l'atmosphère, et dont l'ombre empoisonne les aliments, et même les eaux sur lesquelles elle passe. On leur donnait des noms comme ceux

de Kolhs, les porcs, Poiilayers, Tordure. A quiconque elles donnaient droit de les tuer, sans qu'il fût besoin d'alléguer aucun motif; mais qui eût voulu se souiller la main en les frappant? On se salissait, rien qu'à les conspuer, à leur cracher sur la figure. Et pour que leur salive n'infectât pas la terre, ils devaient porter un crachoir sur leur personne (i). S'il fallait les toucher, ce devait être avec un fer rouge. Le plus sûr était de les tenir à distance : nouante six pieds entre leur corps hideux et un auguste Brahmane n'étaient que distance suffisante; il leur fallait demeurer en dehors de tous les villages habités par des gens honnêtes; on leur enjoignait de ne porter aucun vêtement au-dessus de la ceinture; de parler la main devant la bouche, et encore de ne s'exprimer qu'en leur patois (2) : la noble langue desconquérants ne devait point, portée par une haleine puante, passer par ces lèvres impures. Qu'ils ne présumassent dire : € Moi, mon riz, ma femme, mes enfants >; mais qu'ils éjaculassent dans leur charabia des expressions telles que cellesci : « Votre esclave, ma sale ratatouille, ma guenon, mon veau, ma velle. » Des prêtres seuls pouvaient avoir formulé cette législation, qui érigeait la férocité en système et rendait la cruauté plus savoureuse en l'assaisonnant d'insulte. Un chef-d'œuvre de cette politique fut d'interdire aux vaincus le progrès et l'instruction. Enjoint aux Indous en général, et aux Brahmanes en particulier, de cultiver leur esprit, de s'imprégner de poésie et de la littérature sacrée, résumé de toute science ; mais interdit aux indigènes de toucher, de regarder aucun livre.

{1) Koragars, Walhoiise.

(2) Non aryen, apparenté au tamil et telougou (Beames).

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