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LITURGIE DU FER

teau, les mouvements de ce baromètre délicat; car la divinité, si on tardait à la satisfaire, se vengerait en se faisant tigre dévorant, ou épidémie dévastatrice. Sur Tavis qu'en donne l'homme des autels, les anciens se rassemblent et délibèrent suivant les règles : « Loha s'est-il vraiment réveillé ? Est-il inquiet, pour sûr ? Est-il en colère ? Et contre qui se battre ? »

Les guerriers apportent les armes et l'attirail militaire. A leur Mars-Apollon, ils offrent un poulet au riz arrosé d'arrak, un joli petit ordinaire que consomme le dieu. Après quoi le djanni l'apostrophe avec solennité :

« dieu, nous avons tardé à nous mettre sur le pied de guerre*. Avons-nous oublié quelqu'une de tes prescriptions? Avons-nous attendu trop longtemps, pensant qu'il fallait laisser grandir nos jeunes gens, qu'il fallait nourrir notre monde?

« Quoi qu'il en soit, ton auguste volonté se manifeste par les déprédations du tigre, par les fièvres et les ophtalmies, les ulcères qui rongent et les rhumatismes qui affligent.

« Nous obéissons. Seigneur !

« Voici nos armes. Solides, elles le sont déjà ; fais-les aiguOs et tranchantes. Dirige nos flèches, dirige les pierres de nos frondes.

« Élargis les blessures qu'elles feront aux ennemis: et si leurs blessun^s se ferment, que restent la fai blesse et l'impotence ! Mais qu(* nos blessures à nous guérissent aussi promptement que sèche le sang tombant à terre !

« Que les armes hostiles soient fragiles comme les siliques de l'arbre karla, mais que nos haches, puissantes autant que les mAchoires de l'hyène, écrasent les os et broient les chairs !

4c Que nos hommes de |)etite taille abattent des géants !

« Fais, ô dieu ! que dans la bataille nos épouses soient fières de porter le maug(»r aux braves comme

nous ! Que les trn>us étrangères, admiratiices do nos exploits, nous offrent leurs tillçs î

« Aide-nous à piller les villages, à razzier les bœufs, à piller du tabac ! Que nos femmes aient pour leur part des vases de cuivre! Joyeuses, elles les porteront à leurs parents.

« Assiste-nous, ô Dieu ! assiste aussi nos alliés, cti retour des nombreux poulets, porcs, brebis et bœufs que nous t'offrîmes.

« Quelle est notre requête ? Que tu tiennes la main àTexécution des ordres par toi donnés. Que tu nous protèges comme tu protégeas les héros nos ancêtres.

« Exauce^ ô dieu, exauce ! Loha, divinité guerrière,

3UC le fer reprenne en nos mains sa vertu primoriale I Que nous devenions riches, ^râceà son tranchant ! Devenus riches, nous t'enrichirons, ô notre Protecteur et Ami ! »

Sur ce, les guerriers reprennent leurs armes fadées par le contact avec Fautel, et les brandissent au-dessus de leurs têtes. De nouveau le prêtre impose silence, récite la liturgie du Fer :

« Au commencement, le Dieu de Lumière créa les montagnes, créa les fleuves, créa les ruisseaux, créa les plaines, créa les forêts et les rochers, créa le gibier, créa les animaux domestiques.. Après quoi il créa riiomme, et après Thomme le Fer.

« Mais l'homme ignorait encore les usages du Fer.

« Une femme, Ambali Baylie était son nom, vivait avec ses lîls, deux guerriers... Uu jour, ils parurent blessés et la poitrine ensanglantée. Elle demanda: — « Qu'avez-vous, les enfants ? »

« Et les garçons de répondre : — « Avec les gens de « là-bas ou s'est amusé avec des feuilles de glaïeul, « on s'est chatouillé les côtes. »

« La mère pansa les plaies et dit : — « Fi du « glaïeul ! laissez là le glaïeul, mes enfants ! »

« Quelques jours après, les fils revinrent, tout hérissés de pointes épineuses; ils en étaient cou-

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